Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec CNews le 19 novembre 2018, sur le maintien de l'ordre face aux gilets jaunes et la lutte contre les trafics de stupéfiants et le terrorisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec CNews le 19 novembre 2018, sur le maintien de l'ordre face aux gilets jaunes et la lutte contre les trafics de stupéfiants et le terrorisme.

Personnalité, fonction : NUNEZ Laurent.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur

ti :
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Laurent NUNEZ, merci d'être avec nous. Vous êtes coéquipier de Christophe CASTANER, vous avez consacré combien 10 ans, 20 ans à lutter contre le terrorisme, y compris à la tête de la DGSI avant de devenir ministre.

LAURENT NUNEZ
Oui, bonjour. Oui effectivement, j'ai été pendant une vingtaine d'années haut fonctionnaire au ministère de l'Intérieur avant d'entrer au gouvernement ; et j'ai consacré une dizaine d'années sur les questions de sécurité, dont la lutte antiterroriste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en parlera tout à l'heure. Cette nuit et ce matin, les gilets jaunes ont continué par endroits, est-ce que vous avez donné comme consigne – vous et Christophe CASTANER aux policiers et aux gendarmes – de supprimer les barrages ou de les accepter, de les tolérer momentanément ?

LAURENT NUNEZ
Alors le mouvement bien sûr n'a pas la même ampleur que samedi, avec les chiffres qui ont été annoncés par le ministre de l'Intérieur, un peu moins de 290.000 personnes présentes sur les points. Nous ne sommes pas du tout dans la même mobilisation et les consignes sont les mêmes, c'est-à-dire que les forces de l'ordre, gendarmes et policiers interviennent chaque fois que des axes structurants sont bloqués ou chaque fois qu'il y a des violences. Et malheureusement, il y a eu un certain nombre de violence, les policiers…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais à partir d'aujourd'hui, qu'est-ce que vous leur dites ?

LAURENT NUNEZ
Les règles sont les mêmes, elles étaient les mêmes samedi, hier et elles seront les mêmes aujourd'hui. Il ne peut pas y avoir de blocage d'axes structurants et encore moins de violence tolérée à l'encontre des personnes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la France peut être perturbée par ce mouvement, mais en aucun cas elle ne doit être bloquée !

LAURENT NUNEZ
La France ne peut pas être bloquée, les forces de l'ordre interviendront systématiquement, c'est les instructions qui ont qui ont été données que nous suivons de très près.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et comment vous vous adaptez Monsieur NUNEZ à un mouvement qui peut-être se durcit, s'effiloche mais qui est un peu partout, qui n'a pas de chef, qui n'a pas de visage, qui n'a pas de programme, comment vous faites la police, Le Figaro dit que vous êtes déboussolés !

LAURENT NUNEZ
Non, je n'ai pas lu Le Figaro, nous ne sommes pas déboussolés. Ce qui déboussole, ce qui déstabilise c'est le fait de ne pas avoir de déclaration de manifestations, puisque que quand on déclare une manifestation, ça veut dire qu'on a un organisateur en face de nous, qu'on prévoit un service d'ordre et qu'on a un interlocuteur. Et quand il n'y en a pas il y a danger, d'où les nombreux blessés que nous avons eu à déplorer. Maintenant que vos téléspectateurs soient rassurés, nous avons d'excellents préfets sur le territoire, d'excellents policiers, d'excellents gendarmes qui connaissent les points potentiels de blocage et qui sont susceptibles d'intervenir en amont. Donc je ne partage pas cette remarque selon laquelle nous serions déstabilisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais sur les réseaux sociaux, les gilets jaunes ont déjà donné un rendez-vous la semaine prochaine, samedi 24 place de la Concorde. Est-ce que vous êtes prêts à assurer là aussi la sécurité avec assez de policiers, de gendarmes pour le faire ?

LAURENT NUNEZ
Les organisateurs ne peuvent pas appeler comme ça à une manifestation place de la Concorde. La place de la Concorde relève de la compétence de la préfecture de police, on doit déclarer une manifestation dans Paris et la place de la Concorde n'est pas un endroit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord mais s'ils ne déclarent pas comme ils le font en ce moment et qui sont présents…

LAURENT NUNEZ
Le préfet de police examinera, bien évidemment en lien très étroit avec Christophe CASTANER et moi-même, ce projet d'action. Et vous savez que parfois, des manifestations peuvent être interdites. Le but n'est pas d'entraver la liberté de manifester, mais on peut souvent trouver d'autres lieux de manifestation qui offrent à la fois une liberté d'expression possible et une grande capacité à encadrer cette manif. Je ne pense pas que la place de la Concorde se prête à un encadrement serein.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous ne laisserez pas la manifestation…

LAURENT NUNEZ
Nous allons analyser ça avec beaucoup d'attention, mais je donne une première tendance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus que samedi ce qui nous a frappé, c'est que les gilets jaunes ont approché de… je ne sais pas, 150, 200 mètres de l'Elysée, est-ce que vous avez été pris de court ?

LAURENT NUNEZ
Non, non, pas du tout, nous n'avons pas été pris de court avec Christophe CASTANER, nous suivions ça de très près. Il faut savoir que l'Elysée donne lieu à un bouclage, c'est une institution la plus importante du pays, donc forcément il y a un dispositif de sécurité. Simplement samedi, les manifestations ont pu approcher au plus près de ce bouclage, parce qu'ils sont arrivés de manière perlée et on enfilé des gilets jaunes au dernier moment, ce qui a rendu difficile le fait de les suivre. Mais à aucun moment, l'institution n'a été menacée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit vous-même Laurent NUNEZ qu'il y avait 290.000 samedi, 44.000 hier, ce n'est donc pas la vague ou le raz-de-marée qui était annoncé. Est-ce que cette moindre ampleur vous rassure ou vous retenez le côté durcissement de ce mouvement ?

LAURENT NUNEZ
D'abord hier… donc un peu moins de 290.000 samedi ; hier nous n'avions pas de cellule de suivi, c'était plutôt géré localement et le chiffre de 44.000 qui circule dans la presse est plutôt un maximum. Premier point donc sur la mobilisation qui n'est pas une mobilisation exceptionnelle, ce sont des gens qui ont délivré un message qui, comme l'a dit le Premier ministre, a été entendu. Bien évidemment, nous déplorons par ailleurs les violences qui ont pu être commises sur un certain nombre de barrages, rixes, affrontements, automobilistes pris à partie, voilà. Et c'est bien pour cela que les policiers et les gendarmes très mobilisés ont dû souvent intervenir malheureusement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qui a frappé, c'est justement ça, d'un côté la foule, on ne peut pas dire le peuple, il n'y a pas de soulèvement du peuple mais la foule et l'impression qu'il y a 2 France qui se sont affrontées, puisqu'on a vu justement des violences. Est-ce que ce n'est pas une surprise ou en tout cas une indication délicate pour ne pas dire dangereuse, ces 2 France qui s'affrontent ou qui peuvent s'affronter ?

LAURENT NUNEZ
Je pense… on ne peut pas théoriser ou avoir une analyse aussi globale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais encore ?

LAURENT NUNEZ
De dire qu'il y a 2 France qui s'affrontent. Il y a des barrages qui ont été organisés à des endroits où c'était tout à fait inopportun, qui n'étaient pas contrôlés ; et les débordements malheureusement étaient inévitable dans ces conditions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, est-ce que vous vous faites une idée vous savez qui sont ces gilets jaunes, d'où ils viennent, cette contestation etc., on sait très bien pourquoi, on a entendu leurs cris, comme dit le Premier ministre leur souffrance, mais vous savez qui c'est ?

LAURENT NUNEZ
On a une partie de la population, encore une fois un peu moins de 290.000 personnes, qui font un certain nombre… ont un certain nombre de revendications qui portent (comme ils le disent) sur le pouvoir d'achat. Mais moi je veux rappeler la priorité forte qui est donnée à ce gouvernement à l'augmentation du pouvoir d'achat, à la baisse des prélèvements obligatoires, notamment aux cotisations sociales salariales, donc des efforts sont faits et il est parfois je pense excessif de parler d'injustice. Il y a vraiment un cap qui a été fixé par le président, qui est de parvenir à une amélioration sur ce terrain-là. Mais le message, nous devons encore l'expliquer, c'est ce que démontre ce mouvement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, ce n'est pas simplement de la pédagogie parce qu'on voit bien que les mesures que vous annoncez et que vous répétez, elles ne passent pas. De la même manière hier, on n'a pas compris que le Premier ministre dise : je comprends, j'entends la souffrance, la colère du peuple, etc. ou des Français, mais en même temps on maintient le cap, on continue comme avant, on a l'impression qu'on entend mais que c'est la sourde oreille.

LAURENT NUNEZ
Le Premier ministre a dit qu'il avait entendu, qu'il maintenait le cap mais il a donné des exemples précis d'amélioration du pouvoir d'achat. J'ai regardé avec beaucoup d'attention ce reportage, il donne des chiffres très précis sur ce que va produire par exemple la baisse des cotisations sociales salariales pour un SMIC. Donc on a quand même un cap qui est fixé avec un gain attendu qui est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais le gouvernement ne baissera pas les hausses des carburants ou il ne les supprimera pas !

LAURENT NUNEZ
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non. Il maintient par exemple… vous maintenez les hausses qui sont prévues en janvier du diesel et en même temps de l'essence, ça vous les maintenez ?

LAURENT NUNEZ
Tout à fait, tout à fait, on rappelle tout ce qui est proposé sur le carbone qui reste effectivement un objectif fort. Mais encore une fois, la priorité également de l'augmentation du pouvoir d'achat et de la baisse des prélèvements obligatoires, elle est bien là, elle est toujours présente.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais on vous dit que ça ne suffit pas, est-ce qu'il n'y a pas quelques autres mesures, il ne peut pas y avoir des réponses un peu nouvelles, une réponse à ce que dit par exemple Laurent BERGER de la CFDT, qui propose la recherche d'un pacte social et écologique ; et que le Premier ministre ou le président de la République avec vous réunissent toutes les parties concernées, pour réfléchir et essayer de trouver des solutions qui rassurent.

LAURENT NUNEZ
Alors sur la proposition qui a été faite, je crois que le Premier ministre a bien dit hier que ce n'était pas ce que demandaient les gilets jaunes, ce n'est pas ce qu'ils demandent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord on ne sait même pas ce qu'ils demandent, il y a plusieurs demandes, des revendications hétéroclites.

LAURENT NUNEZ
Bien évidemment, je rappelle aussi qu'un certain nombre de mesures d'accompagnement avaient été annoncées dès mercredi et qui sont loin d'être négligeables.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut les relire ou les apprendre par coeur ?

LAURENT NUNEZ
Qu'on fasse encore un effort de pédagogie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans l'hebdomadaire Le Point, il y a quelques jours et je l'ai relu, vous avez confié, je vous cite : si le 11 novembre il y a un accident, la responsabilité des organisateurs sera engagée. Comment vous l'appliquez quand il n'y a pas d'organisateur ?

LAURENT NUNEZ
Mais c'est toujours le cas quand il n'y a… alors c'est un petit peu différent en fait, quand vous avez un organisateur vous avez une organisation, vous avez une responsabilité. Quand il n'y a pas d'organisateur, on se retrouve démuni face à un certain nombre d'individus qui organisent des manifestations et, du coup, dont la responsabilité peut alors être engagée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc les assurances pour couvrir les conséquences des accidents, ce sera un autre problème.

LAURENT NUNEZ
Ça sera toujours beaucoup plus compliqué dans ces cas-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Laurent NUNEZ, vous arrivez, vous avez été haut fonctionnaire pendant 20 ans, vous avez lutté contre le terrorisme, etc. j'y viendrai tout à l'heure. Mais là vous êtes dans le champ politique, les chefs de partis politiques ne sont pour rien ou à peu près dans l'organisation des gilets jaunes, mais ils feignent comme dit l'autre la coresponsabilité. Qu'est-ce que vous avez pensé de la présence des uns et des autres, Monsieur DUPONT-AIGNAN qui voit la vie en jaune, Monsieur MELENCHON qui ravive, Madame LE PEN qui dit « c'est un grand succès », le secrétaire général des LR Geoffroy DIDIER qui lui de sa place encourage au nom de LR les gilets jaunes à prolonger leur manifestation, leurs opérations. Qu'est-ce que vous en pensez ?

LAURENT NUNEZ
Ce que j'en pense, d'abord il y a manifestement aussi une tentative de récupération du mouvement, ce n'est pas moi… je ne suis pas le seul à le dire, les gilets jaunes eux-mêmes le disent et ils essaient de s'en départir. Après moi, j'appelle aussi à la responsabilité de ces responsables politiques justement. J'ai lu ce qu'a dit Monsieur DUPONT-AIGNAN sur l'injustice qui pourrait… on a presque l'impression qu'on légitime une forme… enfin les débordements les plus violents qu'il a pu y avoir sur ces manifestations heureusement contrôlées. Heureusement, nous avons pu intervenir mais vous avez rappelé le nombre de blessés, il est quand même important, nous avons une personne décédée. Donc je pense qu'il faut aussi faire preuve dans ces moments-là de responsabilité. La liberté d'expression, c'est quelque chose qui est encadré, on déclare une manifestation, ce n'est pas forcément le blocage du pays…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pas d'anarchie comme dit le Premier ministre. Mais quand vous dites les politiques devraient… c'est un appel à la responsabilité, c'est-à-dire qu'ils sont aujourd'hui dans ce cas-là irresponsables ?

LAURENT NUNEZ
Ce n'est pas ce que j'ai dit, je pense qu'il faut être prudent quand on invite les gens à maintenir un mouvement, un mouvement qui prend la forme (je le rappelle) de blocage, de barrages qui suscite des incidents, qui suscite des violences. Il y a d'autres formes de s'exprimer, des manifestations statiques, des rassemblements qui ne se traduisent pas forcément par des blocages…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui comprennent des dangers !

LAURENT NUNEZ
Et qui permettent aussi aux gens de se compter ; et qui permettent aussi aux gens de faire passer un message ; et qui nous, nous permettent, permettent aux services du ministère de l'Intérieur d'encadrer ces manifestations pour éviter des débordements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que je peux vous poser une question qui n'est pas dans votre territoire si je puis dire, mais qui est une phrase très très forte prononcée par Laurent WAUQUIEZ. Hier, il parlait devant ses amis de sens commun et il a dit : l'ouverture de la PMA que votre gouvernement donne son accord de la PMA, toutes les femmes mènera nécessairement à la GPA, la gestion par autrui et à l'eugénisme, tout cela a été fait par un régime, le nazisme. C'est-à-dire que si on accepte la PMA comme vous le faites, c'est HITLER dans pas longtemps !

LAURENT NUNEZ
D'abord effectivement, la PMA est un engagement fort du président de la République qui, comme tous les engagements, donnera lieu à discussion, à consultation. Après pour le reste, moi je n'ai pas envie d'apporter d'autres commentaires a quelque chose… à ce que vous venez de me dire, de ce qu'a dit Monsieur WAUQUIEZ, qui est manifestement très excessif et c'est vraiment un euphémisme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Excessif, un euphémisme. Les Français sont inquiets pour leur pouvoir d'achat, sans aucun doute, mais pas leur sécurité au quotidien aussi. Et ils vous demandent d'en finir avec l'hégémonie des gangs, de délinquants, des trafiquants de drogue et ça c'est votre domaine. Où on en est ?

LAURENT NUNEZ
Alors sur le trafic de stupéfiants qui est un problème important que connaît notre pays, il ne s'agit pas de le nier, en termes de santé publique, en termes de délinquance et puis en termes de vie dans les quartiers, rappeler quand même que les policiers – et notamment les services de la police judiciaire ou les gendarmes – on des résultats tout à fait exceptionnels sur le sujet. On démantèle énormément de trafics et ça augmente énormément, mais le président de la République nous a demandé d'aller encore plus loin et de mettre en place un véritable plan pour lutter contre les trafics de stupéfiants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment faire ?

LAURENT NUNEZ
Sur l'ensemble du pays. D'abord caractériser est l'état de la menace mais surtout faire en sorte que les services travaillent mieux ensemble, échangent mieux l'information pour faire tomber des réseaux et aussi mieux associer les partenaires. Les partenaires ce sont les bailleurs sociaux, c'est l'Education nationale, ce sont les collectivités locales, nous avons besoin d'informations aussi sur les deals qui remontent de partout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, vous dites rechercher d'où ça vient, mais vous savez où ça se produit, où !

LAURENT NUNEZ
Il y a une très bonne connaissance, je peux rassurer vos téléspectateurs, il y a une très bonne connaissance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, où, dans les banlieues, dans des quartiers difficiles, chez les chez les bourgeois, chez certains bobos ?

LAURENT NUNEZ
La plupart des trafics de stupéfiants sont malheureusement implantés dans un certain nombre de cités sensibles, mais pas que, on a aussi des réseaux de vente qui peuvent se dérouler dans les villes, ce sont des réseaux où vous vous êtes livré à domicile, etc. Donc nous luttons de manière très déterminée contre ces phénomènes. Encore une fois, le nombre de réseaux démantelés, il augmente significativement chaque année et cette action va se poursuivre – comme l'a souhaité le président de la République – de manière plus coordonnée entre tous les services.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a un narco-banditisme contre lequel vous voulez lutter !

LAURENT NUNEZ
Contre lequel nous luttons et contre lequel nous allons renforcer la lutte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les bandes d'adolescents, j'ai envie de dire même de mineurs qui sont de plus en plus violents, qui vont de quartier en quartier se taper dessus et souvent avec des armes, est-ce que Laurent NUNEZ a une solution et il va s'en occuper pour éviter ce qui se passe entre bandes (encore une fois de mineurs) et quelques fois entre bandes devant des lycées, dans la proximité des écoles ?

LAURENT NUNEZ
Alors le phénomène des bandes globalement, il est en régression sur le territoire national, il y a eu un plan qui a été mis en place en 2010. Ce qui frappe ces temps derniers, c'est qu'on a des affrontements qui sont plus violents, qui implique beaucoup plus de mineurs, les 8, 9, 10ème sont des mineurs et on a une part… les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés. Donc on a des affrontements qui sont parfois moins prévisibles, d'où le renforcement du « plan bandes » de 2010. On va améliorer le renseignement sur ces jeunes pour essayer de savoir exactement ce que sont leurs intentions et déjà mieux connaître les individus, même si encore une fois beaucoup beaucoup a été fait ; et puis surtout essayer de spécialiser les enquêteurs judiciaires dans le suivi du phénomène des bandes. Et encore une fois grâce à la politique de sécurité du quotidien qui est mise en place, à la politique de reconquête des quartiers, avoir plus de policiers sur le terrain et plus de partenariats car souvent, on ne lutte pas seuls – policiers et gendarmes – contre ces phénomènes, nous avons besoin aussi des autres acteurs que sont les bailleurs sociaux, l'éducation nationale, les collectivités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je n'oublie pas que quand vous étiez – je l'ai dit tout à l'heure – longtemps à la tête de la DGSI, vous savez en même temps ce qui se fait en matière de terrorisme. Est-ce que le fondamentalisme religieux islamiste, est-ce que l'Etat islamique et ses réseaux et ses complices reste en France l'ennemi numéro pour vous et pour Christophe CASTANER ?

LAURENT NUNEZ
Pour Christophe CASTANER et moi-même, la lutte contre le terrorisme reste une priorité. La menace projetée, c'est-à-dire des individus qui viendraient nous attaquer de Syrie ou d'Irak comme on l'a vécu malheureusement il y a 3 ans, elle est moins probable car l'Etat islamique connaît de nombreuses difficultés et c'est heureux. Mais nous craignons beaucoup plus une menace endogène d'individus qui sont présents sur le territoire ; et qui cèdent à la propagande de Daesh pour passer à l'action avec des moyens rudimentaires…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que Daesh est défait sur le terrain, mais vous avez peur qu'ils soient ici. Mais vous les avez…

LAURENT NUNEZ
Pas présents ici, mais c'est la propagande qui peut susciter des…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ils sont identifiés ceux-là ?

LAURENT NUNEZ
C'est tout le but de notre action, nous avons un fichier de suivi des individus radicalisés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont identifiés, surveillés, les maires vont le savoir désormais ?

LAURENT NUNEZ
20.000 personnes que nous suivons, que les services de renseignement suivent au quotidien avec des moyens budgétaires renforcés, plus d'argent pour les services de renseignements, plus de personnel, moyens humains renforcés ; et puis plus de pouvoir juridique avec la loi qui a été votée il y a un an pour sortir de l'état d'urgence ; et qui nous permet de décider de mesures de contrôle administratif d'individus, les contraindre à rester chez eux et aller pointer au commissariat, de faire des visites domiciliaires, voilà. Nous avons plus de moyens, ce qui nous permet d'assurer un suivi étroit de ces individus, comme nous le faisons d'ailleurs en prison pour les personnes qui sont détenues.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une question et on en termine, j'entends depuis hier que les automobilistes et les taxis, qui sont presque tous abonnés à l'application sur leur Smartphone Waze se plaignent du fait que bientôt sera interdit à Waze la présence des radars, de signaler les radars.

LAURENT NUNEZ
Alors il y a effectivement un projet en ce sens, dont la presse s'est faite l'écho ce matin. Attention ! Ça ne concerne pas tous les types d'infractions, ce sont les infractions les plus graves, notamment l'alcool et les stups ; et puis simplement faire la transition peut-être avec le sujet précédent. Vous savez quand vous avez des applications qui signalent des contrôles routiers, ça n'intéresse pas que les automobilistes qui veulent éviter d'être verbalisés de ce fait. Vous savez quand des individus malfaisants se baladent en matière… circulent sur le territoire pour… en matière de stups, voire en matière de terrorisme, ils utilisent ces applications. Je pense qu'il faut… ayez toujours ça à l'esprit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça sera… vous voulez que ce soit interdit et fini ?

LAURENT NUNEZ
Pour un certain type d'infractions, notamment les infractions les plus graves, alcool et stups, il y a effectivement un projet qui sera bientôt déposé en ce sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci Laurent NUNEZ d'avoir consacré à CNews pratiquement votre premier entretien télé. Bonne journée…

LAURENT NUNEZ
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et surtout quelles sont longues et difficiles pour tous ces journées.

LAURENT NUNEZ
Merci beaucoup, c'est gentil.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 novembre 2018

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