Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 16 novembre 2018, sur le prix des carburants, les conséquences du Brexit, les relations franco-américaines, la laïcité et sur les abattoirs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 16 novembre 2018, sur le prix des carburants, les conséquences du Brexit, les relations franco-américaines, la laïcité et sur les abattoirs.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :
MARC FAUVELLE
L'invité de France Info jusqu'à 9 h 00, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, c'est Renaud DELY qui vous pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

RENAUD DELY
De nombreux agriculteurs participeront demain à la journée de mobilisation des gilets jaunes un peu partout en France, est-ce que vous leur dites comme Emmanuel MACRON avant-hier : ne vous laissez pas manipuler ?

DIDIER GUILLAUME
Une chose est sûre, c'est que je leur dis courage, courage parce que toutes ces personnes ce n'est pas le fait des gilets jaunes, mais toutes ces personnes qui sont en zone rurale souffrent. Elles souffrent d'une situation d'un sentiment de déclassement, elles souffrent parce que l'essence est chère et le diesel et à la campagne, on a du diesel. Mais en même temps, je constate qu'il y a une tentative de récupération politique par beaucoup de partis d'extrême droite, de la droite, de la gauche, les mêmes qu'il y a encore quelques temps – et j'en faisais partie – ont soutenu l'augmentation des taxes sur le carburant et sur le diesel, pour remettre au même niveau le diesel et l'essence. Donc il manque de la cohérence de la part des partis d'opposition, mais ne parlons pas de cela, la politique politicienne ce sont des spécialistes, ce n'est pas le sujet. Aujourd'hui moi ce que je veux dire, c'est que je comprends…

RENAUD DELY
Cette mobilisation, elle est récupérée par l'extrême-droite aujourd'hui pour vous ?

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui cette mobilisation essayait d'être récupérée, à la fois par l'extrême-droite, par la droite, Laurent WAUQUIEZ, le président de région, etc. Mais moi je comprends la détresse de ces gens-là, des agriculteurs…

MARC FAUVELLE
Vous comprenez ceux qui vont manifester demain ?

DIDIER GUILLAUME
Je comprends ceux qui vont manifester demain. Et je veux simplement leur dire… essayer d'expliquer de la cohérence, que le gouvernement entend cela, le président de la République l'a dit il y a 2 jours dans son interview. L'objectif c'est de réconcilier la France…

MARC FAUVELLE
Il a dit « j'entends » mais il a aussi dit « poujadisme ».

DIDIER GUILLAUME
Oui parce qu'il peut y avoir…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas tout à fait la même chose.

DIDIER GUILLAUME
Il peut y avoir des relents de poujadisme dans cette manifestation. Mais les citoyens qui vont aller là, qu'ils aient un gilet jaune ou pas, c'est des gens qui souffrent. Et moi, je veux leur dire que le gouvernement entend leur souffrance et qu'il y a des réponses…

RENAUD DELY
Mais ils souffrent comme vous dites Didier GUILLAUME, mais ils souffrent des choix fiscaux du gouvernement…

DIDIER GUILLAUME
Absolument pas.

RENAUD DELY
Sur les prix des carburants…

DIDIER GUILLAUME
Non, non, absolument pas, je suis désolé de vous dire que ce n'est pas le cas, ils souffrent parce que la situation est difficile…

RENAUD DELY
Il y a des hausses des taxes sur les carburants qui ont déjà été appliquées et d'autres qui vont de nouveau entrer en vigueur le 1er janvier prochain.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

RENAUD DELY
Ça, ce sont des choix du gouvernement.

DIDIER GUILLAUME
Oui parce qu'il y a un décalage momentané entre l'intérêt général voulu par le gouvernement, par l'Etat et par le président de la République qui ne correspond pas peut-être à l'intérêt particulier du moment, je m'explique. Aujourd'hui, la lutte pour un meilleur environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre est indispensable. Donc le gouvernement a décidé d'augmenter les taxes sur le diesel. Mais l'augmentation actuelle des carburants, c'est pour 80 % liée au prix du pétrole qui ne dépend pas du tout du gouvernement ; et simplement pour 20 %. Il faut préciser ces chiffres parce qu'après on s'emballe, il se dit tout et…

MARC FAUVELLE
Ils sont rappelés par chaque membre du gouvernement sur tous les plateaux télé et de radio depuis une semaine.

DIDIER GUILLAUME
Je le fais à nouveau ce matin et c'est très bien. Non mais je vais répondre très précisément parce que c'est important. Pourquoi nous faisons cela ? Parce qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique et la santé de nos enfants, de nos petits-enfants demain. Mais parallèlement, les conséquences pour les citoyens sont fortes. Mais je reprends… permettez-moi, sur les choix fiscaux du gouvernement, quand la taxe d'habitation est supprimée pour 80 % et que la taxe d'habilitation vient d'arriver, 80 % des Français voient leur taxe d'habitation baisser, c'est du pouvoir d'achat. Lorsque les charges sur les salaires de tous les salariés de France sont baissées depuis le mois d'octobre, c'est une augmentation de pouvoir d'achat.

RENAUD DELY
Vous parlez de ces gens qui souffrent, je vous propose qu'on écoute précisément un témoignage, c'est le témoignage d'une agricultrice du département du Tarn qui a été interrogée il y a quelques jours par nos confrères de France 3 ; et qui explique les conséquences pour elle de la hausse du gazole non routier, le gazole non routiers c'est le gazole qui est utilisé dans les machines agricoles.

VANESSA, VIALLETTES, AGRICULTRICE DANS LE TARN
On ne peut pas du tout répercuter cette hausse sur nos prix de vente, puisque les prix de vente nous sont imposés par les cours mondiaux, voilà. Donc ça veut dire qu'en fait, on ne le voit vraiment que comme une nouvelle charge, quelque chose qui va venir diminuer notre revenu pour les années où on en a.

RENAUD DELY
Ils sont coincés les agriculteurs, cette hausse des cours… enfin cette hausse du gazole non routier d'un côté et des cours… un niveau de revenus faible de l'autre côté.

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui nous travaillons sur deux sujets, sur le revenu des agriculteurs parce que ça c'est indispensable, on ne peut pas continuer à avoir des agriculteurs qui travaillent 7 jours sur 7 et qui ne gagnent pas d'argent, ça c'est absolument évident. Et puis la deuxième chose c'est la transition vers l'agro-écologie…

RENAUD DELY
Mais quand on entend cette dame, il y a une urgence là.

Didier GUILLAUME, avant les carburants il y a eu les services publics qui ferment dans certaines petites villes ou en milieu rural, il y a eu la question des 80 kilomètres/heure, est-ce que vous vous dites que vous avez Tout réussi franchement depuis le début de quinquennat pour parler à cette France-là, à cette France périphérique, à cette France des campagnes ; ou est-ce que vous vous reconnaissez que mis bout à bout, toutes ces mesures ça fait un peu président des villes ?

DIDIER GUILLAUME
Mais personne n'a tout réussi dans aucun gouvernement, dans aucun quinquennat…

MARC FAUVELLE
Il y a eu une accumulation, vous êtes d'accord ?

DIDIER GUILLAUME
C'est bien évident. Moi ce que je veux faire à mon modeste niveau de ministre, c'est de réconcilier le rural et l'urbain, de réconcilier…

MARC FAUVELLE
Il y a du boulot.

DIDIER GUILLAUME
L'agriculteur et le citoyen, pourquoi ? Parce que nous devons réconcilier les Françaises et les Français qui souffrent. Il n'y a pas les villes et les campagnes, vous savez il y a des villes qui sont riches, des villes qui sont pauvres, il y a des campagnes riches, des campagnes pauvres, il y a des agriculteurs riches et des agriculteurs pauvres…

MARC FAUVELLE
Il se trouve que les 80 à l'heure et les carburants, ça touche principalement les mêmes zones.

DIDIER GUILLAUME
Ils ont le sentiment d'avoir été stigmatisés, ce qui n'est pas le cas, les 80 kilomètres/heure c'était quand même lié à la santé, à faire baisser les accidents, on va voir ce que ça donne au bout d'un an. Et le Premier ministre a dit : s'il n'y a pas de résultats probants, nous diminuerons. Il faut toujours se soucier…

MARC FAUVELLE
Vous pensez vraiment qu'on reviendra sur cette mesure si ça ne marche pas, vous y êtes favorable, vous dites : si les chiffres sont mauvais, on annule, on efface tout ?

DIDIER GUILLAUME
Mais il semblerait que les chiffres soient bons parce que ça baisse…

MARC FAUVELLE
Il faut un peu plus que ça pour une tendance.

DIDIER GUILLAUME
Mais nous verrons bien, nous verrons bien, ne spéculons pas là-dessus. L'objectif des 80 kilomètres/heure, c'était pour faire baisser la mortalité sur les routes, ça a été le choix qui a été pris par le gouvernement.

MARC FAUVELLE
Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier GUILLAUME reste avec nous sur France Info jusqu'à 9 h 00, on marque une petite pause à 8 h 40 pour le Tour de l'actu avec David DAUBA.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec Didier GUILLAUME, le ministre de l'Agriculture et toujours avec Renaud DELY.

RENAUD DELY
Vous évoquiez à l'instant Didier GUILLAUME le fait que le gouvernement devait réconcilier les Français, c'est le terme que vous avez utilisé. Mais en termes de réconciliation, le chef de l'Etat lui-même avant-hier soir a reconnu qu'il avait échoué à réconcilier les Français et leurs gouvernants.

DIDIER GUILLAUME
Mais on le voit bien, on voit bien que l'élection d'Emmanuel MACRON en 2017, c'était déjà une rupture. Aujourd'hui il y a une coupure malheureusement entre le peuple et les élites…

RENAUD DELY
Elle s'est creusé cette coupure depuis l'élection.

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas si elle s'est creusée, mais tout cas elle ne s'est pas assez résorbée. Et c'est le constat qu'a fait tranquillement, sereinement le président de la République. Vous savez…

RENAUD DELY
C'est un constat d'impuissance.

DIDIER GUILLAUME
Mais ce n'est pas un constat d'impuissance, c'est un constat d'étape au bout d'un an et demi. Il faut… je crois qu'il y a un triptyque par rapport à nos concitoyens, c'est compassion, protection, solution, je pense qu'il faut avoir de la compassion avec nos concitoyens. Il en a certains qui souffrent, mais il faut les protéger, les protéger de la mondialisation, du Brexit, peut-être en parlerons-nous, protéger de l'Europe qui parfois est mal… mais ils veulent des solutions. Et malheureusement, le temps des solutions est plus long que le temps de l'immédiateté. C'est pour ça que je vous disais tout à l'heure : le gouvernement prend des solutions, des mesures d'intérêt général qui se confrontent à l'intérêt particulier du moment qui est la hausse du carburant.

MARC FAUVELLE
Il y a un homme Didier GUILLAUME qui, en ce moment, donne des conseils justement, ça tombe bien, au gouvernement et Emmanuel MACRON, c'est quelqu'un que vous connaissez bien, qui a fait partie de votre vie politique avant, il n'y a pas si longtemps que ça d'ailleurs, on l'écoute, s'appelle François HOLLANDE.

FRANÇOIS HOLLANDE
Les Français, je pense qu'il ne faut pas leur faire la leçon, il faut leur donner des informations, beaucoup d'informations et des explications et comprendre leur situation. Vous savez, j'ai fait ce tour de France et j'ai entendu beaucoup de personnes qui me disaient qu'elles étaient loin du pouvoir, loin des lieux de décision.

MARC FAUVELLE
Il est légitime à donner des leçons François HOLLANDE ?

DIDIER GUILLAUME
Il est ancien président de la République, donc il dit ce qu'il a envie de dire. Je dis simplement doucement quand même, il ne s'est pas représenté aux élections présidentielles, il y avait déjà un sujet de coupure entre la population et le président de la République, ce n'est pas nouveau. On a vu ce qui s'est passé pour Nicolas SARKOZY, pour François HOLLANDE et aujourd'hui la situation est dure. Fort de ces exemples…

MARC FAUVELLE
Donc vous lui dites, vous qui l'avez beaucoup côtoyé, soutenu au temps où vous étiez ensemble au PS : François calme-toi un peu ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne lui pas « François, calme-toi un peu, je ne me permettrai pas, je dis simplement que si ce gouvernement…

MARC FAUVELLE
Calmez-vous un peu.

DIDIER GUILLAUME
Si ce gouvernement échouait, ce ne sont pas les anciens partis de gouvernement qui reviendraient.

MARC FAUVELLE
Pourquoi ?

DIDIER GUILLAUME
Parce que je pense qu'ils sont déconnectés de la situation aujourd'hui, qu'ils n'ont pas de propositions alternatives…

RENAUD DELY
Et donc ce serait qui ?

DIDIER GUILLAUME
Et qu'aujourd'hui, ça pourrait très bien être les extrêmes…

MARC FAUVELLE
Si Emmanuel MACRON échoue, qui prendra le pouvoir ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je vais vous le… je ne sais pas, on va tout faire…

RENAUD DELY
Quels extrêmes ?

DIDIER GUILLAUME
Mais si les choses ne se passent pas, ça pourrait être les extrêmes. Vous savez, on a vu ce qui s'est passé en Italie, personne ne croyait en Italie qu'il puisse y avoir une alliance entre l'extrême-droite et l'extrême-gauche, bon. Ca ne se passera pas en France, ce n'est pas la même chose, mais le risque est là, le risque du populisme, le risque du nationalisme. Donc moi je suis là tout à ma tâche pour soutenir Emmanuel MACRON…

MARC FAUVELLE
Vous alliez dire François HOLLANDE !

DIDIER GUILLAUME
Comment ?

MARC FAUVELLE
Pour soutenir Fr… j'ai cru entendre, non, François HOLLANDE, c'était un lapsus, il n'y a que moi qui l'ai entendu.

RENAUD DELY
Quand on vous écoute en tout cas, donc c'est Emmanuel MACRON où Marine LE PEN ?

DIDIER GUILLAUME
C'est un risque, c'est un risque parce qu'aujourd'hui…

RENAUD DELY
C'est un risque ou c'est un chantage ?

DIDIER GUILLAUME
Une autre alterna… il n'y a pas de chantage, enfin il n'y a aucun chantage. Aujourd'hui nous devons réussir pour la France, ce qui est mis en place pour l'attractivité économique, ce qui est mis en place pour le développement de nos industries, on recommence à gagner des emplois industriels, ce qui est fait pour les ménages, l'augmentation du minimum vieillesse, la baisse de la taxe d'habitation, je vous en parlais. Il y a des mesures qui sont prises, la prime d'activité, il y a des mesures qui sont prises pour les citoyens. Mais aujourd'hui, elles sont tamponnées par cette hausse mondiale des cours du pétrole. La transition écologique, elle doit arriver immédiatement, le plus vite possible, c'est par cette transition écologique que nous y arrivons. Il y a des mesures qui sont prises par le gouvernement : 4.000 euros pour changer de voiture, pour changer sa chaudière au fuel, pour l'isolation, c'est des mesures concrètes et il faut que les gens s'aperçoivent que c'est plus de 500 millions d'euros. Alors 500 millions d'euros lorsqu'on est au Smic ou au RSA, on ne sait pas ce que ça veut dire, mais c'est 500 millions d'euros d'argent qui est donné pour cette transition écologique et pour permettre aux citoyens français de moins dépenser. C'est quand même fort.

MARC FAUVELLE
Le Brexit Didier GUILLAUME, le Royaume-Uni est en pleine crise politique depuis que Theresa MAY a signé un accord avec les 27 pour sortir de l'Union. L'hypothèse qu'il n'y ait pas d'accord du tout à la fin du mois de mars prochain, c'est-à-dire la date limite, la date butoir fixée par l'Europe, cette hypothèse-là elle est possible aujourd'hui, qu'est-ce qu'il se passerait pour les agriculteurs français s'il n'y avait pas d'accord de Brexit ?

DIDIER GUILLAUME
Cette mesure-là est possible, les 600 pages le gouvernement est en train de les étudier. Déjà 4 démissions dans le gouvernement de… dans le cabinet de Theresa MAY, on va voir ce qui va se passer au Parlement. Donc c'est important. S'il n'y avait pas d'accord sur la sortie du Royaume-Uni, il y aura un certain nombre de compétences… de conséquences. D'abord la première conséquence c'est pour les pêcheurs plus que pour les agriculteurs, parce qu'aujourd'hui les pêcheurs français pêchent dans les eaux territoriales britanniques. S'il n'y avait pas d'accord et s'il devait y avoir interdiction, ce serait une catastrophe pour la pêche française.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire ils ne pourront plus y aller.

DIDIER GUILLAUME
Exactement. Donc aujourd'hui dans la négociation de la France avec l'Union européenne, c'est de dire : la pêche n'est pas une variable d'ajustement, nous souhaitons que dans l'accord global ou dans le non-accord global, la pêche soit prise en compte. Il est hors de question qu'un Brexit dur, un no-deal ait comme conséquence que la pêche française disparaisse….

RENAUD DELY
Vous êtes inquiet ?

DIDIER GUILLAUME
Comment ?

RENAUD DELY
Quand on vous écoute vous êtes inquiet !

DIDIER GUILLAUME
Non, je dis que c'est un risque et que la France se bat de toutes ses forces pour éviter ce risque. Et puis il y aura la période de transition et dans cette période de transition, avec notre négociateur européen Michel BARNIER, il faudra avancer de nouvelles propositions.

MARC FAUVELLE
Pour les autres professions, pardon ! J'en viens pour les autres professions du monde agricole, est-ce qu'il y a des professions qui risquent de souffrir s'il n'y a pas d'accord ; ou est-ce que finalement on passerait entre les gouttes et on s'en sortira ?

DIDIER GUILLAUME
Non, après la conséquence c'est la Politique agricole commune, c'est la PAC qui va être mise en place dans les semaines qui viennent. Et là, c'est aussi un vrai combat et la France, par la voix du président de la République, je serai lundi au Conseil des ministres de l'Agriculture et de la Pêche à Bruxelles pour dire : nous n'acceptons pas une baisse de la Politique agricole commune, nous ne l'acceptons pas. La Commission a fait une proposition de moins 5 %, c'est inacceptable, ça veut dire qu'il y aurait des dizaines, des centaines d'exploitation agricoles qui disparaîtraient.

MARC FAUVELLE
Pour vous, il ne peut pas y avoir une baisse du moindre milliard d'euros, c'est au moins la même chose que dans le budget…

DIDIER GUILLAUME
Milliard, malheur… du million, million d'euros, non c'est impossible. Si la PAC baisse les aides apportées aux agriculteurs français, ça veut dire que la conséquence immédiate c'est des fermetures d'exploitations.

RENAUD DELY
Concrètement, ça veut dire que la France mettrait son veto !

DIDIER GUILLAUME
La France n'acceptera pas, pour l'instant nous sommes majoritaires, nous avons réussi à avoir 19 pays qui nous soutiennent avec la France, l'Allemagne est en train de se positionner là-dessus. Si la PAC devait baisser, ce serait catastrophique pour l'agriculture française et pour l'agriculture des petits pays. C'est pour ça que nous ne l'accepterons pas et je vais lundi dans la négociation au Conseil des ministres en disant : stop, la France ne signera pas un accord avec une PAC en baisse. Ca veut dire que les mesures agro-environnementales diminueraient, ça veut dire que les aides aux agriculteurs diminueraient, ça veut dire que la concurrence serait difficile parce qu'on est en Europe dans un marché unique, mais enfin lorsque certains de nos amis, certains pays le coût de la main d'oeuvre en Espagne, le coût de la main d'oeuvre en Allemagne est moins chère qu'en France.

RENAUD DELY
Il y a l'Europe menacée par le Brexit Didier GUILLAUME, puis il y a aussi les Etats-Unis et la dégradation des relations entre la France et les Etats-Unis. On a vu la salve de tweets dégainée par Donald TRUMP il y a quelques jours, il s'y est notamment pris dans un de ses tweets aux vins français, au marché du vin français. Est-ce que les agriculteurs – et notamment ceux qui produisent du vin – est-ce qu'ils peuvent redouter des conséquences de la dégradation des relations entre les Etats-Unis et la France ?

DIDIER GUILLAUME
Ecoutez ! Ce qu'on peut redouter c'est les positions de Donald TRUMP qui sont comme ça, à géométrie variable. Il prend une crise, il tape d'un côté, il tape de l'autre, c'est absolument ahurissant. C'est le président des Etats-Unis, de la plus grande puissance du monde et là il dit tweet. Mais où on a vu qu'on gérait par tweet, d'ailleurs la plupart des Français n'ont pas de tweets…

MARC FAUVELLE
Il ne gère pas que par tweets, il gère par taxes aussi, est-ce que vous redoutez des hausses de taxes ?

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr parce qu'aujourd'hui, s'il devait taxer les produits d'importation et notamment le vin, ça poserait des problèmes. Mais Donald…

MARC FAUVELLE
Il a un argument Donald TRUMP, pardon Didier GUILLAUME, il dit : aujourd'hui on nous taxe plus nos vins qui arrive en Europe que nous, nous ne taxons les vins qui arrivent aux Etats-Unis depuis l'Europe. Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ?

DIDIER GUILLAUME
Non, non c'est faux parce que Donald TRUMP et dans un monolatéralisme et nous, nous voulons le multilatéralisme, c'est peut-être un peu compliqué mais nous voulons en désaccord avec l'ensemble des…

MARC FAUVELLE
On taxe moins les vins américains qu'eux ne taxent les…

DIDIER GUILLAUME
Mais je ne peux pas vous répondre comme ça au centime près, mais enfin quand on vend un Bordeaux, un Bourgogne, ce n'est quand même pas le même produit que les vins américains qui rentrent en France…

MARC FAUVELLE
Là, vous allez les fâcher les Américains…

RENAUD DELY
Vous allez recevoir un tweet là bientôt.

DIDIER GUILLAUME
Non mais c'est une réalité…

MARC FAUVELLE
Les vins américains sont moins bons que les vins français ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais… les vins américains sont moins bons que les vins français.

MARC FAUVELLE
Donc on peut les taxer plus ?

DIDIER GUILLAUME
Non, ce n'est pas de ça dont il s'agit mais…

MARC FAUVELLE
Vous pouvez vous fâcher…

DIDIER GUILLAUME
Que je dise que les vins Français sont meilleurs que les vins américains, c'est quand même une réalité.

RENAUD DELY
C'est une mesure d'insalubrité de les taxer davantage.

DIDIER GUILLAUME
Non, ce n'est pas de l'insalubrité, tant qu'il n'y aura pas des accords généraux entre l'Europe et les Etats-Unis, nous serons en crise dans les relations bilatérales.

MARC FAUVELLE
Un petit verre d'eau, on se retrouve dans une minute.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec Didier GUILLAUME, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Question de Renaud DELY.

RENAUD DELY
On a appris hier qu'une réforme promise par le candidat MACRON allait être reportée, ce n'est pas votre champ de compétences ministérielles, mais c'est une réforme importante. Il s'agit de la PMA, la procréation médicalement assistée qui devait être élargie à toutes les femmes. Finalement ça n'aura pas lieu… enfin le texte ne viendra pas avant l'été 2019 au plus tôt, ce n'est pas le premier report. On a l'impression que le gouvernement est inquiet et très prudent sur ce dossier, qu'est-ce qu'il redoute le gouvernement sur la PMA ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais évidemment il faut être prudent parce que la PMA, moi à titre personnel j'y suis très favorable, je pense qu'il y a une acceptabilité dans la population française, je pense que les Français sont favorables à la PMA. Mais là encore, il faut que ce débat arrive sereinement à l'Assemblée, sereinement dans la société, il ne faut pas qu'il divise comme malheureusement dans le précédent quinquennat, nous avons divisé les Français avec les mariages pour tous. Je dis…

MARC FAUVELLE
En quoi faire traîner…

DIDIER GUILLAUME
Je dis malheureusement, alors après…

MARC FAUVELLE
Pardon Didier GUILLAUME, repousser la réforme, ça permet d'aborder la réforme plus sereinement ?

DIDIER GUILLAUME
La réforme n'est pas repoussée, mais enfin d'ici l'été il y a la réforme constitutionnelle, il y a la loi Pacte, il y a des lois justice, il y a le budget…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas une priorité !

DIDIER GUILLAUME
Ce n'est pas que ce ne soit pas une priorité mais je suppose… on va voir…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas une priorité, dans les faits on la repousse et on met d'autres réformes avant.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais parce que la réforme constitutionnelle, elle est importante pour l'équilibre de notre pays. La PMA sera présentée au Parlement et elle sera votée, je n'en doute pas un instant, que ce soit en mai, en juin ou en juillet, je n'ai pas les dates mais voilà. Mais ce que je veux affirmer ici, c'est qu'il y a une majorité de Français, une majorité de parlementaires de la majorité qui sont favorables à la PMA.

RENAUD DELY
Il y a un sujet sur lequel la droite – et en l'occurrence les Républicains – dégaine des propositions. Le secrétaire général adjoint des républicains Julien AUBERT, c'est sur la question de l'immigration et plus précisément sur le voile, le port du voile Julien AUBERT veut interdire plus largement le port du voile, notamment pour les mineurs. Il va présenter des propositions en la matière, notamment avec… et puis étendre aussi cette interdiction à l'université, dans les administrations. Est-ce que vous pensez qu'il faut rouvrir aujourd'hui le débat sur le port du voile ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je pense surtout qu'il ne faut pas le rouvrir. Aujourd'hui il y a un équilibre qui a été trouvé avec la précédente loi. Dans les universités, ce sont des adultes, il n'y a aucun problème ; sur la voie publique ça a été géré. Je crois que le député AUBERT a d'autre idée derrière la tête : court après les voix de l'extrême droite, après les gens qui peuvent avoir un racisme anti-islam, ce n'est pas mon cas. Donc je pense qu'aujourd'hui, l'équilibre est trouvé, il faut qu'il y ait une laïcité dans notre pays qui soit réaffirmée sans cesse, mais la laïcité ça n'exclut pas qu'à l'université les jeunes étudiantes qui veulent porter le voile puissent porter le voile, c'est la réalité.

RENAUD DELY
Sur la laïcité Christophe CASTANER, le ministre de l'Intérieur, a expliqué qu'il n'y avait pas de tabou quant à une éventuelle réforme de la loi de 1905.

DIDIER GUILLAUME
Il faut en discuter.

RENAUD DELY
Et votre avis, votre opinion ?

DIDIER GUILLAUME
Il faut en discuter.

RENAUD DELY
Vous êtes hostile à une hypothétique réforme de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat ?

DIDIER GUILLAUME
Il n'y a pas de tabou, moi je fais partie de ceux qui pensent que la loi de 1905 est là sur la table, elle protège, elle existe, l'Etat ne reconnaît, ne salarie aucun culte, elle met tous les cultes au même niveau. Chacun a le droit de penser ce qu'il veut, de prier, mais c'est la sphère privée ; dans le public c'est la laïcité qui est la règle fondamentale de notre pays. Et moi cette loi de 1905, je la promeus, je la soutiens, elle me va bien…

MARC FAUVELLE
Donc vous êtes pour qu'on n'y touche pas ?

DIDIER GUILLAUME
S'il doit y avoir un débat, nous l'ouvrirons. Aujourd'hui, je ne vois pas forcément l'utilité de la toucher, mais reconnaissons quand même qu'entre 1905 et 2018, il s'est passé du temps, il y a de nouvelles pratiques religieuses qui sont arrivées. Donc ça mérite d'être discuté.

RENAUD DELY
Ce serait dangereux à vos y eux d'y toucher en tout cas !

DIDIER GUILLAUME
Non, non, je ne dis pas que ce serait dangereux, je vous donne ma position, on va ouvrir le débat si le débat doit être ouvert.

RENAUD DELY
Un sujet qui lui relève directement de vos compétences ministérielles, c'est la situation des abattoirs en l'occurrence, notamment l'association L214 a à plusieurs reprises révélé des maltraitances animales. Vous êtes vous-même intervenu il y a quelques jours… enfin il y a 2 semaines pour suspendre l'activité d'un abattoir dans l'Indre, on avait eu la révélation de traitements particulièrement insoutenables infligés aux animaux. Comment expliquez-vous Didier GUILLAUME que ce genre de pratique visiblement continue de perdurer dans les abattoirs en France ?

DIDIER GUILLAUME
D'abord moi, je ne veux pas stigmatiser les abattoirs parce qu'il y a des gens qui font bien leur travail. On a nos services vétérinaires qui sont là, qui contrôlent, donc qui font un maximum mais il peut y avoir dans certains abattoirs des situations de maltraitance.

RENAUD DELY
Ça a l'air très répandu quand même !

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas si c'est très répandu, je suis en train de lancer vraiment un audit sur tout cela. Et si je dois…

MARC FAUVELLE
Ça n'avait jamais été fait avant.

DIDIER GUILLAUME
Si je dois demander de fermer de nouveaux abattoirs, nous fermerons de nouveaux abattoirs.

MARC FAUVELLE
Ça n'avait jamais été fait avant, on ne connaît pas la situation dans l'ensemble des abattoirs ?

DIDIER GUILLAUME
On les connaît mais enfin, on va essayer d'avancer très précisément.

RENAUD DELY
Vous évoquez un nouvel audit, cet abattoir dans l'Indre que vous avez suspendu il y a 2 semaines, il était déjà stigmatisé, pointé du doigt dans un audit précédent il y a 2 ans. Il y a eu un audit en 2016 sur 268 abattoirs français, cet abattoir-là était pointé du doigt et il a continué de fonctionner pendant 2 ans ;

DIDIER GUILLAUME
Ce qu'il faut reconnaître Renaud DELY, c'est qu'il y a des situations et puis après la direction des abattoirs doit les régler.

RENAUD DELY
Mais on fait des audits qui ne servent pas à pas grand-chose.

DIDIER GUILLAUME
Ils servent évidemment à beaucoup, cette situation devait être réglée, elle l'avait été, l'abattoir restait ouverte. On s'est aperçu que ça s'est dégradé, l'abattoir est fermé. Donc il n'y a pas d'état d'âme là-dessus, mais moi je ne veux pas stigmatiser, on en a besoin d'abattoirs pour abattre de la viande pour manger, pour nourrir les Français. Mais il faut le faire…

MARC FAUVELLE
Est-ce que le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation félicite cette association en tout cas pour son travail, pour les vidéos qu'elle met en ligne ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne félicite pas cette association…

MARC FAUVELLE
Pourquoi ?

DIDIER GUILLAUME
Cette association… je n'ai pas à la féliciter. Cette association…

MARC FAUVELLE
Sans elle, il y a des abattoirs qui continueraient à fonctionner comme…

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne crois pas, je ne crois pas…

MARC FAUVELLE
Le dernier que vous avez fermé, sans cette association on ne connaîtrait pas la situation.

DIDIER GUILLAUME
Non, je pense que vous vous faites erreur Marc FAUVELLE, si je peux me permettre. Aujourd'hui les services du ministère, les services vétérinaires sont là pour contrôler les choses et sont très fermes sur tout un tas de sujets. Et j'ai passé comme consigne qu'on ne laisserait rien, le moindre cas de maltraitance immédiatement il y a un signalement. Si ça devait perdurer, on ferme ; mais en même temps il y a les abattoirs qui fonctionnent bien. Moi ce que je ne veux pas là encore, moi qui me bats, qui travaille pour les réconciliations, je ne veux pas les oppositions. L'abattoir de l'Ain qui a été brûlé, enfin c'est absolument honteux, c'est quoi ça, c'est un acte terroriste, c'est des exactions. On ne peut pas supporter ça.

MARC FAUVELLE
Merci Didier GUILLAUME d'être venu ce matin.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Sur France Info. Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2018

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