Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à Public Sénat le 22 novembre 2018, sur les agressions contre les enseignants et la position des maires sur l'école et le Plan mercredi. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à Public Sénat le 22 novembre 2018, sur les agressions contre les enseignants et la position des maires sur l'école et le Plan mercredi.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse;

ti :


CYRIL VIGUIER
L'invité politique en direct ce matin sur ce plateau, c'est le ministre de l'Education et de la Jeunesse, bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et merci d'être avec nous ce matin. Pour vous interroger, à mes côtés, Oriane MANCINI spécialiste politique de Public Sénat, bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Stéphane VERNAY qui dirige le bureau parisien de Ouest France, le plus grand quotidien francophone du monde. Merci d'être avec nous Jean-Michel BLANQUER, votre interview sera retransmise sur les sites Internet de la presse quotidienne régionale à partir de 10h00 ce matin. On en vient tout de suite à l'actualité, un enseignant une nouvelle fois agressé à Créteil au lycée Edouard Branly, le même lycée où un prof s'était fait agresser avec un pistolet factice il y a très peu de temps, je voudrais votre réaction par rapport à cette agression, avez-vous eu le proviseur en ligne, que comptez-vous faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le recteur a le proviseur, et je parle au recteur, et je connais bien le proviseur en l'occurrence, mais c'est évidemment inacceptable comme à chaque fois qu'il y a un fait de violence, et a fortiori contre un professeur.

CYRIL VIGUIER
Et répété.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et répété, c'est la deuxième fois. Je pense que c'est aussi l'illustration du fait que nous ne laissons rien passer, puisque, à partir du moment où ça a eu lieu, et je dirais indépendamment de l'intérêt médiatique, puisque des faits, malheureusement il y en a dans toute la France, ces choses-là arrivent, mais indépendamment de l'écho médiatique, nous réagissons immédiatement, ça a été tout de suite signalé, on a tout de suite porté plainte, et il y a tout de suite les conséquences pour l'élève, il y aura un conseil de discipline. Donc le message est très clair sur le fait qu'il n'y a aucun laxisme, et c'est évidemment un des éléments de réussite du futur plan que nous avons pour la sécurité dans les établissements. Puisque le point principal c'est justement le signalement de chaque fait, et le fait d'assurer un suivi, donc nous affichons clairement qu'il n'y a pas de laxisme dans cette institution, loin s'en faut, deuxièmement c'est toute une série de mesures que j'ai annoncées, il y a 15 jours maintenant,, et qui progressivement se mettent en place, comme par exemple la simplification des conseils de discipline, comme la période probatoire pour un élève qui revient dans l'établissement, c'est-à-dire que chaque jour, après avoir été exclu, et lorsqu'il revient, doit rendre compte un peu sur la façon dont se sont passées les dernières 24 heures, pour s'assurer qu'il y ait une réintégration réussie de cet élève. Une visée éducative à chaque fois, notamment avoir des sanctions qui soient plus éducatives et moins abstraites, ou moins contre-productives, parce que l'exclusion n'est jamais une très bonne solution, en revanche faire des travaux d'intérêt général ou faire quelque chose qui est en relation avec la faute c'est toujours très bien. Et puis, vous le savez, en ce moment même, et d'ici à la mi-décembre, il y a un travail qui est mené par un groupe d'experts que nous avons missionnés, pour une deuxième phase de mesures, plus interministérielles, et qui ont trait, non pas cette fois-ci à ce qui se passe dans la classe ou dans l'établissement, mais à ce qui se passe aux abords de l'établissement, je dirais dans l'écosystème de l'établissement, de façon à devenir plus efficaces aussi sur les causes profondes de tout ça, parce qu'il ne faut jamais oublier que ces problèmes-là sont des problèmes qui, quand même, prennent leurs racines dans des problèmes de société, qui sont souvent en dehors de l'école.

STEPHANE VERNAY
Vous avez parlé de l'écho médiatique du premier incident du lycée Branly à Créteil, il y a eu le #Pasdevague, la parole c'était libérée à ce moment-là, est-ce que vous avez le sentiment, ou est-ce que vous mesurez, une progression par exemple du nombre de signalements d'incidents, est-ce qu'il y a eu un effet, comment l'administration s'est adaptée à ce nouveau contexte, s'il existe ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il y a plusieurs dimensions dans votre question. D'abord sur le fait que le nombre de faits augmenterait, la réponse est non, il n'y a pas de faits supplémentaires. En revanche, depuis l'événement de Créteil, ce qui est certain c'est qu'on voit peut-être que les acteurs se saisissent encore plus. Ce message que je passais si fortement depuis 18 mois, sur le signalement automatique, le suivi automatique, est désormais un message qui est, je crois maintenant compris de tous.

STEPHANE VERNAY
Ce qui veut dire plus de réactivité de l'administration.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça, donc, autrement dit, d'un mal peut naître un bien. Ce qui est souhaitable aujourd'hui c'est que nous fassions respecter les règles, en montrant à tous les élèves que d'ailleurs c'est dans leur intérêt, y compris ceux qui commettent des fautes, vous savez il est toujours important qu'une limite soit posée, je crois que tout le monde est en train de bien comprendre que c'est ce que l'on est en train de faire, bien entendu on ne résoudra jamais tous les problèmes, il y a des problèmes depuis bien longtemps et ils existent, mais nous sommes en train de diminuer le phénomène, et surtout nous sommes en train de, je crois, d'installer un état d'esprit de sérénité, c'est très important, parce qu'il faut ni minimiser, ni exagérer.

ORIANE MANCINI
Vous nous parlez de ce que vous allez faire dans les lycées, pour les professeurs, est-ce qu'il y a aussi une responsabilité des parents ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien entendu, les parents, l'éducation c'est un sujet… vous savez, je parle souvent de coéducation, l'éducation c'est un sujet en partage entre l'école et les parents, et tout ce qui déresponsabilise est mauvais, donc il est évident que notre système scolaire progressera dans les années à venir, précisément parce que nous aurons réussi à un dialogue parents/école, pas seulement sur les sujets de sécurité, heureusement…

ORIANE MANCINI
Quel message vous leur passez aujourd'hui à ces parents ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le message c'est on est ensemble, on est tous dans le même bateau pour l'éducation des enfants, nous avons à travailler ensemble en permanence. C'est vrai dès l'école primaire, où par exemple, voyez, quand on fait des évaluations de début de CP ou de début de CE1, un des grands objectifs de ces évaluations c'est d'avoir un document partagé avec les parents, pouvoir parler de l'enfant ensemble sur comment on va le faire progresser au cours de l'année. Les systèmes scolaires qui vont bien, sont ceux qui associent au maximum les parents à l'éducation.

ORIANE MANCINI
Juste un mot sur le plan interministériel, vous nous en avez parlé, plan que vous allez présenter avec Christophe CASTANER, Nicole BELLOUBET, vous avez une date ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La mi-décembre, ça peut être un peu avant, un peu après, mais c'est vers la mi-décembre…

ORIANE MANCINI
Pas de date plus précise ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est un travail d'ailleurs en lien avec le Premier ministre et le président de la République lui-même, qui sont maîtres du calendrier, mais c'est à la mi-décembre que nous préciserons tout cela.

STEPHANE VERNAY
La garde des Sceaux Nicole BELLOUBET a annoncé hier une réforme de l'ordonnance de 45, ça c'est un aspect très important aussi au niveau sociétal, est-ce que le ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse a son mot à dire sur la réforme de l'ordonnance de 45, vous êtes consulté, qu'est-ce que vous pouvez apporter dans ce débat-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, je lui en ai parlé dès hier après son annonce, parce que c'est un point important, tout est lié. Nous avons, sur ce sujet, comme sur d'autres, à travailler ensemble, et c'est, je crois, une des caractéristiques de ce gouvernement de pratiquer l'interministérialité de manière efficace et simple, sans cloisonnement. C'est un sujet d'assez longue haleine qu'elle a ouvert, donc nous pouvons le faire en toute sérénité, mais il est évident que tout ce qui a trait à l'enfance et la jeunesse, n'oubliez pas que je suis aussi ministre de la Jeunesse, ne m'est pas indifférent, et nous avons à travailler sur ces enjeux de responsabilisation de tous, au service de la bonne éducation des enfants et des adolescents.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le mouvement des Gilets jaunes. François BAYROU, dans une interview au Figaro ce matin, lance un message d'alerte, il exhorte l'exécutif à réfléchir avant la prochaine hausse du carburant au mois de janvier. Est-ce que c'est une alerte que le gouvernement doit entendre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il est évident que depuis le début on écoute les Gilets jaunes, nous y avons prêté de l'attention dès le début, dès que ça a été annoncé, et avant cela même, le gouvernement écoute, contrairement à ce que disent un certain nombre de gens qui ont envie de dire ça, on est très à l'écoute. On sait très bien que la hausse du carburant c'est quelque chose qui peut avoir un impact très dur dans la vie de certains…

ORIANE MANCINI
Vous n'y renoncerez pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ce n'est d'ailleurs pas quelque chose, pour dire les choses aussi très honnêtement, parce que tous les propos ne sont pas toujours très honnêtes dans la période actuelle, ce n'est pas la première fois qu'il y a une hausse très forte du carburant et on sait très bien l'impact que ça a sur le pouvoir d'achat. Il y a deux sujets, il y a le chauffage, la voiture. Le chauffage, nous avons pris des mesures qui sont extrêmement importantes, quand vous remboursez 200 euros à une famille en difficulté, que vous allez toucher 6 millions de Français au travers du chèque énergie, les 6 millions les plus en difficulté de France, c'est quelque chose, en réalité, de très significatif. S'agissant de la voiture, on sait aussi que ça représente une difficulté, vous savez qu'il y a ces mesures de transition écologique que nous prenons, et qui sont notamment l'aide, qui a quand même touché 200.000 automobilistes déjà, ce qui montre qu'on n'a pas attendu d'ailleurs ces derniers temps pour le faire, qui a déjà touché 200.000 personnes pour pouvoir changer de voiture et avoir une voiture plus écologique, tout ça c'est très concret. Et on ne perd pas de vue l'objectif qui est quand même, en effet, la transition écologique, dont on a particulièrement besoin, comme d'ailleurs le monde entier en a besoin.

STEPHANE VERNAY
A propos de transition écologique, Nicolas HULOT fait son retour à la télévision ce soir, est-ce que vous le regarderez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu, en direct ou en différé je le regarderai.

STEPHANE VERNAY
Qu'est-ce qu'il peut dire aujourd'hui en ayant quitté le gouvernement… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez c'est lui… d'abord, un, j'aime beaucoup Nicolas HULOT et je garde vraiment de l'amitié pour lui, j'attends avec curiosité ce qu'il va dire.

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il va s'impliquer dans ce débat, après tout la taxe c'est lui qui l'a défendue, c'est lui qui l'a voulue ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De toute façon nous sommes dans une démocratie, s'il est un personnage public bien connu, il est tout à fait normal qu'il s'exprime, donc ce sera intéressant. Je retiens que la dernière fois que je…

ORIANE MANCINI
C'est surtout un personnage populaire, est-ce qu'il doit défendre cette taxe qu'il a lui-même demandée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, alors là c'est vraiment à lui de le dire, ce dont je me souviens c'est la façon dont il a annoncé son départ, qui nous avait évidemment attristé, il avait dit je serai en soutien, il avait dit je pars parce que je pense que je dois le faire, c'était son point de vue, même si je ne le partageais pas, je le respectais, et il a dit je serai en soutien, donc j'attends ce soir justement, sa manière d'être en soutien de la mission d'intérêt général qui est la nôtre.

CYRIL VIGUIER
Vous étiez présent aux côtés du président de la République hier soir à l'Elysée lorsqu'il s'est adressé aux maires de France. Au sortir de ce rendez-vous l'AMF, qui est l'Association des maires de France, a dit le compte n'y est pas. C'est ce que vous avez ressenti hier soir après la prestation du président de la République, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, et je pense qu'en plus il y a encore la journée d'aujourd'hui, avec le discours du Premier ministre ce soir, moi-même j'y serai tout à l'heure, donc, non, j'ai senti au contraire une bonne atmosphère, j'ai d'ailleurs vu évidemment le président LARCHER et le président BAROIN qui étaient là, et dans une atmosphère qui était quand même une atmosphère de discussion. Par ailleurs, le discours est bien passé, le discours du président, ça a été quand même…

CYRIL VIGUIER
Ça veut dire il y a deux discours, un discours, j'allais dire officiel, qu'on affiche, et ce qui se passe réellement entre l'AMF et le président de la République ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Moi je pense que par définition ce que vivent les milliers de maires de France est forcément très différent d'un maire à l'autre, donc je pense qu'on ne peut pas faire des grandes généralités. Il y a des communes qui ont des difficultés, nous le savons bien, il y a aussi des choses qui vont bien. Ce qui me frappe sur ce sujet, comme sur le sujet précédent, c'est qu'on ne parle évidemment que des mauvaises nouvelles, des choses difficiles, à chaque fois on omet de dire aussi tout ce qui va bien, par exemple la stabilisation de la DGF pour les communes, ce qui est une première. On oublie de dire que la plupart des problèmes que rencontrent les communes aujourd'hui, et dont elles se plaignent, sont des problèmes qui ont leur source bien avant l'arrivée de ce gouvernement, notamment certains effets de la loi NOTRe. Donc, il y a dans le débat public, je dirais une certaine subjectivité aujourd'hui, soit on a besoin d'apaisement et de dialogue, c'est exactement ce qui s'est passé hier soir, parce que je peux vous dire que maires, moi j'en ai vus beaucoup hier, c'était dans une atmosphère très constructive, sur les sujets de l'école nous avons plein de choses très positives à nous dire…

ORIANE MANCINI
Justement, on va en parler Monsieur le ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai rencontré beaucoup de maires très satisfaits de certaines évolutions actuelles, donc je pense que surtout, ce qui est très important, c'est d'être dans le dialogue, c'est ce que nous faisons, évidemment au quotidien.

STEPHANE VERNAY
Qu'est-ce qu'ils vous ont demandé les maires sur l'école hier, par exemple, est-ce qu'ils vous ont parlé du Plan mercredi et de sa mise en place, est-ce que ça marche, ça fonctionne, ils sont contents ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, comme j'ai passé 2 heures avec beaucoup de maires, ils m'ont parlé de 1000 choses, toutes passionnantes, j'ai passé un très bon moment, qui m'a permis de voir beaucoup de choses…

STEPHANE VERNAY
Dont le Plan mercredi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, si je parle du Plan mercredi, oui ils m'ont parlé du Plan mercredi, j'ai par exemple en tête un maire qui est venu me voir avec un enthousiasme fantastique en me disant j'avais compris que vous alliez vers le Plan mercredi, donc je me suis organisé, en ce moment on est en train de le faire, ça marche, etc. On est au début du Plan mercredi, donc ceux qui ont commencé à le faire sont très heureux, je crois, ceux qui m'en ont parlé hier en étaient très heureux, c'est quand même une aide substantielle, via la CAF, qui est donnée, je rappelle qu'on a doublé l'aide, voilà encore une bonne nouvelle qui passe peut-être trop discrètement, on est passé de 55 centimes par élève et par heure à 1 euro par élève et par heure. On est en train d'entrer dans le qualitatif…

STEPHANE VERNAY
Pour l'instant il y a combien de communes concernées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On doit être autour de 15 % aujourd'hui, en sachant qu'on a visé celles qui étaient les plus en difficulté justement, les communes rurales, les communes des périphéries urbaines.

STEPHANE VERNAY
Vous allez le déployer sur quelle période en fait ? Combien de temps ça va prendre pour…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On est forcément cette année dans une année de démarrage, donc il est tout à fait normal de commencer à 15 %, puis de monter à 20, 25, la vraie maturité sera à la rentrée 2019 évidemment.

ORIANE MANCINI
Alors, l'AMF a fait une étude sur ce temps périscolaire, en disant que par exemple 39 % des collectivités aux 4 jours ne faisaient pas l'objet d'activités, et que ce plan n'était pas adapté aux zones rurales et aux petites communes. Qu'est-ce que vous allez faire pour améliorer ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Justement, j'ai parlé beaucoup hier avec des maires de communes rurales, parfois les gens pensent ça, donc sont dans l'inhibition, je me souviens d'hier d'avoir parlé avec une maire de commune rurale qui m'a dit moi, ce n'est pas moi, je lui ai dit mais pas du tout, dès demain parlez avec votre inspecteur de l'Education nationale, il est complètement fait pour vous. Certains maires pensent que parce que la commune est petite, ils n'ont pas la masse critique pour faire les choses, mais le Plan mercredi a justement été conçu pour les aider à faire ça, pour qu'il y ait toutes les institutions de l'Etat derrière eux, pas seulement sur le plan financier, comme je viens de le dire, mais sur un plan encore plus important qui est le plan du soutien institutionnel. N'oublions pas qu'on l'a conçu aussi avec le ministère de la Culture, avec le ministère des Sports, autrement dit les conservatoires, les clubs, sont aussi là pour venir en appui. Et puis on a une démarche qualitative. Si vous voulez, lorsque vous me citez le chiffre que vous venez de me citer, quand je suis arrivé en fonction, lorsqu'il y avait même ce qu'on appelle les PEDT, donc les activités périscolaires, c'était seulement 40 % des enfants qui en bénéficiaient, et d'une manière extrêmement hétérogène, et qui donnait satisfaction, dans beaucoup de cas, sur le plan qualitatif. Et puis il y avait des gens qui avaient fait des choses formidables, et d'ailleurs je crois qu'une des caractéristiques de ce qu'on a fait c'était de ne pas abîmer les choses formidables qui existaient, par contre changer ce qui n'allait pas, et c'est ce qui est en train de se passer. Ça prend peut-être un peu de temps, mais c'est très important, c'est-à-dire on est en train d'être dans le qualitatif, et d'être non pas contre ou sans les maires, mais avec eux, derrière même, puisque c'est les maires qui sont en responsabilité de concevoir leur Plan mercredi, mais l'Education nationale se réimplique fortement là-dedans, et d'autres ministères aussi, de façon à les aider à formuler quelque chose de, à la fois de riche, et de qualitatif.

ORIANE MANCINI
L'autre mesure que vous avez mise en place c'est le dédoublement des classes de CP et de CE1 dans certaines zones. Les maires, même si c'est une mesure qui fait consensus, les maires évoquent parfois une difficulté à gérer un coût pour leur commune, là, comment vous allez faire pour les aider ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a aidé les maires, dans beaucoup de cas, via les préfets, sur leurs possibilités d'investissement, c'est un sujet, en réalité c'est un magnifique sujet, c'est-à-dire que c'est un beau sujet français, si vous me permettez l'expression, parce que quand on a dit en juin 2017, qu'on allait faire ça, il y a eu du scepticisme, et le scepticisme il portait sur notre capacité à faire. On disait l'Education nationale n'est pas assez agile pour faire ça, les communes ne pourront pas faire les dédoublements, etc. 2 mois plus tard la France l'avait fait, 2 mois plus tard, les débats aseptiques étaient en juin 2017, en septembre 2017, 60.000 élèves en France étaient touchés, 1 an plus tard c'est 190.000 élèves, et l'année prochaine 300.000. Et bien sûr que pour les maires ça a souvent été des choses à faire, il y a eu de la mobilisation, mais ils l'ont fait, et pourquoi ils l'ont fait, pas pour me faire plaisir, ils l'ont fait parce que ils savaient que c'était l'intérêt des enfants et ils l'ont réussi, et quelle que soit leur couleur politique, quelles que soient leurs difficultés. Et donc c'est un magnifique sujet français, parce que ce sujet-là, qui comme vous venez de le dire, fait consensus aujourd'hui parce qu'on en voit les bénéfices, y compris je dirais en termes de climat scolaire justement, eh bien ce sujet-là il a été possible parce qu'on a eu, et une Education nationale très agile, très volontariste, et des communes…

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il va y avoir une aide financière supplémentaire pour ces maires…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, elle existe déjà.

ORIANE MANCINI
Parce que François BAROIN nous disait à l'ouverture du congrès que les communes supportent beaucoup du coût du dédoublement des classes.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elles ont supporté beaucoup les coûts, avec en arrière-plan l'aide de l'Etat. Nous sommes tous dans le même bateau, je pense qu'on ne doit pas avoir de discours consistant à dire les gentilles communes, le méchant Etat, les communes ont tout dépensé, l'Etat n'a rien fait, quand derrière ça, en réalité, vous avez des fonds d'aides aux communes qui viennent les aider à faire ces investissements.

ORIANE MANCINI
Mais pas d'aides supplémentaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En proportion, à l'intérieur de l'aide pour l'investissement qui existe, au travers de différents fonds qui existent, il peut arriver que, commune par commune, nous aidions davantage, si, bien sûr.

STEPHANE VERNAY
Toutes les interrogations sur les fermetures de classes en milieu rural, les tensions qui ont pu exister, c'est derrière, c'est une problématique qui a été purgée, résolue, ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il y a énormément de travail à faire, ce qui est, je crois, est résolu, c'est les éventuels malentendus, c'est-à-dire que certaines forces politiques ont cherché à dire que nous n'aimions pas la ruralité, c'est faux. Je suis totalement habité par les enjeux du rebond rural, et donc l'Education doit aider au rebond rural, j'en ai parlé avec des dizaines de maires hier soir encore. Ils l'ont compris qu'on est avec eux, on est dans le même bateau là-dessus. Simplement, il y a une réalité qui est la baisse démographique forte, donc on doit avoir des stratégies pour le rebond démographique, c'est par exemple le plan Internat, que j'annoncerai, qui sera notamment en milieu rural…

STEPHANE VERNAY
Quand, quand le plan Internat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est les évolutions... Dans quelques semaines, probablement avant la fin de l'année de cette année civile.

CYRIL VIGUIER
Jean-Michel BLANQUER, après la prestation du président de la République hier soir, à l'Elysée, on l'a vu sauter de l'estrade, Emmanuel MACRON, et puis, il s'est retrouvé face à vous, je pense que vous deviez être au premier rang, on a vu un échange sur des images entre vous et le président, mais on n'avait malheureusement pas le son. Qu'est-ce que vous lui avez dit, qu'est-ce qu'il vous a dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne savais pas que c'était télévisé…

CYRIL VIGUIER
Si, on vous a vu, ça, je vous le garantis…

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'accord, très bien, parfait.

CYRIL VIGUIER
On a cherché à lire sur les lèvres, mais on n'a pas réussi.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça a été bref, non, il m'a demandé si…

ORIANE MANCINI
On a quand même lu que vous l'aviez félicité…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, parce que c'était très bon, c'était excellent…

CYRIL VIGUIER
Ah, il vous a demandé…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il m'a demandé si sur les sujets éducatifs, ce qu'il avait dit collait bien avec ce dont nous avions parlé…

STEPHANE VERNAY
Vous lui avez mis quelle note ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Généralement, elle est bonne…

CYRIL VIGUIER
Et vous lui avez dit quoi alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et je lui ai dit : non, mais éventuellement, il y aurait des choses à dire en plus, parce qu'il y en a toujours en plus, mais il n'y avait rien à dire en moins.

CYRIL VIGUIER
Et vous allez dire... en plus aujourd'hui, puisque vous êtes devant les maires aujourd'hui, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aujourd'hui, je suis devant les maires, mais vous savez ce qu'il y a de bien avec le président de la République, c'est que c'est un président de la République, et ce n'est pas arrivé si souvent que ça jusqu'à présent, qui aime les thèmes de l'Education, c'est la première fois qu'un président de la République, lorsqu'il parle de la France ou lorsqu'il dit quelque chose sur la France, dit le mot éducatif en premier. Dans son avant-dernière intervention télévisée, il a dit : puissance éducative, puissance industrielle, puissance économique, puissance culturelle, mais le premier adjectif qu'il utilise, c'est éducatif, c'est un homme qui est profondément conscient des enjeux de l'Education, et sur le plan interne et sur le plan mondial d'ailleurs, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a des enjeux mondiaux sur cette question.

CYRIL VIGUIER
Très bien, Jean-Michel BLANQUER, merci. Vous êtes attendu ce matin évidemment auprès des Maires de France.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2018

Rechercher