Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 23 novembre 2018, sur la fiscalité écologique, la mobilisation des gilets jaunes et le congrès de l'Association des maires de France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 23 novembre 2018, sur la fiscalité écologique, la mobilisation des gilets jaunes et le congrès de l'Association des maires de France.

Personnalité, fonction : FESNEAU Marc, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre chargé des relations avec le Parlement;

ti : CYRIL VIGUIER
L'invité politique ce matin en direct sur ce plateau, c'est Marc FESNEAU. Bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes le ministre chargé des Relations avec le Parlement. Pour vous interroger à mes côtés ce matin, Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat.

MARCELO WESFREID
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Bonjour Marcello et bonjour Fabrice VEYSSEYRE-REDON du groupe Ebra, vous représentez l'Est Républicain sur ce plateau ce matin, merci d'être là. Vôtre interviewe Marc FESNEAU sera retransmise sur les sites Internet de toute la presse quotidienne régionale à partir de 10 h 30 ce matin. On passe à l'actualité, Nicolas HULOT était à la télévision hier soir, la crise était-elle évitable s'il y avait eu un accompagnement digne de ce nom, comme il l'a dit, est-ce que vous retiriez quelque chose à cette phrase de l'ancien ministre de la Transition écologique ?

MARC FESNEAU
Surtout moi je crois que la crise énergétique en sens général, la crise de la biodiversité, la crise de la dépendance des territoires au pétrole elle était évitable depuis des années et personne n'a rien fait. Et donc notre responsabilité à nous, ce n'est pas de dire ce qu'on peut faire de mieux, c'est de faire mieux, c'est de faire en sorte que les réformes qu'on porte sur ce sujet-là comme sur d'autres, elles fonctionnent. Je pense qu'il y a besoin d'un accompagnement qui soit puissant de l'Etat, pour faire en sorte que ceux qui se retrouvent dans ces territoires-là en situation d'impasse puissent sortir de cette impasse. Je vais vous dire, il y a 7 ans le prix du gasoil il était 1,50 dans un territoire comme le mien, je le sais d'autant plus que j'ai réinstallé une station service, donc j'avais un oeil sur les prix du pétrole puisque c'était moi d'une certaine façon qui fixais les cours ; et je l'ai vu à 1,50, qu'est-ce qu'on a fait depuis 7 ans pour éviter que les citoyens qui vivent dans ces territoires-là soient dépendants à ce point-là des prix du baril et donc, finalement, des monarchies pétrolières. Et puis il y a une deuxième chose que je voulais dire, c'est Nicolas HULOT il a été un de ceux pour moi jeune qui a été un éveil à la conscience écologique. Et puis moi comme élu local, j'ai appris aussi une chose c'est que l'écologie – au-delà de l'éveil et de la prise de conscience des défis – il faut tous les jours se battre parce que c'est conjuguer des intérêts contraires et une inertie qui fait qu'on a tous une difficulté à faire la transition. Et donc la responsabilité, c'est de faire la transition et moi je retiens surtout ça, la nécessité de faire les transitions.

MARCELO WESFREID
Nicolas HULOT hier à la télévision dit : 15 milliards d'euros, la fiscalité écologique mise en place au gouvernement rapporte 15 milliards sur le quinquennat. Alors pourquoi ne pas prendre beaucoup plus d'argent pour aider les plus démunis, les plus modestes à justement changer de voiture ?

MARC FESNEAU
Alors je vais vous dire une chose, quand vous êtes dans un territoire rural, parce que je crois connaître ces territoires ruraux, quand vous réimplantez un médecin non pas à 30 kilomètres mais à 50 kilomètres, vous favorisez la transition. Quand vous êtes un responsable public, quand vous faites ce qu'a proposé hier le Premier ministre, des mesures de réindustrialisation des territoires, vous évitez aux gens de se déplacer. Et tout ça, c'est une politique publique et tout ça c'est de l'argent public qu'il faut. Et donc la transition écologique, ce n'est pas simplement le fléchage directe pour changer sa voiture, il faut accompagner plus puissamment, c'est ce qu'a d'ailleurs proposé le Premier ministre la semaine dernière, ceux qui sont plus en difficulté. Mais la transition, c'est une transaction d'organisation des territoires. On va avoir une loi des mobilités, la loi des mobilités il va bien lui falloir trouver du financement. Donc la fiscalité, vous voyez bien que quand on fait de la désertification médicale, alors qu'on croit qu'on est très loin de la transition écologique, on évite aux gens de se déplacer sur un territoire et qu'est-ce qu'on fait, on leur rend du pouvoir d'achat d'une certaine façon en plus de leur rendre un service. Et donc les moyens, ils ne peuvent pas être fléchés uniquement sur par exemple le changement de voiture, il faut le mettre sur l'ensemble des dispositifs qui permettent aux gens de moins se déplacer dans les territoires.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Marc FESNEAU, est-ce que vous vous entendez que les gens ne peuvent pas comprendre aujourd'hui… qu'on leur dise : parce que vous allez payer votre essence, votre gasoil plus cher il va être plus vert. Est-ce que vous pouvez comprendre que les gens aujourd'hui disent : là, on nous prend de l'argent qui ne va pas aller directement à ça ; et qu'accessoirement le gouvernement continue à tenir ce discours ?

MARC FESNEAU
Je crois… en tout cas dans les propos que je tiens là et que je tiens depuis un certain nombre de temps, d'ailleurs avant même d'être ministre, on ne peut pas dire qu'on n'exprime pas cette… comment dirais-je, parfois cette incompréhension des citoyens. Mais la responsabilité des politiques ce n'est pas de dire et de surfer ou sur les peurs ou sur les craintes ou sur les difficultés, c'est des résoudre. Et donc quand je vous dis tout à l'heure quand vous voulez aider les gens dans les territoires – et j'entends tout à fait ce que vous dites – c'est…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est ce qu'on entend.

MARC FESNEAU
Oui, oui, non mais ce que vous dites qui est le reflet, vous êtes un média si je peux dire, au sens que vous êtes le reflet de ce que peuvent dire des gens sur les territoires. Il faut leur expliquer aussi que quand on essaie de rendre du service public localement, quand on essaie de réimplanter des activités industrielles, etc., c'est du pouvoir d'achat rendu parce qu'on se déplace moins. Et c'est vrai qu'on a besoin de faire une pédagogie, non pas une pédagogie pour convaincre, une pédagogie pour expliquer ce à quoi sert l'impôt.

MARCELO WESFREID
Alors demain, samedi 24, c'est l'acte 2 de la mobilisation, disent les gilets jaunes et avec un grand rassemblement notamment à Paris sur le Champ de Mars, est-ce que vous craignez de nouvelles violences et des débordements ?

MARC FESNEAU
Oui, tout le monde les craint, parce qu'il y a… c'est minoritaire dans le mouvement mais il y a des gens dans ce mouvement qui ont eu des actes de violence inacceptables.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Alors notamment des élus de la République en Marche.

MARC FESNEAU
Oui, alors je voulais dire un mot…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Menacés, leurs permanences vandalisées…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Je vais vous dire, c'est très inquiétant quand dans une République… on va parler sans doute du Congrès des maires, moi j'ai vu des maires et des collègues quand j'étais maire qui étaient menacés par les citoyens. Et là, on a des députés qui sont menacés par des citoyens en colère, on a le droit d'être en colère mais on n'a pas le droit de donner les adresses personnelles des parlementaires pour appeler parfois à la dégradation des domiciles même d'un certain nombre de parlementaires. Ca ce n'est plus la République, ça c'est d'une certaine façon une forme de totalitarisme qui s'exerce…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est une défiance du politique peut-aussi.

MARC FESNEAU
Non mais qu'il y ait une défiance du politique, vus prêchez auprès d'un convaincu de cette défiance. Mais la défiance aux politiques, elle doit s'exprimer par la manifestation, elle doit s'exprimer par le contact que les parlementaires et que les élus locaux doivent avoir avec les citoyens pour comprendre et essayer de trouver des solutions, mais il ne peut pas s'exprimer par la violence parce que la violence, c'est l'arrêt de la démocratie. Et donc dans un Etat de droit, on ne supporte pas la violence, Christophe CASTANER à juste titre a rappelé que tous ceux qui menaceraient des élus seraient en situation d'être poursuivis. Parce qu'il y a quand même quelque chose qui est incroyable, enfin je veux dire comment vous pouvez imaginer qu'on puisse accepter que des gens viennent devant un domicile et menacer une famille, parce que les parlementaires, les ministres, les élus locaux ils ont des familles. Et ils y sont responsables de quoi finalement tous ces gens-là ? Et donc je trouve que… moi j'appelle à la sérénité, je crois que c'est très minoritaire dans le mouvement des gilets jaunes, mais parfois une minorité elle porte quelque chose qui dévoile le message initial. Et donc, je pense qu'il faut que nous soyons intraitables avec ces gens qui agissent de la sorte ; et 2) Moi j'exprime vraiment la solidarité de parlementaires qui… comment dirais-je, qui ont été très heurtés de voir circuler des appels à la violence…

MARCELO WESFREID
Des choses…

MARC FESNEAU
J'en ai eu quelques-uns et j'en contacterai d'autres aujourd'hui, parce que c'est des mouvements un peu perlés si je peux dire. Parce que je comprends vraiment qu'on soit heurté quand vous voyez sur Facebook ou sur Twitter des gens qui appellent à la destruction de votre domicile. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, il y a quelque chose quand même qui est inimaginable en République et en démocratie.

MARCELO WESFREID
Dans ce gouvernement, vous êtes plus proche de ceux qui sont des tenants on va dire d'une ligne dure comme Christophe CASTANER, le ministre de l'Intérieur ; ou de ceux qui derrière Jean-Yves LE DRIAN disent : il faut l'entende cette souffrance. Vous êtes de quel côté ?

MARC FESNEAU
Est-ce qu'on ne peut pas être dans le en même temps dans cette affaire-là, c'est-à-dire moi je serai toujours du côté de l'Etat de droit et ce n'est pas la ligne dure l'Etat de droit. L'Etat de droit, c'est ce qui fait qu'une démocratie fonctionne et, donc, on n'accepte pas les actes que je viens d'évoquer. Et en même temps… ça c'est pour ceux qui franchissent les limites de l'Etat de droit si je peux dire ; et puis en même temps il faut aussi écouter la colère, parce que ce n'est pas que ça les mouvements des gilets jaunes, ça serait caricatural et ce serait dévoyer leur mouvement, il y a des gens qui sont légitimement inquiets, parfois même en colère, parfois désespérés et à qui il faut répondre. Donc rappeler l'Etat de droit parce qu'il ne peut pas y avoir d'action publique et d'action démocratique s'il n'y a pas d'Etat de droit de respecté, premier élément. Et deuxième élément essayer de résoudre le problème, c'est le sens des mesures qui ont été proposées et présentée par le Premier ministre la semaine dernière, et le sens de ce qu'on déploiera et ce que le président de la République annoncera la semaine prochaine, au travers de la programmation pluriannuelle de l'énergie et les lois mobilité.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, d'ailleurs il y a des annonces qui sont prévues, on parle de discussions territorialisées, ça veut dire quoi ?

MARC FESNEAU
Il y a 2 choses, il y a 1) cette affaire de transition écologique, c'est la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie, ce n'est pas une loi, c'est une programmation puisque c'est une affaire qui dépend du gouvernement essentiellement ; et 2) c'est la loi mobilité. La semaine prochaine seront présentées, sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, les grandes orientations de la transition énergétique. Et donc à ce moment là aussi, c'est l'occasion de compléter le dispositif qui a été prévu par le gouvernement. Deuxièmement…

MARCELO WESFREID
Avec des mesures fiscales sur le carburant ?

MARC FESNEAU
Non mais c'est un tout cette affaire-là, il n'y a pas que les mesures fiscales…

MARCELO WESFREID
Il y en aura mardi !

MARC FESNEAU
Je n'ai pas dit qu'il y aurait des mesures fiscales, je vous dis qu'il y aura un paquet de mesures de mesures… enfin ce n'est pas de mesures, de transitions qui seront prévues ; et puis 2) il y a la loi d'orientation des mobilités. L'idée du gouvernement, on verra comment ça se déploie sur le territoire, c'est que nous puissions engager aussi un dialogue avec les territoires, parce que vous voyez bien que les sujets de mobilité et de transition énergétique, ils ne sont pas les mêmes dans la Creuse qu'ils ne le sont dans le Nord ou qu'ils ne sont en Seine-Saint-Denis. Et donc il y a besoin aussi que l'ensemble de nos politiques… j'ai parlé de la démographie médicale, ça c'est dans le plan santé, mais l'ensemble de nos politiques, il faut les regarder avec le regard de cette transition qu'il faut qu'on mène, cette transition écologique. Et donc l'ensemble des mesures font un tout…

MARCELO WESFREID
Ça ressemblerait à quoi, c'est des Grenelle délocalisés…

MARC FESNEAU
On va regarder, le président de la République et le Premier ministre donneront les éléments la semaine prochaine. Mais en tout cas, c'est quelque chose qui relève d'un dialogue territorial. Je pense qu'on a besoin de dialoguer avec les citoyens, avec les syndicats, avec les corps constitués, mais on a besoin aussi de discuter avec les collectivités locales.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur la méthode, on a l'impression que ce n'est pas tout à fait arrêté, je me trompe ?

MARC FESNEAU
C'est en train de se caler, mais enfin ce n'est pas la question que ce ne soit pas tout à fait arrêté. L'idée est de travailler territorialement, on ne va pas asséner une méthode, je pense qu'aussi il faut le faire à la main des territoires et avec les collectivités locales.

CYRIL VIGUIER
C'est Marc FESNEAU, le ministre chargé des Relations avec le Parlement auprès du Premier ministre, qui est notre invité ce matin. Vous vous êtes rendu au Congrès des maires bien sûr qui a terminé hier soir. Alors la grogne des maires, tout le monde en a parlé cette semaine, est-ce que le discours d'Edouard PHILIPPE, le Premier ministre qui était devant eux hier après-midi, a été suffisant pour calmer cette grogne Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
Non mais croire qu'on va résoudre le problème des maires et des collectivités locales, qui est la sédimentation de plusieurs années de difficultés, d'incompréhensions et de réformes, pour certaines d'ailleurs… la plupart des élus l'avaient plutôt soutenues, mais on en voit maintenant les conséquences, croire que ça suffirait non. Mais je crois que le Premier ministre a pu rappeler ce qu'était la cohérence de la politique gouvernementale. J'ai entendu François BAROIN, par une forme de miracle des congrès, trouvait que le dialogue avait été renoué et que désormais, tout irait sans doute mieux. J'en accepte l'augure et je trouve que c'est plutôt bien. Au moins si le Congrès a permis de se dire qu'après on se parlerait, on n'a pas perdu notre temps, ni les uns ni les autres, ni le président de l'Association des maires ni le gouvernement. Mais je pense qu'il y a un travail très long et puis le président de la République, dans un exercice que je trouve très inédit de dialogue, on avait dit « le président de la République ne veut pas dialoguer avec les maires », rester 2 h 00… enfin non, parler et échanger avec des…

CYRIL VIGUIER
Là, vous parlez de l'Elysée.

(…) Brouhaha

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas la question de la forme qui est favorable, c'est quand vous vous retrouvez dans un Congrès des maires, vous faites un discours, vous rentrez et puis vous ressortez. Je n'ai pas dit que c'était un exercice facile et d'ailleurs, le Premier ministre l'a fait avec… comment dirais-je, la constance qui est la sienne de tenir les engagements du gouvernement devant les élus et de dire : voilà ce qu'on va faire parce que ce n'est pas toujours…

MARCELO WESFREID
Sans rien annoncer de nouveau, les gens sont sortis en disant « la forme est bien, mais rien de concret notamment sur la fiscalité des collectivités, tout est remis à avril 2019.

MARC FESNEAU
Non mais on ne va pas… il n'y a rien de concret, non mais… on a dit il y a 1 ou il y a 6 mois que nous aurions un collectif budgétaire si je peux dire en avril 2019. On ne va pas devant le Congrès des maires, sauf à ne pas les prendre au sérieux les maires, en disant : finalement, on a décidé pour vous faire plaisir que c'est dans 2 mois. Enfin je veux dire, on travaille sérieusement quand on est au gouvernement, mais je pense que si on veut que les maires soient considérés comme des gens sérieux, on leur parle sérieusement et on ne leur vend pas des choses qu'on n'est pas capable de leur vendre. Donc oui, c'est au mois d'avril que les grandes orientations fiscales seront programmées et c'est normal puisque c'est ce qu'on avait… c'est l'engagement qu'on avait devant les maires. Mais je voudrais juste finir en disant : le président de la République comme le Premier ministre, sous des formes différentes, ils ont dialogué avec les maires et moi je pense que ce dialogue on en a besoin, parce que la grande crise qu'on a avec les collectivités locales, ce n'est pas la crise du gouvernement, c'est la crise de confiance entre l'Etat et les collectivités qui infuse, si vous permettez cette expression, depuis des années. Et c'est à ça qu'il faut qu'on réponde. J'ai été interrogé hier au Sénat par une sénatrice qui me décrivait la situation apocalyptique des collectivités locales, ce à quoi je lui ai répondu que c'était son bilan. Parce qu'on a beau dire les choses, la vérité c'est ça. Alors nous, notre responsabilité c'est de résoudre les problèmes.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
On a quand même un climat là, on a entendu la semaine dernière Jean-Yves LE DRIAN, poids lourds du gouvernement s'il en est, c'était plus côté gilets jaunes ; François BAYROU dont vous êtes un proche qui lui aussi… disant au président de la République « attention, il faut écouter, il faut entendre ». Maintenant vous, vous avez fait le choix d'être dans le gouvernement, vous n'êtes pas un peu écartelé entre tous ces…

MARC FESNEAU
Non parce que je crois… alors peut-être que je ne donne pas cette image-là, mais je crois que j'écoute et j'essaie de faire en sorte d'écouter ce que disent nos concitoyens. C'est à la fois défendre les mesures gouvernementales, on a choisi un cap, il y a un certain nombre de choses qui sont portées par cette majorité depuis l'origine puisque ça a été le contrat de mandature si je peux dire. Et dans le même mouvement si je peux dire, on a besoin d'écouter les gens et de percevoir ce qu'est la réalité d'impasse dans laquelle ils peuvent se trouver, parce que les taxes, parce que le prix du carburant, parce qu'ils ont un emploi qu'il trop loin de chez eux et donc ça, il faut écouter absolument. Et moi évidemment, par construction intellectuelle et politique, je partage ce que dit François BAYROU, mais au-delà de ça… et Jean-Yves LE DRIAN, mais vous remarquerez que ceux qui s'expriment de cette façon-là ont aussi une approche territoriale, parce qu'ils ont la connaissance de ce qui se passe dans les territoires. Je pense que la plupart des collègues sont dans la même situation et, donc, c'est ça qu'il faut faire remonter, nous au gouvernement et la majorité aussi pour dire : attention là on a une difficulté, il faut peut-être faire évoluer les dispositifs…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Est-ce que ça veut dire que le président de la République selon vous n'avait pas pris toute cette mesure territoriale, il a moins besoin de ces gens-là ?

MARC FESNEAU
Ecoutez ! Moi depuis je suis ministre et que je siège au Conseil des ministres, je connaissais le président de la République avant, mais je trouve que le président de la République – comme l'ensemble du gouvernement – est assez lucide sur les enjeux et les situations ; et sur la difficulté dans laquelle les gens peuvent se trouver face à des transitions comme celle-là.

MARCELO WESFREID
Dans ce contexte-là, est-ce que ça a encore un sens de programmer la réforme de la révision constitutionnelle en janvier, alors que les gens sont en train de bloquer le pays sur des questions de pouvoir d'achat, est-ce que c'est le moment, est-ce que c'est l'urgence de parler de la réforme du Conseil économique et social et environnemental etc. ?

MARC FESNEAU
Il n'y a pas que ça dans la… alors il y a ça, vous avez raison, dans la révision constitutionnelle. Dans la révision constitutionnelle, il y a aussi quelque chose qui me paraît… il y a des tas de choses de comment on fait mieux la loi et comment on la rend plus compréhensive par les citoyens. Et on a besoin de rénover notre démocratie parce que je pense que la crise… les crises qu'on a de confiance entre les citoyens les élus, elle procède aussi d'une incompréhension.

MARCELO WESFREID
C'est le fond ça, mais sur le calendrier, est-ce que vous maintenez que la priorité c'est de remplacer ce texte en janvier ?

MARC FESNEAU
En politique ce n'est pas mal le fond moi je trouve, de temps en temps, c'est-à-dire qu'on nous reproche trop à nous politiques d'être un peu sur la forme, ce n'est pas mal de faire fond…

MARCELO WESFREID
Donc le calendrier ne bougera pas ?

MARC FESNEAU
Attendez, je finis. Dans la révision constitutionnelle, il y a aussi la différenciation territoriale, on vient de parler des territoires, la capacité d'adapter les choses. Et donc moi, je pense que le calendrier il est posé, on l'avait reporté d'ailleurs en septembre pour qu'on puisse faire Pacte, c'est 10 jours de débats. Il y aura d'autres textes, la programmation santé et la loi d'orientation des mobilités, on en a parlé tout à l'heure, l'énergie, etc. Donc ça n'entrave pas le travail sur les autres textes, même si je reconnais volontiers que ça ne va pas passionner forcément les foules, mais c'est un intérêt concret pour les citoyens au final.

CYRIL VIGUIER
Marc FESNEAU, ministre des Relations avec le Parlement qui est notre invité. Donnez-nous des petites précisions pour terminer, sur cette station-service dont vous avez parlé en début d'émission, que vous avez installée vous-même en tant qu'élu ?

MARC FESNEAU
Il s'est trouvé, comme tous les territoires ruraux, que j'étais maire et le président de PCI j'avais un petit supermarché qui a fermé, donc j'ai récupéré la station, rouvert la station et donc la collectivité c'est mue en opérateur, c'est-à-dire qu'on achète du carburant et on le vend. Et on a réimplanté une épicerie, une boucherie dans cette commune de 700 habitants. Comme quoi, ça c'était la meilleure façon peut-être de répondre à la désespérance d'un territoire, parce que quand vous vous retrouvez dans un village où il n'y a plus rien, plus de station, plus de commerce, je comprends après qu'on ait envie de prendre des gilets jaunes et d'aller sur les ronds-points.

CYRIL VIGUIER
Donc vous voyez des élus comme ça, vous voyez les élus faire ça, dans ce rôle-là ?

MARC FESNEAU
Ce n'est pas ce que je vois, c'est ce que j'ai fait, je pense que parfois la puissance publique doit se substituer quand il y a carence de l'initiative privée. Je pense qu'on a rendu service… pas moi, avec les collègues, à ce moment-là on a rendu service aux territoires.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Prochain rendez-vous électoral, les européennes, je pose la question à Marc FESNEAU, l'Européen, on parle d'Alain JUPPE comme tête de liste ?

MARC FESNEAU
Ecoutez ! Je ne suis pas dans le secret…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Un peu quand même, un peu quand même.

MARC FESNEAU
On verra, en tout cas on a besoin de rassembler tous ceux qui pensent l'Europe de la même façon, parce qu'il faut à la fois la défendre lucidement…

CYRIL VIGUIER
Donc une ouverture ?

MARC FESNEAU
Comment ?

CYRIL VIGUIER
Donc une ouverture sur…

MARC FESNEAU
Oui, mais on l'a toujours dit, moi je pense… non mais au-delà des personnes, on a besoin de rassembler tous ceux qui portent le même message sur l'Europe. Et c'est une bonne nouvelle si tous ceux-là peuvent se rassembler.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup. Marc FESNEAU, vous êtes ministre chargé des Relations avec le Parlement auprès du Premier ministre, d'avoir été notre invité.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2018

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