Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 14 novembre 2018, sur le gouvernement face à la contestation concernant le prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 14 novembre 2018, sur le gouvernement face à la contestation concernant le prix des carburants.

Personnalité, fonction : RUGY François de, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

CLELIE MATHIAS
Une interview attendue donc à trois jours de ce mouvement des Gilets jaunes, Jean-Pierre ELKABBACH reçoit ce matin dans votre matinale, François de RUGY, le ministre de la Transition écologique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, c'est un rendez-vous exceptionnel qui est modifié, pour mieux commenter avec vous, Monsieur le Ministre, le plan du gouvernement concernant les carburants, qui vient d'être présenté en effet par le Premier ministre. Bienvenu, évidemment, merci d'être avec nous.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, le mouvement des Gilets jaunes a pris une dimension passionnelle, et on le voit. Pour vous et pour le Premier ministre, c'est sans doute le moment d'essayer d'apaiser le climat ou de réduire la colère. Est-ce qu'on entre dans un mouvement, malgré vos mesures, d'épreuve de force ou d'épreuve de vérité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez, moi, lundi j'étais en Vendée pour un déplacement de ministre, et j'allais d'ailleurs chez un concessionnaire automobile, et j'ai rencontré des Gilets jaunes qui étaient venus manifester devant cette concession automobile, et j'ai voulu dialoguer directement avec eux, et j'ai bien entendu à la fois ce qu'ils disent sur les carburants, mais en fait très vite au bout d'une à deux minutes de discussions, on parlait de toute autre chose que des carburants. Donc ça je peux comprendre que, autour de la question des carburants, en fait viennent d'autres revendications, d'autres mécontentements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un symptôme. Alors, samedi, avant d'entrer dans les mesures ou de les revoir et de voir leur prolongement, samedi les Gilets jaunes ont naturellement évidemment le droit de manifester. Mais le Premier ministre vient de rappeler qu'il les met en garde contre tout blocage total. Est-ce que ça veut dire qu'un blocage simple, un blocage tout court est possible ?

FRANÇOIS DE RUGY
En France, nous sommes attachés au droit de manifestation, que ce soit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais les blocages ?

FRANÇOIS DE RUGY
... des manifestations sociales, ou des manifestations citoyennes. Mais en revanche, on ne peut pas évidemment laisser s'installer un blocage de notre réseau routier, voire du réseau ferroviaire, puisque certains ont appelé à des blocages dans les gares, ce qui est un peu le comble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous ferez, s'il y a ce type de blocage ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais vous savez que, en France il y a un certain nombre de règles qui s'appliquent à tout le monde, on l'avait déjà dit aux routiers à une époque, aux chauffeurs routiers, c'était Nicolas SARKOZY qui l'avait rappelé, qu'entraver la circulation, bloquer la circulation, cela peut donner lieu à des retraits de permis etc. Donc je ne souhaite pas cela à des manifestants. Qu'ils manifestent et qu'ils expriment leur mécontentement ou leurs revendications, à travers des manifestations, à pied ou en voiture d'ailleurs, mais sans bloquer les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais si vous prenez toutes ces mesures, tous ensemble, avant samedi, c'est que vous craignez peut-être des débordements, des violences et le climat comme on l'a dit passionnel.

FRANÇOIS DE RUGY
Surtout que, comme l'a dit le Premier ministre, depuis le début nous sommes à l'écoute de ce que disent les Français sur leur capacité à participer à ce changement, parce que le sujet c'est bien le changement écologique que nous avons enclenché, comme le changement dans d'autres domaines.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, allons-y. Les décisions qui sont prises et qui sont annoncées, d'abord elles vont être appliquées à partir de quand ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense que la plupart des mesures pourront être appliquées dès le 1er janvier prochain, car un certain nombre vont faire l'objet de mesures introduites dans le projet de budget pour 2019, qui est en cours de discussion au Parlement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ce sont des décisions qui sont à la fois budgétaires, fiscales et sociales, que vous êtes en quelque sorte contraints de prendre ou d'en accélérer la prise.

FRANÇOIS DE RUGY
Disons qu'il y a un certain nombre de mesures que nous avions déjà prises et que nous décidons d'amplifier, puisque ce que nous voulons c'est amplifier et accélérer cette transformation écologique et donc accompagner les Français pour cette accélération de la transformation écologique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aura différentes étapes. L'étape d'aujourd'hui c'est, vous dites, parmi les mesures, doubler et élargir la prime à la conversion pour les voitures.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, pour les ménages qui ont les plus faibles revenus, donc pour qui c'est plus difficile de changer de voiture, eh bien nous avions une prime de 2 000 €, nous sommes prêts à aller jusqu'à 4 000 € pour une voiture moins polluante, 5 000 € pour une voiture électrique ou hybride électrique rechargeable, donc pour certaines personnes ça veut dire que ce qui va leur rester à payer ce sera peut-être 1 000 ou 2 000 € pour changer de voiture, pour avoir une voiture qui consomme moins et qui donc coûte moins cher à l'usage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui est concerné ? Quelles ressources ?

FRANÇOIS DE RUGY
Les personnes concernées sont celles qui sont vraiment les non-imposables, les 20 % les moins aisés et par ailleurs aussi ceux qui font beaucoup de kilomètres, c'est-à-dire c'est le critère aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui les détermine ?

FRANÇOIS DE RUGY
... ceux qu'on appelle les gros rouleurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui détermine ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous allons fixer les règles mais on avait dit que c'était…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elles ne sont pas encore fixées.

FRANÇOIS DE RUGY
On avait dit que c'était les personnes qui faisaient plus de 30 km pour aller travailler, c'est-à-dire celles qui ont leur domicile distant de plus de 30 km de leur lieu de travail, qu'on habite en ville ou à la campagne, parce que vous savez, à la campagne il y a beaucoup de gens qui font des kilomètres mais il y a aussi en ville des gens qui travaillent à la campagne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ce sont des idées qui ont été lancées ou des initiatives lancées par la religion des Haut-de-France avec Xavier BERTRAND, et à l'époque on disait que les mesures seraient défiscalisées. Elles le seront ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce que le comble serait que des personnes qui bénéficient d'une aide, soit d'une région, soit de leur employeur, passent ainsi de ménage non imposable à ménage imposable par exemple. Donc il n'y aura ni cotisations sociales, ni impôts à payer sur les aides versées par les employeurs ou les collectivités locales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Valable pour tous les départements ou les régions qui le décideraient.

FRANÇOIS DE RUGY
Bien sûr, et de même qu'on le fait déjà pour les transports en commun, vous savez, nous avons pas attendu qu'il y ait une hausse des prix du pétrole pour agir, pour aider les Français dans leurs déplacements quotidiens, nous allons le faire aussi pour le covoiturage et ça c'est nouveau, là aussi, si les employeurs, les entreprises, et certaines le font déjà, versent une aide pour les salariés qui font du covoiturage, eh bien il n'y aura ni cotisations sociales, ni impôts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Encouragement au covoiturage, avec, vous demandez aux entreprises d'être de plus en plus volontaires pour y participer.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce qu'on voit bien que souvent ces questions de déplacements, de transports du quotidien, entre le domicile et le travail, eh bien c'est dans l'entreprise qu'on peut le gérer le mieux, c'est entre les salariés, déjà entre salariés qu'on peut faire du covoiturage, par exemple, et entre les salariés et les employeurs qu'on peut réserver des places de parking pour ceux qui font du covoiturage ou ce type de dispositif qui enclenche une dynamique, où à la fin, parce que c'est ça le but, on consomme moins de carburant, donc bien sûr il y a moins de pollution, il y a moins d'émissions de gaz à effet de serre, mais il y a aussi sur tout ce que moins de dépenses dans le porte-monnaie de tout un chacun.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous demandez aux constructeurs de mettre la main à la poche, eux aussi ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons rencontré déjà les constructeurs avec le ministre de l'Economie et ils sont prêts à s'engager, à doubler l'effort que l'Etat fait pour l'achat de voitures neuves, mais aussi certains constructeurs pour l'achat de voitures d'occasion qui coûtent moins cher, qui sont plus abordables pour les ménages qui n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture neuve.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Prévues pour le quinquennat, 500 000 primes à la conversion, vous prévoyez combien maintenant, puisque vous doublez tout ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais, nous avons dit que nous étions prêts à aller jusqu'à un million, s'il le fallait, alors qu'en effet nous avions dit 500 000 voitures achetées grâce à cette prime, donc 500 000 vieilles voitures polluantes mise à la casse, parce que c'est aussi ça l'objectif, et on a déjà atteint la moitié de cet objectif en un an, donc on a dit : on va continuer, ce qui veut dire qu'on va continuer à inscrire au budget bien sûr cette dépense car c'est un effort financier, budgétaire, de l'Etat, pour accompagner les ménages.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De combien, effort global ?

FRANÇOIS DE RUGY
Là on pense que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le coût global ?

FRANÇOIS DE RUGY
Sur la prime à la conversion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'ensemble.

FRANÇOIS DE RUGY
Plus de 500 millions, et là nous rajoutons, nous rajoutons dans le budget de l'année prochaine, aux alentours de 500 millions d'euros supplémentaires d'aide aux Français pour passer ce mauvais moment de la hausse des prix du pétrole.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous voulez dire c'est à un milliard de plus ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ça va faire en effet, à la fin, l'ensemble des mesures fera plus d'un milliard, bien sûr, parce qu'il y a le chèque énergie en plus, et le chèque énergie lui il était déjà d'un montant de 700 millions et nous allons l'augmenter, là c'est pour le chauffage, pour les dépenses de chauffage, et donc nous aurons aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez attendez, le chèque énergie, c'est 150 €, il va passer à combien ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce que nous avions prévu c'est qu'il passe à 200 € en moyenne l'année prochaine, mais surtout nous allons passer de 3,6 millions de Français qui en bénéficient, à plus de 5,8 millions, près de 6 millions de français pourront en bénéficier dès l'année prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le chèque de conversion ou de prime à la conversion, vous l'établissez également pour le chauffage au fuel, vous voulez le faire disparaître en 10 ans.

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien par ailleurs nous voyons bien...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est énorme, ça va concerner presque 10 millions de Français.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, parce que il y a plus de 3,5 millions maisons individuelles, mais il y a aussi des copropriétés, donc en tout ça fait plus de 4 millions de logements chauffés au fuel, donc à l'intérieur de ces logements en tout ça fait 10 millions de Français, en effet, et nous nous fixons en 10 ans, mais ça c'est notre stratégie aussi pour l'énergie, pour libérer les Français du pétrole, pour évidemment réduire les émissions de gaz à effet de serre, et demain les Français qui ne se chaufferont plus au fuel, mais au gaz, à l'électricité ou au bois, eh bien quand les prix du pétrole augmenteront, car sans doute ils augmenteront encore sur les marchés mondiaux, eh bien les Français n'auront plus à subir ces hausses des prix du pétrole. Il faut une transformation durable pour ensuite avoir des effets durables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Gilets jaunes ont eu raison de s'organiser et de se manifester, parce que sinon il aurait fallu peut-être attendre les décisions qui arrivent. On continue…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais nous n'avions pas attendu, moi je tiens à le dire, la prime à la conversion pour changer de voiture, nous l'avions mis en place dès le 1er janvier 2018, elle a eu d'ailleurs un énorme succès, c'était une promesse électorale, à une période où les prix du pétrole étaient bas !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça ne cesse de monter.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais nous avions anticipé cette idée qu'il faut accompagner les Français dans ce changement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, François de RUGY, à plusieurs reprises Matignon et Bercy ont annoncé pour janvier une hausse nouvelle de l'essence et surtout du diesel. Est-ce que vous les confirmez ?

FRANÇOIS DE RUGY
La trajectoire de fiscalité écologique, nous avions mis cartes sur table dès la fin de l'année 2017, en disant voilà…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous la maintenez.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, il y a une trajectoire et nous nous préférons anticiper, dire aux Français : voilà quelle va être la perspective. Tous les pays qui ont fait une taxe carbone, parce qu'il faut dire les choses par leur nom, ont procédé comme cela. La Suède par exemple qui est déjà à une taxe carbone 100 € la tonne, alors que nous, nous sommes à deux fois moins que cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aura une nouvelle vague de hausses. Est-ce que les Gilets jaunes ont intérêt à garder leur gilet tout près d'eux, pour recommencer ?

FRANÇOIS DE RUGY
De toute façon, il faut garder son gilet jaune dans sa voiture, ça vous savez que c'est une obligation légale, mais plus sérieusement, évidemment que nous continuons à être attentifs. Mais regardez monsieur ELKABBACH ce qui se passe aujourd'hui, sur les marchés mondiaux du pétrole. Les prix du pétrole baissent, est-ce que on en profite pour dire : « ah ben les aides c'est terminé » ? Au contraire, on amplifie, on accélère, parce que si jamais demain les prix du pétrole augmentent, soit parce que c'est sur les marchés mondiaux, soit parce que ce sont les taxes, eh bien nous serons prêts à accompagner les Français écologiquement et socialement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, vous êtes prêt à les accompagner, c'est-à-dire qu'il y aura encore un plan de 500 millions en janvier, février, un plan de 500 millions supplémentaires ou d'un milliard ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non non non. Le Premier ministre a dit, et je suis très heureux qu'il reprenne cette proposition que je défendais depuis longtemps, la sortie progressive en 10 ans des chaudières au fuel. Eh bien ça évidemment il va falloir travailler sur des accompagnements pour les ménages, selon leur niveau de revenus, selon qu'ils habitent à la campagne où il n'y a pas de gaz, ou au contraire en ville où il y a des réseaux de gaz, et ainsi de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien... Les carburants sont taxés, un, qu'est-ce qui va à la transition écologique ?

FRANÇOIS DE RUGY
Aujourd'hui, vous savez, on peut retenir un chiffre simple : l'ensemble de la fiscalité écologique, 34 milliards d'euros de recettes prévues en 2019, donc intégrant les hausses de taxes, et le budget du ministère de la Transition écologique et solidaire, 34 milliards d'euros, nous l'avons augmenté d'ailleurs pour 2019, pour faire des efforts d'investissements en faveur des énergies renouvelables, en faveur des transports.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien de la taxe carbone finit dans les caisses de l'Etat ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais la taxe carbone comme la taxe sur les carburants, elle va dans le budget de l'Etat, elle va au budget du ministère de la Transition écologique et solidaire, mais vous savez, auparavant il y avait déjà des taxes sur les carburants, ça fait depuis 1928 qu'il y a des taxes sur les carburants, et bien ça finance dans les dépenses des collectivités locales par exemple. Les collectivités locales elles reçoivent 12 milliards d'euros du produit des taxes sur les carburants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne supprimerez... parce qu'il y a des gens qui ont dit : il faut supprimer les taxes. Vous ne supprimez pas les taxes mais vous supprimez ou vous réduisez une partie des taxes.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais nous avons, vous le savez bien, depuis le début de ce mandat, dit : on taxe plus le carbone et la pollution, on taxe moins le travail, l'emploi, les entreprises, nous l'avons fait et les cotisations sociales baissent et sur la fiche de paie, la taxe d'habitation elle baisse, 30% et en 3 ans elle sera supprimée pour 80 % des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous donnez l'impression que le gouvernement décide de taxer les carburants et que ces taxes elles sont jugées insupportables par la plupart des citoyens, elles sont rejetées alors pour compenser, vous ajoutez des subventions. C'est sans fin, on a l'impression que le gouvernement finit par payer lui-même des taxes qu'il décide. C'est ou Le sapeur-camembert ou Ubu roi.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais pas du tout, parce que nous faisons un effort social, de solidarité, c'est une transition écologique et solidaire, c'est le nom de mon ministère, et c'est ce que nous faisons concrètement. Oui il y a un prélèvement de taxes au titre de la taxe carbone...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour le budget.

FRANÇOIS DE RUGY
Ou des taxes sur les diesel et ensuite il y a une forme de redistribution qui est en effet à destination de nos compatriotes qui ont les plus faibles revenus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais beaucoup de gens se demandent : pourquoi toujours les automobilistes ? Quelques propos peut-être Iconoclastes, pourquoi pas, les profits des autoroutes, les profits riches des autoroutes.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais nous les taxons déjà, mais vous savez, monsieur ELKABBACH, tout le monde pense toujours que ce serait mieux de taxer les autres, les impôts et les taxes, on est surtout d'accord quand ce sont les autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Surtout que ceux-là ont les moyens et des bénéfices.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais il faut être concret…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, à un moment donné Elisabeth BORNE, qui sera d'ailleurs là vendredi, disait : peut-être une vignette sur les…

FRANÇOIS DE RUGY
Sur les poids lourds, vous avez vu la réaction des organisations de poids lourds.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors qu'est ce qu'on dit ? On y renonce ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais on va continuer à discuter avec eux. Parce que, pourquoi, ce n'est pas pour le plaisir de prélever les taxes, c'est pour financer des investissements, investissements dans les infrastructures de transports. Vous savez que nous allons dépenser sur ce mandat 40 % de plus pour les infrastructures de transport, y compris les routes. Vous savez, les Gilets jaunes, s'ils roulent tous les jours et qu'ils roulent beaucoup, ils veulent des routes en bon état.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une question idiote…

FRANÇOIS DE RUGY
Ils routent en bon état, c'est des routes qu'on finance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi pas une taxe sur les bateaux, les yachts et le kérosène des avions ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous l'avons déjà fait, et par ailleurs, vous savez le carburant des bateaux, tout le monde peut aller vérifier dans un port de plaisance, il est exactement au même niveau de taxes que le carburant des voitures, il est même souvent plus cher parce que comme c'est plus difficile de livrer du carburant dans un port, il est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les avions ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors les avions c'est un autre sujet, qui est compliqué parce qu'il y a une convention internationale qui prévoit qu'on ne taxe pas le carburant d'un pays d'un vers un autre, etc. Moi je pense que, évidemment si un jour il y avait une compensation par rapport aux émissions de CO2, parce que les avions émettent des gaz à effet de serre, et il faut le travailler au niveau international. Et vous savez monsieur ELKABBACH, il n'y aurait pas de recette miracle, si on augmente les taxes sur le kérosène, ce sera répercuté sur les billets d'avion et certains nous diront : vous le voulez nous empêcher de partir en vacances ou de voyager. Donc il n'y a jamais de recette miracle, il y a toujours les impôts que personne ne voit ou que personne ne sent, ça n'existe pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On entend : matraquage matraquage, souvent de la part de responsables politiques…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, eh bien qui ne sont pas très responsables justement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non non mais, non, ce n'est pas ça.

FRANÇOIS DE RUGY
Parce que, quand ils étaient pour le climat, en 2015 tout le monde a salué l'accord de Paris, à Paris, ici, pour le climat, en disant : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, ça va pas assez vite, ça ne va pas assez fort, ça ne va pas assez loin. Et qu'est ce que nous disaient tous ces gens-là à ce moment-là ? Il faut faire une taxe carbone. Maintenant qu'on fait la taxe carbone, ils se dérobent, ils se dérobent devant les responsabilités, y compris ceux qui étaient ministre à l'époque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ?

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien vous vous souvenez qu'il était ministre de l'Ecologie en 2015…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne me rappelle plus, qui ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ségolène ROYAL qui aujourd'hui dit : il ne faut pas faire de taxe carbone. Eh bien il faut avoir un peu de constance. Nous, nous faisons preuve de constance. Si on veut avoir des résultats, les Français le savent bien, il faut agir dans la durée avec de la constance. Si on change de pied tous les ans, on n'aura aucun résultat, et en plus les Français seront menés en bateau, parce que vous vous souvenez que le diesel, à une époque, on a orienté les Français vers l'achat de voitures diesel, et après on s'est rendu compte que ça faisait beaucoup de pollution de l'air et 48 000 décès prématurés liés à la pollution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les mesures de hausse de la fiscalité ont été plutôt importantes de 2010 à 2018 et surtout de 2014 à 2017, et vous savez qui était au pouvoir à ce moment-là ? Donc vous dites Ségolène ROYAL…

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais mois, vous savez, j'étais député, donc j'ai peu de mémoire, j'étais député d'opposition quand Nicolas SARKOZY était président, il a voulu faire une taxe carbone, je l'ai soutenu. J'étais député dans la majorité quand François HOLLANDE était président, il a voulu faire une taxe carbone, je l'ai soutenu, je l'ai votée en mai 2013, en 2015 elle a été accélérée, je l'ai votée, et maintenant je suis au gouvernement, je suis ministre, je la mets en oeuvre. Je n'ai pas de trou de mémoire et je ne me dérobe pas devant les difficultés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous avez cité Ségolène ROYAL, pourquoi, parce qu'elle est une future adversaire électorale et politique importante ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais parce qu'elle intervient beaucoup, peut-être que vous l'avez invitée d'ailleurs sur votre plateau…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, elle viendra bientôt, oui.

FRANÇOIS DE RUGY
Elle intervient beaucoup dans les médias, et elle dit tout le mal qu'elle pense d'une taxe qu'elle a elle-même fait voter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et pourquoi vous ne dites pas ça de Nicolas HULOT ? Pourquoi il était absent ? Est-ce que vous ne pensez pas qu'il devrait peut-être se manifester, qu'il soutienne le gouvernement auquel il a appartenu et qui prend des mesures qu'il avait lui-même lancées. Donc ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et d'ailleurs ça montre qu'il avait un bilan, sur les 15 mois où il a été ministre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que vous lui demandez ce matin de sortir de son silence ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oh ben il fait ce qu'il veut. Ça fait partie de son bilan, et il a bien fait, à l'époque, de se battre pour qu'en effet on ait une politique écologique plus cohérente vis-à-vis des carburants ou vis-à-vis du fuel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce soir le président de la République sera à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, il va intervenir en direct sur TF1…

FRANÇOIS DE RUGY
A Toulon.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... au large de la Méditerranée. Pourquoi il va si loin pour parler aux Français des carburants ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais vous savez bien que c'est pour saluer le fait que le porte-avions Charles de Gaulle, qui a subi un chantier de rénovation, qui a 20 ans d'âge, pour les 20 prochaines années, a subi un chantier de rénovation qui coûtait quand même plus d'un milliard d'euros, c'est pareil, vous savez les dépenses de la Défense nationale que nous augmentons, les dépenses de la police que nous augmentons, les dépenses de la justice que nous augmentons, il faut les financer, c'est toujours avec des impôts et taxes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il ne parlera pas que des carburants. Un mot…

FRANÇOIS DE RUGY
Ah, je pense qu'il parlera notamment de la Défense nationale, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'avez pas été offensé, et c'est ma dernière remarque, par les tacles où les tweets de « monsieur le boursouflé », dès son retour aux Etats-Unis, ce n'est pas vous qui le dites…

FRANÇOIS DE RUGY
C'est le président des Etats-Unis... Et le président des Etats-Unis communique beaucoup par Twitter, mais on ne fait pas de la diplomatie sur Twitter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, très bien, c'est ce que dit Emmanuel MACRON, mais il accuse les Français d'avoir été prêts à parler allemand à Paris avant l'arrivée des Américains…

FRANÇOIS DE RUGY
C'est très choquant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... donc un peuple de collabos. Vous n'êtes pas offensé, vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez, moi qui suis fils et petit-fils de déportés, je trouve ça très choquant, mais à partir de là je ne veux pas polémiquer, parce qu'on sait que justement Donald TRUMP il polémique beaucoup, mais après il y a l'action, la réalité. Quand il y a un rapport de force d'ailleurs à mener, lui qui aime bien le rapport de force, le président MACRON est à la pointe en Europe pour mener ce rapport de force avec le président des Etats-Unis. C'est le cas sur le climat, c'est le cas par rapport à la guerre commerciale qu'il veut enclencher et qui est une très mauvaise chose pour l'économie mondiale, et c'est le cas sur d'autres sujets notamment de sécurité et de défense. Et le président de la République française a très bien fait de rappeler notre volonté d'assurer par nous-mêmes notre sécurité, il le fera sans doute sur le porte-avions Charles de Gaulle, avec nos partenaires européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est ce que vous dites, c'est ma dernière question, vous dites aux partis politiques qui vont surfer sur les manifs et les angoisses et les colères des Gilets jaunes ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je dis une chose simple : écologie ou démagogie, il faut choisir. Si on emplit devant le premier mouvement de protestation, on n'aurait pas fait la réforme de la SNCF, on ne ferait d'ailleurs aucune réforme, on ne conduirait aucun changement, et après, à la fin d'un mandat, les Français sont aussi en colère, sont aussi mécontents quand rien n'a changé, quand rien ne s'est amélioré.…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quand il y a une colère ?

FRANÇOIS DE RUGY
Pour que les choses s'améliorent, il faut conduire des changements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La colère paie, si je comprends bien, puisque 500 millions ou même un milliards. Merci d'être venu.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonne journée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée aussi pour vous, et je vous invite déjà pour nous parler dans pas longtemps du Plan ou du programme de 5 ans sur l'énergie, et on verra ce que vous allez faire du nucléaire, du renouvelable, de la dette d'EDF etc. etc.

FRANÇOIS DE RUGY
De la stratégie française pour l'énergie. Beaucoup de sujets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 novembre 2018

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