Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à CNews le 16 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, les mesures d'accompagnement pour changer de véhicule et payer les factures d'énergie et la réforme portuaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à CNews le 16 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, les mesures d'accompagnement pour changer de véhicule et payer les factures d'énergie et la réforme portuaire.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : ROMAIN DESARBRES
Comment le gouvernement s'apprête-t-il à gérer le mouvement des Gilets jaunes demain ? C'est la question qu'on se pose évidemment. Faudra-t-il envoyer les CRS ? Elisabeth BORNE, la ministre des Transports, est l'invitée de Jean-Pierre ELKABBACH ce matin, dans « L'interview politique ». C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A 24 heures des opérations des Gilets jaunes, bienvenue Elisabeth BORNE, merci d'être avec nous, et je vous souhaite une bonne journée. Est-ce que ce matin vous avez déjà les premiers signes de ce qui va se passer demain ? Blocages, pas blocages ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il y a beaucoup de mouvements qui sont annoncés, de manifestations, il y en a très peu qui sont déclarés, donc voilà on ne peut pas aujourd'hui dire ce qui va se passer demain, en tout cas le gouvernement est vigilant pour que ça se passe dans le calme, et que la sécurité de chacun soit assurée, celle des manifestants et celle des autres citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, c'est une protestation qui est légale, légitime, qui peut se dérouler dans le calme, le pire n'est pas toujours sûr, mais s'il y a entrave, s'il y a provocation comme dit Romain, les CRS ?

ELISABETH BORNE
C'est une protestation et les demandes de manifestations, les dépôts de manifestations c'est légal, en France on a le droit de manifester, mais effectivement on n'a pas le droit de bloquer le pays, et puis par ailleurs il faut s'assurer que, je vous dis, que ça se fait dans la sécurité pour tout le monde, qu'on ne met pas en danger des gens et donc c'est bien à ça qu'on va être vigilant demain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas de France bloquée.

ELISABETH BORNE
Voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On manifeste, mais pas de France bloquée. Est-ce que vous êtes impressionnée par ce surgissement d'un mouvement collectif ? Ou vous êtes tous dans le brouillard, comme la plupart d'entre nous ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il y a une colère qui s'exprime, il y a des gens qui expriment leurs difficultés et il faut les entendre, et c'est ce que fait le gouvernement en proposant des mesures pour accompagner les Français, ceux qui ont le plus de difficultés avec la hausse des carburants, pour leur proposer, les accompagner pour changer de voiture, et surtout aussi, moi c'est la loi que je porterai d'ici la fin du mois en Conseil des ministres, pour leur donner des solutions alternatives à l'utilisation de la voiture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Surtout ceux qui vivent dans les campagnes et qui n'ont pas de plan B.

ELISABETH BORNE
Voilà, qui n'ont pas de plan B, absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ceux qui ont des difficultés avec leurs voitures et qui n'ont pas de transports publics. Mais d'abord, dans différentes villes, les conducteurs de métros, de bus, de tramways, disent qu'ils sont décidés à porter leur Gilet jaune. Est-ce qu'ils peuvent le faire pendant le service ?

ELISABETH BORNE
Non, enfin il y a des règles en France. Quand on est un agent du service public, on est tenu à la neutralité, quand on fait son métier de service public, on doit rester neutre et on n'est pas là pour exprimer ses opinions personnelles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'à titre personnel et hors service, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, ils peuvent porter le gilet jaune…

ELISABETH BORNE
Chacun fait ce qu'il veut en dehors de son service, mais dans le service public, il y a un principe en France, c'est la neutralité, on n'exprime pas ses opinions dans le service public.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais si la neutralité est rompue, qu'est-ce qui se passe ? Sanctions internes, sanctions administratives, sanctions ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on ne va peut-être pas en venir là, je pense qu'il faut leur dire que, voilà, chacun ses opinions, en dehors du service, pendant le service on est simplement un agent du service public au service des autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites ça aux policiers aussi ou à certains des policiers qui ont déjà annoncé qu'ils mettraient leur gilet jaune ?

ELISABETH BORNE
Je pense que de façon générale, la police nationale elle fait sa mission, il y a quelques, peut-être cas isolés, mais je pense que ce n'est vraiment pas la règle générale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne le comprendriez pas ?

ELISABETH BORNE
Non, je pense que c'est important en France que le service public respecte le principe de neutralité. Je pense que c'est ce qu'on peut tous attendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que vous croyez que samedi, c'est-à-dire demain, à minuit, la protestation des Gilets jaunes s'arrêtera ?

ELISABETH BORNE
C'est un mouvement qui est compliqué. Moi je vous dis, il y a une colère qui s'exprime notamment des Français qui doivent faire des dizaines de kilomètres par jour pour aller au travail et qu'il faut accompagner. Il faut leur apporter des solutions. Et puis il y a aussi, et je pense qu'il faut mettre en garde là-dessus, un certain nombre de partis politiques qui veulent récupérer le mouvement, qui disent à peu près tout et son contraire, ils sont dans le même mouvement mais certains disent qu'il faut baisser les impôts, d'autres qu'il faut plus de services publics, donc quand on raconte ça aux Français, on ne leur raconte pas la vérité, c'est pas vrai qu'on peut baisser les impôts…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous avez, vous l'Etat et le gouvernement, peut-être les clés pour éviter que ça ne se reproduise ou que le mouvement des Gilets jaunes recommence ou continue.

ELISABETH BORNE
Moi, ce que je peux dire à ces Français, qui expriment leurs difficultés, c'est que le gouvernement les écoute, les entend, veut apporter des solutions, et notamment s'occuper des 80 % du territoire où aujourd'hui les gens n'ont pas de plan B, sont obligés de prendre leur voiture tous les jours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, pardon, on ne peut pas s'empêcher de penser que heureusement qu'il y a ces manifestations pour que vous découvriez, tous, l'Etat, le gouvernement, les partis politiques, qu'il y a des gens en souffrance et qui ont besoin…

ELISABETH BORNE
Vous savez, ça fait 18 mois que moi je prépare une loi, où je vais dans les petites communautés de communes, où je vois quoi, des gens qui effectivement pour se rendre au travail n'ont pas d'autre solution que de prendre leur voiture, dans lesquelles il y a des transports scolaires, c'est le seul service de transport qui existe, mais évidemment il n'y en a pas le mercredi, donc comment on fait pour aller à la piscine, comment on fait pour les personnes âgées pour aller chez le médecin ? Et ça, moi je ne peux pas me résoudre à cette situation, et le sens de la loi que je porte c'est bien d'apporter des réponses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir. La loi de mobilité discutée en novembre-décembre, peut-être qu'au début de l'année prochaine, et qui sera appliquée en 2019-2020. Mais, d'Edouard PHILIPPE a promis avec François de RUGY ici 500 millions de plus que ce qui est donné. Je répète, c'est 500 millions pour une année ou par année ? C'est-à-dire 2 milliards d'ici à 2022, et puis après aussi peut-être.

ELISABETH BORNE
C'est 500 millions de plus par an qui vont au-delà de ce qui était déjà prévu dans le budget pour l'année 2019, où on renforce le chèque énergie pour accompagner les Français les plus modestes, par exemple pour se chauffer, où on aide les Français à changer de voiture…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien.

ELISABETH BORNE
Voilà, 500 millions par an.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
2 milliards sur 4 ans, mais l'Etat, lui, trouvant dans les hausses des taxes des profits qui sont plus élevés. Et comment vous pouvez garantir à une opinion publique qui est sceptique et même hostile, que toutes les taxes qui proviennent des carburants, ne vont pas servir à combler les trous des budgets ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, vous savez, les trous des budgets c'est aussi ce qui baisse, la taxe d'habitation qui baisse, c'est aussi la suppression des charges…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous confirmez que c'est pour combler des petits trous.

ELISABETH BORNE
Alors, à la fois, je pense qu'il faut aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou des gros trous.

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut dire ce qui baisse, et ce qui baisse dans l'intérêt des Français, parce que la taxe d'habitation c'est un impôt injuste, parce qu'il y a trop de charges sur le travail, et en même temps évidemment on amplifie les efforts sur la transition énergétique, on était hier avec le Premier ministre à Dunkerque, on lance un champ éolien offshore, eh bien pour avoir des énergies renouvelables il faut de l'argent, et ça sert à ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tous les transports, c'est vous, hein.

ELISABETH BORNE
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais je voudrais revenir et vous demander : est-ce qu'on est sûr que ces sommes vont servir vraiment à la transition écologique ?

ELISABETH BORNE
Mais ces sommes, elles servent par exemple à accompagner les changements de voitures, elles servent à développer des transports en commun, elles servent à développer des énergies renouvelables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elles vont servir, chaque euro n'ira pas ailleurs qu'à la transition écologique. Par exemple, vous vous occupez de tous les transports qui peuvent être utilisés contre, et c'est l'objectif, la pollution. Comment, avec votre loi mobilités, vous pouvez aider les pratiquants du covoiturage ? Concrètement, pratiquement.

ELISABETH BORNE
Alors, très concrètement, vous savez c'est d'abord d'aider les communes, les collectivités à proposer des solutions aux Français. On peut les aider par exemple en mettant en place un forfait covoiturage. Vous savez, quand vous habitez dans des grandes villes, que vous avez des transports en commun, votre employeur prend en charge 50 % de l'abonnement en transports en commun.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien, maintenant ?

ELISABETH BORNE
Eh bien maintenant, dans la loi que je porte et qui sera présentée d'ici la fin du mois en Conseil des ministres, on va mettre en place un forfait mobilité, 400 € par an, que votre employeur vous donne, sans que vous payiez des charges sociales dessus, sans que vous payiez des impôts dessus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Défiscalisés, 400 € par an pour les salariés du privé.

ELISABETH BORNE
Qui font du covoiturage et l'Etat le met en place pour ces salariés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ?

ELISABETH BORNE
L'Etat le met en place pour les salariés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous, pour la Fonction publique ?

ELISABETH BORNE
A partir de 2020, donc on aura aussi ce forfait mobilité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que vous envisagez des navettes autonomes, c'est-à-dire dans pas longtemps des navettes sans conducteur qui iraient chercher là où il faut, ceux qui ont besoin de voitures et qui n'en ont pas ?

ELISABETH BORNE
On envisage toutes les solutions, de donner aux maires qui sont proches des citoyens, qui ont envie de les aider, toutes les solutions pour échapper à la dépendance, à la voiture individuelle, donc c'est du covoiturage. Et moi vous savez je vois en France qu'il y a beaucoup d'initiatives, je ne voudrais pas qu'on pense que c'est la fatalité de ne pas avoir d'autre choix que de prendre sa voiture, il y a beaucoup de maires qui prennent des initiatives. J'étais à Charleville-Mézières, vous savez ils ont mis en place des véhicules électriques en libre-service. Eh bien ça c'est un service important pour les gens, en alternative à la voiture. Du covoiturage, j'étais en Eure-et-Loir à côté de Chartres l'autre jour, eh bien vous avez des collectivités, des entreprises, qui veulent organiser autrement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça va se développer forcément comme une des solutions à ce qui est en train de se passer. Des questions reviennent, si vous permettez, elles sont lancinante, elles sont parfois stupides, idiotes, mais en même temps il faut les poser. Le trafic aérien va se développer de manière considérable, comment développer le trafic aérien et en même temps réduire la pollution ? Certains rêvent de taxes sur les avions et le kérosène, on dit que ce n'est pas possible parce que ce sont des accords internationaux qui remontent à la Saint-Glinglin. Mais est-ce qu'on ne peut pas par exemple de taxer les vols internes, les vols intérieurs des compagnies sur le territoire français ?

ELISABETH BORNE
Alors, comme vous dites, le transport aérien c'est une activité vraiment internationale, et de fait, c'est des règles internationales, la France ne peut pas se mettre à décider tout seule qu'elle va taxer le kérosène.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais peut-être pousser, puisqu'il y a la COP21,22,23, qu'on l'y pousse.

ELISABETH BORNE
Mais la France a poussé à un accord international qui couvre tous les pays de la planète, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, du transport aérien, pour que même si le trafic augmente, il n'y ait pas plus d'émissions, le secteur est obligé de ne pas augmenter ces émissions. A partir de 2020, le secteur est tenu de ne pas augmenter ses émissions de gaz à effet de serre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pas de contrôle sur les vols aériens, internes ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez, c'est 4 % du trafic aérien, je pense que c'est la meilleure solution pour baisser les émissions de gaz à effet de serre, c'est cet accord mondial, parce que le trafic il se développe énormément en Chine, qu'on soit tous engagés sur la planète à maîtriser les émissions du secteur, c'est ça la bonne solution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous confirmez Elisabeth BORNE l'information que vous aviez annoncée ici, d'une vignette pour les poids lourds qui dégradent le territoire ?

ELISABETH BORNE
Alors je pense qu'il ne faut pas mélanger tous les sujets. Moi j'ai des discussions avec les transporteurs routiers…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais je ne veux pas mélanger. Il y aura ?

ELISABETH BORNE
... pour regarder comment ils peuvent participer à l'entretien des routes. Vous savez qu'on va faire un effort considérable pour mieux entretenir les routes, et je pense que beaucoup de Français voient qu'il y a des poids lourds étrangers, qui traversent notre pays, sans rien payer, eh bien je pense qu'on peut tout se dire que ce serait bien qu'ils participent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien vous me confirmez qu'il faudra qu'ils participent.

ELISABETH BORNE
On a des discussions en cours mais qui doivent prendre en compte tous les sujets du secteur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, eh bien c'est Christian ESTROSI par exemple, qui rappelle que par les Alpes-Maritimes transitent chaque année 2 millions et demi de camions, 6 800 par jour dans les deux sens.

ELISABETH BORNE
Absolument, et ceux qui habitent à côté de la frontière espagnole ou de la frontière belge, voient bien qu'il y a des poids lourds qui traversent notre pays, qui ne font pas le plein en France, donc qui ne paient rien et qui aussi abiment les routes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon, de cela même, il faut discuter, discuter et obtenir des résultats. Est-ce que l'avenir proche pour les poids lourds ce n'est pas plutôt que l'autoroute, le ferroutage c'est-à-dire les trains enfin les camions sur les trains ?

ELISABETH BORNE
Oui, eh bien écoutez moi, j'étais il y a quelques jours à Calais pour lancer ce qu'on appelle une autoroute ferroviaire, où on met justement les camions sur un train, entre Calais et Turin, ça va être 30 000 poids lourds de moins grâce à ces autoroutes ferroviaires. Et évidemment on veut développer ce type de solution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, à la fois ce qu'on appelle le ferroutage, mais je le dis aussi le mer-routage, par exemple à l'ère des containers, je lis qu'un navire de 350 m peut transporter l'équivalent de 55 km de poids-lourds, donc on a intérêt à développer aussi surtout avec les façades maritimes de la France.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on avait une réunion sur les enjeux maritimes avec le Premier ministre hier à Dunkerque, pour dire qu'on veut être plus ambitieux pour nos ports.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est temps.

ELISABETH BORNE
Oui, je pense qu'il est temps, parce que vous savez, un container sur deux qui arrive en France ne passe pas par un port français. Donc ça veut dire qu'ils viennent de plus loin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hambourg, Rotterdam.

ELISABETH BORNE
Voilà, absolument Anvers, alors qu'on a une façade maritime, une des plus grandes en Europe, et que développer nos ports c'est aussi développer de l'activité économique, c'est créer des emplois, donc on va, le Premier ministre m'a demandé de préparer une stratégie nationale pour développer nos ports.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans six mois, j'ai lu que c'est dans six mois.

ELISABETH BORNE
Voilà, dans six mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a trois étapes dans votre agenda : rapprocher vite Boulogne et Dunkerque, vous étiez dans les Haut-de-France chez Xavier BERTRAND. Deux, Edouard PHILIPPE, l'ancien maire du Havre, vous demande de fusionner d'ici à 3 ans Le Havre, Rouen et Paris.

ELISABETH BORNE
Parce que vous savez, aujourd'hui on a trois grandes alliances mondiales qui font 80 % du trafic maritime. Et face à ces géants, face à la Chine qui fait des routes de la soie, on a besoin d'avoir des ports plus forts, des acteurs aussi qui soient à même de se battre dans cette compétition internationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on regarde le classement des ports, annuel on se rend compte qu'il y a des villes chinoises qui n'existaient pas, qui deviennent, comme des champignons qui poussent, et qui deviennent des ports très importants, c'est que Jacques ATTALI dit ou Christian BUCHET, les grands spécialistes, et puis on voit le déclassement des ports européens, sauf Rotterdam, Anvers, que vous avez cités, mais nous alors, Marseille, même Le Havre, etc. déclinent, simplement. Et le troisième, ce sont des ports, troisième dans l'agenda, des ports de la Méditerranée, j'ai vu qu'on vous demande de rapprocher les ports de Marseille, Nice, Toulon, Sète, Port-Vendres, c'est-à-dire des armes, on peut dire, qu'entre la pollution, et est-ce qu'on peut imaginer que c'est aussi pour la croissance économique bleue ?

ELISABETH BORNE
Mais c'est clairement pour la croissance économique, parce que si nos ports sont plus forts, si les containers, au lieu d'arriver à Anvers ou à Rotterdam arrivent dans nos ports, c'est des emplois qu'on crée en France, et c'est moins de poids lourds sur les routes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà ce qui se joue en ce moment avec les Gilets jaunes, peut-être un jour des Gilets bleus, ou bleu blanc rouge. A la SNCF, Elisabeth BORNE, à partir d'aujourd'hui et jusqu'à jeudi prochain, les 150 000 salariés de l'entreprise vont voter pour élire leurs prochains représentants et choisir entre quatre syndicats dont les deux plus durs, qui ont mené des grèves etc. SUD-Rail et la CGT. Est-ce que ces élections font courir des risques à la réforme de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
La réforme, elle a été votée, elle va se mettre en oeuvre, je pense qu'il faut que tout le monde se préoccupe maintenant de l'appliquer, et donc ça veut dire notamment tous les programmes d'investissements, moi je rappelle qu'on va investir. 3,6 milliards d'euros par an pour remettre notre réseau ferré en état. Donc soyons sur ces sujets pour améliorer là aussi les transports du quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais est-ce qu'il y a des risques de manif, nouvelles, de grèves nouvelle à la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas. Voilà, moi je vous dis que l'important c'est vraiment développer le transport ferroviaire, répondre aussi aux besoins du quotidien des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Réussir la négociation collective etc.

ELISABETH BORNE
Réussir la négociation, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, parce qu'on n'a pas envie de recommencer. A Londres, la bataille du Brexit fait rage, Theresa MAY fait ce qu'elle peut, elle a quatre, six, sept ministres qui ont démissionné, il lui faut un gouvernement, une majorité au Parlement, je vais vite, et le soutien de l'opinion. C'est loin d'être fait, elle est en danger. Mais s'il y a rupture, s'il y a divorce entre le Royaume-Uni et l'Europe, est-ce que du jour au lendemain vous êtes prête ? Et qu'est-ce qu'on fait ?

ELISABETH BORNE
On se prépare. On se prépare, si on n'a pas d'accord et aujourd'hui il y a un accord qui a été trouvé entre le négociateur anglais et le négociateur européen, mais comme vous le voyez, c'est pas du tout, on n'est pas du tout certain que ça va se mettre en place et qu'il y aura une majorité en Grande-Bretagne pour accepter cet accord, donc on se prépare à l'hypothèse où il n'y a pas d'accord.…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'on fait ?

ELISABETH BORNE
Dans ce cas-là, on a des contrôles douaniers, on a des contrôles vétérinaires qu'il faut remettre en place, et donc on s'y prépare, notamment aussi pour aménager nos ports pour pouvoir justement contrôler les camions qui arriveront dans ces ports, pour remettre des douaniers, pour remettre des vétérinaires, pour contrôler, et donc on espère…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Tunnel sous la Manche, il y a tous les…

ELISABETH BORNE
On espère tous qu'il va y avoir un accord, en même temps ça ne sera pas comme avant, quand on sort de l'Union européenne c'est ça ne veut pas dire qu'on continue comme avant, mais en tout cas on se prépare au cas où il n'y aurait pas d'accord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque, le président de la République a reconnu qu'il n'avait pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants, et qu'il présiderait le pays de manière différente. Je ne sais pas ce que ça veut dire, peut-être qu'il va nous le montrer au fur et à mesure, mais vous à votre place déjà quelles leçons vous tirez pour tenir compte de ce qui monte des Français qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit qu'ils sont ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut être à l'écoute des gens qui expriment des difficultés, et moi je peux vous dire que depuis que je suis à la tête de mon ministère, je me déplace beaucoup pour entendre ce sentiment d'assignation à résidence, de voilà, d'injustice que certains Français peuvent ressentir, quand pendant des années on s'occupait de faire des TGV plutôt que des transports du quotidien, quand depuis des années personne ne s'est occupé de savoir comment on pouvait se déplacer dans les zones rurales, où il n'y a pas de transports publics, eh bien il faut s'occuper et apporter des solutions pour ces Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'allais oublier : les trottinettes. Elles sont en train de se développer et il y a de nombreux accidents qui se produisent. C'est formidable le développement et il faut l'encourager, mais est-ce que vous-même, ou les maires, vous n'allez pas décider un jour de faire porter des casques pour éviter des morts, des victimes, ou il faut avoir des victimes pour que vous décidiez de porter un casque ?

ELISABETH BORNE
Ce qu'on va faire, c'est de dire que les trottinettes elles ne doivent pas être sur les trottoirs. Ensuite, moi je ne suis pas dans l'idée d'obliger à mettre des casques, je pense que les Français, ils n'ont pas forcément envie qu'on leur mette des obligations en plus. Je pense qu'il est prudent, quand on va sur une trottinette qui est à 20 km heure sur la chaussée, d'avoir un casque, et est-ce qu'il faut toujours mettre des obligations ? Je ne crois pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'espère que lors d'une prochaine visite vous ne direz pas : il faut mettre des casques.

ELISABETH BORNE
D'accord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue, on voit bien que toutes ces questions fiscales, politiques, etc., peut-être traduisent les craquements d'un monde qui s'en va et d'un nouveau monde qui est en train de se mettre en place sous nos yeux, avec toutes les difficultés sociales que ça représente et parfois douloureuses. Merci d'être venue, et on va suivre ce qui se passe évidemment sur Cnews pendant le week-end et d'ores et déjà avec Romain et Clélie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2018

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