Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat chargé des collectivités territoriales, avec BFMTV le 22 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique de l'énergie et sur les relations entre l'Etat et les collectivités locales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat chargé des collectivités territoriales, avec BFMTV le 22 novembre 2018, sur le prix des carburants, la politique de l'énergie et sur les relations entre l'Etat et les collectivités locales.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre chargé des collectivités territoriales;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Sébastien LECORNU, bonjour.

SEBASTIEN LECORNU, MINISTRE AUPRES DE LA MINISTRE DE LA COHESION DES TERRITOIRES
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je précise que vous êtes aussi adjoint au maire de Vernon dans l'Eure.

SEBASTIEN LECORNU
Il me semble que je suis aussi conseiller départemental en plus du canton de Vernon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ça, vous y tenez.

SEBASTIEN LECORNU
Elu local jusqu'au bout des ongles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous parlerons des collectivités locales tout à l'heure mais parlons évidemment de l'actualité gilets jaunes. « La sévérité sera de mise » dit le Président de la République. C'est-à-dire ? Ça veut dire quoi ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça veut dire l'Etat de droit. Ça veut dire qu'on a le droit de manifester, qu'on a le droit d'exprimer sa colère. D'ailleurs, il y a un cadre légal pour le faire dans le cadre de déclaration préalable de manifestation. Mais bloquer, commettre le délité d'entrave ou même pire, s'en prendre violemment aux forces de l'ordre ou à ses concitoyens, c'est interdit. Le bilan humain est quand même assez lourd : deux morts, plus de cinq cents blessés, autant de blessés chez les forces de l'ordre que pendant les trois mois de la période d'évacuation de Notre-Dames-des-Landes, pour donner une illustration. C'est le Ministre de l'Intérieur qui l'a dit hier. Il faut savoir l'entendre. Donc manifester oui, crier sa colère oui ; d'ailleurs, la République est organisée pour cela, elle permet cela, mais pas n'importe comment. C'est l'Etat de droit ; la loi, rien que la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des appels à venir manifester sur Paris samedi. Est-ce qu'il y a déjà des demandes d'autorisation de manifestation ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça, il faut le demander au ministère de l'Intérieur mais la préfecture de police est là pour les enregistrer. Le Ministre de l'Intérieur a demandé au préfet de police de Paris de la souplesse en plus pour les enregistrer. Rien n'est fait pour prendre les personnes en défaut. Mais une fois de plus, manifester dans Paris c'est quelque chose dont nous avons l'habitude depuis d'ailleurs longtemps dans l'histoire française, et donc là aussi les choses doivent être organisées aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc déclarer, ça veut dire déclarer.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, pour protéger nos concitoyens tout simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sinon aucune manifestation ne sera tolérée si elle n'est pas déclarée.

SEBASTIEN LECORNU
Normalement, c'est cela. Moi, je suis attaché au principe de droit. Là aussi, il faut protéger autant les forces de l'ordre que les populations qui manifestent d'ailleurs comme celles qui ne manifestent pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y a, à vos yeux, une évolution alarmante du profil de ceux qui manifestent et de ceux qui bloquent ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous parliez de l'Eure à l'instant, je vais vous dire ce que j'ai vu chez moi. Au moins, c'est concret. Ce n'est pas tout à fait les mêmes personnes cette semaine que ce week-end.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que samedi ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui. C'est-à-dire que des manifestations bon enfant, assez protéiformes - mais j'imagine qu'on y reviendra - dans les aspirations et les demandes ont laissé parfois place depuis lundi et mardi à des personnes qui sont peut-être moins coutumières d'une expression politique spontanée et davantage dans une explication politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ? Des militants politiques ?

SEBASTIEN LECORNU
Soit militante et pas franchement aux Républicains et au Parti socialiste, davantage peut être affiliée à des formations politiques plus extrêmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ultra gauche, ultra droite ?

SEBASTIEN LECORNU
Exactement. Et puis, des personnes qui parfois sont toujours en désespérance sociale et malheureusement sont rattrapées par ces personnes, donc il faut faire attention à la récupération politique. On revient aussi au devoir d'organisation de ces manifestations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, regardons le fond. François BAYROU a déclaré dans Le Figaro ce matin à propos de la hausse des taxes sur le carburant : « Cela mérite que nous y réfléchissions. » Comment recevez-vous cette parole-là ?

SEBASTIEN LECORNU
Déjà, je connais un peu François BAYROU. Depuis que je suis au gouvernement, j'ai eu l'occasion de le croiser à de nombreuses reprises. C'est un homme libre, vous le savez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

SEBASTIEN LECORNU
C'est un homme important dans la majorité parlementaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Il était encore avec le Président de la République mardi soir pour parler d'Europe et des gilets jaunes aussi.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement. Et hier soir à l'Elysée pour la réception des maires. Il est président d'un parti politique, il est donc là bien évidemment pour avoir une expression dans la majorité et ça c'est très clair. Moi, j'ai aussi une sensibilité politique. Je viens de la droite, j'ai adhéré à En Marche et je suis attaché à ce qu'on tienne bon. Je suis attaché à ce qu'on puisse transformer en profondeur ce pays parce que j'ai trente-deux ans et je considère que si certains chantiers avaient été menés peut-être plus tôt, la pente serait moins raide aujourd'hui dans les transitions et dans la transformation. François BAYROU d'ailleurs dit juste il faut y réfléchir. Et y réfléchir et en parler, à mon avis c'est quelque chose de bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire pas de réflexion sur la hausse des taxes sur les carburants en janvier.

SEBASTIEN LECORNU
Vous savez, j'ai été Secrétaire d'Etat pendant quinze mois auprès de quelqu'un que vous connaissez bien qui s'appelle Nicolas HULOT. Ça fait quinze mois qu'on a des débats sur « on ne va pas assez loin sur le glyphosate ». Quand Nicolas HULOT démissionne, trois semaines de débats en disant « on ne va jamais assez vite, on ne va jamais assez loin en matière de transition écologique ». Il y a une forme, de toute façon, de contradiction dans la colère qui s'exprime. A la fois vous avez des gens qui sont sur des ronds-points et qui vous disent : « J'en ai marre, j'en ai marre des impôts. » Il y a un ras-le-bol fiscal, Gérald DARMANIN le disait à votre micro il y a maintenant quelques jours. Et puis en même temps, juste à côté, vous avez une autre personne, un concitoyen avec la même bonne foi et son gilet jaune qui dit : « Moi, je veux plus de dépenses publiques, je veux plus de services publics, je veux plus de moyens. » A la fois les gens sont très inquiets de savoir ce qu'ils vont boire, de ce qu'ils vont respirer comme air et de ce qu'ils veulent manger. Et en même temps, il y a cette inquiétude sur l'impact social de la transition écologique. On le voit bien que, de toute façon, il y a ce noeud de contradictions-là que je respecte complètement et que je peux comprendre - et d'ailleurs, j'ai plutôt grandi dans un environnement familial - qui pousse à ça. Une fois de plus, il faut y répondre de bus il faut y répondre et il faut, à mon avis, tenir la rampe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je reviens sur ce qu'a dit BAYROU. Aménagement de la hausse des taxes ou pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, je pense qu'il faut expliquer encore davantage ce que nous faisons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question.

SEBASTIEN LECORNU
Y compris là où vont les taxes d'ailleurs au passage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question : aménagement de la hausse oui ou non ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour moi, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

SEBASTIEN LECORNU
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas d'aménagement de la hausse des taxes.

SEBASTIEN LECORNU
Non. Et pas par brutalité ou raideur. C'est juste que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le débat n'est pas ouvert sur l'aménagement de la hausse ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis ni président de la République ni Premier ministre. Mais en tant que Ministre, et moi aussi ayant ma sensibilité, je pense que soit on transforme ce pays maintenant, soit je ne sais pas très bien qui va le faire et quand on va le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors pourquoi ne savez-vous pas quelle réponse apporter à cette colère ? Pourquoi vous ne savez pas ? Vous êtes désemparés, les députés La République en Marche sont désemparés, Sébastien LECORNU. Moi, je vois : « Je suis totalement désemparé ».

SEBASTIEN LECORNU
Vous êtes vraiment désemparé, Jean-Jacques BOURDIN ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais attendez ! Attendez ! Ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question.

SEBASTIEN LECORNU
La réalité, c'est que vous écoutez vos auditeurs que vous respectez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, j'entends des auditeurs désemparés.

SEBASTIEN LECORNU
Voilà, et depuis longtemps. Et vous savez très bien que cette colère n'est pas nouvelle. Qu'est-ce qu'il y a de nouveau ? C'est qu'elle s'exprime véritablement peut-être en milieu rural, là où dans des villages on n'avait pas l'habitude d'avoir des manifestants. Jai vu beaucoup de maires évidemment chez moi dans l'Eure mais aussi beaucoup sur le salon des maires, vous vous en doutez, hier et avant-hier. On va continuer aujourd'hui. Qu'est-ce qu'ils me disent ? Ils me disent : « C'est la première fois qu'on a des manifestants dans notre village. C'est la première fois qu'il se passe quelque chose. » Donc il y a un cri de colère qui, effectivement, s'exprime de la part de personnes - je parle notamment du week-end dernier - qu'on n'a pas l'habitude d'entendre. Et là, il faut toucher du doigt le sentiment de déclassement, le sentiment que beaucoup de progrès ne sont pas pour ces personnes-là. Une fois de plus, moi j'ai grandi dans cet environnement-là, donc ce n'est pas que je le comprends, c'est que je peux le partager.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manque d'Etat, manque de services publics ?

SEBASTIEN LECORNU
Manque de pédagogie, le sentiment que ce n'est pas pour soi, un sentiment d'assignation à résidence avec les accès, vous savez, l'accès à la santé. Agnès BUZYN y a répondu par le plan Santé. Accès bien évidemment à l'éducation avec toute la question des classes en milieu rural ; Jean-Michel BLANQUER y a aussi apporté des réponses. Le très haut débit, la téléphonie mobile : voilà un acte, quelque chose d'hyper concret. Soit vous avez vos barres et vous voyez votre 3G arriver, soit vous ne l'avez pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais tant de temps que j'entends parler de cela.

SEBASTIEN LECORNU
C'est pour ça qu'il faut arrêter les discours, maintenant il faut planter des pylônes, Jean-Jacques BOURDIN. Cinq mille endroits à couvrir pendant le quinquennat, cinq cents pylônes plantés en 2018. Je ne vais pas vous faire des annonces ce matin, Julien DENORMANDIE a largement bossé sur le sujet. Vous le savez, il a dit de nombreuses fois à votre micro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

SEBASTIEN LECORNU
Art d'exécution. Je ne vais pas vous faire un grand discours sur la téléphonie mobile. Maintenant, il faut que l'ARCEP surveille les opérateurs et qu'on plante les pylônes. Très haut débit, pareil. La logique d'accès est absolument fondamentale parce qu'elle est fondamentalement dans la première des expressions de celles et ceux qui ont manifesté le week-end dernier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, Sébastien LECORNU, mais j'entends aussi le président de la République qui dit que des discussions vont être ouvertes dans les territoires avec les élus, les syndicats.

SEBASTIEN LECORNU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles discussions ? Pour parler de quoi ?

SEBASTIEN LECORNU
De transition écologique par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De transition écologique ?

SEBASTIEN LECORNU
Laurent BERGER…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez parler de transition écologique avec les élus ?

SEBASTIEN LECORNU
Je l'ai fait pendant quinze mois. Regardez Fessenheim : quand j'arrive à Fessenheim, avec qui je parle pour fermer la centrale de Fessenheim ? Quatre heures de discussions avec l'intersyndicale. Croyez-moi, la CGT Energie, la fermeture de Fessenheim ce n'était pas sa tasse de thé. Laurent BERGER a été un partenaire précieux sur la fermeture de Fessenheim. Avec qui je parle ensuite ? Les élus locaux, les élus du territoire, le maire de Fessenheim, le président de la communauté de communes. Il faut territorialiser notre discussion sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'allez-vous proposer aux élus à ce propos ?

SEBASTIEN LECORNU
Sur la transition écologique ? Regardez, la plupart des compétences aujourd'hui en matière écologique sont décentralisées. L'eau, ce sont les élus locaux. Les déchets, ce sont les élus locaux. Les transports, en grande partie –pas tout - ce sont les élus locaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont des charges pour eux.

SEBASTIEN LECORNU
Pas que. L'eau, c'est aussi un modèle de développement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est aussi des charges.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, mais c'est aussi un modèle de développement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
L'énergie, regardez, on parle d'un modèle qui est complètement jacobin, une grosse centrale nucléaire, à un modèle qui devient complètement girondin : des éoliennes, des panneaux solaires qui permettent de créer de la fiscalité dans les territoires. Le président de la République l'a dit hier soir lorsque nous avons réuni les maires, lorsqu'il a réuni deux mille maires à l'Elysée : il faut parler transition écologique et collectivités territoriales. Il veut que nous menions des débats dans les territoires même autour des financements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais des débats pour conduire à quoi ? Quel est l'objectif ?

SEBASTIEN LECORNU
Réfléchir à accélérer la transition écologique par les collectivités territoriales et le Président de la République l'a dit hier soir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les aider pour cela ?

SEBASTIEN LECORNU
Ouvrir la question des financements. C'est une vieille demande des élus locaux et des associations d'élus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez aider les collectivités locales…

SEBASTIEN LECORNU
Je pense que dans le cadre de la réforme de la fiscalité, il faut nous poser sur la question de la fiscalité écologique et son lien avec les collectivités territoriales. Celles et ceux qui nous regardent et qui nous écoutent ne le savent pas mais une partie de la fiscalité carbone aujourd'hui va déjà aux collectivités territoriales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Insuffisamment, pardon. Vous le savez bien.

SEBASTIEN LECORNU
C'est le débat qu'on aura parce que le Président de la République l'a dit hier soir sur la fiscalité, mais j'imagine comme on parlera dans un instant : le débat va se faire vraiment complètement avec les élus locaux et on va le faire ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler de transition énergétique et de fiscalité, mais juste je vous fournis un petit sondage. C'est Elabe pour BFMTV : si 53 % des Français déclarent finir leurs fins de mois sans se restreindre, 47 % affirment se restreindre ou ne pas avoir de revenus suffisants.

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
47 %.

SEBASTIEN LECORNU
Pourquoi Emmanuel MACRON a demandé à ce qu'on augmente le minium vieillesse ? Pourquoi on augmente la prime d'activité ? Pourquoi on fait la suppression des cotisations sociales sur les salariés ? Pourquoi nous dégrevons la taxe d'habitation ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
(propos inaudibles)

SEBASTIEN LECORNU
Non mais je veux dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vingt-six milliards ? Vingt-six milliards ?

SEBASTIEN LECORNU
Elle est dans la trajectoire si c'est votre question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Et vingt-six milliards financés comment ?

SEBASTIEN LECORNU
J'entendais que mon collègue Gaël PERDRIAU, le maire de Saint-Etienne, vous disait ça avant. Je réponds : « Elle est dans la trajectoire de la loi de finances ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ?

SEBASTIEN LECORNU
La trajectoire, ça veut dire qu'au début du quinquennat, Gérald DARMANIN et le Premier ministre ont proposé une trajectoire sur les finances publiques pour l'intégralité du quinquennat et faire en sorte que les propositions et les promesses d'Emmanuel MACRON dans son programme soient financées. La taxe d'habitation, elle est financée pour les trois années qui viennent et, ensuite, tout le débat s'ouvre sur la réforme globale de la fiscalité locale avec les élus locaux et les contribuables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les dépenses contraintes qui sont nombreuses. Je ne parle même pas du logement, j'en parlais hier matin sur cette antenne. Mais je voudrais parler du gaz, le prix du gaz. Ça concerne beaucoup de Français.

SEBASTIEN LECORNU
Mais bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dépense contrainte.

SEBASTIEN LECORNU
Chèque énergie, six millions de Français sont concernés par le chèque énergie pour payer sa facture de gaz.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus 15 % depuis le début de l'année. Est-ce que le prix du gaz va continuer à augmenter ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais Jean-Jacques BOURDIN, la situation géopolitique au Moyen-Orient parfois évidemment a un impact sur les hydrocarbures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Même si nos fournisseurs de gaz sont plutôt en Algérie ou en Russie.

SEBASTIEN LECORNU
Ou parfois dans le nord de l'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou parfois dans le nord de l'Europe.

SEBASTIEN LECORNU
Mais le marché, lui, est global. Donc par définition, les impacts sur le prix sont globaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai. Donc ça va continuer à augmenter.

SEBASTIEN LECORNU
Mais pourquoi je suis devenu soudainement si écologiste ? C'est aussi parce que je suis assez gaulliste et moi je crois à la souveraineté énergétique de notre pays. Moi, ça ne m'amuse pas qu'au fin fond de Rugles, de Brionne ou de Beaumont-le-Roger dans l'Eure, à la pompe on soit dépendant de ce qui se passe au Moyen-Orient. Je pense qu'il faut qu'on se le dise au bout d'un moment. C'est pour ça que l'énergie solaire, la transition énergétique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes sur les carburants, les taxes sur le gaz vont continuer à augmenter. Vous le savez bien. Dites-le aux Français !

SEBASTIEN LECORNU
Et en même temps, on n'a jamais mis autant d'argent sur la méthanisation, le gaz vert à partir des éleveurs, des agriculteurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord mais pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi ne pas dire : « Oui, ça va augmenter » et « Oui, nous essayons de trouver des solutions » ?

SEBASTIEN LECORNU
Je vous le dis, on voit que ça augmente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ça va augmenter. Ça va continuer à augmenter.

SEBASTIEN LECORNU
Ça dépend de la situation des marchés, vous le savez très bien. Je ne suis pas Madame Irma.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En tous les cas, les taxes sur les carburants, elles, vont continuer à augmenter.

SEBASTIEN LECORNU
Je vais vous dire quelque, chose Jean-Jacques BOURDIN. Le méthaniseur qui permettra de faire du gaz vert avec une fédération d'éleveurs en Normandie ou ailleurs, pour le coup la situation politique au Moyen-Orient n'aura pas d'impact sur le gaz ver qu'on va faire. Ce qu'on fait à Arras par exemple, parce qu'il faut donner aussi des exemples de ce qui se passe bien parce qu'on ne va jamais s'en sortir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
A Arras, vous avez toute une communauté urbaine, des élus locaux absolument formidable, dont un malheureusement d'ailleurs nous a quittés il n'y a pas très longtemps, c'est Philippe RAPENEAU ils ont imaginé toute une fédération d'éleveurs qui sont venus se mettre en commun, leurs moyens, et qui font du gaz vert grâce à la méthanisation. Et ce gaz vert, il est vendu à la communauté urbaine et ça permet de faire rouler les bus et le transport en commun en centre-ville. C'est ça aussi la transition énergétique sous notre quinquennat et c'est nous qui le finançons avec les élus locaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de parler des élus locaux et des collectivités locales, je voudrais terminer sur un secteur que vous connaissez bien : la transition énergétique évidemment. Dites-moi, on attend avec impatience le PPE ; vous aussi j'imagine.

SEBASTIEN LECORNU
Programmation Pluriannuelle pour l'Energie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'énergie. J'imagine que vous aussi. Fermeture de réacteurs nucléaires, six dans les dix ans qui viennent ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi je n'ai plus d'informations sur le sujet. Je ne suis plus en charge de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez plus aucune information.

SEBASTIEN LECORNU
Après, je l'ai toujours dit dans mes expressions publiques. Transition énergétique d'un côté, avec une priorité c'est le climat, et dans la PPE Jean-Jacques BOURDIN, et à la fermeture des quatre centrales à charbon, et ça aussi c'est une transition territoriale qu'il faut quand même…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, ça c'est acquis.

SEBASTIEN LECORNU
Oui c'est acquis, mais enfin, pour le maire de Cordemais ou pour le maire de Saint-Avold ou pour le maire de Gardanne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
C'est acquis mais enfin il va falloir quand même qu'on continue de travailler. François de RUGY et Emmanuelle WARGON sont dessus. Et de l'autre côté, eh bien c'est aussi faire attention à la facture d'électricité des Français, Jean-Jacques BOURDIN, parce que les choix que l'on fait sur la fermeture des réacteurs, ça a bien sûr un impact sur le modèle industriel d'EDF, et donc aussi sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que des réacteurs seront fermés avant 2029 ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne peux pas vous répondre ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis plus en charge de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas.

SEBASTIEN LECORNU
Mais je crois que le président de la République a dit une chose très claire : l'horizon de 50 % de la part de l'électricité issue de l'atome, est le point d'atterrissage global. Donc il y aura des fermes de réacteurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Horizon 2035.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis pas habilité à donner des dates Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui oui oui. Non mais le président de la République a dit horizon 2035.

SEBASTIEN LECORNU
C'est pour ça qu'il est président de la République, il a le droit de le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bon, d'accord de 2035 oui. Mais vous ne confirmez pas vraiment le chiffre. J'attends avec impatience…

SEBASTIEN LECORNU
50% mix électrique, et là on aura mix électrique qui tiendra la route…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On le verra quand ?

SEBASTIEN LECORNU
Qui à la fois respectera les équilibres industriels et sociaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne suis pas sûr que ce soit en 2035. Nous verrons. Dites-moi, construction de nouveaux EPR ou pas ? Vous y est favorable ou pas ? Vous.

SEBASTIEN LECORNU
Moi je suis le seul membre du gouvernement, depuis la fin du quinquennat de Nicolas SARKOZY, à m'être rendu à Flamanville.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, justement.

SEBASTIEN LECORNU
J'ai visité avec Jean-Bernard LEVY, le patron d'EDF, Flamanville. Dans ma région en plus. Très franchement, il faut qu'on attende de savoir comment se termine cette histoire industrielle à Flamanville. Moi j'ai toujours dit que j'accordais ma plus grande confiance aux équipes d'EDF qui sont des équipes hyper engagées, qui sont des équipes solides, mais il est vrai que tant que Flamanville n'est pas mis en fonction avec les autorisations, notamment de l'Autorité de sûreté nucléaire, c'est difficile de faire un choix industriel sur quelque chose qui n'est pas encore terminé ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc en conclusion, le PPE n'actera pas, noir sur blanc, le report à 2035.

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis plus ministre de l'Energie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin moi, tiens je prends le pari avec vous si vous voulez. Dites-moi, comment ça se passe avec les maires ? Plus ou moins bien.

SEBASTIEN LECORNU
Pas mal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas mal ?

SEBASTIEN LECORNU
Si, pas mal. J'ai été maire vous savez, donc forcément je sais aussi ce qui les tracasse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je les entends protester sans cesse.

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est normal. Vous savez il y a toute une génération d'élus qui sont vraiment convalescents de la période qu'ils viennent de vivre. 2010, intercommunalité obligatoire, début du gel des dotations de l'Etat à la fin du quinquennat de Nicolas SARKOZY d'ailleurs, c'était François BAROIN qui était ministre en charge de ça. Derrière, baisse des dotations de l'Etat, brutale et massive sous le quinquennat de François HOLLANDE. La loi NOTRE, ce n'est pas très connu dans le grand public mais ce n'est la loi qui fait que les intercommunalités ont bougé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très contestée.

SEBASTIEN LECORNU
Que les compétences entre les départements les régions ont bougé. Ça a créé beaucoup de stress chez des élus locaux dont je rappelle quand même que c'est pas leur métier forcément premier que d'être maire, parce que quand on est maire d'un village de 400 habitants, on a parfois autre chose à faire chaque jour que de digérer tout ça. Et c'est vrai que moi je suis cru 2014, comme d'ailleurs Gaël PERDRIAU qu'on entendait tout à l'heure ; on est quand même la génération d'élus, je ne parle pas de mon âge d'homme, je parle de la génération des mandats où quand même on s'est tout pris dans la figure quand même, tout prix dans la figure, et c'est vrai que la promesse d'Emmanuel MACRON de stabilisation et de visibilité, ce que je de mettre en oeuvre avec Jacqueline GOURAULT dans les semaines qui vont venir, c'est fondamentalement ce que réclament les élus pour cette fin de mandat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça veut dire que déjà il faut traiter les problèmes là où ils sont. Quand sur les ressources des collectivités locales on avance à tâtons depuis plus de 10 ans, ça ne peut plus continuer, que ce soit sur la fiscalité locale, taxe d'habitation mais pas que, appelez vous la réforme de la taxe professionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Taxe foncière, qu'est-ce qui va se passer avec la taxe foncière ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais l'ensemble de la famille des taxes, y compris celles qui sont les moins connues, comme …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura une réforme de la taxe foncière ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah on veut ouvrir, je vais être clair avec vous, on veut ouvrir le chantier de la fiscalité locale, tout ce que perçoivent les collectivités territoriales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au printemps prochain.

SEBASTIEN LECORNU
Avec une concertation qui va démarrer dès maintenant, et le président de la République a été très clair avec l'Association des maires de France hier soir, tout va se faire avec eux. Tout, ça veut dire qu'on va tout partager.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On mettra à plat la taxe foncière.

SEBASTIEN LECORNU
Tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
Tout, on va tout partager Jacques BOURDIN. Qu'est-ce qu'on va partager ? Les données. On va fournir l'ensemble des données aux associations d'élus pour qu'elles puissent faire des propositions. On va partager les contraintes et le constat, y compris avec des responsables politiques qui sont en poste depuis maintenant de nombreuses années et qui ont fait des choix dans le passé, moi je veux juste quand même qu'on s'accorde bien sur le constat, et puis vous savez quoi ? C'est-ce qu'on doit aux citoyens contribuables, on va partager les contraintes aussi, parce qu'on ne peut pas opposer d'un côté l'Etat et de l'autre les collectivités territoriales. On peut le faire certes, mais ça mènera à une impasse, pour une simple et bonne raison c'est qu'à la base…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que vous allez mettre à plat toute la fiscalité locale, on est bien d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
Eh oui, parce qu'à la base il y a la même personne, ça s'appelle le citoyen contribuable, et à lui, à cette personne-là, ce citoyen là, on lui doit la clarté et la transparence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne toucherez pas aux ressources, aux ressources des municipalités.

SEBASTIEN LECORNU
C'est dans la Constitution, donc là aussi arrêtons de nous faire des procès, la garantie des ressources a quelque chose d'important, il faudra aussi ouvrir le débat sur les dotations de l'Etat, et l'autre grand cri chez les collègues élus en disant : on ne comprend plus rien, c'est compliqué, non seulement ça a abaissé pendant des années, et en plus maintenant on n'arrive plus à comprendre pourquoi ça bouge encore. Alors que comme vous le savez le président de la République a pris un engagement qui est tenu, je le redis là aussi, notamment monsieur LAIGNEL, premier vice-président de l'AMF, qui parfois est fâché avec la vérité, les dotations de l'Etat sont maintenues. Ensuite dans cette enveloppe-là, ça continue de bouger en fonction d'une quarantaine de critères, ce n'est pas moi qui les ai imaginés, là aussi l'Association des maires de France, François BAROIN hier a dit au président de la République ET Premier ministre « on veut avancer sur la dotation », eh ben on va ouvrir cette inflexion, ils vont nous faire des propositions opérationnelles et concrètes, et dans des délais j'espère maintenant assez brefs, pour réformer la DGS, il le faut.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que parfois l'Etat impose des choix que les maires doivent appliquer dans leurs communes et qu'ils n'ont pas les moyens d'appliquer.

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est pour ça qu'il faut partager les contraintes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce matin, Gaël PERDRIAU me donnait les exemples de Jean-Michel BLANQUER, le dédoublement de certaines classes en REP et REP+, qui est une très bonne mesure.

SEBASTIEN LECORNU
Qui est une réussite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il faut avoir les moyens !

SEBASTIEN LECORNU
Je le dis, parce que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut avoir les moyens pour…

SEBASTIEN LECORNU
C'est bien de le dire, parce qu'il y a un an, à la dernière rentrée scolaire, Les Républicains et monsieur WAUQUIEZ tapaient sur la même mesure, et cette année la mesure est bonne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne les aimez plus, Les Républicains, là.

SEBASTIEN LECORNU
Maintenant, on se pose la question... Ça dépend lesquels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon. Vous avez encore des amis dans…

SEBASTIEN LECORNU
Quand ils sont Républicains avec un grand R, ça me va bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quoi, ils ne sont plus Républicains ?

SEBASTIEN LECORNU
Les derniers propos de monsieur WAUQUIEZ ne laissent pas penser qu'on va…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lesquels ?

SEBASTIEN LECORNU
Sur la PMA. On va parfois quand même vers une dérive d'une partie de la droite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'eugénisme.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, mais je le redis quand même. Une grande partie quand même des maires LR, des adjoints aux maires qui sont encore cartés aux Républicains ou même de certains sympathisants, sont des gens qui veulent au fond que ça se passe bien avec l'Etat, parce qu'ils veulent tout simplement faire avancer leur petit bout de République dans leur commune, dans leur village, dans leur communauté d'agglomération de communes, ils veulent que ça se passe bien. Moins de postures politiques, plus de pragmatisme. On devrait s'en sortir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Sébastien LECORNU d'être venu nous voir ce matin.

SEBASTIEN LECORNU
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2018

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