Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Public Sénat le 14 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique industrielle et les relations commerciales avec les Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à Public Sénat le 14 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique industrielle et les relations commerciales avec les Etats-Unis.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances;

ti :
CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de "Territoires d'infos" avec la presse quotidienne régionale, les télés locales de France et le réseau Via télévision, avec TV5 Monde bien sûr, et notre invitée politique, en direct ce matin sur ce plateau, bonjour et merci d'être là…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
C'est Agnès PANNIER-RUNACHER, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances Bruno LE MAIRE, et vous êtes la nouvelle secrétaire d'Etat, vous venez d'arriver à Bercy. Pour vous interroger à mes côtés ce matin, Oriane MANCINI de Public Sénat, spécialiste politique, et Hervé FAVRE, régulier de cette émission, qui provient de La Voix du Nord. Agnès PANNIER-RUNACHER, donc secrétaire d'Etat à Bercy auprès de Bruno LE MAIRE, le Premier ministre était en direct sur une radio ce matin, il a annoncé 500 millions d'euros d'effort supplémentaire pour calmer la grogne, la colère des Français. Est-ce que vous confirmez ce chiffre, est-ce que c'est assez, surtout ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce qu'on confirme c'est surtout l'engagement du gouvernement pour accompagner la transition écologique et énergétique, et je rappelle deux choses. Ce n'est pas un gimmick qu'on a inventé la semaine dernière, il s'agit de lutter contre le réchauffement climatique, il suffit de regarder les incendies en Californie pour se persuader que ce n'est pas tout à fait un contexte classique dans lequel on est aujourd'hui en termes d'enjeux climatiques, et il s'agit de lutter contre la pollution atmosphérique, et la pollution atmosphérique c'est 40.000 morts prématurées l'année dernière, c'est de ça qu'on parle.

CYRIL VIGUIER
Ce chiffre de 500 millions, Agnès PANNIER-RUNACHER, c'est suffisant, c'est une somme impactante qui peut faire la différence ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce qui fait la différence c'est les mesures qu'on prend, c'est-à-dire vous avez deux types de mesures, il faut accompagner les gens qui doivent changer leur mode de chauffage ou leur voiture, parce qu'elle est très polluante, donc là vous avez un effort particulier qui est fait avec la prime à la conversion qui monte à 4000 euros et qui va permettre aux Français de changer de voiture, et j'indique qu'une voiture électrique, aujourd'hui, je regardais ça sur Internet, d'occasion, vous rentrez du côté de 10.000 euros, donc ça commence à devenir sérieux, et vous avez un accompagnement des constructeur aussi, donc ça c'est une mesure sérieuse. Deuxième mesure sérieuse…

ORIANE MANCINI
Qui va coûter combien à l'Etat, cette mesure, de passer de 2000 à 4000 euros ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cette mesure, elle va coûter a priori, ça dépend du nombre de Français qui feront cette transition. Nous, notre ambition, c'est de faire en sorte qu'il y ait… on est à 280.000, on sera à 280.000 a priori à la fin de l'année, personnes qui ont bénéficié de la prime à la conversion, cette mesure elle ne s'applique pas à tous les Français, elle s'applique aux ménages les plus modestes, il y a quand même…

ORIANE MANCINI
Aux 20 % de ménages les plus modestes, a dit ce matin Edouard PHILIPPE.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, tout à fait.

ORIANE MANCINI
Alors, qu'est-ce que vous faites pour les classes moyennes, qui elles ne rentrent pas dans cette catégorie, mais qui subissent cette hausse des carburants, qui ont besoin de leur voiture, qu'est-ce que vous faites pour ces Français-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, pour ces Français-là, ils bénéficient d'une prime à la conversion, on va dire plus classique, ils bénéficient de l'aide des constructeurs, Bruno LE MAIRE et François de RUGY les ont rencontrés à plusieurs reprises pour avancer sur ce dossier et confirmer qu'ils vont accompagner cette transition, eux aussi, et puis ils bénéficient du chèque énergie, puisqu'on a étendu le nombre de bénéficiaires du chèque énergie. Et puis j'ajoute une chose…

ORIANE MANCINI
A 5,6 millions de foyers, dit ce matin Edouard PHILIPPE.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, exactement. Et j'ajoute une chose. Les classes moyennes, c'est celles qui est aujourd'hui bénéficient le plus de la disparition des charges sociales sur la santé et sur le chômage, s'ils regardent leur feuille de paye à la fin du mois d'octobre, là, qu'il qu'ils viennent de recevoir, s'ils la comparent à celle de l'année dernière, il y a une vraie évolution, et ça c'est du concret.

HERVE FAVRE
Puisque vous suivez particulièrement les dossiers industriels, est-ce que cette transition énergétique ne va pas poser de très gros problèmes à l'industrie automobile ? Dans notre région il y a plusieurs usines, il y a également une usine de moteurs, qui fabrique des moteurs diesel à plein régime, en ce moment ils sont en train de travailler le dimanche pour satisfaire la demande, donc la conversion risque d'avoir un coût social aussi dans nos usines.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, la conversion, je voudrais aussi dire une chose, c'est les consommateurs qui le demandent, c'est le client à la fin qui choisit sa motorisation, parce que la prime à la conversion elle bénéficie aussi à des véhicules de motorisation classique, mais récents. Donc, là où vous avez complètement raison c'est qu'il va y avoir une transition, il va falloir accompagner certaines filières, le diesel en est une. Vous prenez aussi le sujet du plastique, voyez qui commence à y avoir un Switch de la part des consommateurs qui vont aller vers d'autres matières, il va falloir accompagner ce type de filières.

HERVE FAVRE
Est-ce que les constructeurs français n'ont pas pris du retard, notamment sur les modèles hybrides ? Aujourd'hui c'est surtout les Japonais, les Allemands…

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai l'impression que les constructeurs français se sont quand même saisis du sujet aujourd'hui, moi j'ai une grande confiance sur la capacité d'accompagnement, la sous-traitance, aussi, française, vous savez que VALEO est très engagé sur la question des changements de motorisation, donc je suis confiante dans leur capacité à sortir les modèles. A mon avis le sujet, sur lequel on doit être le plus attentif, c'est la manière dont la sous-traitance, et la filière, est capable d'embrayer derrière, et c'est aussi à nous, au niveau du gouvernement, de savoir accompagner ces mutations.

ORIANE MANCINI
Alors, vous dites avec la prime à la conversion c'est les Français qui choisissent, sauf que les études montrent que les Français choisissent des voitures diesel en grande majorité, 47 %, des voitures à essence, et très peu choisissent des voitures électriques. Est-ce que ce n'est pas contradictoire avec l'objectif que vous voulez afficher ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, j'ai le sentiment que vous avez une évolution assez massive, ces derniers mois, et donc si on prend des statistiques d'il y a 2 ans, on n'est pas forcément complètement sur la dynamique qui est engagée, à cause des préoccupations que le diesel a pour la santé des Français, et je ne dirais pas qu'aujourd'hui on est dans une consommation de 47 % de diesel. On a l'acquis, en fait, d'un historique et d'un stock. Ensuite moi je trouve que, arriver à changer de motorisation, c'est-à-dire 1 million de véhicules, sur le quinquennat, c'est massif comme transition, et vous changez un véhicule qui a été construit avant 2001, pour un véhicule d'aujourd'hui, vous avez aussi une diminution drastique de votre consommation, une diminution drastique de la pollution, donc c'est ça aussi qui est intéressant.

ORIANE MANCINI
Edouard PHILIPPE a confirmé ce matin que l'aide au transport qui était expérimentée dans les Hauts-de-France sera généralisée, elle sera défiscalisée. Est-ce que ce n'est pas contradictoire d'augmenter les taxes d'un côté, de défiscaliser de l'autre ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, en l'occurrence la défiscalisation sera ouverte dès lors que la région a mis en place le dispositif, ce qui ne sera pas nécessairement le cas dans l'ensemble des régions, chaque président de région est libre de prendre les dispositifs qui lui paraissent les plus appropriés, et puis vous avez quand même des différences de territoire, de densité, suivant les cas, donc tout n'est pas…

ORIANE MANCINI
Sur cette contradiction, défiscaliser alors que ça vient de la hausse des taxes ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, parce que je pense qu'il y a deux choses - ça ne vient pas de la hausse des taxes, ça vient de la hausse du pétrole, déjà ! Vous savez, 80 % de l'augmentation…

ORIANE MANCINI
De la hausse du prix du carburant, en tout cas pour les Français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
La hausse du prix du carburant elle est liée à la hausse du prix du pétrole et du baril, il est passé de 50 à 80, il est en train de refluer légèrement, et le prix reflue à la pompe…

ORIANE MANCINI
Et il y a une partie de hausse des taxes quand même.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et la hausse des taxes, elle passe au 1er janvier, donc je pense qu'il faut bien préciser les choses. Par ailleurs, autre élément sur la hausse des taxes, elle a été mise en place en 2014, la trajectoire carbone, par un autre gouvernement, elle a été étayée par les grands candidats à la présidentielle, enfin les premiers candidats à la présidentielle, de manière unanime, alors avec des trajectoires un petit peu différentes selon les programmes, mais en gros massivement il y avait une augmentation, et là, tout d'un coup, les gens s'aperçoivent qu'il ne faut pas les augmenter, c'est un peu une plaisanterie ça, je veux dire, on a la mémoire courte.

HERVE FAVRE
Ce qu'on entend beaucoup, quand même, chez les opposants, c'est de dire on nous taxe, on nous fait payer plus cher notre litre de carburant, et rien ne nous garantit que finalement ça ira à la transition écologique, ça va plutôt dans les caisses de l'Etat pour…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais les caisses de l'Etat financent le ministère de la Transition écologique, c'est là…

HERVE FAVRE
C'est ce que vous pouvez leur répondre.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est ce que je leur réponds, c'est ce que le Premier ministre disait tout à l'heure. Vous avez 44 milliards de taxes, le budget du ministère de la Transition écologique c'est 44 milliards. Donc, non, on ne peut pas raconter ça non plus, il y a quand même une certaine augmentation de toutes les mesures en faveur de la transition écologique, et si vous regardez par rapport à il y a 10 ans, c'est un sujet qui a émergé de manière massive et qui prend une part très importante du budget du gouvernement.

HERVE FAVRE
Ce matin, dans La Voix du Nord, nous avons un sondage, Voix du Nord, qui montre, qui nous dit que 2 nordistes sur 3 soutiennent le mouvement, et 1 sur 4 sont même prêts à participer. Est-ce qu'il n'y a pas eu une sous-estimation de votre part ?

CYRIL VIGUIER
Dans La Voix du Nord.

HERVE FAVRE
Je crois que ça recoupe à peu près aussi les mêmes chiffres dans le reste du pays !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, mais à la limite il n'y a pas de raison que La Voix du Nord ait un sondage fondamentalement différent du reste du pays. Alors, par rapport à ça, je ne pense pas qu'on sous-estime, on est à l'écoute, mais on essaye d'être cohérent dans le temps. Les gens qui vous disent qu'il faut absolument lutter contre le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique, et qui ne font rien derrière, il y a un problème quand même de mise en oeuvre, j'ai les mains propres mais je n'ai pas de mains quoi ! Donc non. On est obligé d'y aller, on est obligé de prendre des mesures qui ponctuellement ne sont pas très appréciées, mais dans le même temps on essaye d'accompagner les ménages les plus modestes et d'être à l'écoute de ce…

HERVE FAVRE
Ce n'est pas de l'écologie punitive ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas, et je crois qu'on pourra dire à nos enfants, les yeux dans les yeux, qu'on a fait le job, et c'est ça qui m'importe.

ORIANE MANCINI
Un mot juste sur cette mobilisation de samedi, puisqu'Edouard PHILIPPE est resté ferme ce matin, la loi s'applique, les blocages de routes seront sanctionnés Est-ce que vous redoutez quand même cette mobilisation de samedi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on doit l'aborder de la manière la plus sereine et à l'écoute possible. Sereine, parce que c'est normal que les gens puissent, dans un pays démocratique, développer, enfin dire qu'ils ne sont pas d'accord et expliciter pourquoi, et d'ailleurs je pense que derrière ce mouvement il y a plus que la question du carburant. Et puis, la deuxième chose, c'est qu'en même temps il faut que le pays fonctionne. Le samedi il y a aussi des gens qui travaillent, il y a aussi des gens qui doivent rendre visite à des parents âgés, il y a aussi des gens qui ont une vie familiale et qui doivent la vivre, donc il faut respecter ces personnes.

CYRIL VIGUIER
C'est Agnès PANNIER-RUNACHER, qui est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, qui est notre invitée politique ce matin sur ce plateau, vous êtes dans "Territoires d'Infos." Vous avez lancé un plan d'action dans les territoires ruraux, et périphérique d'ailleurs, quels mesures concrètes allez-vous prendre, que vous pouvez annoncer ce matin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur Territoires d'industrie ? Alors, c'est une mesure qui… enfin, c'est un dispositif qui va être annoncé par le Premier ministre la semaine prochaine, donc je ne me permettrai pas…

CYRIL VIGUIER
De lui griller la priorité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, je trouverai que ça serait un peu inconvenant…

CYRIL VIGUIER
Au moins quelques axes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je peux vous donner un petit peu le cadre de réflexion.

CYRIL VIGUIER
Merci.

AGNES PANNIER-RUNACHER
La semaine prochaine le Comité national de l'industrie, donc présidé par Edouard PHILIPPE, mais dont le vice-président est Philippe VARIN, donc c'est vraiment main dans la main l'Etat et les industriels, vont annoncer un certain nombre de… enfin, vont faire un point d'étape en fait, sur toute notre politique industrielle, et un des éléments c'est de dire que l'industrie, dans les territoires, a un avenir. Le député BONNELL, avec quatre autres personnalités qualifiées, a mené une mission ces deux derniers mois pour déterminer, sur le territoire français, une centaine de communautés, intercommunalités, enfin de territoires, parfois à cheval entre deux départements, parce que la géographie industrielle n'est pas nécessairement la géographie administratives, où il y a une histoire industrielle, qui a fonctionné, soit on est en croissance et il y a un besoin d'accompagner cette croissance, soit en est au contraire un peu en repli, et il y a un besoin d'accompagner le rebond, mais en tout cas vous avez des atouts. Et qu'est-ce qu'on apporte ? on apporte - parce que c'est les collectivités locales, c'est notamment la région qui a les compétences économiques - mais on apporte du très haut débit, on apporte de l'ingénierie, on apporte des capacités à porter des projets, les murs de bâtiments industriels, ce qui est souvent un peu compliqué dans des territoires où le prix du foncier n'est pas très élevé…

HERVE FAVRE
Alors, à propos d'avenir de l'industrie, je voudrais vous parler d'ASCOVAL parce que je crois que vous avez hérité de ce dossier le premier jour finalement de votre prise de fonction…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça a été assez vite.

HERVE FAVRE
Bruno LE MAIRE, depuis, a dit "nous allons trouver une solution", est-ce que vous pouvez nous dire, aujourd'hui, que cette solution est trouvée, que le plan industriel, mais aussi le plan financier, est bouclé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le jour où la solution industrielle sera trouvée, vous serez les premiers informés. Donc aujourd'hui on travaille. On travaille à quoi ? Premier élément, on a fait, avec l'appui d'un cabinet en stratégie, vérifié que l'outil industriel était compétitif… enfin, c'est quand même un peu l'alpha et l'oméga.

HERVE FAVRE
Et ça c'est acquis ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc ça… oui l'aciérie, en tant qu'équipement, est récent, compétitif, et les opérateurs d'ASCOVAL, les gens qui y travaillent, on a un niveau de qualification qui fait que l'entreprise peut être compétitive. Mais elle est compétitive sur un marché qui aujourd'hui est sur-capacitaire, donc ça c'est le deuxième élément. Donc il faut aller chercher les clients…

HERVE FAVRE
L'industriel repreneur éventuel dit qu'il a un carnet de commandes bouclé et que finalement il ne manque plus que le plan financier…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, il ne dit pas ça…

HERVE FAVRE
Enfin c'est ce qu'il a dit dans nos colonnes, mais…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il n'a pas de carnet de commandes bouclés, parce que s'il avait un carnet de commandes bouclé ça serait très facile de trouver les financements, non, il a un carnet de commandes qui repose sur deux éléments. Il y a un premier élément qui est l'outil industriel à date, sur lequel il commence à faire venir des commandes, et puis il a un projet d'investissement, qui nous paraît être une bonne solution, où il s'agit d'installer un train à fil, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais, en gros, c'est une autre forme de production, et pour lequel il faut qu'il établisse une possibilité de carnet de commandes dans 2 ans. Vous imaginez bien qu'aujourd'hui les industriels ne commandent pas à 2 ans, ils ne lui ont pas envoyé les ordres de commandes. Mais, ce qu'il nous faut faire c'est, solidifier ce plan industriel, en premier lieu, une fois que ce plan sera solidifié ça sera beaucoup plus facile de trouver le financement, parce qu'on pourra dire oui, ça correspond à un projet qui tient la route, on a confiance, on peut prendre le risque.

HERVE FAVRE
Il y a urgence là, parce que la décision du tribunal c'est le 12 décembre, donc…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je peux vous assurer qu'on y travaille beaucoup, j'étais encore en contact avec la BPI et les équipes hier, mais, encore une fois, on ne monte pas un projet industriel en claquant dans les doigts, il ne s'agit pas juste de faire un chèque comme on a pu essayer de nous le faire croire à un certain moment.

HERVE FAVRE
On ne pourra pas sauver ASCOVAL à tout prix ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut sauver… enfin, je pense que la responsabilité qu'on a aujourd'hui elle est vis-à-vis des 280 employés de l'entreprise, il faut respecter leur travail, donc, typiquement, un des sujets sur lequel on a fait pivoter le dossier c'est de ne pas leur faire faire fabriquer des aciers simples, sur lesquels ils ne sont pas compétitifs, ce n'est pas respecter leur travail et ce n'est certainement pas sauver l'entreprise. Donc le sujet c'est de trouver une solution qui soit pérenne, pérenne pour eux, c'est quand même les premiers qui sont concernés.

ORIANE MANCINI
Un mot sur un autre dossier, GENERAL ELECTRIC, qui a supprimé 12.000 emplois ces derniers mois à l'échelle mondiale, GENERAL ELECTRIC c'est 16.000 emplois en France, après le rachat d'ALSTOM. Alors pour le moment il n'y a pas de suppressions d'emplois en France, puisque c'était l'un des engagements pris lors du rachat d'ALSTOM, mais cet engagement il prend fin en 2019. Est-ce que les salariés de GENERAL ELECTRIC ont de quoi être inquiets ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, nous on est en contact étroit avec GENERAL ELECTRIC, Bruno LE MAIRE a vu le nouveau patron de GENERAL ELECTRIC, je pense il y a une dizaine de jours, justement pour faire le point sur ce dossier. A date, il n'y a pas d'indication d'évolution particulière de la plateforme France, nous on a répété qu'on serait extrêmement attentif à ce qui se passera sur la France, nos attentes par rapport aux décisions qu'il serait amené à prendre, et en particulier le fait que ces décisions doivent être conduites de manière extrêmement responsables, et par ailleurs on est quand même en réflexion, de manière générale sur les filières où GENERAL ELECTRIC a perdu de l'argent au plan mondial, qui sont des filières de turbines électriques où il n'y a plus de marché, donc ça c'est pareil, c'est factuel, ce n'est pas la politique, ce n'est as les actionnaires, c'est le marché, et pour regarder s'il n'y a pas des alternatives pour anticiper des besoins de charge dans les usines.

HERVE FAVRE
Le président TRUMP a à nouveau fait parler de lui avec une série de tweets assez ravageurs…

CYRIL VIGUIER
De GENERAL ELECTRIC à TRUMP ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le rebond…

HERVE FAVRE
Voilà; il parle notamment des taxes sur les vins américains qui viennent en France, voilà, on est toujours, avec lui, dans la menace, qu'est-ce que vous lui répondez ce matin au président TRUMP ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, il ne m'appartient pas de commenter la diplomatie par tweets, du président TRUMP, mais…

ORIANE MANCINI
Il accuse la France de protectionnisme.

CYRIL VIGUIER
Oui, sur le vin c'est clair, il dit, au fond, on paie des taxes énormes pour vendre nos vins en France, et les Français on ne les taxe pas assez…

ORIANE MANCINI
La France freine les importations de vin américain…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je voudrais dire une chose sur ça, ça met tout à fait en exergue le besoin d'Europe dont on a besoin. Je veux dire, si on veut être capable de répondre à un rapport de force commerciale, qui est aujourd'hui en place, avec la Chine, et avec les Etats-Unis, il faut qu'on soit une Europe alignée, et très forte.

ORIANE MANCINI
Aujourd'hui on est dans un rapport de force avec les Etats-Unis? C'est le début d'une guerre économique entre la France et les Etats-Unis ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce n'est pas le début d'une guerre économique, mais enfin, de tout temps le sujet de l'ouverture des marchés, versus les douanes, a été une question de base, je veux dire ce n'est pas d'hier qu'on s'est affronté pour savoir si on montait ou si on descendait les droits de douane, il ne faut pas être naïf et il faut comprendre que quand on a un marché de 66 millions de personnes, on a un marché moins puissant que quand on prend l'ensemble de l'Europe et qu'on est à plusieurs centaines de millions de personnes, et c'est pour ça que l'Europe c'est quelque chose de très important, même quand on a la passion de la France.

CYRIL VIGUIER
"Ce n'est pas juste, cela doit changer" a-t-il conclu dans son tweet qu'on vient de voir. Agnès PANNIER-RUNACHER, vous succédez à Delphine GENY-STEPHANN à Bercy, vous venez vous aussi de la société civile, est-ce qu'on peut se faire un nom à Bercy, car on avait relativement peu entendu parler de celle qui vous a précédée à ce poste-là, est-ce qu'à l'ombre de Bruno LE MAIRE on peut exister ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas, j'ai 1 mois de recul, même pas, donc ce serait très présomptueux…

CYRIL VIGUIER
Et vous avez été plongée dans le bain tout de suite avec ASCOVAL, on vient d'en parler.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et ça serait très présomptueux pour moi de donner des conclusions définitives à cette question. Ce que je peux vous dire c'est qu'en tout cas aujourd'hui on est très complémentaire avec Bruno et on travaille en parfaite intelligence, sur le dossier ASCOVAL, vous avez pu le voir par exemple. Moi il me semble que le sujet qu'on a aujourd'hui, et la mission qui m'a été confiée, c'est d'incarner l'industrie, c'est d'être très présente sur ces dossiers, l'attractivité de la France et l'industrie. Je serai au Japon lundi et mardi prochain pour aller faire la danse des 7 voiles aux investisseurs japonais, et je pense que c'est très important, il faut le faire maintenant, non seulement sur les sujets financiers, mais aussi sur les sujets industriels. Je fais le tour de France des industries qui fonctionnent, j'étais hier à Figeac, où vous avez une - Figeac ce n'est quand même pas une grande ville - et vous avez une industrie qui a une croissance de 16 % ces trois dernières années, donc voilà, ça c'est l'industrie qui gagne, c'est l'industrie qui m'intéresse.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, l'une de vos premières télévisions matinales, "Territoires d'Infos", merci beaucoup, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. Merci d'être venue.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 novembre 2018

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