Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 23 novembre 2018, sur la taxation des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 23 novembre 2018, sur la taxation des carburants.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire

ti :


JEROME CADET
Bonjour à tous, merci d'être avec nous ce matin sur France Info, notre invitée jusqu'à 9h00, Brune POIRSON, bonjour.

BRUNE POIRSON
Bonjour.

JEROME CADET
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Jérôme.

JEROME CADET
Nicolas HULOT a fait son retour, non pas politique, mais médiatique hier soir, c'était sur France 2.

RENAUD DELY
Et oui, bonjour Brune POIRSON. Votre ancien patron, donc Nicolas HULOT, aux côtés duquel vous avez travaillé durant 15 mois, a fait son grand retour médiatique hier soir sur France 2 lors de 'l'Emission politique." Alors, il a défendu, Nicolas HULOT, la taxe carbone, son principe, mais il a expliqué que le gouvernement a fait les choses à l'envers.

NICOLAS HULOT
Je l'assume à partir du moment où la met en oeuvre avec une dimension et un accompagnement social dignes de ce nom, voilà.

THOMAS SOTTO
C'est ce qui manque aujourd'hui ?

NICOLAS HULOT
C'est ce qui a manqué, il faut le dire.

RENAUD DELY
Pourquoi est-ce que vous n'avez pas écouté Nicolas HULOT ?

BRUNE POIRSON
Moi je vais tout simplement vous renvoyer au Plan climat, qui a été lancé par Nicolas HULOT, en juillet 2017, dans ce Plan climat il y avait deux choses. Il y avait, un, l'ambition, l'ambition avec une taxe carbone qui donne vraiment un signal pris, parce qu'on veut vraiment changer les comportements, parce qu'il y a urgence, on partage ce constat-là avec Nicolas HULOT. Et deux, il y avait un paquet solidarité climatique, qui faisait partie intégrante, c'était les deux jambes de ce Plan climat. Et la prime à la conversion, on ne l'a pas inventée du jour au lendemain, par exemple, on ne l'a pas inventée - qui faisait partie de ce paquet de solidarité climatique - on ne l'a pas inventée du jour au lendemain il y a 3 semaines.

RENAUD DELY
Nicolas HULOT a expliqué hier soir, Brune POIRSON, que cette crise elle aurait été évitable si l'accompagnement social de la hausse des taxes des carburants avait été mis en oeuvre en faveur des plus défavorisés.

BRUNE POIRSON
Alors, déjà, on a mis en place un accompagnement, un accompagnement qu'il a décidé lui-même, c'était le Plan solidarité climatique, comme je viens d'en parler, il y avait différentes mesures, comme la prime à la conversion, comme le chèque énergie, comme toute une série de mesures, on est en train de le mettre en oeuvre. Bien sûr, il y a certaines politiques publiques, certaines mesures, comme par exemple la prime à la conversion, qui ont eu particulièrement de succès, plus que ce qu'on pensait, et donc on l'allonge.

RENAUD DELY
Ça veut dire qu'il n'assume pas, Nicolas HULOT, à vos yeux ?

BRUNE POIRSON
Pas du tout, mais je pense que, regardez, par exemple, et on partage… c'est une question de constat. Hier Nicolas HULOT il a aussi fait beaucoup de constats pendant "l'Emission politique", ce sont des constats qu'on partage totalement avec Nicolas HULOT, c'est une des raisons pour lesquelles il est au gouvernement, après on voit aussi, et vous avez regardé "l'Emission politique", peut-être comme moi, quand il est face, par exemple, à un gilet jaune, ou à une jeune agricultrice, là on voit aussi qu'on est et qu'on rentre dans un certain dialogue de sourds, et que les solutions, eh bien elles ne se sont pas dessinées automatiquement. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'on est, et on arrive, nous sommes dans un point d'Histoire. Ça je crois que c'est important, c'est important de le souligner, on arrive à un point, quelque part on arrive on arrive à un point de rupture.

RENAUD DELY
Mais, Nicolas HULOT il a expliqué…

BRUNE POIRSON
Non mais attendez, je voudrais quand même continuer là-dessus. Je crois qu'on arrive simplement, et je n'éviterai pas vos questions, mais je voudrais simplement dire, et on le voit bien dans le dialogue qu'il y a eu hier par exemple entre Nicolas HULOT et le gilet jaune, il n'y a pas de solutions qui se sont dessinées. Pourquoi ? Parce qu'on arrive à ce point d'Histoire là, de la transition écologique. Il faut qu'on bascule dans un autre type de société, et les siècles…

RENAUD DELY
Très précisément, Nicolas HULOT, il a mis en cause la politique fiscale du gouvernement, il a dénoncé ce qu'il a appelé d'ailleurs un matraquage fiscal et des choix qui à ses yeux n'étaient pas les bons, c'est le cas. Je vous propose, on l'écoute, il a expliqué qu'il y avait des taxes sur les carburants, certes, mais qu'il y avait d'autres taxes qui elles n'existaient pas. On l'écoute.

NICOLAS HULOT
Les gens savent que, les avions, le kérosène des avions n'est pas taxé, ils savent que le fuel lourd des cargos ou des porte-containers n'est pas taxé, ils savent également, en matière de fiscalité, que les grandes entreprises, par le système d'optimisation fiscale, pardon pour changer d'échelle, mais c'est important, si on n'a pas cette réflexion-là…

THOMAS SOTTO
Vous parlez comme un gilet jaune.

NICOLAS HULOT
Mais, mais, il n'y a pas besoin d'être un gilet jaune ou être à l'extrême gauche de l'échiquier politique pour s'en indigner, s'en offusquer, et la fiscalité n'est pas équitable, voilà.

RENAUD DELY
C'est un réquisitoire terrible pour le gouvernement.

BRUNE POIRSON
Mais, il a totalement raison. Vous trouvez ça normal, moi je trouve ça totalement anormal qu'il y ait des avions dans le monde, qui continuent à voler, sans aussi prendre leur part, leur part, pleine et entière de la transition écologique et solidaire. Je ne trouve pas ça non plus du tout normal sur les navires, mais je vais vous dire une chose…

RENAUD DELY
Vous prônez des taxes sur le kérosène ?

BRUNE POIRSON
Mais bien sûr, je pense que chaque secteur économique doit prendre sa part de l'effort, et à commencer par le transport aérien, et à commencer par le domaine maritime, bien sûr. Et vous savez par exemple…

JEROME CADET
Et donc il y a des mesures à prendre, au gouvernement, pour taxer le kérosène sur les vols intérieurs par exemple ?

BRUNE POIRSON
Les vols intérieurs ça représente, et je ne cherche pas d'excuses là, les vols intérieurs ça représente 4 %, 4 % du trafic aérien, ce sont des mesures que nous devons…

JEROME CADET
Donc là vous dites non en fait ?

BRUNE POIRSON
Attendez, je suis en train de vous répondre, ce sont des mesures que nous devons prendre au niveau européen, et la France se bat là-dessus, au niveau européen, et on va continuer à se battre, et on doit le faire…

JEROME CADET
On ne peut pas prendre ces mesures-là au niveau national ?

BRUNE POIRSON
On ne peut pas prendre ces mesures-là au niveau national…

JEROME CADET
Même pour ce qui est du trafic intérieur ?

BRUNE POIRSON
Elles ne font pas sens au niveau national. Quand vous regardez par exemple…

JEROME CADET
Elles ne font pas sens ou c'est interdit, ce n'est pas possible ?

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas possible…

JEROME CADET
Ce n'est pas possible, réglementairement ?

BRUNE POIRSON
D'abord, elles ne feraient pas sens au niveau national, regardez, par exemple, souvent un vol qui fait Paris…

JEROME CADET
Elles ne font pas sens, ou vous ne pouvez pas prendre cette mesure, Brune POIRSON, ce n'est pas la même chose ?

BRUNE POIRSON
Souvent, souvent, vous avez un vol qui fait par exemple Paris-Marseille, il va ensuite à Londres, et ailleurs, il faut que ce soit une réponse qui soit coordonnée, qui soit au niveau européen. Et pour la question des navires…

JEROME CADET
Donc ça n'a pas de sens de taxer uniquement des vols intérieurs ?

RENAUD DELY
Certains pays l'ont fait Brune POIRSON, ils ont taxé leurs vols intérieurs, les Etats-Unis, le Brésil, il y a des taxes qui existent…

BRUNE POIRSON
Ce sont des pays qui sont gigantesques, les Etats-Unis il faut plusieurs heures pour traverser ce pays-là, mais je ne suis pas en train de vous dire qu'on ne prend pas nos responsabilités, ce que je vous dis c'est que, bien sûr que c'est indispensable, et qu'il faut le faire, et par exemple aussi, parlons-en, les navires…

JEROME CADET
Vous nous dites il faut le faire, mais ça n'a pas de sens, c'est un peu contradictoire.

BRUNE POIRSON
Mais, je ne vous dis pas que ça n'a pas de sens, je vous dis soyons efficaces, réellement, faisons-le à l'échelle, à une échelle qui compte, à l'échelle européenne, c'est indispensable d'arriver à ce genre de mesure-là, il faut que le secteur aérien…

JEROME CADET
Mais ça vous savez très bien que ça ne sera pas mis en place demain, après-demain, au niveau européen, Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Mais on ne met pas en place des mesures comme ça du jour au lendemain, ça non, ça non, mais il n'empêche, il faut se battre, il faut le faire. Je vous parle aussi des navires, parce que les navires on n'en parle pas suffisamment, mais les grands bateaux là aussi, ils polluent, mais énormément, énormément, le transport de marchandises.

JEROME CADET
Et on ne peut rien faire ?

BRUNE POIRSON
Mais bien sûr que si, la grosse difficulté c'est que c'est tous les pays du monde qui sont rassemblés et qui négocient dans le cadre de l'organisation mondiale, de l'organisation maritime internationale, et on est, et la France se bat…

RENAUD DELY
Est-ce que vous espérez convaincre votre collègue Elisabeth BORNE, qui était présente ici lundi à votre place, qui était notre invitée, elle écartait l'hypothèse d'une taxation du kérosène, redoutant que ça remette en cause la compétitivité notamment des compagnies françaises. Est-ce que vous espérez convaincre votre collègue Elisabeth BORNE ?

BRUNE POIRSON
Mais, Elisabeth BORNE elle est totalement d'accord avec moi, et je pense qu'on est d'accord. Il ne faut pas que ce soit une mesure qui touche uniquement… dans le transport aérien, qui est un secteur fondamentalement international par définition, il ne faut pas que ce soit une mesure qui ne touche que les compagnies aériennes françaises, sinon, qu'est-ce que vous faites, vous plombez la compétitivité des entreprises françaises, ça a des conséquences en termes d'emplois derrière, ça des vraies conséquences, donc c'est pour ça qu'il faut se battre au niveau européen. Et c'est ce que je vous dis aussi sur les navires, il faut absolument se battre, c'est ce que la France fait par exemple. On est très moteur au sein de l'Organisation maritime internationale, mais moi je suis vraiment déçue des résultats qu'on a réussi à obtenir, mais ce n'est pas la faute de la France. On a réussi à obtenir, déjà, que l'Organisation maritime internationale s'engage en faveur de l'accord de Paris, rien que ça, ça a été un combat, mais c'est la difficulté, une partie de la transition écologique, une partie des réponses, elles sont internationales, c'est-à-dire que sur tout vous devez obtenir des consensus, avec des pays comme l'Inde, avec des pays comme la Chine, qui n'ont pas les mêmes priorités que la France.

JEROME CADET
On va continuer à en parler, Brune POIRSON vous êtes avec nous ce matin jusqu'à 9h00.

(…)

JEROME CADET
Renaud DELY, c'est une information France Info, le gouvernement travaillait sur une taxe poids lourd, elle sera reportée.

RENAUD DELY
Le gouvernement a effectivement décidé, comme France Info l'a révélé ce matin, de reporter cette taxation des poids lourds, qui visait à financer les travaux, l'entretien des infrastructures routières, elle aurait pu rapporter jusqu'à 500 millions d'euros par an, et ici même, à votre place, votre ministre de tutelle, François de RUGY, il y a quelques semaines, en faisait l'éloge de cette taxe.

FRANÇOIS DE RUGY
La voiture elle ne roule pas dans les champs, elle ne roule pas dans les airs, elle roule sur des routes, des routes qu'il faut entretenir, des routes qu'il faut parfois construire, qu'il faut parfois réaménager, ça coûte de l'argent. Il faut financer ces infrastructures de transport, ces investissements. Moi j'ai fait cette proposition de vignette, comme ça existe en Suisse, par exemple.

RENAUD DELY
Pourquoi cette taxe poids lourd est-elle reportée Brune POIRSON ?

BRUNE POIRSON
Alors, déjà c'est une information France Info dont on a parlé publiquement en septembre, en détail. Cette vignette, là, il n'a jamais été question de la mettre en place l'an prochain, jamais. En revanche, ce qu'on a dit, c'est qu'on allait redéployer, nous allons redéployer des crédits, on l'a dit en septembre, on redéploie des crédits à hauteur de 300 millions pour l'entretien des infrastructures, pour les routes.

RENAUD DELY
Brune POIRSON, juste pour préciser, l'extrait de l'intervention de François de RUGY que nous venons de diffuser il date du mois d'octobre.

BRUNE POIRSON
Mais, c'était quelque chose dont nous avons parlé dès le mois de septembre.

JEROME CADET
Donc vous l'avez reportée en septembre, et ré-annoncée en octobre.

BRUNE POIRSON
Là il n'annonce rien du tout, il n'annonce rien du tout François de RUGY.

RENAUD DELY
Il défend, il défend la création de cette vignette sur le modèle suisse, c'est ce qu'il vient de dire…

BRUNE POIRSON
Oui, mais il faut voir exactement quand est-ce qu'on va la créer, on n'a jamais dit qu'on allait la créer l'an prochain, en revanche, ce qu'on a dit…

JEROME CADET
Et donc quand est-ce qu'elle sera mise en place ?

BRUNE POIRSON
Alors là je ne peux pas vous le dire tout de suite quand est-ce qu'elle sera mise en place, mais elles font partie des solutions qui sont étudiées. Mais, ce qu'on a dit, en revanche, c'est que, bien sûr, il faut continuer à trouver des solutions pour maintenir les routes. On a redéployé 300 millions d'euros pour l'entretien de ces routes, et ça c'est ces crédits-là, et ensuite on verra, on y réfléchit.

RENAUD DELY
Donc vous êtes toujours favorable à une taxation des poids lourds, français comme étrangers, qui traversent le pays ?

BRUNE POIRSON
Il y a une palette de solutions auxquelles il faut réfléchir, il n'y a pas que les poids lourds, je vous l'ai dit, on a parlé aussi par exemple du kérosène sur les avions, sur autre chose, c'est une palette de solutions. Vous savez, si c'était si simple, si le gouvernement avait toutes les clés en main, pour réaliser cette transition écologique, eh bien je crois qu'on l'aurait déjà faite, et on serait déjà…

RENAUD DELY
Et les Gilets jaunes ne seraient pas mobilisés.

BRUNE POIRSON
Et on serait déjà de plein pied dedans.

JEROME CADET
Il ne fallait pas se fâcher avec la fédération des transports routiers, avec cette mesure, Brune POIRSON, c'est l'idée de ce report ?

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas l'idée de ce report, non, ce n'est pas l'idée de ce report du tout, ce n'est pas le cas. Je vous l'ai dit, on a redéployé 300 millions d'euros, et c'est l'objectif. De toute façon, actuellement, c'est aussi sur quoi on travaille, c'est sur la mobilité du quotidien. Pendant des années, les gouvernements, on a mis la priorité sur des grands projets d'infrastructures, sur des TGV, sur des autoroutes, qui font très beau, vous avez des élus qui arrivent, qui inaugurent, c'est très agréable, on serre des louches, mais enfin maintenant il faut qu'on rentre dans le détail de la vie quotidienne des Français, et c'est la loi que va porter Elisabeth BORNE.

RENAUD DELY
Qu'elle présentera la semaine prochaine.

BRUNE POIRSON
Qui va être présentée en Conseil des ministres la semaine prochaine, absolument.

RENAUD DELY
Il y a une autre piste qui, en tout cas, des propositions qui émanent plutôt de la gauche de l'échiquier politique pour financer, contribuer à financer la transition écologique, il s'agirait de taxer les géants pétroliers comme TOTAL, c'est une proposition que défendait ici-même à votre place hier l'ancien candidat à la présidentielle, Benoît HAMON.

BENOIT HAMON
TOTAL, aujourd'hui, bénéficie de crédits d'impôt, financés par quoi ? Par les taxes sur le carburant. Ce n'est pas gros ça ? C'est-à-dire que eux c'est… ils gagnent à chaque fois.

RENAUD DELY
Taxer TOTAL, Brune POIRSON, c'est une piste qu'il ne faut pas écarter ?

BRUNE POIRSON
Alors déjà TOTAL paye déjà des taxes, premièrement, ensuite TOTAL contribue, en partie - attention, je ne défends pas le business model de TOTAL qui est fondé sur les énergies fossiles, qui sont une énergie du passé, dont nous voulons résolument sortir - mais une partie des employés de TOTAL, une partie de TOTAL, la stratégie, travaillent aussi à trouver des solutions à la transition énergétique, paradoxalement, avec, par exemple, un engagement fort en faveur des batteries et du stockage de l'énergie. Mais de toute façon…

RENAUD DELY
Donc il ne faut pas taxer davantage TOTAL, pour être concret ?

BRUNE POIRSON
Vous savez ce qu'il faut faire, ça c'est certain, ce qu'il faut faire c'est faire en sorte, aussi, que les banques, que les grandes institutions financières, elles prennent leur part de responsabilité, elles aussi, parce que, tout ce dont on parle là, c'est des centaines de milliers, c'est des centaines de milliers, de milliards de dollars, c'est ça, la transition écologique…

RENAUD DELY
Mais précisément…

BRUNE POIRSON
Je suis en train de vous répondre. Par exemple, la transition écologique dans le monde ça demande 32.000 milliards de dollars, c'est ça que ça nécessite, et cet argent-là il existe, on ne va pas le prendre entièrement aux contribuables. Il faut que les banques, que les investissements privés, que tous ces investissements-là, qui sont dans des projets qui sont scandaleux pour la planète, qui sont criminels, ils sont, par exemple, dans des centrales à charbon, ils sont dans des mines, il faut que cet argent-là il soit pris…

JEROME CADET
Mais concrètement ça se traduit comment pour nos auditeurs et téléspectateurs ce matin, Brune POIRSON ?

BRUNE POIRSON
Il faut que cet argent-là il soit redirigé, de façon massive, vers des projets qui soient bons pour la planète, c'est ça l'objectif, et c'est exactement là-dessus que nous sommes en train de travailler. Ça, bien sûr…

JEROME CADET
Comment ?

BRUNE POIRSON
Comment ? Eh bien par exemple, à New York, là, c'est sûr que c'est peu visible en France, à New York, là, le président de la République a fait un discours très fort pour dire il faut transformer, radicalement, la finance mondiale, il faut…

JEROME CADET
Mais c'est un discours, Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas un discours, ce n'est pas un discours…

JEROME CADET
C'est un discours.

BRUNE POIRSON
Mais regardez les engagements, déjà, qui ont été pris, qui vont continuer à être pris, regardez ce dont on va travailler dans le cadre du G7, ce que je vous dis c'est qu'il n'y a pas de baguette magique pour la transition écologique. Mais je le vois, je le vois, voyez, on est tous… disons-nous aussi les choses, on est tous un petit peu désemparé par rapport à l'ampleur de la difficulté.

RENAUD DELY
Même quand on est ministre ?

BRUNE POIRSON
Mais bien sûr, mais bien sûr, vous avez vu la complexité des problèmes qu'on a à régler ? Vous pensez que l'Humanité elle a déjà été confrontée à ça ? Jamais, jamais. Et donc c'est facile de tout remettre sur le dos du gouvernement, comme si on avait toutes les solutions dans nos mains. On a une partie des solutions, on a une partie importante des leviers, je ne nie pas notre responsabilité, mais c'est une responsabilité qui est aussi collective, et c'est pour ça aussi, par exemple, pour revenir aux Gilets jaunes, c'est pour ça, aussi, qu'on veut mener des concertations sur le territoire et, au-delà des concertations, travailler ensemble avec, des syndicats, des entreprises, des représentants des citoyens, des hommes politiques, ensemble, pour trouver, pour dessiner et continuer d'avancer sur des solutions qui soient sur-mesure, le gouvernement seul ne pourra pas trouver ces solutions-là. Et Nicolas HULOT hier, moi j'ai bien vu au début de l'émission, vous avez été, vous avez essayé, parce que vous aviez préparé l'émission dans ce sens là, vous avez essayé de nous dresser les uns contre les autres, Nicolas HULOT contre le gouvernement…

JEROME CADET
Il l'a fait tout seul, Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Laissez-moi finir. Moi j'ai échangé avec Nicolas HULOT, j'ai échangé avec lui avant l'émission, Nicolas HULOT il fait ce qu'il a toujours fait, il nous pousse et il pousse la France. Il a poussé les Français, c'est lui qui en grande partie a éveillé les consciences, et aujourd'hui il se place, avec de la hauteur, avec de la distance, et il a invit chacun, il a invité chacun à trouver des solutions et à travailler ensemble…

RENAUD DELY
Vous regrettez qu'il n'ait pas fait cette émission précisément quand il était ministre ?

BRUNE POIRSON
Je ne vais pas commenter le passé, sincèrement, il y a tellement de choses à faire à l'avenir…

RENAUD DELY
Pour faire ce travail pédagogique…

BRUNE POIRSON
On ne fait jamais assez de pédagogie, jamais, jamais assez.

JEROME CADET
On va parler de l'avenir justement, d'autres questions pour vous Brune POIRSON d'ici 1 minute, juste après l'info.

(…)

JEROME CADET
Renaud DELY, les Gilets jaunes vont manifester demain à Paris, un mouvement qui est de plus en plus populaire.

RENAUD DELY
Et oui, selon notre sondage Odoxa-Dentsu consulting que nous révélions ce matin sur France Info, eh bien ce mouvement, 77 % des personnes interrogées le trouvent justifié, une très forte majorité aussi demande aux Gilets jaunes de continuer. Pourquoi un divorce d'une telle ampleur entre ce mouvement et le gouvernement, Brune POIRSON ?

BRUNE POIRSON
Déjà, moi je ne sais pas ce que c'est qu'un gilet jaune, il y a autant de diversité d'idées que ce qu'il y a de gilets.

RENAUD DELY
Ce qui les fédère c'est leur mécontentement à l'endroit de la politique du gouvernement.

BRUNE POIRSON
Il y a des manifestants - ce n'est pas que notre gouvernement… quelque part, je vais vous dire une chose, si c'était que nous, depuis 1,5 an, ça serait pas mal. Ce qu'il y a, là, c'est qu'une grande partie de la colère, et quand je vous dis qu'il y a de la diversité, je voudrais juste revenir un instant là-dessus, c'est qu'il y a des gens qui ont colère qui est légitime, qui est le résultat d'années et d'années d'impatience, de sentiment d'être incompris, de sentiment qu'on leur a lancé des solutions faciles, qu'on n'est pas allé au bout des réformes, j'y reviendrai.

RENAUD DELY
C'est une colère juste à vos yeux ?

BRUNE POIRSON
Bien sûr, bien sûr, elle est très juste, et il y a aussi des individus qui en profitent pour mener des actions homophobes, pour se laisser aller à du racisme, à de la violence, ça ce n'est pas tolérable. On vit dans une démocratie, dans un Etat de droit, la liberté de chacun elle s'arrête là où commence celle d'autrui. Je crois que c'est important de le répéter, parce que si on ne garde pas ça en mémoire, on est face à des drames, pardonnez-moi, mais il y a eu deux morts déjà, il y a eu 500 blessés, il y a eu des vies brisées à vie. Cette mère de famille, par exemple, qui emmenait sa fille un samedi chez le médecin, et qui a tué par accident une femme, ça, ça fait partie des réalités, ça fait partie des risques.

RENAUD DELY
Vous redoutez des violences pour la journée de demain ?

BRUNE POIRSON
On a vu qu'il y avait déjà eu des violences, bien sûr qu'il faut les redouter, bien sûr qu'il faut faire attention, le ministre de l'Intérieur avait déjà mis en garde avant, et continue de le faire. Après, sur la question de certains Gilets jaunes qui ont une colère, je l'ai dit, qui peut être juste et qui peut être compréhensive, qui peut être légitime, elle est le résultat de plusieurs choses. Elle est le résultat d'un sentiment qu'ils n'ont pas toujours la place qu'ils voudraient dans la société, un sentiment, parfois une peur du déclassement, je ne veux pas parler au nom de tout le monde, je vous ai dit, ils sont très divers, et nous ce qu'on essaye de faire, et ce qu'on fait, et ça fait partie du projet, c'est dans l'ensemble… vous savez, on ne redonne pas du pouvoir d'achat aux Français en leur donnant des petites mesures d'accompagnement, c'est ce qu'on fait, des mesures d'accompagnement, mais il faut un projet qui soit plus global, une transformation qui soit profonde, c'est ce qu'on s'attache à faire. Par exemple, on facilite, on veut faciliter la vie des entreprises pour qu'elles retrouvent de l'oxygène et qu'elles puissent embaucher, c'est ce que fait Bruno LE MAIRE, on veut aussi que chacun puisse retravailler, puisse s'adapter, c'est ce que fait…

JEROME CADET
A court terme, Brune POIRSON, comment on sort de cette crise ?

RENAUD DELY
Comment sortir de cette crise ?

BRUNE POIRSON
Je veux juste finir là-dessus, je tiens à finir là-dessus, ça fait partie des sorties de crise dont je vous parle. Ce qu'on veut aussi c'est redonner à chacun la possibilité de retrouver un emploi, de se faire reformer. Ce qu'on veut aussi c'est que chacun retrouve une égalité des chances dès le début, et dès la naissance, c'est le projet du Plan pauvreté d'Agnès BUZYN.

JEROME CADET
Il y a une demande précise, Brune POIRSON, sur la hausse des taxes sur le carburant au 1er janvier prochain.

BRUNE POIRSON
Il n'y a pas que ça derrière, et Nicolas HULOT l'a dit lui-même, chacun le souligne, les Gilets jaunes…

RENAUD DELY
Brune POIRSON, François BAYROU, votre allié, a fait une proposition, il a fait une proposition, celle de baisser les taxes lorsque le baril de pétrole monte, et de les augmenter lorsque le pétrole baisse, bref, de rétablir ce qu'on appelait jadis la TIPP flottante. Est-ce que vous êtes favorable à cette proposition ?

BRUNE POIRSON
Moi, vous savez, j'appartiens à une génération qui ne peut plus accepter le statu quo, il y a des choses qui ne sont pas négociables, c'est par exemple la transition écologique. Ce que propose François BAYROU c'est que, quand les prix du pétrole sont hauts, vous baissez les taxes, et quand les prix du pétrole sont bas, vous augmentez les taxes, en gros, on supprime le signal prix. Mais, à ce moment-là, on recule et on revient terriblement en arrière, ça veut dire qu'on fait comme ce qu'ont fait beaucoup de gouvernement.

RENAUD DELY
Hors de question, à vos yeux…

BRUNE POIRSON
Moi j'appartiens à une génération qui ne peut pas se contenter de ça, je veux pouvoir regarder ma fille dans les yeux et lui dire "oui", quand elle me dira "maman tu étais aux responsabilités, qu'est-ce que tu as fait ?", et même peut-être maman, elle ne me le dira pas dans des années, peut-être qu'elle me le dira quand elle sera adolescente, elle a 3 ans aujourd'hui, je veux pouvoir la regarder et lui dire "ça a été très difficile"…

JEROME CADET
Mais ce message, Edouard PHILIPPE l'a délivré, Emmanuel MACRON l'a délivré…

BRUNE POIRSON
Je ne vous dis pas qu'on a toutes les solutions, je ne vous dis pas…

JEROME CADET
Les Gilets jaunes ne l'entendent pas.

BRUNE POIRSON
C'est pour ça qu'il faut…

JEROME CADET
Que peut annoncer…

BRUNE POIRSON
Attendez, la transition écologique c'est… au-delà de ça, la transition écologique, le nouveau modèle de société qu'on veut avoir, on n'a pas toutes les solutions dans nos mains, nous, et c'est pour ça qu'il faut qu'on aille auprès des territoires, pour mener des actions de concertation, pour trouver et dessiner des solutions qui soient sur-mesure, qui répondent aux spécificités…

JEROME CADET
Plus près du terrain.

BRUNE POIRSON
Plus près du terrain, continuer…

JEROME CADET
C'est un mea culpa, un peu, Brune POIRSON ?

BRUNE POIRSON
Mais absolument pas, absolument pas. On est face à un défi qui est inédit, on sait qu'on doit, et qu'on continue, et c'est ce qu'on fait activement, à relancer la croissance, à relancer l'emploi, mais il faut le faire, et le faire dans une société et de façon cohérente avec des objectifs de transition écologique.

RENAUD DELY
Pour sortir de la crise, Brune POIRSON, très précisément, il y a une autre proposition, qui a été formulée par Laurent BERGER, vous disiez à l'instant le gouvernement ne peut pas tout, tout seul, il ne peut pas faire la transition écologique tout seul, il a besoin de tout le monde, Laurent BERGER, le patron de la CFDT, il a proposé une grande conférence avec le gouvernement, les syndicats, les associations, pour essayer de concilier transition écologique et justice sociale. Edouard PHILIPPE lui a dit non.

BRUNE POIRSON
Ce qu'on fait, et ce que l'Elysée a notamment annoncé, c'est qu'on veut mener ce type de concertations, mais aussi près des territoires, encore une fois, pour avoir des solutions qui soient sur-mesure.

RENAUD DELY
Avec qui ?

BRUNE POIRSON
Mais avec des représentants des syndicats, avec des représentants d'entreprises, avec…

JEROME CADET
Des représentants des Gilets jaunes ?

BRUNE POIRSON
Des citoyens, il faut que chacun, ensemble, on dessine des solutions.

JEROME CADET
Il pourrait y avoir des Gilets jaunes dans ces rencontres en région ?

BRUNE POIRSON
Mais, vous avez vu, hier, parfois on assiste à des dialogues de sourds, il faut qu'on arrive à retrouver des moyens de s'écouter, de discuter, de construire ensemble, parce qu'on est… face à la transition écologique, beaucoup de différents groupes ont l'impression qu'ils doivent renoncer à énormément de choses, et donc il faut qu'ensemble on arrive à dessiner l'avenir. Soit on se désole, soit on se dit c'est une occasion merveilleuse, c'est porteur d'espoir, c'est un nouveau projet de société qu'on doit construire, et c'est à ça qu'on s'attache à faire, c'est ça qu'on veut.

JEROME CADET
Merci à vous, Brune POIRSON, secrétaire d'Etat auprès du ministre chargé de la Transition écologique et solidaire, invitée de France Info ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2018

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