Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 19 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, la justice sociale et la fiscalité écologique, et les créations d'emplois industriels. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 19 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, la justice sociale et la fiscalité écologique, et les créations d'emplois industriels.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Le porte-parole du Gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, est avec nous ce matin. Bonjour.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai regardé le Premier ministre hier soir. Il nous dit : « J'entends », très bien. Mais qu'entendez-vous, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Premier ministre l'a dit dans son intervention hier soir. Il entend d'abord la colère qui s'est exprimée samedi, qui a continué à s'exprimer hier et encore ce matin très tôt. Il entend aussi la souffrance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui s'exprimer toujours.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et qui s'exprime toujours. Il entendu aussi la souffrance sincère de milliers de Français qui n'en peuvent plus parce que bien souvent les difficultés s'accumulent. Il y a la question du carburant qui a été à l'origine du lancement de ce mouvement des gilets jaunes. Mais ce dont je suis certain, c'est que dans beaucoup de territoires, beaucoup de nos concitoyens sont aussi descendus dans la rue parce que les services publics ne vont pas bien, parce qu'ils sont dans un territoire enclavé, parce que le taux de chômage est un peu élevé là où ils habitent, parce que la maternité va fermer ses portes parce qu'il y a moins d'habitants et donc d'activité. C'est le sentiment, qui n'est d'ailleurs pas un sentiment mais qui est une réalité, de déclassement et, au fond, le sentiment que la promesse de la République n'est pas tenue. La promesse de la République, elle est simple. C'est de dire à la génération actuelle que ses enfants vivront mieux qu'elle. Et ça hier, dans beaucoup de ce que j'ai entendu sur les chaînes d'info mais beaucoup aussi ce qui circulait sur les réseaux sociaux, de gens qui au fond faisaient des témoignages assez spontanés, il y avait beaucoup de désespérance. Et ça, le Premier ministre par son intervention hier, a montré qu'on avait entendu ce désespoir et cette désespérance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quel espoir allez-vous donner ? Quel espoir ? D'accord, c'est très bien d'entendre, c'est très, très bien, mais il faut apporter des réponses.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut y apporter des réponses concrètes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous prends un exemple, un exemple tout bête et qui ne date pas du carburant. Le chèque énergie qu'on a voté l'an dernier, c'est 3,6 millions de Français, cent cinquante euros. Il y en a cinq cent soixante mille qui ne l'ont pas demandé. Je vais vous dire une chose : s'ils ne l'ont pas demandé, ce n'est pas qu'ils n'en veulent pas. Parce que je suis sûr que dans ces cent soixante mille qui ne l'ont pas demandé, il y en a qui hier avaient un gilet jaune. S'ils ne le savaient pas, c'est parce qu'on a mal fait le boulot et que nos administrations et nous – parce que c'est nous qui sommes en responsabilité - on doit aussi permettre à ces Français de pouvoir y avoir recours. Parce que je ne vous dis pas que ça va, à nouveau Jean-Jacques BOURDIN, tout régler mais pour les gens qui étaient hier avec un gilet jaune, cent cinquante euros et deux cens euros l'an prochain, ce n'est pas rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas rien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc s'ils peuvent le toucher, c'est aussi notre job de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Benjamin GRIVEAUX, c'est beaucoup plus profond que ça. C'est beaucoup plus profond qu'un chèque énergie.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous le confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, je vous pose la question. Que demandent celles et ceux qui manifestent d'après vous ? Est-ce que vous le savez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Que leurs enfants puissent vivre mieux qu'eux. Ils demandent un job, ils demandent de pouvoir vivre décemment de leur travail. C'est pour ça qu'on préfère taxer le carburant que le travail, c'est pour ça qu'on a mis en place la semaine dernière des dispositifs qui vont leur permettre de les accompagner parce que la transition écologique, je vais vous dire un truc, c'est difficile. Il faut se désintoxiquer de la France du tout pétrole. Il faut se désintoxiquer de cela. Ça fait cinquante ans que ça dure. Moi ce que je veux leur dire aussi, et je vais vous dire c'est très difficile, mais ce que je ne veux pas c'est qu'on continue comme avant, qu'on fasse ce que proposent Les Républicains : un chèque carburant qui coûte quinze milliards d'euros. C'est deux points de TVA pour tout le monde. Tous les gens qui étaient hier sur les barrages, il faut qu'ils sachent. Quand Laurent WAUQUIEZ y va la larme à l'oeil, il propose deux points de TVA supplémentaires ; Eric CIOTTI pareil. C'est comme ça qu'ils veulent financer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Benjamin GRIVEAUX, ça c'est de la politique.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne suis pas certain que sur les barrages, on adhère aux idées de Laurent WAUQUIEZ ou Eric CIOTTI, ce n'est pas le souci. Le souci, c'est la fin de mois. C'est la fin de mois.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas la fin du mois, c'est le 15 du mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
15 du mois, oui. Oui, alors ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors quand on supprime les cotisations pour augmenter, pour faire que le salaire net augmente, est-ce qu'on l'a fait ou pas depuis le début de l'année ? Est-ce qu'on peut nous faire crédit de ça ? Oui ou non ? Qui était le candidat qui proposait que le travail paye mieux ? Est-ce qu'on a ces 3,15 % de cotisations en moins depuis le début de l'année oui ou non ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup de femmes dans les barrages, pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Est-ce qu'on supprime la taxe d'habitation ? Est-ce que les feuilles de taxe d'habitation qui sont arrivées là, elles ont connu une baisse de 30 % pour 80 % de nos concitoyens ? Oui. Est-ce que c'est la taxe la plus injuste géographiquement, socialement parce qu'elle frappe les territoires les plus enclavés et elle est moins importante dans les territoires les plus riches ? Qui était contre ? Tous ceux qui étaient sur les barricades hier pour faire de la récupération politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi beaucoup de femmes hier et avant-hier et ce matin ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Beaucoup de femmes hier étaient là, d'abord parce que les femmes subissent en premier les horaires difficiles, le temps subit, le temps partiel subit, qu'elles ont souvent des fins de mois très compliquées, que vous avez de plus en plus de foyers monoparentaux et que vous avez des femmes qui ne s'en sortent plus parce qu'elles doivent gérer deux gamins, parce qu'elles doivent gérer un boulot et parce qu'elles n'ont plus de vie. Et donc, c'est ça on a entendu hier aussi et ce que vous avez raison de dire. Ce n'est pas le chèque énergie ou ce n'est pas… Je vais vous dire, considérer que ça n'est qu'une question d'argent, c'est avoir une part de mépris pour les gens qui étaient là hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ils disaient autre chose que ça et sachez qu'on a entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes, les augmentations de salaire, le pouvoir d'achat et cætera et cætera. C'est vrai que certaines et certains n'ont plus rien à perdre, vous vous rendez compte de ça, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils n'ont plus rien à perdre. Là, j'ai entendu le Premier ministre qui dit : « On va tenir bon. » Donc c'est clair, vous allez tenir bon sur la hausse des taxes sur les carburants en janvier ; ça c'est clair. Vous ne changerez pas quelle que soit la mobilisation, quelle que soit l'évolution de la situation.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est la bonne décision. Parce que si dans deux ans, si dans dix-huit mois les pays du Golfe, les pays qui produisent le pétrole, font en sorte que le prix du baril - ce qu'on a connu il y a quelques années - atteigne quatre-vingts, quatre-vingt-dix ou cent dollars le baril, ce sont eux qui s'occuperont du porte-monnaie des Français. Quand on est pour l'indépendance nationale, quand on est pour la souveraineté nationale, on accompagne nos concitoyens dans cette transition qui est difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La transition, donc on sort de l'énergie fossile. On est bien d'accord ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire que l'objectif très clairement, c'est de limiter les gaz à effet de serre. C'est de limiter la production de CO2 et que donc on va progressivement… Regardez ce qu'on fait sur les centrales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi est-ce qu'on n'interdit pas à TOTAL de forer au large de la Guyane ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Juste d'abord, ce sont des licences qui ont été données avant et qui ont été faites avec des travaux d'exploration d'hydrocarbures bien avant cette élection. Il y a aussi des engagements de l'Etat à l'égard des entreprises, des particuliers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc TOTAL pourra forer ; on est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Seulement les centrales à charbon, puisqu'on parle de ça, elles vont fermer, il n'y en aura plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne m'avez pas répondu. Est-ce que TOTAL pourra forer au large de la Guyane ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La réponse a déjà été donnée mais ce que je veux vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réponse est oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous la connaissiez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je ne la connaissais pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je veux vous dire, c'est que les centrales à charbon auront fermé en 2022. Les centrales à charbon. Il n'y aura plus une seule centrale à charbon. On sera le premier pays au monde à le faire. Que les explorations d'hydrocarbures, puisque vous parliez de TOTAL en Guyane, il n'y en aura pas une nouvelle qui sera autorisée parce que c'est terminé. On est le premier pays au monde à le faire. Il n'y aura pas de nouvelle centrale thermique ni à gaz qui seront ouvertes dans le quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que le kérosène utilisé par les avions dans les vols intérieurs n'est pas fiscalisé ? Pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce que ça relève, vous le savez comme moi, de conventions internationales et vous le savez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors battez-vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais qu'est-ce que vous croyez qu'on fait ? François de RUGY et Brune POIRSON, ils y passent une partie de leur temps à Bruxelles avec nos partenaires. On ne décide pas tout seul dans son coin. Il faut arrêter de faire croire n'importe quoi à nos concitoyens. La France, on ne peut pas dire : « On décide tout seul dans notre coin » et en même temps être dépendant du pétrole et expliquer qu'il faut subventionner le chèque carburant, faire des chèques aux monarchies du Golfe qui demain décideront de ce que les Français ont dans leur porte-monnaie. Moi, je ne m'y résous pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La transition énergétique écologique, pourquoi est-ce que le gouvernement n'a pas appuyé l'amendement vendredi soir sur l'huile de palme ? Expliquez-moi pourquoi. Amendement qui a été voté contre l'avis du gouvernement, il s'agit de quoi ? L'huile de palme utilisée pour les biocarburants est exonérée de taxes et vous voulez maintenir cette exonération de taxes. Pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça, c'est une vision un peu partielle du sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ça ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous expliquer très simplement. L'intention de Bruno MILLIENNE est extrêmement louable, mais l'effet est totalement contre-productif et vous savez pourquoi

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que la mesure va provoquer un report sur le soja. Le soja, on considère que c'est pire pour la déforestation que l'huile de palme. Donc nous, ce qu'on est en train de faire, c'est un plan global sur la déforestation, il a été présenté la semaine dernière par François de RUGY. Donc plutôt que de s'intéresser à un petit amendement mandat d'un vendredi soir, je vous propose de regarder le plan global. Il n'y a pas que l'huile de palme, il y a le cacao, il y a l'hévéa, il y a le soja et l'objectif c'est zéro importation de produits qui génèrent de la déforestation en 2030. C'est ça le sujet. Et après, je vais vous le dire, puisqu'il y a aussi des gens : ça touche entreprise de La Mède, c'est deux cent cinquante ouvriers sur le carreau. La transition écologique, si on veut qu'elle soit acceptée et qu'elle soit comprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle passe après.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas qu'elle passe après. C'est qu'on ne peut pas nous demander de dire : « Il faut écouter les gens » et quand on a deux cent cinquante ouvriers qui vont se retrouver sur le carreau dire : « Ça ne compte pas ». Dans cet équilibre-là, on est aussi en permanence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je reviens au pouvoir d'achat des Français. Qui émet le plus de gaz à effet de serre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas mais vous allez me le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous le dire : les plus riches d'entre nous. Vous savez pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Dites-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez pourquoi, toutes les études le montrent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Dites-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'ils consomment plus donc ils émettent plus de gaz à effet de serre. Qui se sent pénalisé par les mesures écologiques de transition écologique ? Les plus faibles, les plus modestes d'entre nous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr. Qui bénéficie des mesures d'accompagnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est la justice sociale dans la transition écologique ? Où elle est ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pardon, qui bénéficie des mesures d'accompagnement ? Les plus riches ? Non, c'est les foyers non imposables. Qui est-ce qui utilise la prime à la conversion pour les automobilistes ? C'est difficile. Ça mérite qu'on parle et qu'on le dise calmement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je le dis parce qu'on ne l'a pas assez dit. On avait prévu de faire cent mille primes à la conversion par an dans le quinquennat soit cinq cent mille. A la fin de cette année, on sera deux cent quatre-vingt mille. Vous savez qui le fait ? Ce n'est pas les riches. 70 % des gens qui le font, ils ne sont pas imposables. 95 % des gens qui le font, ils ne vivent pas en Ile-de-France. Ce n'est pas les riches, ce sont des gens qui parfois leur véhicule est ancien et qu'ils bénéficient de cette mesure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et comment font-ils pour trouver les cinq mille euros pour changer leur véhicule ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je vais vous donner…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'on ne leur propose pas un prêt à taux zéro ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais arrêtez de raconter n'importe quoi !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne raconte pas n'importe quoi.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je suis allé sur un site bien connu qui s'appelle La Centrale, vos auditeurs peuvent y aller.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je le connais, oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai regardé, vous avez une ZOE. Ça, c'est 100 % électrique, je ne vous parle même pas d'autre chose. Mais une ZOE 100 % électrique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A dix mille euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, sept mille neuf cent quatre-vingt-dix euros. Elle a sept mille kilomètres, elle n'est pas neuve. Sept mille kilomètres, on peut considérer que ce n'est pas beaucoup. Vous savez quoi ? Elle vous coûte mille neuf cent quatre-vingt-dix euros avec la super prime à cinq mille euros et elle vous coûte mille euros de moins en carburant par an. Donc il faut arrêter de raconter n'importe quoi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y en a beaucoup des ZOE électriques d'occasion ? Franchement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas, je suis allé hier sur La Centrale et j'en ai trouvé une.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez en trouver combien ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'en ai trouvé une autre qui est à essence, parce qu'il n'y a pas des prises électriques ou des bornes de recharge partout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça, c'est aussi le job de l'Etat de proposer ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas des bornes de recharge partout. Quand vous regardez par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous avez pris du retard. Pas vous, avant. Et vous aussi d'ailleurs.

BENJAMIN GRIVEAUX
Pardon, une Twingo hier, cinq litres au cent, plutôt que quelque chose qui consomme sept litres au cent, ça vous permet de faire des économies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez à combien elle est ? Mille six cent cinquante euros. Vous savez de combien de prime vous pouvez bénéficier ? Quatre mille euros. Elle vous coûte six cent cinquante euros. Donc il faut arrêter de raconter n'importe quoi ; il y a aussi des possibilités. Est-ce que je dis que c'est simple ? Non. Est-ce que je dis que ça change les comportements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, alors…

BENJAMIN GRIVEAUX
Attendez. Et ça change les habitudes ? Oui. Est-ce que c'est emmerdant, on va dire le mot ? Oui, c'est vrai que c'est emmerdant mais je vais vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas pour nous qu'on le fait, ce n'est pas par plaisir qu'on fait des choses qui ne sont pas populaires. C'est parce qu'on en a besoin pour désintoxiquer notre économie du tout pétrole. Parce qu'on ne veut pas que le porte-monnaie des Français soit dans la main de pays qui produisent le pétrole et parce qu'on pense que c'est bon pour l'environnement. Voilà, c'est ça notre proposition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le pouvoir d'achat passe avant l'écologie ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je pense que c'est un très mauvais débat que d'avoir celui-là. Très mauvais et vous savez pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une question posée dans une enquête.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous savez pourquoi c'est un mauvais débat ? Parce qu'on aura bien l'air malin si on est tous malades dans vingt ans avec plus de pouvoir d'achat. Moi, je suis sûr que les Français sont attachés à un truc, et vous savez ce vieil adage français : la santé, ça n'a pas de prix. Ça n'a pas de prix. On a quarante-huit mille morts par an en France du fait de complications respiratoires et dans les métropoles en particulier, deux mille cinq cents à Paris. Deux mille cinq cents morts, c'est un Parisien sur mille l'an dernier. Soit on continue et on continue à danser sur le volcan, soit on prend ça à bras le corps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi les Français ont-ils ce sentiment, et c'est une réalité, que les dépenses contraintes augmentent plus que leur pouvoir d'achat ? Les dépenses contraintes, c'est quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est le logement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est, je ne sais pas, les frais bancaires.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est d'abord le logement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le logement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr, c'est le logement. Mais regardez ce qu'on est en train de faire sur le logement. On est dans un pays fou où on a par la dépense publique organisé l'inflation du prix du logement en subventionnant les bailleurs et en subventionnant les locataires. On a mis de l'argent dans les deux bouts du système pour un système très inflationniste. C'est ce qu'on est en train de défaire, c'est ce que Julien DENORMANDIE s'est acharné à faire dans cette loi ELAN qui a été tant décriée. Pourquoi est-ce que la taxe d'habitation on la supprime ? Ce sont des bases imposables qui ont quarante ans d'âge, parce que c'est ce qu'on paye là. Ce qu'ont dit les gens hier, c'est le ras-le-bol des quarante années où on n'a pas fait des choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça qu'Emmanuel MACRON est la cible de la colère ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En 98, la fiscalité écologique : ils la mettent en place en 2000, en 2000. Deux ans après. Ça nous aurait rapporté… Ça nous aurait permis d'accompagner cette transition. Je le dis aux présidents de région et il y en a qui sont sincères dans la bagarre. Mais très franchement, Laurent WAUQUIEZ, Hervé MORIN, ça fait trois ans qu'ils sont présidents de région, ils ont la fiscalité maximum dans leur région. Pourquoi ils ne l'ont pas baissée ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi, comment se fait-il qu'Emmanuel MACRON soit devenu le symbole d'une politique injuste et arrogante ? Franchement ? C'est bien qu'il y a des raisons.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce que, vous savez, ça fait bien longtemps qu'on n'a pas dit aux Français la vérité, qu'on les a un peu trimballé, qu'on leur a dit à chaque colère : « On va vous faire un plan, vous allez voir, on va régler le problème ». Et d'ailleurs, très souvent, qu'est ce qui s'est passé ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est parce qu'il dit la vérité qu'il est la cible ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Juste si je peux terminer, écoutez-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Simplement sur ça, que quel était le triptyque immanquable des trente dernières années dans la vie politique française ? Un problème émerge, on fait une dépense, l'année d'après un impôt. C'est immanquable. C'est ce qui s'est toujours passé depuis trente ans. Ce à quoi nous on essaie de répondre par : « On a identifié les problèmes. On ne va pas vous expliquer que dans un coup de baguette magique, on va régler tous les problèmes ». Parce que si on s'attache uniquement à traiter les symptômes du mal, on ne règle pas les racines du problème et nous on veut s'attaquer aux racines des problèmes. L'éducation, la formation, la mobilité, tout ce qu'on fait là-dessus. Et je vais vous dire, mais même un truc tout bête…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce discours peut être entendu, mais pourquoi est-ce qu'une partie des Français ne l'entend plus ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce qu'il est difficile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'il n'a pas été tenu depuis le début…

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce qu'on a… non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi, c'est l'attitude d'Emmanuel MACRON, MACRON qui était en cause…

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce qu'on a infantilisé les Français depuis 30 ans en leur expliquant qu'en un claquement de doigts, l'Etat pouvait tout régler. Ce n'est pas vrai, on leur a raconté des histoires et moi je le dis ce matin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'on vit une confrontation directe entre une partie des Français et le président de la République, pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas le président de la République en tant que tel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais non, regardez ! Vous avez 20.000… vous avez la moitié des maires de France qui ne veut pas repartir à l'élection, ils vous disent quoi les maires ? Les maires ce n'est pas le président de la République, ils vous disent « c'est trop dur, on ne sait plus faire face, parfois on est dans des rapports très difficile, il y a de la défiance généralisée », ce n'est pas les présidents de la République, ce sont des maires. Le maire c'est l'élu par excellence qui est en proximité immédiate, c'est celui qui prend la crise sociale de plein fouet, mais parce que ça devient trop dur pourquoi ? Parce qu'on n'a pas fait ces transformations depuis 30 ans, parce qu'on a laissé s'effilocher le système, parce qu'on a laissé des gens dans la désespérance. Nous, on veut remettre de l'optimisme et de la confiance dans le système ; et ceux qui jettent de l'huile sur le feu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez à l'opposition, à toutes les oppositions d'ailleurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A toutes les oppositions. Et quand je vois hier avec les micros et ils ont le sourire aux lèvres, alors que les gens autour (eux), ils n'ont pas le sourire, croyez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'opposition appelle à la poursuite du mouvement d'ailleurs.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ces images-là… ces images-là, elles sont très choquantes, quand on voit les responsables politiques, petit sourire en coin en disant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A qui pensez-vous, à qui pensez-vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous les avez tous vu défiler hier sur vos chaînes d'info, je n'ai pas envie de leur faire de la publicité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, j'ai une question parisienne. APPLE qui ouvre un magasin géant à Paris sans payer d'impôts en France, ça vous choque ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez ce qu'on est en train de faire, les GAFA, regardez ! On nous avait dit que c'était impossible parce que c'est l'Union européenne et que c'est par définition impossible. L'année dernière il y avait moins… il y avait 15 pays qui étaient prêts à taxer les fameux GAFA, donc les GOOGLE, APPLE, FACEBOOK, AMAZON, bon, on est à 23 pays, on n'est pas loin de l'unanimité fiscale. Sur un sujet comme celui-là, en Europe ça prend en général 10 ans, en 1 an…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On l'aura quand cette unité fiscale ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En 1 an on est à 23 pays. Rendez-vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin de l'année ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est l'objectif qu'on a fixé au Conseil européen qui se déroulera en décembre. Il y a 4 pays pour l'instant, il y a l'Allemagne qui est en bascule, il y a la Suède, il y a le Danemark et il y a l'Irlande. On a convaincu 23 des 27, en un an ce n'est pas si mal, sur un sujet fiscal croyez-moi c'est même un bel exploit de Bruno LE MAIRE. Et donc on va continuer, mais c'est on se retroussant les manches, ce n'est pas en faisant des effets de tribune, en condamnant les uns et les autres, c'est en se retroussant les manches, en passant du temps avec les gens et en disant : il faut pouvoir fiscaliser. Et non, ce n'est pas normal que quelqu'un puisse ouvrir une surface commerciale de cette taille à Paris, en France ou ailleurs, d'ailleurs pas qu'à Paris et ne pas payer d'impôts, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
80 à 100 milliards d'évasion fiscale, c'est bien cela, combien a-t-on récupéré ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors moi, je ne dispose pas des chiffres… donc c'est la colle du matin, donc je vais me renseigner auprès de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, ce n'est pas la colle, non.

BENJAMIN GRIVEAUX
Gérald DARMANIN. Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que suite aux différentes affaires et vous savez notamment, il y avait eu les différents leaks faits par les journaux, notamment par Le Monde, c'est la France qui a le plus instruit de dossiers à l'issue de ces révélations qui ont été faites par la presse, qu'elle joue un rôle important dans ces révélations ; et qui met en place les mécanismes les plus durs. Mais ce que je souhaitais dire aussi tout à l'heure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous rendez compte, cet argent qu'on pourrait redistribuer aux plus modestes…

BENJAMIN GRIVEAUX
J'entends parfaitement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX !

BENJAMIN GRIVEAUX
J'entends parfaitement, mais vous savez quoi ? Il y a aussi autre chose. On attend la mobilisation des entreprises, parce que depuis 18 mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous leur demandez aux entreprises ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Depuis 18 mois, on a beaucoup accompagné – et c'était indispensable – la compétitivité de nos entreprises qui n'étaient pas compétitives, vis-à-vis de leurs concurrents allemands, européens ou internationaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le CICE par exemple…

BENJAMIN GRIVEAUX
Exactement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'on verse par exemple à TOTAL, je n'ai rien contre TOTAL particulièrement mais tout de même…

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai bien compris, c'est exactement l'esprit d'intervention qu'elle amène, vous avez parfaitement compris. Donc suivez mon regard, on a transformé le CICE en baisse de charges pérennes désormais, c'est important, ça permet aux entreprises d'être plus compétitives. Il faut qu'elles y répondent de deux manières : parle emploi et par le fait de bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez conditionner ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et par le fait de bien rémunérer le travail. On a baissé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez conditionner ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On a baissé les charges…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les aides ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On leur dit : embauchez, jouez le rôle qui est le vôtre, ce n'est pas en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous leur dites mais…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas en France l'Etat qui crée les emplois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quitte à les contraindre, quitte à les contraindre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'est pas l'Etat qui crée les emplois, ce sont les entreprises. Et vous savez quoi, ce sont les PME et les TPE, quand on va dans les territoires on le voit. Regardez, pour la première fois… parce qu'on est… vous savez c'est le journal des mauvaises nouvelles quand on allume la télé en ce moment, il y a une bonne nouvelle, 10.000 emplois industriels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, donnez-la.

BENJAMIN GRIVEAUX
L'an dernier qui ont été créés… cette année, 10.000 emplois. C'est la première fois qu'on recrée des emplois industriels en France depuis très longtemps. Qui le fait ? Pas les grands groupes du CAC 40, c'est les PME et TPE dans nos territoires. Pourquoi elles le font ? Parce qu'elles ont bien vu que les dispositifs qu'on a mis en place leur permettent de le faire, parce qu'elle retrouve de la compétitivité. Donc il faut qu'on se retrousse les manches, l'Etat, les pouvoirs publics et je vais vous dire, moi ça me rend dingue que les 560.000 personnes qui ont le droit au chèque énergie ne l'aient pas touché. Et donc on va faire en sorte que notre administration se bouge pour pouvoir faire en sorte que les Français qui ont droit  quelque chose le touchent. Et c'est aussi le job des entreprises de se retrousser les manches, on n'y arrivera pas tout seul.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien ! Nous verrons dans les prochains jours si vous êtes entendu par les Français. Benjamin GRIVEAUX merci.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2018

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