Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec BFMTV le 16 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec BFMTV le 16 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérald DARMANIN, bonjour.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Vous ne reviendrez pas sur la hausse de la taxe sur les carburants, quelle que soit l'ampleur de la protestation et des manifestations ? Quelle que soit l'ampleur ?

GERALD DARMANIN
Est-ce que c'est bon pour la santé le diesel ? Est-ce que c'est bon pour la santé le diesel ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous laisse répondre.

GERALD DARMANIN
Est-ce que c'est bon, d'ailleurs, pour l'économie ? Eh bien on sait que non. On sait qu'il y a 50.000 morts par an, du diesel, c'est un scandale sanitaire semblable à l'amiante. On sait qu'il y a 20 % d'enfants qui sont asthmatiques, de plus, notamment dans les grandes villes, mais pas simplement, y compris dans les campagnes où passent les autoroutes, là où passent effectivement, le lieu où il y a de plus en plus de CO2 et surtout de particules fines. Est-ce que les responsables politiques doivent dire voilà, on sait qu'il y a 50.000 morts par an, comme l'amiante, quand j'étais petit on disait ah les politiques n'avaient pas pris des décisions pour l'amiante, et on devrait considérer que les choses ne doivent pas être dites au peuple et qu'on ne doit pas faire des choses différentes. Alors moi je comprends beaucoup la colère des Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais êtes-vous persuadé que cette colère porte uniquement sur le diesel et sur la hausse des taxes sur les carburants, franchement…

GERALD DARMANIN
Non, je ne le crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'entendez cette colère ?

GERALD DARMANIN
D'abord je l'entends, je la sens, et je la ressens depuis longtemps, parce que si je fais de la politique, Monsieur BOURDIN, si je me suis engagé à faire de la politique, à être élu parfois dans des territoires difficiles, si j'ai suivi Emmanuel MACRON, que j'ai quitté ma famille politique parce que je me suis dit que tout le monde devait se mettre ensemble pour résoudre les problèmes des Français, c'est que j'entends depuis très longtemps la colère. Mais vous me posiez la question sur le diesel, et je vous répondais sur le diesel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais quelle que soit l'ampleur de la protestation et des manifestations, vous ne reviendrez pas sur cette hausse des taxes, on est bien d'accord, quelle que soit l'ampleur ?

GERALD DARMANIN
D'abord, moi je voudrais vous dire que je comprends…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, répondez-moi, quelle que soit l'ampleur vous ne reviendrez pas sur cette hausse ?

GERALD DARMANIN
Mais je vais vous dire que la stratégie que nous mettons en place c'est une stratégie effectivement pour la santé publique et pour la baisse des impôts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelle que soit l'ampleur, vous ne reviendrez pas ?

GERALD DARMANIN
Mais Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, pourquoi vous ne répondez pas à ma question ? Je vous pose une question.

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr qu'on ne reviendra pas, bien sûr qu'on ne reviendra pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, maintenant c'est clair.

GERALD DARMANIN
Mais, Monsieur BOURDIN, parce que le diesel c'est très mauvais pour la santé, ça fait des dizaines de milliers de morts, et que c'est très mauvais pour notre économie. Mais, pourquoi on porte un gilet jaune ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

GERALD DARMANIN
On porte un gilet jaune parce que souvent on est accidenté, c'est pour ça qu'on a un gilet jaune dans sa voiture, on est accidenté, on le met, parce que quand on sort de sa voiture, pour attendre le dépanneur, on évite d'une part d'avoir soi-même un accident et pour se signaler aux autres. Que font les Français ce week-end, en partie, ceux qui mettront un gilet jaune ? Ils vont se signaler, parce que la France elle est accidentée, sinon Madame LE PEN n'aurait pas fait 11 millions de voix, parce que MACRON ne serait pas élu, et parce que moi je ne serais sans doute pas ministre si c'était le cas. Et bien sûr que ce n'est pas facile. Et pourquoi ils manifestent, sans doute, les gens ce week-end ? bien sûr une partie peut-être pour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'ils gagnent 1100, 1200, 1300 euros par mois…

GERALD DARMANIN
Vous avez raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'ils n'arrivent pas à boucler les fins de mois.

GERALD DARMANIN
Parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de chômeurs, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de misère, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de désespérance, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de difficultés dans notre pays, vous avez tout à fait raison. C'est un cri, comme il y en a eu un pendant la présidentielle, et on le sait, et on l'écoute, et moi je sais que les Français vivent des choses difficiles quand ils gagnent effectivement 500, 800, 900, 1000 euros par mois, que ça fait des années qu'ils sont au chômage devant leurs enfants. C'est d'ailleurs pour ça que je fais de la politique avec Emmanuel MACRON, parce qu'Emmanuel MACRON il est courageux, il baisse les impôts, nous sommes le gouvernement qui supprimons les impôts, peut-être pas assez vite, peut-être pas autant que les Français attendent encore, nous supprimons des cotisations, nous supprimons la taxe d'habitation, nous baissons les fiscalités pour les entreprises, alors peut-être que ça ne va pas assez vite, mais moi je vais vous dire quelque chose, nous entendons les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais Gérald DARMANIN, parallèlement à ça, le prix de l'essence augmente, parallèlement à ça le prix de l'assurance auto va peut-être augmenter, je vais y revenir, parallèlement à ça le prix du gaz augmente.

GERALD DARMANIN
D'abord, le gouvernement il n'est pas responsable de toutes les augmentations, ça a toujours été le cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord…

GERALD DARMANIN
Non, mais, on peut aussi faire de la démagogie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais le gaz, prenons le cas du gaz.

GERALD DARMANIN
C'est très intéressant le gaz.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y.

GERALD DARMANIN
Pourquoi ça augmente le gaz.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que ça augmente ?

GERALD DARMANIN
Eh bien ça augmente, le même motif que ça augmente le diesel, et l'essence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi, les taxes ?

GERALD DARMANIN
Parce que vous savez que c'est en rapport avec le prix du baril de pétrole ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

GERALD DARMANIN
Alors quand en Arabie saoudite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes augmentent ?

GERALD DARMANIN
Non mais, écoutez-moi 2 secondes Monsieur BOURDIN s'il vous plaît.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

GERALD DARMANIN
Quand l'Arabie saoudite a une politique particulière sur le pétrole, mais ça c'est vrai depuis les années 70, c'est vrai depuis le président GISCARD d'ESTAING, nous ne sommes pas producteur de pétrole, rappelez-vous la publicité "en France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées", on a surtout du pétrole en Arabie saoudite et dans le Moyen-Orient. Et quand le prix du baril du pétrole augmente très fortement, pour les Français, pour les usines, pour le gaz, le prix augmente. Et à la fois le diesel et l'essence c'est très mauvais pour la santé, 50.000 morts par an, mais c'est très mauvais pour notre économie. Et moi j'entends l'extrême droite notamment, française, qui n'aime pas les étrangers, depuis toujours, elle préfère, alors qu'on veut changer de modèle économique, qu'on veut produire notre propre énergie, elle préfère l'énergie des étrangers, elle préfère qu'on soit dépendant du prix du baril de l'Arabie saoudite, elle pense qu'il n'y a pas assez de problèmes géopolitiques comme ça ? Donc la démagogie c'est de dire aux gens que quand le prix du gaz augmente, ou quand le prix du diesel augmente, c'est aussi parce que des pays du Moyen-Orient le décident.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes sur le gaz augmentent aussi ?

GERALD DARMANIN
Mais une partie des taxes sur le gaz augmente, de façon extrêmement infirme par rapport à l'augmentation du prix du pétrole, parce qu'il y a une partie de la production de ce gaz, et de la consommation de ce gaz, qui est extrêmement mauvaise pour la santé, et pour l'environnement. Alors, qu'est-ce que nous devons faire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Gérald DARMANIN, qu'est-ce que… parce que vous savez ce que vous reprochent aussi les Français, manque de visibilité et manque d'explications.

GERALD DARMANIN
Vous avez raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A quoi sert l'argent des taxes, à quoi sert l'argent de la TVA, à quoi sert l'argent que nous versons à l'Etat, sans cesse ?

GERALD DARMANIN
Alors, l'Etat c'est nous d'abord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, c'est nous tous, c'est pour ça qu'on a besoin de connaître l'utilisation de notre argent.

GERALD DARMANIN
Attendez, alors si vous voulez me faire dire qu'on n'explique jamais assez en politique, et que particulièrement il faut qu'on explique plus, nous, aujourd'hui, vous avez raison, et si on peut utiliser des mots français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce que vous n'avez pas fait d'ailleurs.

GERALD DARMANIN
On l'a fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas suffisamment.

GERALD DARMANIN
On l'a fait, pas suffisamment, mais vous avez raison, et quand le président de la République nous appelle à changer la façon de gouverner, c'est un mot très fort, très dur, il montre qu'il écoute les Français, qu'il tance une partie de son gouvernement, et une partie des responsables politiques, il a raison, et si on peut utiliser des mots français pour expliquer les choses aux Français, c'est mieux, vous avez raison. Qu'est-ce qu'on fait avec le budget de l'Etat ? Eh bien, on paye des professeurs, on paye des hôpitaux, on paye de la sécurité. Quand nous recrutons 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires, effectivement on le fait avec de l'argent qui ne sort pas des caisses de Bercy, où il aurait manifestement beaucoup, beaucoup, d'or caché quelque part, il n'y a pas d'or parce que nous avons de quasiment 100 % de dette, nous sommes un pays endetté à 100 %, avec beaucoup d'impôts, beaucoup de dépenses publiques, beaucoup de dette, c'est une faillite collective depuis de très nombreuses années, et d'ailleurs moi j'inspire beaucoup les hommes politiques et les femmes politiques, qui ont gouverné hier, à être un peu plus modestes dans la façon dont aujourd'hui ils surfent sur la colère des Français, mais j'y reviendrai si vous le souhaitez. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Il y a ce qu'on appelle une fiscalité dite écologique, c'est-à-dire des taxes que l'on met sur ce qui est polluant, ça nous rapporte 34 milliards d'euros, le montant de l'argent dépensé par l'Etat, c'est-à-dire nous tous, pour l'écologie, c'est 34 milliards d'euros. L'Etat ne prend pas 1 euro dans l'opération fiscale que les gens dénoncent. J'ai entendu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, un mot…

GERALD DARMANIN
J'ai entendu tout à l'heure, de votre part Monsieur BOURDIN, et je sais votre honnêteté intellectuelle, vous disiez le crédit d'impôt pour les portes et les fenêtres n'existe plus, le crédit d'impôt CITE, mais c'est tout à fait faux. Nous dépensons cette année, et ce n'est pas nous, ce n'est pas moi l'Etat, l'Etat c'est nous tous, c'est vos impôts, c'est les impôts des gens qui nous regardent, 1,6 milliards d'euros de crédit d'impôt, pour les travaux dans les maisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais attendez, attendez…

GERALD DARMANIN
Alors, ce que nous avons fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le crédit d'impôt pour changer les fenêtres n'existe plus, il n'existe plus, on est bien d'accord ?

GERALD DARMANIN
Ce que nous avons fait, Monsieur BOURDIN, c'est que nous avons, parce que nous ne sommes pas aujourd'hui des gens qui faisons n'importe quoi avec l'argent public, quand nous faisons de la dépense, c'est de l'argent des Français que nous prenons, donc on doit faire attention, moi je suis ministre des gens qui donnent de l'argent à l'Etat, il faut faire attention à cet argent. Nous savons que ce crédit d'impôt, désormais depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années, fonctionne mal pour les portes et les fenêtres, parce que tous les producteurs aujourd'hui, les menuisiers, moi j'en ai à Tourcoing des menuisiers qui font des portes et des fenêtres, aujourd'hui ils font tous des portes et des fenêtres qui ne font plus passer la chaleur. Mais, qu'est-ce qui chez vous, peut-être, fait passer la chaleur, et qui casse votre facture d'électricité et de chauffage ? Eh bien c'est vos combles, c'est votre cave, ce n'est plus vos portes et fenêtres. Donc il faut aussi qu'on soit rationnel, il faut que l'argent des Français serve à quelque chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, Gérald DARMANIN, ça c'est un raisonnement curieux, je vous explique pourquoi sur les portes et fenêtres. Vous avez les moyens, vous, de changer vos portes et fenêtres ?

GERALD DARMANIN
Mais moi je suis ministre, j'ai effectivement les moyens, donc ceux qui n'ont pas les moyens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez les moyens, est-ce que vous savez qu'il y a beaucoup de Français qui n'ont pas les moyens ?

GERALD DARMANIN
Bien évidemment je le sais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et avec le crédit d'impôt peut-être qu'ils auraient eu les moyens.

GERALD DARMANIN
Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

GERALD DARMANIN
Vous êtes comme moi, vous avez autant les moyens, donc ne faisons pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne parle pas de moi.

GERALD DARMANIN
Voilà, vous parlez de moi, donc ne faisons pas de démagogie, quand on est ministre on n'a pas de problème, ceux qui ont des problèmes c'est ceux qui sont au chômage, c'est les agriculteurs, c'est les ouvriers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quand on n'a pas les moyens de changer ses portes et fenêtres on fait comment, et que l'air passe ?

GERALD DARMANIN
Mais aujourd'hui, à quoi ça sert, à quoi ça sert de donner de l'argent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si on a un crédit d'impôt, on change ses portes et fenêtres.

GERALD DARMANIN
Pourquoi on fait des crédits d'impôt…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

GERALD DARMANIN
Pour inciter des gens à aller plutôt vers un mode de consommation plutôt qu'un autre. L'Etat a dit moi je vous donne de l'argent, où vous payez moins d'impôts, pour pouvoir faire tel type de comportement plutôt que tel autre. Et quand l'Etat a peu d'argent, parce que l'Etat à peu d'argent, nous avons un gros déficit, vous-même vous dites, depuis que je suis invité, depuis 17 mois Monsieur BOURDIN, vous me dites vous avez quasiment 2000 milliards de dette, vous avez raison, nous sommes un pays qui est très endetté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nous vivons à crédit depuis quand ? Depuis hier.

GERALD DARMANIN
Eh bien depuis 40 ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et depuis hier.

GERALD DARMANIN
Depuis 40 ans Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ça je sais, je sais…

GERALD DARMANIN
Ça fait 40 ans que les ministres des comptes publics ne présentent pas des budgets en équilibre, avant que je sois né, et avant que le président de la République soit né…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça je sais, mais…

GERALD DARMANIN
Donc il y a beaucoup de responsabilité politique, et moi quand je vois des femmes et des hommes politiques, aujourd'hui, qui vont aller surfer sur la colère des Français, qui n'ont pas les problèmes des Français, parce que Monsieur WAUQUIEZ, Madame LE PEN, ils sont comme moi et comme vous, ils n'ont pas les problèmes des Français, ils ont un bon salaire, ils travaillent peut-être beaucoup, mais aujourd'hui qu'est-ce qu'ils font ? Ils sont en responsabilité vis-à-vis des Français. Les gens qui manifestent demain, c'est des gens qui subissent les décisions politiques de Monsieur WAUQUIEZ quand il était ministre, ou de Monsieur MORIN quand il était ministre. La vérité c'est que, si eux ils avaient pris ces décisions, de transformer notre économie, comme l'Allemagne l'a fait, comme l'Allemagne l'a fait, de transformer notre énergie, comme l'Allemagne l'a fait, on ne serait pas aujourd'hui dépendant des prix du baril de pétrole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allons-y. 4 milliards d'euros, les hausses de taxes sur les carburants, on est bien d'accord…

GERALD DARMANIN
Un petit peu moins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu moins, 3 milliards et quelques.

GERALD DARMANIN
Autour de 3 milliards.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un milliard, un peu plus d'1 milliard consacré à l'écologie, à l'environnement, c'est ça, sur les 3 milliards et quelques, c'est vrai ou pas ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, alors dites-nous la vérité.

GERALD DARMANIN
L'argent que nous dépensons, que l'Etat dépense, pour ce qu'on appelle l'écologie, pour que les transports soient plus propres, pour que nous ayons des maisons, des bâtiments publics, qui soient effectivement des bâtiments neutres, c'est 34 milliards d'euros. L'argent que nous récoltons c'est 34 milliards d'euros. 34 = 34. Maintenant, Monsieur BOURDIN, tout le monde est responsable de cette transformation. Les collectivités locales, et particulièrement les régions, ont aussi la main sur la fiscalité, elles peuvent, si elles le souhaitent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles touchent 32 %.

GERALD DARMANIN
A peu près un tiers, vous avez raison; elles peuvent, si elles le souhaitent, baisser cette fiscalité, ils ne le font pas. Qu'attend Monsieur WAUQUIEZ, s'il le souhaite, pour baisser le prix de l'essence dans sa région, il peut le faire, et pourquoi il ne le fait pas ? Eh bien parce qu'il se réjouit des problèmes des Français. Moi je vais vous dire, au moment où nous en sommes, avec autant de chômage, même s'il tend à baisser, mais pas assez encore, avec autant de difficultés financières, avec autant de problèmes de sécurité que connaît notre grande puissance, la France, nous ferions tous mieux de nous dire que l'élection c'est dans 3 ans, présidentielle, arrêter le bal des egos et des hypocrites, expliquer aux Français effectivement ce que nous faisons collectivement, autour d'une table, peut-être, montrer des différences. Mais Monsieur WAUQUIEZ va mettre un gilet jaune, alors qu'il était en responsabilité politique depuis plus de 10 ans, alors qu'il n'a pas fait les efforts pour baisser…?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi ce qui m'intéresse ce sont les mesures d'aides…

GERALD DARMANIN
Mais, moi ce qui m'intéresse, vous savez quoi, c'est baisser les impôts des Français, et pour baisser les impôts des Français, il n'y a pas 50 solutions, pour redonner du pouvoir d'achat aux gens. Le pouvoir d'achat c'est quoi ? C'est soit plus de croissance, et comme on fait plus de croissance, eh bien il faut aider les entreprises parce que c'est elles qui font la croissance. Et comment on aide les entreprises ? Eh bien on baisse la fiscalité, c'est ce qu'on a fait sur l'ISF, c'est ce qu'on a fait sur l'impôt sur les sociétés, et ça va payer, mais ça met du temps, c'est vrai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs vous avez commencé avec ça…

GERALD DARMANIN
Et oui, et oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment réconcilier, non mais franchement, comment réconcilier les Français avec l'impôt, alors que le premier geste que vous faites, c'est de baisser les impôts des plus riches ? Moi je vous pose la question.

GERALD DARMANIN
Mais ce n'est pas vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ce n'est pas vrai ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas vrai, d'abord on n'a pas baissé l'impôt des plus riches.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

GERALD DARMANIN
On a baissé l'impôt pour l'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être pour l'emploi, mais enfin c'est pour ceux qui ont les moyens quand même ! Ceux qui paient l'ISF.

GERALD DARMANIN
Mais qu'est-ce qu'ils font les gens qui ont des moyens ? Ils sont partis en Belgique, ils sont partis à Londres, et ils ont été créer la croissance ailleurs, ça n'a jamais marché.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne vous dis pas, je ne positionne pas pour ou contre, je vous dis simplement que c'est l'effet que vous avez provoqué…

GERALD DARMANIN
Il y a le froid ressenti et le froid réel dans la vraie vie, et il faut écouter des gens qui ont du froid ressenti, et il faut toujours expliquer, mais on ne crée pas de la richesse, on ne crée pas des recettes fiscales, on ne crée pas de l'emploi, sans les entreprises, et les entreprises on ne les crée pas avec des charges. Nous on supprime des charges, on supprime des impôts, on supprime des charges l'année prochaine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En attendant vous avez installé l'idée qu'Emmanuel MACRON était le président des riches, méprisant les plus modestes, pardon.

GERALD DARMANIN
Non mais, si vous êtes venu avec votre idée et que vous faites l'interview vous-même Monsieur BOURDIN, je ne vais pas pouvoir parler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, Gérald DARMANIN…

GERALD DARMANIN
Moi je vous explique, vous me dites il y a un défaut de pédagogie, vous ne me laissez pas parler, avouez que c'est un petit peu compliqué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si, si, vous parlez…

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui qu'est-ce qu'on fait ? On baisse les impôts pour les entreprises, pas pour faire plaisir aux entreprises, ça n'a pas de sens, pour embaucher des gens, pour qu'il y ait l'emploi. Le chômage aujourd'hui, il tend à diminuer, pas encore assez vite, c'est vrai, mais il tend à diminuer, notre croissance, elle n'est pas aussi haute que l'on pense, mais c'est la plus grosse croissance de l'Union européenne, alors même que vous avez les difficultés des Français et du pays que vous avez évoquées. Il faut baisser les charges, il faut baisser les impôts, des entreprises, et des Français. L'ISF c'est 3 milliards d'impôts en moins, c'est vrai, mais la taxe d'habitation c'est 16 milliards d'impôts en moins, il faut baisser les deux. Et comment on baisse les deux ? C'est ce que fait Emmanuel MACRON, baisse des charges, baisse de l'impôt sur les sociétés, baisse des cotisations, baisse de la taxe d'habitation, aucun gouvernement n'a fait ça. Peut-être que ce n'est pas encore assez pour les Français, il faut les écouter, eh bien il faut baisser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, puisque la France c'est le pays le plus taxé au monde, on est bien d'accord ?

GERALD DARMANIN
Il faut baisser la dépense publique; c'est un des pays les plus taxés au monde, c'est un des pays les plus taxés au monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas le ?

GERALD DARMANIN
C'est un des pays les plus taxés au monde. Mais, ce qui est vrai, c'est que les Français par ailleurs, et les responsables politiques, qu'est-ce qu'ils demandent, parfois ? Plus de dépenses publiques. Il y a un problème, il faut donner de l'argent. Moi j'ai écouté grand plaisir les débats au Sénat, en ce moment je suis au Sénat, le ministre des Comptes publics il présente le budget au Sénat et à l'Assemblée. Alors le Sénat nous dit "il faut augmenter les retraites au niveau de l'inflation, ce que vous faites ce n'est pas bien"; le Sénat est gouverné par la droite, très bien; alors ils augmentent les retraites au niveau de l'inflation. Et puis comme il n'y a pas de finances magiques, comme les dépenses doivent être payées par des recettes, chacun le comprend, et chacun le vit dans sa vie de famille, qu'est-ce qu'ils font ? Eh bien ils taxent les complémentaires. Aujourd'hui le programme des Républicains c'est de taxer les complémentaires retraite. Nous on dit on va moins dépenser, en attendant que le pays aille mieux, parce qu'il faut aider les gens qui travaillent, et hypocritement, que fait la droite française ? Elle dit moi je taxe les complémentaires. Chacun pourra le vérifier sur Internet. Eh bien moi, je ne suis pas un hypocrite, moi je dis que, oui, le pays a des difficultés, et parmi tous les choix, le président de la République il est courageux, il a choisi de baisser les impôts, et nous les baissons, et ça va payer, et nous entendons la colère des Français, mais il ne faut pas être démago.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'ai deux, trois exemples précis, de questions à vous poser. 100 % de chaudières au fioul supprimées dans 10 ans, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre, on est bien d'accord.

GERALD DARMANIN
C'est un horizon, effectivement, mais moi je veux dire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors le problème c'est que jusqu'en juin les particuliers bénéficiaient d'un crédit d'impôt pour installer des chaudières nouvelle génération.

GERALD DARMANIN
Eh bien elles sont toujours justes, ça marche toujours le crédit d'impôt pour les chaudières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on change… attendez, on verse des aides pour installer des chaudières au fioul, qu'on va éliminer dans les années qui suivent, c'est ce que je comprends.

GERALD DARMANIN
Oui, mais vous avez raison. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Il se passe que pour le diesel, comme pour les chaudières à fioul, il y avait des gouvernements, jadis, et nous on l'a fait l'année dernière, puisqu'on ne l'a pas encore changé, qui incitaient les gens à acheter du diesel et à chauffer au fioul. On s'est aperçu que les choses sont à la fois très dangereuses pour la santé, je l'ai déjà dit, 50.000 morts, mais aussi compliqué parce que le prix du baril il augmente, donc nous devons changer un modèle sur un autre. C'est parfois plus facile à dire qu'à faire, et c'est plus facile pour les gens des villes, que pour les gens des champs, et c'est plus facile quand on est riche, effectivement, que quand on est pauvre, et c'est parfois plus facile quand on est dans un milieu où on peut mettre une chaudière à gaz, ou une chaudière électrique, que quand on est une chaudière au fioul. Donc, qu'a proposé le Premier ministre ? Des mesures d'accompagnement. Aujourd'hui nous avons augmenté ces mesures d'accompagnement. Est-ce qu'il faut encore les améliorer ? Il faut être concret, et pédago.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, vous avez compris l'incohérence. C'est-à-dire qu'on aide les Français à acheter des chaudières au fioul nouvelle génération, et quelques semaines plus tard, quelques mois plus tard on dit "ah non, non, terminé, on ne veut plus de chaudières à fioul."

GERALD DARMANIN
D'abord on prend du temps, on aide, on aide notamment sur le chèque énergie, aujourd'hui les gens qui se chauffent au fioul, ils ont le chèque énergie, effectivement, pour pouvoir effectivement payer moins cher. Mais vous savez, il y a une incohérence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On les encourage ces incohérences ?

GERALD DARMANIN
Non, non, ce n'est pas une incohérence, c'est ce qu'on appelle une mesure de transition, parce que si vous ne faites pas des mesures d'accompagnement, vous dites c'est trop dur, c'est trop rapide, c'est trop vite. Mais il y a une cohérence, moi, que je voudrais plaider coupable. Parfois le gouvernement est trop technique, trop technocratique. Aujourd'hui le chèque énergie il est versé au mois d'avril, depuis toujours, mais au mois d'avril, ce chèque énergie qui vous permet de payer vos factures d'électricité et de chauffage, en général vous vous chauffez moins puisque l'hiver est passé, voyez. Eh bien moi je me bats, avec le Premier ministre, pour qu'on avance, qu'on verse ce chèque avant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera versé avant ?

GERALD DARMANIN
On essaye de le faire, on va le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En janvier ?

GERALD DARMANIN
On essaye de le faire; il faut le faire effectivement pour l'hiver…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh ben oui !

GERALD DARMANIN
Vous dites eh ben oui, c'est sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dis ben oui, oui, ça paraît évident.

GERALD DARMANIN
Le gouvernement… moi j'ai entendu ça, parce qu'à Tourcoing, il y a une dame qui touche le chèque énergie, qui ne paye pas d'impôt sur le revenu, et qui touche ces 150 euros…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le prochain chèque énergie ce sera pour janvier ?

GERALD DARMANIN
Ces 150 euros de chèque énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui va passer à 200.

GERALD DARMANIN
Qui va passer à 200 l'année prochaine; eh bien cette dame elle me dit "c'est très bien, simplement Monsieur le maire", elle m'appelle encore Monsieur le maire, excusez-moi, "je touche le chèque énergie au mois d'avril, quand je me suis chauffée." Eh bien on va changer les choses. Il faut l'améliorer, il faut bien sûr l'avancer, et il faut changer des mesures d'accompagnement. Mais, Monsieur BOURDIN, c'est faux de dire aux Français qu'il faut être comme les Rois fainéants, ne rien toucher, ne pas bouger…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il ne s'agit pas…

GERALD DARMANIN
Non mais j'entends aussi, aujourd'hui, beaucoup de gens, qui ont des grandes idées, mais quand ils étaient au pouvoir ils ne l'ont pas mis en place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais ça… vous savez que les Français ne se référent pas aux politiques qui ont été conduites avant vous.

GERALD DARMANIN
Oui, ça, ça se saurait, effectivement, sinon les gens auraient été réélus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les Français ils sont en colère contre toute la classe politique, d'où qu'elle vienne.

GERALD DARMANIN
Et vous avez raison. Et vous pensez que moi-même je ne suis pas en colère contre toute classe politique, parce que, quand on fait de la politique, c'est qu'on n'est pas d'accord avec les types qui dirigent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs c'est ce que dit Emmanuel MACRON, "je n'ai pas vraiment réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants", ça veut dire qu'il est en situation d'échec, pardon.

GERALD DARMANIN
C'est un bel acte d'humilité. Quand la France a encore autant de chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui Emmanuel MACRON est en situation d'échec.

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui Emmanuel MACRON il doit continuer à faire ce qu'il fait, c'est-à-dire être courageux, on doit l'aider à réussir, pour la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'est-ce pas un aveu d'échec ?

GERALD DARMANIN
Mais ce n'est pas la victoire… mais, on s'en fiche, ce n'est pas la victoire d'Emmanuel MACRON ou d'Edouard PHILIPPE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça doit être la victoire des Français.

GERALD DARMANIN
C'est la victoire de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la France, oui.

GERALD DARMANIN
Si je me suis engagé c'est pour aider la France, pour aider le président de la République qui est courageux. Vous pensez que c'est facile de faire ce qu'il fait, de prendre effectivement tout le monde de front, la classe politique, la technocratie, des habitudes, de dire aux gens qu'on va changer ? Ecoutez, pardon de vous dire que ce n'est jamais facile. Alors, évidemment, on peut prendre des décisions incompréhensibles, ne pas bouger de l'Elysée comme un Roi fainéant, et après attendre tranquillement que les choses se passent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A qui pensez-vous là ?

GERALD DARMANIN
Le prédécesseur de Monsieur MACRON il n'a pas pu se présenter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui commente.

GERALD DARMANIN
Oui, c'est un journaliste politique, sans doute très doué, mais qu'est-ce qu'il a fait, qu'est-ce qu'il a fait pour nous retirer de la dépendance du pétrole ? Qu'est-ce qu'il a fait pour baisser les impôts ? Le ras-le-bol fiscal c'est sous son quinquennat, et aujourd'hui on en paye les pots cassés. Alors nous on est en responsabilité, bien sûr qu'on doit répondre aux Français, bien sûr qu'on doit faire acte d'humilité, bien sûr qu'on doit être pédago, bien sûr qu'on doit comprendre quand on fait des erreurs, évidemment, ça n'a rien d'amusant de faire ce qu'on fait. Et bien sûr que les Français ont raison parfois d'être en colère, parce qu'on n'a pas baissé encore assez le chômage, parce qu'on n'a pas encore baissé assez les impôts, parce qu'on n'a pas encore assez baissé les dépenses, qu'on n'a pas garanti à leurs enfants, leurs petits-enfants, qu'ils n'auront pas de dette, bien sûr, mais alors franchement, les leçons de morale de ceux qui étaient Rois fainéants, ça suffit. Ça suffit parce que, vous savez ce que ça fait ça, ça fait monter le Front national, à force de dire n'importe quoi aux Français. Les Français c'est un peuple politique, éruptif, latin, mais c'est un peuple qui croit en son avenir, parce que sinon on ne serait pas un pays de 60 millions d'habitants, depuis autant de siècles, avec une grande puissance mondiale, eh bien il faut qu'on retrouve ça. Et moi je dis aux Français de nous aider, et on verra bien à l'élection présidentielle si on est battu ou pas battu, ce n'est pas très important, ce qui est important c'est, aujourd'hui, d'aider le président de la République et le gouvernement à réussir, il faut que nous écoutions, mais il faut aussi que chacun nous aide, et j'appelle chacun à la responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gérald DARMANIN d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2018

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