Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur la Bibliothèque humaniste de Sélestat, à Sélestat le 13 novembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur la Bibliothèque humaniste de Sélestat, à Sélestat le 13 novembre 2018.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

Circonstances : Inauguration de la Bibliothèque humaniste, à Sélestat le 13 novembre 2018

ti :
Monsieur le maire de Sélestat, cher Marcel Bauer,
Votre Altesse, vous me pardonnerez d'avoir cité le maire de Sélestat avant vous mais il est notre hôte. En tout cas, merci de l'honneur que vous nous faites en étant présent aujourd'hui à Sélestat,
Monsieur le Député, cher Antoine Herth,
Madame la Sénatrice, chère Fabienne Keller,
Monsieur le Président du Conseil régional, cher Jean Rottner,
Monsieur le Président du Conseil départemental du Bas-Rhin, cher Frédéric Bierry,
Madame la Présidente du Conseil dpartemental du Haut-Rhin, chère Brigitte Klinkert,
Mesdames et Messieurs les représentants de l'équipe de direction,
Madame la directrice des affaires culturelles et tous ceux qui ont participé à cette magnifique cérémonie,
Mesdames et Messieurs, chers amis,


Je dois vous dire que c'est un vrai moment de bonheur pour le ministre de l'Economie et des Finances que je suis. Je le sais : certains se demandent un peu pourquoi c'est le ministre de l'Economie et des Finances qui inaugure cette bibliothèque et pas le ministre de la Culture. J'ai même senti chez certains un peu d'inquiétude : est-ce qu'il va nous annoncer un impôt sur les livres rares, une taxe sur les incunables, un prélèvement sur les bibliothèques ?

Je vous rassure, rien de tout cela. Je viens ici, d'abord, par passion pour le livre, pour ce qu'il transmet et pour la manière dont il diffuse le savoir et dont il continue à diffuser le savoir aujourd'hui en France, en Europe et à travers la planète. Je viens ici par attachement à la culture humaniste qui a été rappelée par l'ensemble des intervenants. Oui, je crois à la force de cette culture humaniste.

Nous célébrons aujourd'hui le troisième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015. L'humanisme est la réponse au terrorisme. Les terroristes veulent faire des hommes des bêtes féroces ; nous, nous croyons à la phrase d'Erasme : "On ne naît pas homme, on le devient". Et on le devient notamment par les livres et par la culture. Les terroristes veulent effacer la culture, effacer nos racines, effacer les images ; nous, nous voulons construire sur notre culture, sur notre passé, sur notre mémoire. Les terroristes veulent détruire, nous voulons construire.

Je crois aujourd'hui que cette affirmation de l'humanisme contre la menace terroriste est la meilleure réponse à la férocité, à l'aveuglement, à la barbarie de ceux qui veulent nous abattre, abattre notre culture et effacer notre mémoire.

Je viens aussi ici par attachement pour Sélestat et pour l'Alsace. J'aime votre territoire, votre culture, vos traditions, même votre caractère – et Dieu sait qu'il n'est pas toujours facile ! Je suis venu à plusieurs reprises dans cette ville, cher Marcel, mais notamment en septembre 2016 dans le cadre d'une campagne électorale passée. Ce magnifique bâtiment était alors en plein chantier et tu m'avais dit : "Est-ce que tu pourrais venir inaugurer cette bibliothèque quand elle sera ouverte ?"

Et bien entendu, j'ai immédiatement dit oui parce que c'est un immense honneur pour moi de venir ici, à Sélestat, un immense honneur d'inaugurer avec toi et tous tes invités cette Bibliothèque humaniste de Sélestat.

Cette Bibliothèque humaniste représente beaucoup pour vous, elle représente beaucoup pour moi. C'est un des grands témoignages de notre culture humaniste commune. J'ai eu la chance de pouvoir circuler dans cette bibliothèque, j'y ai vu des trésors incroyables. J'ai été particulièrement marqué, je ne le cache pas, par le livre scolaire de Beatus Rhenanus. Si mes enfants à 13 ans savaient écrire de la manière dont écrit Beatus Rhenanus, je serais le plus heureux des pères ; j'ai peur que ce ne soit pas le cas. Mais l'histoire de Beatus Rhenanus est au coeur de cette culture humaniste rhénane à laquelle nous sommes tous ici attachés. Il est né le 22 août 1485 à Sélestat, c'était un ami d'Erasme.
J'ai appris, grâce à Marcel, qu'Erasme avait écrit non seulement l'Eloge de la folie, comme tout le monde le sait, mais également un Eloge de Sélestat. Alors, est-ce que cela veut dire qu'il y a un lien entre la folie et Sélestat ? Je ne crois pas car je ne vois que des gens très raisonnables ici. Mais cela montre que le triangle magique de l'humanisme se trouvait bien ici, en Alsace, à la confluence de Sélestat, de Bâle et de Strasbourg. Et cette collection de livres, d'incunables est remarquable. Je vous invite évidemment à la visiter et j'invite, au-delà de Sélestat, tous les visiteurs de France, d'Europe et du reste du monde à venir ici, à Sélestat, consulter des manuscrits qui sont tout à fait exceptionnels.

Je voudrais également saluer le travail architectural accompli par Rudy Ricciotti. C'est un homme plus habitué des bords de la Méditerranée que des rives du Rhin, mais il s'est toujours défini comme un architecte local.

Que veut-il dire par architecte local ? Je pense que cette bibliothèque de Sélestat en est une très belle illustration. Cela veut dire qu'il n'arrive pas comme un architecte global, mondialisé qui imposerait son style partout de manière uniforme en disant : "Ecoutez, moi, je suis le génie des Carpates, je sais mieux tout que tout le monde et donc je vais vous imposer mon style chez vous". Il cherche au contraire à se nourrir de la culture du lieu, de la ville, de la région, du territoire où il fait sa réalisation architecturale. Quand vous voyez le MUCEM de Marseille, c'est exactement ça : ce sont les fonds marins qui auraient été retirés de l'eau, inversés et qui font cette espèce de grillage noir qui cogne contre le soleil de la Méditerranée.

Et ici, à Sélestat, Rudy Ricciotti a joué avec le grès rose de manière exceptionnelle. Regardez attentivement les colonnes à l'extérieur, il n'y en a pas une semblable à l'autre. Il a donné de la sensualité au grès rose d'Alsace et à la ville de Sélestat. Je pense qu'on peut lui rendre hommage pour cette réalisation tout à fait exceptionnelle.

Je veux dire enfin, comme l'ont rappelé le président du département et le président de la région, que tous ceux qui pensent que la culture est un investissement à fonds perdus sont aveugles et ne comprennent pas le monde dans lequel nous vivons. La plus grande force de la France, la plus grande force de notre Nation, c'est sa culture. Quand vous allez en Chine, aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil, en Argentine ou ailleurs, nous sommes connus pour notre langue, nous sommes connus pour notre culture, nous sommes connus pour notre architecture, pour notre musique, pour notre art de vivre, pour notre cuisine, pour notre gastronomie, pour notre façon de recevoir, pour nos manières, pour notre manière de parler, pour les mots que nous employons, pour notre littérature.

C'est cela qui fait notre force. C'est ce qui fait notre force parce que c'est ce qui nous unit. La culture est ce qui nous unit. Vous pouvez venir d'Alsace, vous pouvez venir de la Méditerranée, vous pouvez venir de Marseille ou de Sélestat, qu'est-ce qui fait que nous sommes ensemble ? Qu'est-ce qui fait que nous sommes Français ? Ce sont notre culture, notre langue, notre mémoire, notre Histoire partagée, nos racines. C'est cela qui fait la force de la Nation française, parce que c'est ce qui fait son unité. Et dans un temps où l'on voit menacer les divisions, les séparations, l'unité de la France se fait autour de sa culture.

Cela n'exclut pas d'ailleurs de reconnaître les particularités, les singularités. Oui, il y a une particularité alsacienne et tant mieux qu'elle soit reconnue ! J'ai toujours été un grand défenseur de la culture alsacienne, de l'identité alsacienne. Elle ne s'oppose pas à la culture française, elle en est une des illustrations les plus fortes, elle en est un des piliers. Mais notre culture fait l'unité de notre Nation et donc sa force, et notre culture fait notre rayonnement dans le reste du monde.

Et je souhaite que Sélestat soit un des pôles du rayonnement culturel national – pas simplement alsacien, il l'est déjà, mais national – et que de toute la France et, j'espère, de toute l'Europe, des dizaines de milliers de visiteurs viennent ici, dans la Bibliothèque humaniste, pour puiser dans notre passé l'inspiration pour l'avenir car on ne construit pas l'avenir d'une Nation sans connaître son passé, on ne construit pas l'avenir d'un peuple sans comprendre d'où il vient, quelle est sa mémoire, quelle est son Histoire, quelles sont les épreuves qu'il a traversées et aussi les moments de joie ou les moments de gloire. On ne construit rien de l'avenir d'un peuple sans connaître son passé et ce passé, il est déposé ici en partie, dans cette Bibliothèque humaniste de Sélestat, que je suis si heureux d'inaugurer.

Je terminerai par une citation d'un très grand bibliothécaire, d'un immense écrivain pour lequel j'ai toujours eu une très grande admiration. Je me suis même rendu dans la bibliothèque de sa ville natale il y a quelques mois parce que je voulais voir le lieu où il avait vécu, le lieu où il avait écrit. Cet écrivain, vous l'avez reconnu, c'est Borges, immense écrivain argentin qui disait du fond de sa Bibliothèque nationale d'Argentine : "J'ai toujours imaginé le paradis comme une sorte de bibliothèque". Eh bien j'en ai la confirmation ici ce matin, à Sélestat.


Merci à tous.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 16 novembre 2018

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