Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 19 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, la fiscalité écologique et le projet de loi d'orientation sur les mobilités (LOM). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 19 novembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes, la fiscalité écologique et le projet de loi d'orientation sur les mobilités (LOM).

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

ti : MARC FAUVELLE
Invitée politique de France Info jusqu'à 9h00, c'est la ministre des Transports et c'est Renaud DELY qui vous pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

RENAUD DELY
A l'issue de ce week-end de mobilisation des Gilets jaunes un peu partout en France, le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, est intervenu hier soir sur France 2, et voici sa réponse à ce mouvement.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Le cap il est bon, et nous allons le tenir. Le mouvement des Gilets jaunes, il s'est exprimé, de façon très claire, donc j'entends ça, mais je dis aussi que, un gouvernement, qui changerait de pied en permanence, qui zigzaguerait au gré des difficultés, il ferait ce qu'ont fait beaucoup trop de gouvernements, par le passé, et il ne conduirait pas la France là où elle est doit être conduite.

RENAUD DELY
Une mobilisation plutôt réussie, 300.000 manifestants, 2000 points de blocage, et la réponse c'est "circulez, il n'y a rien à voir" ?

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas que le Premier ministre ait dit ça, je pense qu'il a au contraire dit qu'on entend la colère, le désarroi des Français qui habitent dans des territoires, souvent loin des centres villes, et dont on ne s'est pas occupé depuis des années, et qu'on veut les accompagner dans cette transition énergétique. Et vous savez, moi ça fait des mois qui je prépare une loi sur les mobilités, que je présenterai lundi prochain, qui vise justement à prendre en compte la situation des personnes dans ces territoires, qui sont quelque part les victimes du tout TGV, et qui sont abandonnées au tout voiture, et je pense que pas grand monde s'en est occupé jusqu'à présent.

MARC FAUVELLE
On va reparler longuement de la loi Mobilités, si vous voulez bien, dans quelques minutes, Elisabeth BORNE. Est-ce que le gouvernement, dans ce dossier, est en train de jouer le pourrissement de la situation ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on a un mouvement qui est inédit, avec aucun leader et des gens qui expriment des revendications contradictoires. Ce qui est clair, je le redis, c'est qu'on entend bien qu'une partie des Français se sent abandonnée, oubliée, et au contraire, le rôle du gouvernement, et ce qu'on fait, c'est de les accompagner pour que, effectivement, les carburants, le fuel, pèsent moins sur leur quotidien, sur leur pouvoir d'achat. C'est ce qu'on fait, c'est ce que le Premier ministre a annoncé la semaine dernière, en renforçant le chèque énergie, en renforçant la prime à la conversion, pour les aider à ne plus être dépendants du pétrole.

RENAUD DELY
On le voit bien ce matin, Elisabeth BORNE, il y a des blocages qui continuent dans certaines régions du pays, est-ce que vous redoutez que d'autres professions se joignent à ce mouvement, des routiers par exemple ?

ELISABETH BORNE
Alors franchement, je pense qu'il ne faut pas faire d'amalgame, et je peux vous assurer qu'on a rediscuté ce matin avec toutes les organisations de transport routier, elles ne souhaitent pas qu'on fasse des amalgames…

MARC FAUVELLE
Elles ne rentreront pas dans le mouvement ?

ELISABETH BORNE
Elles ne souhaitent pas rentrer dans ce mouvement, et par contre, ce qu'il y a, c'est que certains barrages les Gilets jaunes empêchent les poids lourds de circuler, donc effectivement vous avez des poids lourds qui se retrouvent bloqués sur ces barrages. Mais je peux vous assurer que, les transporteurs routiers ont leurs sujets, on en discute avec eux, mais ils ne souhaitent pas être solidaires de ce mouvement.

RENAUD DELY
Et vous êtes certaine que les organisations contrôlent les routiers en l'occurrence ? Puisqu'on voit, à travers le mouvement des Gilets jaunes, un mouvement auto-organisé, comme vous le disiez, les organisations ne sont pas forcément à l'origine ou susceptibles d'encadrer ce mouvement.

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous dire qu'il n'y a pas quelques cas isolés, ce que je vous dis c'est que les organisations nationales de transport routier, avec lesquelles on discute régulièrement, ne sont pas dans ce mouvement.

MARC FAUVELLE
Est-ce que pour vous ce mouvement des Gilets jaunes il a assez duré maintenant ? On a entendu le message, vous y avez répondu, c'est ce que vous nous avez dit, est-ce qu'il doit cesser, est-ce que les gens doivent rentrer chez eux ?

ELISABETH BORNE
Je pense que, déjà, aujourd'hui comme samedi, il faut être conscient qu'on a le droit de manifester, dans le pays, mais on n'a pas à bloquer les gens qui veulent circuler, pour aller au travail, pour aller chez le médecin. Il y a des règles, oui on a le droit de manifester, on avait invité à déclarer ces manifestations, pour des raisons de sécurité. Les plus de 400 blessés qu'on a eus ce week-end, le décès qu'on a eu ce week-end, montrent aussi pourquoi il faut déclarer des manifestations, que les forces de l'ordre, que la préfecture, vous donnent des endroits où aller, vous alertent sur les risques des manifestations, donc je pense qu'il faut être aussi attentif aux Français qui veulent aller travailler, et qui souhaitent pouvoir circuler, ce qui est une liberté dans notre pays.

RENAUD DELY
Précisément, le Premier ministre Edouard PHILIPPE, hier soir sur France 2, il a utilisé une expression assez forte, justement pour distinguer la liberté de manifester, d'un certain nombre d'incidents.

EDOUARD PHILIPPE
En France la liberté d'expression elle est garantie, la liberté de manifestation elle est garantie, ce sont des droits, il faut se battre pour les garder, je n'ai aucun problème là-dessus, mais la France c'est la liberté d'expression, la liberté de manifestation, mais ce n'est pas l'anarchie.

RENAUD DELY
C'est l'anarchie par endroits, en France, en ce moment ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, il y a eu des situations très différentes sur les différents lieux de manifestation, parfois c'était très bon enfant, mais vous avez vu qu'il y a aussi des endroits où ça a été violent, et je pense qu'il faut mettre chacun en garde. Il y a des Français qui veulent exprimer leur colère avec leur gilet jaune, il y a des Français qui veulent aller travailler et qui veulent qu'on les laisse circuler.

MARC FAUVELLE
Est-ce que cette mise en garde, Elisabeth BORNE, elle s'adresse aussi aux partis politiques qui ont soutenu, d'une manière ou d'une autre, ces manifestations, je pense au Rassemblement national, à la France insoumise, à Nicolas DUPONT-AIGNAN, ou à Laurent WAUQUIEZ qu'on a vu manifester ce weekend ?

ELISABETH BORNE
Moi je dis que cette récupération, voyez, ce n'est pas très glorieux, et en particulier moi je voudrais que Laurent WAUQUIEZ nous dise quand il était dans les gouvernements auxquels il a participé, qu'est-ce qu'on a fait pour ces territoires ? C'est des gouvernements qui ont promus le tout TGV, qui ont laissé le réseau ferroviaire se dégrader, le réseau routier se dégrader, qu'est-ce qu'on a fait, sous les gouvernements auxquels a participé Monsieur WAUQUIEZ, pour apporter des solutions alternatives à la voiture ? Vous savez, moi ça fait des mois que je répète qu'1 Français sur 4 a refusé un emploi parce qu'il n'avait pas de solution pour s'y rendre, on a des territoires dans lesquels il n'y a pas d'alternative à la voiture, et c'est le coeur de la loi qui je porterai. Et les gouvernements auxquels a participé Monsieur WAUQUIEZ qu'est-ce qu'ils ont fait pour régler ces problèmes ?

RENAUD DELY
Parmi les personnalités d'opposition qui sont mobilisés dans ce mouvement, il y a Nicolas DUPONT-AIGNAN, et Nicolas DUPONT-AIGNAN, suite au drame qu'on a connu en Savoie avec la mort d'une manifestante, il a directement interpellé le gouvernement.

NICOLAS DUPONT-AIGNAN, PRESIDENT DE DEBOUT LA FRANCE
Combien de morts faudra-t-il pour que le gouvernement réagisse et fasse la paix avec les Français ?

RENAUD DELY
Est-ce que le gouvernement porte une responsabilité dans cet drame, à vos yeux ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que déjà la récupération c'est discutable, mais je pense que là on franchit les limites de la décence, vraiment.

RENAUD DELY
Pourquoi ?

ELISABETH BORNE
Aller instrumentaliser le décès d'une manifestante, franchement, c'est indécent, indécent.

RENAUD DELY
Et quand vous voyez en France, on a pu le voir, vous évoquiez ces incidents, certains Français se heurter à d'autres Français, des Français se taper les uns sur les autres, est-ce que ce n'est pas un constat d'échec terrible pour un gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça montre… manifester oui, bloquer non, les Français veulent aussi qu'on leur laisse la liberté de circuler, et je le redis, on est vraiment, enfin moi je peux vous assurer que ça fait des mois que je travaille avec les élus, avec les associations, avec les entreprises, pour apporter des solutions aux gens qui manifestent, notamment sur leur mobilité, sur leurs déplacements de tous les jours.

MARC FAUVELLE
On va évoquer dans quelques instants, Elisabeth BORNE, si vous le voulez bien, avec vous, à la fois la loi sur les mobilités que vous allez dévoiler dans une semaine exactement, et puis toutes les questions sur la fiscalité écologique qui sont derrière ce conflit des Gilets jaunes. On marque d'abord une petite pause.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec la ministre des Transports, Elisabeth BORNE. Je vous propose qu'on écoute d'autres propos du Premier ministre hier soir sur France 2, interrogé sur ce que sont les Gilets jaunes et sur les réponses données par le gouvernement.

EDOUARD PHILIPPE
Le ras-le-bol fiscal qui est exprimé, c'est vrai, je ne suis pas sûr qu'il n'y ait qu'un ras-le-bol fiscal qui est exprimé, mais il y a un ras-le-bol fiscal…

LAURENT DELAHOUSSE
Donc vous comprenez, vous dites il y a un ras-le-bol fiscal…

EDOUARD PHILIPPE
Mais évidemment que je le comprends.

LAURENT DELAHOUSSE
Vous l'assumez ?

EDOUARD PHILIPPE
Non seulement je le comprends, mais un des engagements qui a été pris, et qui sera tenu Monsieur DELAHOUSSE, par ce gouvernement, c'est de faire en sorte qu'à la fin du quinquennat, et dès cette année, le niveau d'impôts et de taxes, on dit parfois les prélèvements obligatoires, diminue.

RENAUD DELY
"Il y a un ras-le-bol fiscal" dit le Premier ministre, et pourtant les taxes sur les carburants vont encore augmenter au 1er janvier, vous le confirmez Elisabeth BORNE?

ELISABETH BORNE
Et je vous confirme aussi ce que dit le Premier ministre, c'est que, effectivement, on parle de ce qui augmente, il faut aussi parler de ce qui baisse, il faut parler de la taxe d'habitation, qui est un impôt injuste, qui baisse d'un tiers pour 80 % des Français dès cette année, il faut aussi parler de la suppression…

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous diriez, pardon de vous interrompre, que les taxes sur le carburant sont un impôt juste ?

ELISABETH BORNE
Les taxes sur le carburant c'est un impôt juste, à condition qu'on accompagne les Français, qui peuvent être en difficulté, parce qu'ils ont besoin de prendre leur voiture tous les jours, pour qu'ils puissent avoir d'autres solutions, pour qu'ils puissent avoir une voiture qui consomme moins, qui pollue moins, mais qui consomme moins, et donc qui coûte moins cher. Quand vous achetez une voiture plus récente, eh bien vous pouvez gagner 300 euros par an sur votre plein. Et donc, effectivement, il faut accompagner les Français pour qu'ils sortent de la dépendance au pétrole.

RENAUD DELY
Donc les hausses de taxes du 1er janvier prochain, 7 centimes à peu près sur le diesel, 4 centimes…

ELISABETH BORNE
6,5 centimes, un peu moins de 4 centimes sur l'essence…

RENAUD DELY
Sont maintenues ?

ELISABETH BORNE
Elles sont maintenues, tout comme sont maintenues les baisses, la suppression des cotisations maladie et chômage pour les salariés, tout comme est maintenue la deuxième baisse de la taxe d'habitation, vous savez c'était 200 euros cette année, ça va être 400 euros l'an prochain, donc oui le gouvernement fait le choix de mettre moins d'impôts, moins de taxes sur le travail, et de taxer davantage ce qui pollue, et évidemment il faut permettre aux Français d'être moins dépendants du pétrole, et c'est ce qu'on fait.

MARC FAUVELLE
Il y a un argument qu'on a beaucoup entendu ce week-end dans les blocages, Elisabeth BORNE, c'est pourquoi taxer l'essence, pourquoi taxer le diesel, alors qu'on ne taxe pas, ou très peu, le kérosène des avions ? Alors, est-ce que vous allez faire payer les compagnies, est-ce que vous allez augmenter le kérosène, au nom de la justice sociale dans ce pays ?

ELISABETH BORNE
Vous savez que l'aviation répond à des règles internationales, et donc il y a une règle qui fait que nulle part, dans le monde, le kérosène n'est taxé, ça ne veut pas dire…

MARC FAUVELLE
Sauf pour les vols intérieurs, je crois, sauf pour les vols intérieurs où vous avez la main, vous pouvez décider d'augmenter…

ELISABETH BORNE
Alors, les vols intérieurs ça représente 4 % du trafic aérien en France…

MARC FAUVELLE
Ce serait un symbole évidemment, taxer autant les avions que les voitures.

ELISABETH BORNE
Ça représente 4 % du trafic aérien en France, donc je ne suis pas sûre que ça change vraiment les choses, sans parler des compagnies qui viennent d'Angleterre, qui viennent d'Espagne, qui feraient le plein chez elles, et donc ce serait les compagnies françaises, mais fondamentalement…

MARC FAUVELLE
Vous trouvez normal qu'il y ait davantage de taxes sur les automobilistes que sur les compagnies aériennes ?

ELISABETH BORNE
Il n'y a pas davantage de taxes sur les automobilistes, vous savez que le transport aérien pays tous ses coûts, paye les coûts de ses aéroports, paye les coûts de sa sûreté, paye les coûts du contrôle aérien, et donc évidemment le transport aérien doit aussi baisser ses émissions, la France s'est battue pour qu'il y ait un engagement international, que toutes les compagnies partout dans le monde s'engagent à plafonner leurs émissions de gaz à effet de serre et à les réduire.

RENAUD DELY
Il y a un autre sujet qui concerne évidemment directement les automobilistes, c'est la carte grise. Est-ce que la carte grise va augmenter, est-ce que le coût de la carte grise va augmenter ?

ELISABETH BORNE
Ah non, il n'en n'est pas question. Alors, on peut se propager toutes sortes d'idées de ce type-là, mais non il n'est pas question d'augmenter le coût de la carte grise.

RENAUD DELY
Il avait été envisagé, je crois, une surtaxe de 3 euros par carte grise, c'est faux ?

ELISABETH BORNE
Non, il n'y a pas de surtaxe sur la carte grise.

RENAUD DELY
Sur cette question des impôts et du ras-le-bol fiscal précisément, Marine LE PEN, au nom du Rassemblement national, s'est emparée de ce sujet, c'était hier chez nos confrères de RTL.

MARINE LE PEN
Il n'y a plus de consentement à l'impôt, non seulement sur le niveau des impôts qui est exigé, aux Français, mais il n'y a plus non plus de consentement sur la manière dont les impôts sont dépensés.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il y a aujourd'hui une jacquerie jugulée par ces hausses d'impôts ?

ELISABETH BORNE
Mais qu'il y ait un ras-le-bol fiscal, on l'entend, et c'est bien pour ça que l'engagement du gouvernement c'est de baisser les impôts, c'est… effectivement ça ne date pas d'aujourd'hui, vous vous rendez bien compte que c'est depuis des années qu'on a eu un choix de facilité d'augmenter les impôts et dans le même temps d'augmenter la dette du pays, donc la situation aujourd'hui, quand on dit qu'il faut réparer le pays, oui, il faut moins d'impôts, et c'est bien l'engagement du gouvernement. Et, vous savez, on évoquait ce qui baisse, ce qui baisse ça fait, au global, il y a 2 milliards de prélèvements en moins sur les ménages cette année, il y en aura 6 milliards de moins l'an prochain, voilà. Donc, c'est peut-être moins visible…

MARC FAUVELLE
Sur la méthode, est-ce que vous reconnaissez, Elisabeth BORNE, que vous avez fait les choses à l'envers, c'est-à-dire d'abord les mauvaises nouvelles dans les 12 ou 18 premiers mois du quinquennat, où tout le monde a vu l'addition, y compris les retraités, puis les bonnes nouvelles qui arrivent maintenant, j'ai envie de dire presque trop tard, les Gilets jaunes sont déjà sortis ?

ELISABETH BORNE
Je pense que les gens ils vont voir, sur leur bulletin de salaire, ils le voient depuis le 1er octobre…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il n'aurait pas fallu faire, pour reprendre la formule d'Emmanuel MACRON, du "en même temps", plutôt que les mauvaises nouvelles, puis les bonnes ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en tout cas les charges sociales ont disparu sur les bulletins de salaire du mois d'octobre, ça sera de l'ordre de 260 euros, 265 euros l'an prochain quand vous êtes au niveau du SMIC…

MARC FAUVELLE
Une partie des charges sociales, oui.

ELISABETH BORNE
Il y a… les charges sociales sur le chômage, sur l'Assurance maladie ont été supprimées, la deuxième partie de la baisse de la taxe d'habitation intervient l'an prochain, et je peux vous dire que la ligne du gouvernement c'est de baisser les prélèvements obligatoires, de baisser les impôts.

RENAUD DELY
Sur la méthode toujours, est-ce que ce gouvernement n'a pas un peu trop négligé, depuis qu'il est en fonction, les corps intermédiaires ? Laurent BERGER vous le reproche, il explique d'ailleurs dans une interview au Monde d'aujourd'hui que "si l'exécutif", je le cite, "persiste à ne pas vouloir faire avec les corps intermédiaires, il va dans le mur." C'est un avertissement de la CFDT.

ELISABETH BORNE
On fait avec les corps intermédiaires, ils sont associés à toutes les réformes…

RENAUD DELY
Ce n'est pas ce qu'ils disent.

ELISABETH BORNE
Et que, aujourd'hui, il faille qu'on s'interroge tous sur la façon dont on marque de la considération pour les personnes qui ont été sur les barrages ce week-end, qui ont manifesté ce week-end, oui il faut marquer de la considération, et tous on doit effectivement leur montrer prend en compte leurs problèmes et qu'on y répond concrètement, parce que d'abord je pense qu'ils attendent qu'on y réponde et qu'on ait des réponses concrètes.

MARC FAUVELLE
Par exemple Monsieur BERGER a fait une proposition concrète qui est mettons les syndicats, le gouvernement et tous les acteurs autour de la table, pour une sorte de Grenelle de l'environnement et de la fiscalité. Pas de chance, Edouard PHILIPPE lui a dit "non" dès hier soir.

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas qu'Edouard PHILIPPE lui ait dit "non", il lui dit que simplement…

MARC FAUVELLE
Il lui a dit "les Gilets jaunes n'attendent pas une table ronde", je crois que ce sont ses mots.

ELISABETH BORNE
Oui, vous savez, enfin je pense qu'il y a une confiance…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire non.

ELISABETH BORNE
Il y a une confiance à rétablir avec les Français, qui sont aujourd'hui dans ces manifestations, qui l'ont été ce week-end, peut-être que, aussi, on leur a raconté, voilà, beaucoup d'inexactitudes pendant des années. Voyez moi, dans mon domaine, on leur a promis des mises à niveau de leurs routes nationales, qui ont été repoussées d'année en année, donc à un moment donné il faut aussi restaurer la crédibilité de la parole publique, et c'est bien ce à quoi on s'emploie.

MARC FAUVELLE
Les 80 km/h…

RENAUD DELY
Parmi les mesures, effectivement, qui avaient marqué un premier mécontentement dans certaines régions du pays, de cette France périphérique qui se sent souvent oubliée, il y a l'instauration des 80 km/h, ça remonte au 1er juillet. Quel bilan vous en faites 4,5 mois après ? On se souvient qu'Emmanuel MACRON avait dit "si ça ne marche pas, on reviendra en arrière."

ELISABETH BORNE
Ce qu'on voit c'est qu'effectivement la mortalité a baissé, c'est bien pour ça qu'on a pris cette mesure, pour réduire le nombre de morts, vous savez qu'on était à un moment où on voit que les accidents, la baisse de la mortalité été arrêtée, et je pense que, de tout temps, pour la sécurité routière, c'est des mesures fortes qui ont permis de baisser la mortalité.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous dites tant pis pour les conséquences dans l'opinion, tant pis si on perd des élections, il fallait le faire ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le Premier ministre l'a dit très clairement, et à un moment donné, quand on a des vies qui sont en jeu, quand on a non seulement des morts sur les routes, mais aussi des gens qui restent toute leur vie marqués par des accidents de la route, il y a des décisions qu'il faut aussi savoir prendre.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE avec nous jusqu'à 9h00, on va évoquer la loi Mobilités dans une minute, d'abord l'actualité.

(…)

RENAUD DELY
Elisabeth BORNE, vous présentez lundi prochain, en Conseil des ministres, votre loi sur les nouvelles mobilités, qui vise à essayer de mettre en place des alternatives pour les territoires qui dépendent de la voiture. Parmi les pistes qui sont dans ce texte, dans ce projet de loi, il y a l'idée d'installer des péages urbains à l'entrée des grandes agglomérations. Ça vous fait sourire.

ELISABETH BORNE
Ça me fait sourire que vous pointiez cette mesure parce que le coeur de cette loi, c'est comme vous l'avez évoqué, d'apporter des réponses dans les territoires où il n'y en a pas, d'apporter des réponses en s'appuyant sur les collectivités locales pour développer des solutions de transport à la demande, de covoiturage, d'auto-partage et je voudrais dire que, moi, je suis très confiante, parce que depuis des mois que je travaille avec les élus, vous voyez, ce n'est pas à Paris qu'on invente des solutions de ce type-là, c'est aussi à Charleville-Mézières, où il y a des véhicules électriques en libre-service, c'est dans l'Aveyron où on développe du covoiturage entre salariés, c'est en Eure-et-Loir, où on a une collectivité qui travaille avec l'entreprise pour avoir des alternatives pour les salariés pour aller au travail ; et donc c'est toute cette boîte à outils que moi, je veux donner aux élus, en proximité, pour répondre aux besoins de mobilité dans leur territoire.

MARC FAUVELLE
Est-ce que dans la boîte à outils que vous offrez aux élus, il y a des péages urbains ou pas ?

ELISABETH BORNE
Et donc dans la boîte à outils, il n'y a pas la création des péages urbains, c'est une disposition qui est dans la loi depuis dix ans, qu'on doit…

MARC FAUVELLE
Que personne n'a utilisée pour l'instant…

ELISABETH BORNE
Voilà, qu'on veut encadrer, s'assurer que si une collectivité veut le mettre en place, alors, elle consulte les citoyens, qu'elle consulte les communes qui sont en limite de ces péages, et que, par ailleurs, on a des tarifs raisonnables, mais moi, si les élus ne le demandent pas, vous savez, moi, je suis là pour donner une boîte à outils, si les élus ne le demandent pas, je n'ai aucun problème, cette disposition, j'y crois...

RENAUD DELY
Mais pourquoi ils ne la demanderaient pas, des élus vont demander l'instauration de péages ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, voilà, s'ils le demandent, on leur donnera la façon de mieux encadrer ces péages, s'ils ne le demandent pas, cette disposition ne sera pas dans la loi.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il n'y a pas un risque que ça s'accroisse dans l'esprit des Français ce sentiment de fracture sociale qu'on a vu justement et y compris ce week-end ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est tout le contraire que je veux faire, voyez, c'est tout le contraire, vraiment, moi, je pense que, pendant des années, on a sous-entretenu les réseaux, les gens qui prennent le train le savent, on faisait des TGV, on n'entretenait pas les réseaux, on a sous-entretenu le réseau routier. Donc c'est au contraire pour lutter contre la fracture…

RENAUD DELY
Précisément, ces péages urbains, est-ce qu'il n'y a pas un risque que ça donne l'impression qu'on veuille réserver des grandes agglomérations aux riches…

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, si c'est mal compris, et que les élus ne le demandent pas, il n'y a pas de problème, ça n'est qu'un des outils, il y a beaucoup d'autres outils, il y a un forfait mobilité pour que les employeurs accompagnent les salariés, 400 euros défiscalisés par an, pour faire notamment du covoiturage, des voies réservées pour le covoiturage, donc mon idée, c'est une boîte à outils pour aider les élus à aider les Français à se déplacer dans tous les territoires.

MARC FAUVELLE
Un mot Elisabeth BORNE, sur une mesure annoncée ce matin par nos confrères du Parisien Aujourd'hui En France, vous auriez, vous, au gouvernement, l'intention d'interdire aux applications d'aide à la conduite, comme, Coyote ou Waze notamment, de leur interdire d'annoncer à nouveau, comme ils le font aujourd'hui, les contrôles routiers, est-ce que c'est vrai, et dans quels cas précisément ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est très strictement…

MARC FAUVELLE
Contrôles de police…

ELISABETH BORNE
Très strictement quand on a des alertes enlèvements, vous comprenez qu'il peut être gênant de savoir où sont…

MARC FAUVELLE
Evidemment, c'est uniquement dans le cadre des alertes enlèvements, s'il y a un barrage, il ne sera pas signalé sur l'appareil…

ELISABETH BORNE
C'est uniquement dans le cas... voilà, c'est uniquement dans le cas des alertes…

MARC FAUVELLE
Un contrôle d'alcoolémie sera toujours signalé ?

ELISABETH BORNE
Oui, absolument, mais les alertes enlèvements, je pense que chacun peut comprendre qu'on ne veut pas dire voilà à celui qui est potentiellement concerné qu'il y a un barrage de police…

MARC FAUVELLE
Précision qui, je crois, va intéresser quelques millions d'automobilistes.

RENAUD DELY
Sur un tout autre sujet, Elisabeth BORNE, on sait que le gouvernement va présenter un projet de loi visant à étendre la procréation maternelle assistée à l'ensemble…

MARC FAUVELLE
Médicalement assistée, la procréation médicalement assistée à l'ensemble des femmes, aux couples de femmes, et aux femmes célibataires, c'est prévu pour l'été prochain. Laurent WAUQUIEZ, le patron des Républicains, s'est exprimé hier devant l'association Sens commun sur cette réforme.

LAURENT WAUQUIEZ, PRESIDENT DES REPUBLICAINS (DOC LE HUFFPOST)
Je n'accepte pas que ce débat-là nous soit proposé par toutes petites tranches, en nous ayant expliqué d'abord que c'était seulement le mariage pour tous, en nous expliquant maintenant, aujourd'hui, que ce sera seulement la procréation médicalement assistée pour des couples de femmes c'est-à-dire l'enfant sans père, et en nous expliquant que bien entendu, tout ceci n'a rien à voir avec la gestation pour autrui ou d'autres manipulations qui pourraient ensuite venir. C'est faux. Oui, c'est un engrenage. Et cet engrenage mènera nécessairement à la marchandisation des gamètes. Tout ceci a un nom, c'est l'eugénisme, tout ceci a été fait par un régime, c'est le nazisme.

RENAUD DELY
Que vous inspire le raisonnement de Laurent WAUQUIEZ, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, enfin, c'est assez déconcertant de voir autant de mauvaise foi, il y a un débat global qu'on a voulu ouvrir sur les lois bioéthiques, il y a eu beaucoup de débats dans le pays, ce sont des sujets délicats sur lesquels le gouvernement a proposé au Sénat et à l'Assemblée de préparer la loi en associant les parlementaires, donc entendre des propos de ce type, alors même que la majorité sénatoriale a refusé de travailler sur la préparation de la loi, qui évidemment ne porte pas sur la GPA, qui porte sur la PMA pour tous les couples, comme le président de la République s'y était engagé. Donc je pense que ces amalgames, vous savez, c'est assez révoltant d'entendre des amalgames, que tout soit déformé, qu'on verse dans la caricature systématiquement, je pense que ça ne grandit pas le débat politique.

RENAUD DELY
Est-ce que les propos Laurent WAUQUIEZ, ils illustrent les risques que porte ce débat dans la société française, est-ce qu'il y a un risque de fracture ?

ELISABETH BORNE
Mais bien sûr que c'est un débat qui est très délicat, et c'est pour ça que le gouvernement a souhaité prendre le temps, faire les choses de manière apaisée, préparer ces lois par des débats dans tout le pays, et associer tous les parlementaires à la préparation de la loi, il faut arriver à traiter de ces sujets avec beaucoup d'explications, et c'est exactement ce que veut faire le gouvernement, et je le redis, la PMA pour tous les couples, oui, c'est un engagement du président de la République, la GPA, il n'en a jamais été question.

MARC FAUVELLE
On a l'impression que le gouvernement ou l'Elysée sont extrêmement prudents sur ce dossier de la PMA. La loi devait arriver en fin d'année, puis en début d'année 2019, puis maintenant, on nous parle de l'été 2019, vous êtes sûre que ça va se faire un jour ?

ELISABETH BORNE
Il y a aussi des contraintes dans le calendrier parlementaire, vous savez, il y a beaucoup de textes…

MARC FAUVELLE
Mais il y a aussi une question de priorité dans le calendrier parlementaire. Il y a ce qu'on décide de mettre sur le haut de la pile, visiblement, la PMA, ce n'est pas sur le haut de la pile, visiblement la PMA ce n'est pas sur le haut de la pile.

ELISABETH BORNE
Non, mais l'engagement sera tenu, enfin je peux vous assurer que cet engagement qui a été pris par le président de la République sera tenu, il y a un calendrier parlementaire, et il y a le souhait que ce débat soit mené avec le maximum de sérénité, ce n'est évidemment pas ce que souhaite Monsieur WAUQUIEZ.

MARC FAUVELLE
Merci Elisabeth BORNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2018

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