Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales, avec LCI le 20 novembre 2018, sur la contestation concernant la hausse du prix des carburants et sur les relations entre le gouvernement et les maires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales, avec LCI le 20 novembre 2018, sur la contestation concernant la hausse du prix des carburants et sur les relations entre le gouvernement et les maires.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités locales

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Mon invitée ce matin est la ministre des Gilets jaunes et des maires, bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, je vous ai un peu rebaptisée, vous êtes la ministre des Gilets jaunes car vous êtes ministre de la Cohésion des territoires, et c'est aussi de ça qu'on parle avec la révolte des Gilets jaunes, et puis la ministre des maires, car vous êtes la ministre des relations avec les territoires, et donc c'est un peu votre semaine, j'ai envie de vous dire, entre les Gilets jaunes et les maires, vous avez du travail, Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, bien sûr j'ai du travail, mais je le fais avec beaucoup de bonheur, c'est une responsabilité très importante que m'a confiée le Premier ministre et le président de la République. Bien sûr, c'est un ministère qui est nouveau, la cohésion des territoires…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous l'avez repris le remaniement. Alors justement, la cohésion des territoires, la France des territoires, je disais, c'est celle qui exprime sa colère aujourd'hui avec les mouvements des Gilets jaunes, le ras-le-bol des Français. Est-ce qu'il y a deux France, Jacqueline GOURAULT, celle qui profite de la mondialisation, la France des villes, et puis celle qui se sent délaissée, en marge de ce mouvement global ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors je ne crois pas qu'il faille présenter cela comme cela, parce que je crois qu'il y a des gens qui souffrent, c'est exact, et ça peut être aussi dans les quartiers des grandes villes, et puis il y a des gens qui souffrent aussi dans les zones rurales, et puis il y a des gens heureux dans des villes et dans des zones rurales, et donc il faut être attentif effectivement, à ceux qui manifestent, qui manifestent leur mécontentement, mais aussi, je dirais qui manifestent une manière, comment dire, de malaise, une sorte de malaise, qui vient de loin, qui vient par exemple de situation difficile sur le plan familial. Hier j'étais dans la Nièvre, à Cosne-sur-Loire, sur les bords de la Loire, j'y étais pour une signature d'une politique qui s'appelle "Action coeur de ville", qui est très chère au coeur des maires d'ailleurs, pour les villes moyennes, et j'ai eu l'occasion de rencontrer des manifestants, des Gilets jaunes, qui, en gros, savaient que je venais et qui m'attendaient à l'entrée de la mairie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au tournant on va dire.

JACQUELINE GOURAULT
Au tournant…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au rond-point…

JACQUELINE GOURAULT
Voilà, en tout cas s'est passé de façon très calme, j'ai discuté avec eux et j'ai vu les différences, au fond, de cas, si je puis dire, des gens que je rencontrais. Alors il y a des gens qui vous parlent du fait qu'ils ont une trop petite retraite, un artisan, il y a une dame qui m'expliquait qu'elle était seule avec trois enfants et que vivre avec trois enfants au Smic c'est difficile, une autre personne m'a expliqué qu'elle habitait à la campagne, elle était retraitée, et que l'augmentation du prix du diesel était un sujet, donc on voit qu'il y a différentes raisons à ce mécontentement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est compliqué de répondre finalement à toutes ces situations différentes, c'est pour ça que le gouvernement ne fait rien, c'est pour ça qu'Edouard PHILIPPE n'a rien annoncé dimanche ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors non, le gouvernement fait, puisque le sujet est apparu, si je puis dire, au moment de l'augmentation des prix du gasoil et de l'essence.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce que c'est la France des territoires, que vous représentez, qui est le plus touchée par ça, vous le savez.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, enfin tous les Français sont touchés par l'augmentation du prix du gasoil et de l'essence, mais ceux qui se déplacent le plus, évidemment dans les zones rurales avec des véhicules, puisqu'ils n'ont pas de transports en commun…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr, il n'y a pas d'alternative.

JACQUELINE GOURAULT
Sont touchés. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a annoncé des mesures, notamment la prime à la conversion, et vous savez que cette prime à la conversion qui était de 1000 euros et de 2000 euros pour les catégories de personnes les plus désavantagées, est passée à 4000 euros. C'est une prime à la conversion qui, je le dis précisément, aussi, marche pour les voitures d'occasion, car naturellement c'est très important, les gens n'ont pas toujours la possibilité de s'acheter une voiture neuve. Et puis il y a le chèque énergie, qui existait déjà, mais qui est élargi, et qui va toucher près de 6 millions de personnes en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il y aura d'autres mesures pour répondre à cette mobilisation qui continue ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien, il y a d'autres mesures qui ont déjà été prises depuis le début de… enfin, depuis l'arrivée d'Emmanuel MACRON, un certain nombre de mesures que je peux vous rappeler, l'augmentation du minimum vieillesse, l'allégement sur…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais là les gens sont dans la rue, sont sur les ronds-points, donc ils réclament autre chose.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, mais je pense, aussi, que certaines mesures qui ont été prises vont faire effet seulement maintenant, par exemple la taxe d'habitation qui va être supprimée progressivement sur 3 ans, c'est en ce moment qu'arrivent les taxes d'habitation, et vous savez que pour cette année 30 % seront, au fond payés par l'Etat, au lieu du contribuable, pour 80 % des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de tout ça avec les élus, les maires. Est-ce que les Gilets jaunes vont trop loin, est-ce qu'il y a une dérive ? C'est ce que pense le ministre de l'Intérieur, qui était ce matin chez nos confrères de FranceTélévisions, on l'écoute.

CHRISTOPHE CASTANER, MINISTRE DE L'INTERIEUR
Aujourd'hui on voit bien qu'on a une dérive totale, d'une manifestation qui pour l'essentiel était bon enfant samedi, et d'ailleurs que nous avons laissé se dérouler le mieux possible, en mobilisant énormément de forces de l'ordre pour les protéger, les manifestants, et pourtant vous avez vu qu'il y a un très très grand nombre de blessés, d'ailleurs y compris sur nos forces de l'ordre, mais on y reviendra si vous le souhaitez, et aujourd'hui on voit qu'on a une radicalisation avec des revendications qui ne sont plus cohérentes et qui vont dans tous les sens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a une dérive totale, c'est ce que dit le ministre de l'Intérieur ce matin. Vous êtes d'accord avec lui ?

JACQUELINE GOURAULT
On peut imaginer que ceux qui manifestent encore aujourd'hui, ne sont pas forcément les gens que j'ai rencontrés, comme je l'expliquais tout à l'heure, c'est peut-être des gens qui sont plus dans une posture politique, pas tous, il y a sûrement des gens qui manifestent par mécontentement personnel, mais on peut penser qu'il y a un durcissement qui est… enfin, qui a des origines plus politiques que de mécontentement, et encore que, je ne veux pas globaliser, parce qu'il ne faut jamais globaliser…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes plus prudente que le ministre de l'Intérieur.

JACQUELINE GOURAULT
En tout cas…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Lui il dit "circulez, ça suffit maintenant."

JACQUELINE GOURAULT
En tout cas, ce que le ministre de l'Intérieur souhaite, c'est éviter qu'il y ait d'autres drames, parce qu'il y a quand même eu beaucoup de blessés, dont des blessés graves, en nombre assez important, et comme vous le savez, malheureusement, il y a eu une femme qui a été tuée en Savoie lors de ces manifestations, parce qu'il faut bien comprendre que ce ne sont pas des manifestations autorisées sur la voie publique, ce sont des manifestations spontanées, qui émergent un peu partout, avec 30 ou 40 personnes qui bloquent un rond-point, et il peut y avoir des gens qui s'énervent, et on peut aller vers un drame. Donc, le ministre de l'Intérieur fait son métier.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous diriez aujourd'hui qu'il y a dérive ?

JACQUELINE GOURAULT
Je dis simplement qu'il y a un durcissement du mouvement, alors que ce mouvement, à l'origine, était spontané, je pense que maintenant il se durcit, et pour des raisons qu'il faudra regarder de près.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'il se politise, vous pensez ?

JACQUELINE GOURAULT
Je pense qu'il peut se politiser, effectivement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A cause du Rassemblement national, des Républicains ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, moi j'accuse personne, simplement je pense qu'il y a toujours des gens qui profitent de situations pour, je dirais leur propre intérêt politique et non pas l'intérêt de la nation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, ils débarquent à Paris ce matin, ils ce sont les maires de France, qui vont à leur congrès, et ils ne rencontreront pas, en tout cas Emmanuel MACRON ne viendra pas les rencontrer tous, le millier de maires présents Porte de Versailles, alors qu'il avait dit le contraire l'an dernier. On écoute le président.

EMMANUEL MACRON (23 NOVEMBRE 2017)
Je suis venu à ce 100e anniversaire, il est peu probable que je vienne au 110e, au 120e, ou au 130e, mais je m'engage à une chose, si vous l'acceptez, c'est venir chaque année rendre compte des engagements que je viens de prendre, parce que c'est cela l'esprit de responsabilité dans la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et il a été applaudi, et il ne viendra pas. Comment est-ce qu'on peut dire ça il y a 1 an et ne pas venir l'année suivante ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, le président de la République a choisi de rencontrer différemment les maires, d'abord…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'était pas la promesse qu'il leur a fait.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, j'ai entendu, vous avez repassé… il leur a dit qu'il rendrait compte chaque année, il a choisi de les inviter à l'Elysée, ce sera mercredi, et auparavant, quelques heures avant, il recevra l'ensemble du bureau de l'Association des maires à l'Elysée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il va inviter une centaine de maires à l'Elysée…

JACQUELINE GOURAULT
Ah non, non, non, beaucoup plus que ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah bon ? Il va inviter les 1000 maires à l'Elysée ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, mais il y a beaucoup plus que 1000 maires au congrès, il y a, je ne sais pas exactement puisque…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On m'avait dit 1 millier moi, mais bon !

JACQUELINE GOURAULT
Oui, oui, non, non, il y en a beaucoup plus, il y en a peut-être 5 ou 6000.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il ne va pas tous les inviter.

JACQUELINE GOURAULT
Il a invité beaucoup de maires, et il y en aura beaucoup qui viendront à l'Elysée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pas tous, vous êtes d'accord ? Ils ne sont pas tous invités, ou alors vous les invitez tous à l'Elysée aujourd'hui ?

JACQUELINE GOURAULT
Vous savez, pendant cette semaine il faut savoir que les maires sont invités à plein d'endroits. Moi, par exemple, j'ai invité, avec mes deux collègues Sébastien LECORNU et Julien DENORMANDIE, on a invité tous les présidents d'associations départementales à venir à notre ministère. Je sais que d'autres ministres le font, qu'hier soir il y avait la soirée Outre-mer, la Maire de Paris invite les maires, bon, il y a plein…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils ne sont pas abandonnés les maires, mais vous comprenez bien, et je comprends que vous fassiez votre travail, et ce n'est pas de votre faute, mais le président leur dit "je viendrai tous les ans devant vous rendre des comptes", il ne vient pas, il y a de quoi être déçu quand on est maire.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, il faudrait aussi que, comment dire, l'Association des maires de France qui, comme vous le savez, est dans, depuis plusieurs mois, dans une, comment dire, une relation un peu difficile avec le gouvernement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un peu difficile, vous voulez parler de François BAROIN j'imagine.

JACQUELINE GOURAULT
Je parle de François BAROIN et de l'ensemble…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'il a d'autres ambitions, il pense déjà à 2022 vous croyez ?

JACQUELINE GOURAULT
Non mais, François BAROIN, je ne sais pas à quoi il pense, je ne suis pas dans sa tête…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A 2022, moi je vous le dis.

JACQUELINE GOURAULT
Ce que je vois, moi, c'est que l'Association des maires de France, contrairement à beaucoup d'autres associations, ne souhaite pas travailler, enfin par, je ne sais pas comment vous dire, par… ça a été fait comme d'habitude; moi j'ai été vice-présidente de l'Association des maires, je sais très bien comment ça fonctionne, tout gouvernement a toujours travaillé avec l'Association des maires de France…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous dites que François BAROIN fait de la politique, qu'il instrumentalise les maires à son profit.

JACQUELINE GOURAULT
Mais je vous dis que, pour l'instant, et j'espère que ça va changer, je tends la main en tant que ministre à François BAROIN et à André LAIGNEL, pour leur dire : c'est l'intérêt des maires, c'est l'intérêt du gouvernement, c'est l'intérêt des territoires, de travailler ensemble.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler évidemment des préoccupations des maires, parce qu'on a vu cette étude du CEVIPOF, il y a 2, 3 jours, qui dit que 49 % des maires n'envisagent pas de se représenter lors des prochaines élections, c'est-à-dire en 2020, et on apprend aussi que plus d'1 millier de maires ont démissionné depuis leur élection en 2014. C'est quoi cette déprime, cette démoralisation des maires, comment vous l'expliquez Jacqueline GOURAULT ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, deux choses. D'abord, les démissions des maires, il y en a toujours eu…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais là beaucoup quand même !

JACQUELINE GOURAULT
Il y en a toujours eu, parce que, il y a des raisons professionnelles, de maladie, parfois des décès, etc., ce n'est pas des démissions vous me direz, mais il faut changer de maire. Alors il y a deux choses, je le dis au passage, très rapidement, mais qui aussi comptent dans l'addition, si je puis dire. Il y a beaucoup de maires qui ont démissionné aussi parce qu'ils étaient frappés par le cumul des mandats, parce que c'est le début de l'application de la loi sur le non cumul de mandats…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça c'est pour les grandes villes.

JACQUELINE GOURAULT
Eh ben oui, oui, oui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est pour les grandes villes.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, mais ça compte; pour les grandes villes, pas seulement. Le maire qui m'a succédé au Sénat quand je suis devenue ministre, il est maire d'une petite commune.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quoi le seuil, c'est 3500, c'est ça ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah non, il n'y a pas de seuil, c'est tous les maires…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tous les maires, tous les exécutifs locaux.

JACQUELINE GOURAULT
Tous les exécutifs, il n'y a aucun seuil. Deuxièmement, il y a aussi un petit phénomène qui joue, c'est la création des communes nouvelles, qui, vous savez qu'on est passé en dessous de la barre des 36.000 communes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
…Regroupements de communes.

JACQUELINE GOURAULT
Mais, ce qui est très intéressant, c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Enfin, il y a quand même 49 % des maires qui ne veulent plus se représenter, quand même.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, c'était 40 % la dernière fois.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais enfin c'est à 10 % de plus.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, oui, et le CEVIPOF fait une très bonne analyse, et j'ai vu ce matin aussi, dans le Parisien, une étude très intéressante, qui montre plusieurs choses, il y a un point sur lequel le CEVIPOF insiste, c'est l'aspect, au fond, consumériste de la population, qui considère que le maire est un prestataire de service, si je puis dire, il y a une évolution culturelle, sociologique, qui n'est pas toujours agréable pour les maires…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a une forte pression sur les maires.

JACQUELINE GOURAULT
Il y a une forte pression, et les maires sont là, ce sont ceux qui sont devant les citoyens, en première ligne. On dit souvent qu'ils sont les fantassins de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai, et ils estiment aussi ne plus avoir les moyens de leur politique. Le président leur a écrit une lettre, à tous, aux 36.000 maires, j'ai lu la lettre, dedans il dit qu'il promet que les dotations ne baisseront plus, or cette année 47% des communes ont vu leurs dotations baisser, Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Alors, ça va être un peu technique, je suis désolée, mais il faut le faire. La dotation, ça s'appelle la dotation globale de fonctionnement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La DGF, mais bon !

JACQUELINE GOURAULT
Pour la première fois, vous m'écoutez bien, pour la première fois depuis 4 ans cette enveloppe globale est restée stable, elle n'a pas baissé…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais elle a changé selon les communes.

JACQUELINE GOURAULT
Non. Monsieur, je vous explique. Depuis toujours la DGF est répartie sur l'ensemble des communes, et depuis toujours il y a des critères, nombre d'habitants, longueur des routes, nos d'enfants dans les écoles, je vais vite, et donc la répartition de la DGF elle se fait en fonction de critères, ça c'est toujours fait comme ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il y a des gagnants et des perdants.

JACQUELINE GOURAULT
Il y a des gagnants et des perdants. Avant c'était mieux, vous pensez ? Tout le monde perdait, c'est-à-dire que toutes les communes de France voyaient la DGF, pendant 4 ans, diminuer, 11,5 milliards.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, une question très concrète. On sait que la taxe d'habitation, vous l'avez dit, est progressivement réduite, de 30 % en 30 % chaque année, un tiers par an pour 80 % des Français, et en 2021 plus personne ne paiera la taxe d'habitation. Vous, l'Etat, vous compensez, presque on va dire…

JACQUELINE GOURAULT
Non pas presque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous ne compensez pas les augmentations.

JACQUELINE GOURAULT
Si.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et vous avez dénoncé les maires qui augmentaient la taxe d'habitation.

JACQUELINE GOURAULT
Non.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Comment ça non ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, non…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si le maire augmente de 10 %…

JACQUELINE GOURAULT
Ah, si le maire augmente… alors attendez. La règle du jeu était posée, dès le départ on avait dit que c'était sur le taux de 2017…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et là François BAROIN vous demande de le faire sur le taux de 2018 !

JACQUELINE GOURAULT
Non mais, d'accord, mais quand on pose des règles, tout le monde les connaissait les règles, et il y a 6000 communes, à peu près, qui ont augmenté le taux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Que vous avez dénoncées avec #Balance ton maire, que vous avez ciblées.

JACQUELINE GOURAULT
Non, non, vous mélangez tout Monsieur, je vous prie de m'excuser, on a… la liste des 6000 maires a été rendue publique, mais je signale que le chiffre que vous avez donné, pour la DGF tout à l'heure, l'Association des maires de France avaient rendu publiques toutes les communes qui perdaient. La transparence elle ne peut pas s'appliquer que dans un sens, elle s'applique tout le temps. Et, par ailleurs, les critères étaient donnés, 2017, et l'Etat fait un dégrèvement, c'est-à-dire qu'il se met à la place du contribuable, et que le produit attendu par les mairies sera, à l'euro près, exactement le même.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce qui va remplacer la taxe d'habitation dans 3 ans ? Parce que là vous compensez, et c'est normal, mais dans 3 ans vous dites il y aura un nouvel impôt quand même, l'Etat ne va pas chaque année dépenser des milliards à la place des contribuables.

JACQUELINE GOURAULT
Il n'y aura pas de nouvel impôt…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je croyais que vous étiez en train de réfléchir à un nouvel impôt.

JACQUELINE GOURAULT
Non, il n'y aura pas de nouvel impôt, il y aura une répartition des ressources de l'Etat différente, c'est-à-dire que soi on compense par un impôt qui est touché par une autre collectivité, par exemple…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La taxe foncière par exemple, les départements…

JACQUELINE GOURAULT
Par exemple, sur le foncier bâti des départements, et à ce moment-là le département devra se voir…. Enfin avoir une ressource, compensée à son tour, qui peut être une part d'un impôt national, comme l'ancien gouvernement l'avait fait avec les régions, à savoir par exemple la TVA ou la CSG.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ou la taxe sur le carburant, une partie pour les régions, comme vous le savez, un tiers.

JACQUELINE GOURAULT
Mais déjà, c'est déjà fait, c'est déjà le cas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc il y aura une taxe dédiée pour les communes, mais pas une taxe nouvelle pour les citoyens on est d'accord, c'est une promesse ?

JACQUELINE GOURAULT
On est bien d'accord, c'est une promesse, c'est un engagement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pas de nouvel impôt ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est un engagement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un engagement. J'ai entendu dire à l'Elysée que le président comptait sur les maires pour l'aider justement à renouer le fil du dialogue avec cette France des territoires, avec les gilets jaunes, est-ce que son discours devant les maires à l'Elysée, quand il va les recevoir mercredi soir, peut être l'occasion justement de faire de nouvelles annonces et de demander aux maires de tendre la main aux maires ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est l'occasion de rendre compte de ce qui a été fait pendant un an, et de donner aussi le sens global de son action, car quand le président Emmanuel MACRON a été élu, il faut se rappeler de la situation dans laquelle on était et de la perte de confiance des Français dans leurs représentants, il faut donc renouer, tout cela, ça n'est pas si facile que cela, comme on le voit, mais je pense que le président de la République a à la fois la personnalité, la volonté et, comment dire, le sens d'une action globale pour les Français qui sera ressenti par les maires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous comptez sur les maires pour dénouer la crise ?

JACQUELINE GOURAULT
Bien sûr. Comment ne pas compter sur les maires, les maires sont, comment dire, la base de l'organisation territoriale de notre pays dans une France qui est décentralisée, et puis, il faut leur apporter aussi des réponses aux inquiétudes qu'ils ont, par exemple, et vous le verrez dans l'étude du Parisien de ce matin, le besoin de protection juridique, le besoin aussi d'avoir des indemnités qui soient un peu plus élevées notamment dans les petites communes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, aujourd'hui c'est maximum 1.300 euros, je crois, dans les plus petites communes, est-ce que vous envisagez d'augmenter cette indemnité ?

JACQUELINE GOURAULT
Je crois qu'il faut que les Français aussi comprennent qu'être maire, c'est prendre sur son temps de travail, sur sa vie de famille, et que ça mérite des indemnités, parfois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc ça, vous allez faire un geste sur ces indemnités-là, vous allez augmenter... parce que, après, chaque commune décide, mais est-ce que vous allez augmenter…

JACQUELINE GOURAULT
Chaque commune décide, mais…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce que vous allez augmenter le plafond ?

JACQUELINE GOURAULT
Par exemple, moi, quand j'étais sénatrice, j'ai fait passer une loi pour les communes de moins de 1.000 habitants, qui fait qu'aujourd'hui, c'est automatique l'indemnité, parce que figurez-vous que quand vous êtes élu maire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a eu beaucoup de bénévoles avant…

JACQUELINE GOURAULT
Quand vous êtes élu maire, la première délibération au conseil municipal qui suit l'élection du dimanche, la première délibération, c'est l'organisation…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Votre indemnité…

JACQUELINE GOURAULT
Du conseil municipal et donc l'indemnité, et donc parfois, je connais des jeunes maires qui ont été élus à la suite de maires qui ne prenaient pas d'indemnités ou qui n'en prenaient qu'une partie, et qui ne pouvaient pas se faire voter les indemnités…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous allez augmenter le plafond ?

JACQUELINE GOURAULT
On ne va pas augmenter le plafond, ça n'est pas décidé, parce qu'il faut négocier ça avec les maires, parce que je vous rappelle que c'est pris sur le budget de la commune, voilà.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr. Alors encore une question concrète pour les Français qui sont dans des zones rurales, les fameuses zones blanches, il y a un deal qui a été passé avec le gouvernement, on ne vous fait pas payer les futures licences de la 5G, et en échange, vous comblez les zones blanches qui ne reçoivent pas bien la téléphonie mobile, est-ce que vous suivez ça de près, et est-ce qu'on est dans les clous, est-ce que ce n'est pas un marché de dupes que vous avez signé ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, ça n'est pas un marché de dupes, c'est Julien DENORMANDIE qui, dans ses anciennes fonctions, l'avait négocié avec les opérateurs, ça marche, il y a toute une opération qui est faite avec les élus. Ce sont les élus qui aujourd'hui envoient à France numérique, qui gère cela, qui envoient là où les pylônes doivent être…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est aux élus d'alerter ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, là où les pylônes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc on peut se retourner contre son maire maintenant si on capte mal…

JACQUELINE GOURAULT
Mais non, parce que ce sont les élus qui savent le mieux où ça ne capte pas, donc ce sont les élus qui, par négociation avec les opérateurs, envoient les pylônes nécessaires qu'il faut rajouter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Jacqueline GOURAULT. J'en profite pour vous souhaiter un bon anniversaire.

JACQUELINE GOURAULT
Merci.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Car c'est votre anniversaire aujourd'hui.

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Bon anniversaire Madame la Ministre.

JACQUELINE GOURAULT
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 novembre 2018

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