Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Europe 1 le 23 novembre 2018, sur la réforme du Plan santé, les infirmières et la sécurité sanitaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Europe 1 le 23 novembre 2018, sur la réforme du Plan santé, les infirmières et la sécurité sanitaire.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Agnès Buzyn.

AGNES BUZYN
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Aujourd'hui ministre, hier médecin, hématologue, vous dites que vous avez de la considération pour les infirmières. Le problème, c'est qu'elles ont défilé la semaine dernière et pour certaines demain avec les gilets jaunes pour dire exactement le contraire.

EXTRAIT INFIRMIERE
Nous ne parlons plus de patients mais de chiffres, de rentabilité et ça devient vraiment insupportable.

EXTRAIT AUTRE INFIRMIERE
On est les grandes oubliées de ce plan santé, on pratique des tarifs indécents, 7 euros l'injection à domicile, dont 2,50 euros les frais de déplacement, sachant qu'aujourd'hui le prix de l'essence va augmenter, je pense à mes confrères et mes consoeurs en milieu rural.

EXTRAIT INFIRMIERE
On espère que clairement ça va bouger sinon on repassera des messages et on reviendra encore plus fort.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors les infirmières vous reproche d'avoir conçu un plan santé à l'avantage des médecins, c'est toujours la France d'en haut contre la France d'en bas.

AGNES BUZYN
C'est vraiment le contraire en réalité donc c'est très étonnant.

AUDREY CRESPO-MARA
Elles n'ont pas compris ?

AGNES BUZYN
Non je pense qu'il y a un problème, on m'a parlé sans arrêt de professionnels de santé dans le plan en disant qu'il fallait réorganiser la médecine pour que tous les professionnels prennent leur place autour par exemple de la prise en charge des malades chroniques et quand on est professionnel c'est pas que les médecins c'est les infirmières les kinésithérapeutes, les pharmaciens, des sages-femmes et donc c'est vraiment tous les professionnels donc c'est à l'inverse un plan qui vise à mieux répartir la tâche de soins entre les professionnels.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors Agnès BUZYN, les infirmières vous reprochent d'être obligée de courir après la rentabilité dans les hôpitaux faute d'attractivité, on a recours à l'intérim au lieu de créer des postes ce qui coûte cher par exemple dans un service d'un hôpital de l'AP-HP à Paris, deux intérimaires par 24 heures ça coûte 2 000 euros par jour.

AGNES BUZYN
Alors là aussi deux choses : d'abord c'est parce que je suis d'accord avec elles et que je pense qu'effectivement on court trop derrière l'activité sans prendre en compte la qualité des soins que je suis en train de transformer le système pour mieux financer les gens qui travaillent bien, les gens qui discutent des cas, les gens qui prennent le temps par exemple des soins palliatifs, tout ça, je veux mieux le valoriser pour éviter justement cette course à l'activité.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais il n'y a pas de création de postes ?

AGNES BUZYN
Alors je continue. Et ensuite sur les intérimaires c'est parce qu'en fait les postes sont ouverts et nous ne trouvons pas de médecins pour les prendre parce qu'il y a une démographie médicale qui n'est pas au rendez-vous des besoins et donc en fait le problème ce sont tous les postes ouverts, financés mais pour lequel nous ne trouvons pas aujourd'hui de professionnels pour les prendre. Et sur des intérimaires qui coûtent très chers, j'ai pris un décret il y a un an pour réduire justement leur revenu parce que certains prenaient jusqu'à 3 000 euros par jour et dans certains hôpitaux et je refuse aujourd'hui cette marchandisation de la médecine donc j'ai réduit en fait leur revenu journalier.

AUDREY CRESPO-MARA
Agnès BUZYN,en tant que ministre de la Santé, vous êtes contre le diesel, vous avez rappelé que la pollution est responsable de 48 000 décès par an. N'est-il pas impardonnable d'avoir encouragé pendant des années les Français à acheter diesel et aujourd'hui de les culpabiliser de donner des cancers à tous le monde ?

AGNES BUZYN
Alors il ne faut absolument pas culpabiliser les gens vous avez raison ça a été un choix industriel de la France pour des raisons à une l'époque où je ne faisais pas de politique dont je ne peux pas savoir pourquoi nous avons choisi cette politique de construction automobile. Pour autant, dès 2012, l'Organisation mondiale de la santé a dit que le diesel était un cancérigène de niveau 1, c'est-à-dire de même niveau que le tabac et donc j'avais d'ailleurs, quand j'étais à l'Institut national du cancer, alerter nos autorités sur le fait que nous devions changer de modèle de production automobile. Donc, je suis, je dirais quelque part constante avec mes convictions, je pense que ce n'est pas un bon modèle.

AUDREY CRESPO-MARA
On a l'impression aujourd'hui que la santé a bon dos pour que le gouvernement se déclare écologiste et qu'il augmente les taxes qui permettent de finalement remplir les caisses de l'Etat.

AGNES BUZYN
Non l'objectif n'est pas de remplir les caisses de l'Etat aujourd'hui l'objectif…

AUDREY CRESPO-MARA
Tout l'argent qui est récolté au nom de l'écologie, pourquoi n'est-il pas donner à l'écologie dans ce cas-là ?

AGNES BUZYN
Les budgets de l'écologie est en hausse donc de toute façon l'argent va vers l'écologie. Nous avons aussi besoin d'argent vous le savez pour la santé quand on a aujourd'hui une pollution liée à l'essence, au diesel, avec des maladies et on sait le nombre de décès prématurés un 48 000 décès prématurés liés à la pollution de l'air, il faut aussi de l'argent pour soigner les gens donc tout ne va pas à l'écologie mais ces taxes-là, elles rentrent dans le budget de l'Etat et elles permettent en fait une meilleure prise en charge des patients.

AUDREY CRESPO-MARA
L'Agence nationale de Sécurité a détecté, Agnès BUZYN, une cinquantaine de cancers très rares chez les femmes qui portent certains implants mammaires à enveloppe texturée. Sachant que 85% des implants sont texturés, les femmes qui en portent doivent-elles s'inquiéter ?

AGNES BUZYN
Non bien entendu. Aujourd'hui, il y a entre 400 000 et 500 000 femmes qui portent des implants mammaires en France, donc il y a une cinquantaine de cas sur une dizaine d'années. Donc ça représente très, très peu de risques.

AUDREY CRESPO-MARA
0,0001%.

AGNES BUZYN
Voilà donc la balance bénéfice / risque entre guillemets reste toujours favorable aux implants pour les femmes par exemple qui ont besoin d'une reconstruction mammaire après un cancer. Par contre, il faut quand on a le moindre signe au niveau d'un sein, c'est-à-dire une inflammation, une douleur un sein qui grossit, il faut aller consulter, ce sont des recommandations qui avaient déjà été déjà données aux femmes et aux professionnels il y a quelques années après le scandale des prothèses mammaires PIP.

AUDREY CRESPO-MARA
Et si les implants texturés sont interdits finalement, les femmes qui en portent vont avoir envie d'en changer ; est-ce que ce sera remboursé ?

AGNES BUZYN
Alors aujourd'hui, nous nous sommes en train de reprendre les recommandations pour savoir ce qu'il faut proposer aux femmes ; il faut savoir que, de toute façon, les femmes qui ont des prothèses souvent en changent au cours de leur vie parce que l'implant se fissure, il peut y avoir des fuites. Donc en moyenne les femmes ont 3 implants dans leur vie quand elles se sont fait poser des implants.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ça ne sera pas davantage remboursé si c'est … ?

AGNES BUZYN
Je ne sais pas, je ne peux pas prendre de décisions aujourd'hui. Nous allons voir quelles sont les recommandations mais aujourd'hui les risques sont très, très faibles et je rappelle que tout implant, toute prothèse comme tout médicament expose à un risque, il n'y a pas de risque 0 quand on en prend un médicament ou on quand on se fait poser un dispositif médical.

AUDREY CRESPO-MARA
Agnès BUZYN un enfant de 9 ans a été tué à Mulhouse, il a été frappé à mort par sa famille parce qu'il n'avait pas fait ses devoirs. Est-ce que vous savez combien d'enfants meurent chaque année à cause des violences familiales ?

AGNES BUZYN
Alors, les violences familiales, c'est un enfant tous les 5 jours aujourd'hui qui meurt en France, c'est intolérable ; c'est la raison pour laquelle je souhaite aujourd'hui renforcer notre politique de protection de l'enfance, nous avons écrit une stratégie pour favoriser déjà les signalements. Nous avons fait une campagne d'ailleurs sur France 2 mardi à l'occasion de la journée des droits de l'enfant. L'idée c'est que chacun peut agir, il a le numéro qu'on appelle le 119, on peut téléphoner ; le 119, c'est un numéro on signale quand on a un doute, ce qui permet de mener une enquête et aujourd'hui trop peu de Français signalent parce que quelque part, les violences éducatives, elles sont tolérées.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais est-ce qu'on va renforcer les sanctions ?

AGNES BUZYN
On va renforcer par la loi.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que les parents qui frappent aujourd'hui leurs enfants sont suffisamment sanctionnés ?

AGNES BUZYN
La semaine prochaine, passera au Parlement une loi contre les violences éducatives ordinaires.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas la fessée ?

AGNES BUZYN
Alors, certain la discréditent en appelant ça la loi contre la fessée , ce n'est pas une loi contre la fessée, c'est une loi qui dit aux parents aujourd'hui qu'il est interdit de battre ses enfants pour les élever. En réalité, des enfants doivent être protégés de ces violences familiales, elles existent et on les tolère parce qu'elles ne sont pas clairement interdites. Or, nous sommes un des derniers pays en Europe à tolérer cette violence éducative, cet enfant en est mort, c'est intolérable et nous allons donc renforcer l'arsenal législatif.

AUDREY CRESPO-MARA
Et je précise que vous vous rendez à Aulnay dans un centre pour femmes battues qui héberge aussi des enfants dont la maman est morte.

AGNES BUZYN
Sous le coup des conjoints.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Merci beaucoup !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2018

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