Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RTL le 26 novembre 2018, sur la manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées le 24 et le projet de loi d'orientation sur les mobilités. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RTL le 26 novembre 2018, sur la manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées le 24 et le projet de loi d'orientation sur les mobilités.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être dans ce studio de RTL ce matin. Les images des gilets jaunes qui ont fait des feux de barricades sur les Champs-Elysées samedi ont fait le tour du monde. Elles sont terribles pour qui ces images, pour Emmanuel MACRON ou pour les gilets jaunes ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on a vu effectivement des images d'une violence incroyable sur les Champs-Elysées avec des gens qui ont arraché des pavés, brûlé des abribus, brûlé des voitures, agressé des forces de l'ordre, moi, je voudrais d'abord condamner très fermement ces violences, moi, je pense que c'est le fait d'individus très violents qui se sont infiltrés dans la manifestation des gilets jaunes, et clairement, ça ne sert pas la cause des gilets jaunes. Ça veut aussi dire que quand on dit aux manifestants, quand on dit aux gilets jaunes qu'il faut déclarer des manifestations, eh bien, ça montre à quoi ça sert, c'est aussi pour protéger les manifestants, pour protéger tout le monde, tous les citoyens mais aussi eux, et je pense qu'ils n'ont pas intérêt à être mélangés avec ces individus ultraviolents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'aurait pas fallu interdire carrément les Champs-Elysées aux manifestants ?

ELISABETH BORNE
Enfin, attendez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas une question qu'on peut se poser…

ELISABETH BORNE
Cette manifestation, elle n'avait pas été autorisée, on peut... enfin, il y avait un endroit qui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais on savait qu'ils avaient l'intention de s'approcher au plus près du palais de l'Elysée, ça, c'était transparent.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en tant qu'ancienne préfète, je peux vous dire que je pense qu'effectivement, ce n'est pas simple d'interdire tous les Champs-Elysées, il y a beaucoup de rues qui arrivent sur les Champs-Elysées, ce n'était pas un endroit autorisé, et on a vu effectivement des gens ultraviolents infiltrés dans la manifestation des gilets jaunes, on ne peut que le condamner.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur le fond la politique qui est contestée aujourd'hui par les gilets jaunes, je voudrais citer Ségolène ROYAL qui avait lancé ici même d'ailleurs la croisade contre la hausse des carburants, et qui n'a pas changé d'avis évidemment, qui a répété ce week-end : il faut plus de courage pour retirer une mauvaise réforme que pour se dissimuler derrière cette formule, je cite : je tiens le cap, elle a dit ça sur France 3…

ELISABETH BORNE
Mais, je pense qu'au contraire, voyez, elle a changé d'avis, parce que moi, je me souviens de Ségolène ROYAL, qui a présidé la COP21, qui a été expliquer à tous les chefs d'Etats de la planète qu'il fallait une trajectoire carbone qui, du reste, l'a fait voter dans une loi, et ce n'est pas très cohérent de dire aujourd'hui qu'on renonce à cette trajectoire carbone, je pense que c'est important d'être cohérent aussi en politique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a la cohérence, et puis, il y a l'entêtement politique, où est le courage politique, remettre en cause une mesure impopulaire ou précisément s'entêter dans une politique qui décidément ne passe pas…

ELISABETH BORNE
Il faut accompagner…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je parle de la taxe des carburants…

ELISABETH BORNE
Il faut accompagner cette transition écologique qui répond à une urgence climatique, et l'urgence climatique, ce n'est pas une théorie, c'est ce que les Français ont vécu, c'est ce que les agriculteurs ont vécu avec la sécheresse, c'est aussi les dramatiques inondations dans l'Aude, donc il y a une urgence climatique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, on a bien compris l'arrière-plan…

ELISABETH BORNE
Il y a un cap, il faut garder ce cap, mais évidemment, il faut accompagner les Français pour ne laisser personne de côté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le président a promis justement ce week-end de donner demain – je cite – une réponse claire aux Français des classes moyennes et classes laborieuses, par parenthèse, ce terme "classes laborieuses", au sens littéral, on comprend ce que ça veut dire, c'est vrai que c'est un terme qui renvoie à une autre époque, est-ce qu'il n'aurait pas pu utiliser un vocabulaire un petit peu moins décalé, le président ?

ELISABETH BORNE
Enfin, on ne va pas faire des polémiques sur tout…

ELIZABETH MARTICHOUX
Petites parenthèses…

ELISABETH BORNE
Il parle des gens qui travaillent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ça tient…

ELISABETH BORNE
Et c'est bien eux qui sont en train de s'exprimer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça compte dans le contexte, les classes laborieuses, c'est-à-dire…

ELISABETH BORNE
Ces gens qui ont des difficultés pour se rendre au travail, et vous savez, la loi que je présenterai tout à l'heure en Conseil des ministres, elle s'adresse aussi à eux, ces gens qui sont dans des territoires qui sont abandonnés par le tout TGV depuis des années, qui sont abandonnés au tout voiture et qui attendent des réponses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors demain donc, le président promet une réponse claire à ces Français qui souffrent, si on essaie de traduire, en même temps qu'il installe le Haut conseil pour le climat, il annoncera les grands arbitrages des énormes chantiers qui concernent la politique énergétique pour les dix ans à venir, les arbitrages sur le nucléaire notamment et les énergies renouvelables, et en même temps, il annoncera des aides ponctuelles pour les Français, pour passer ce cap de court terme ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous dire aujourd'hui ce qu'annoncera le président demain…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais est-ce que vous confirmez qu'il annonce des mesures de court terme ?

ELISABETH BORNE
Mais le principe, c'est qu'avec tous les acteurs, les entreprises, les élus, les associations, on travaille ensemble pour avoir une transition écologique qui ne laisse personne de côté, et qu'on travaille aussi avec les territoires, parce que, il faut voir que dans les territoires, il y a beaucoup d'initiatives, beaucoup de choses très intéressantes qui se font, et c'est ça qu'il faut généraliser.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir, mais d'abord, est-ce que des gilets jaunes seront invités demain matin à votre connaissance à écouter le président ?

ELISABETH BORNE
Les gilets jaunes, ils n'ont pas de représentant aujourd'hui, et c'est une difficulté du mouvement pour dialoguer avec eux. Donc je ne pense pas qu'il y ait des gilets jaunes demain, mais on entend bien ce qu'ils expriment, ce qu'ils expriment sur la difficulté de territoires qui peuvent se sentir abandonnés et auxquels il faut répondre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le premier acte de cette contre-offensive du gouvernement face au mouvement, c'est vous qui le portez, ce sera présenté en Conseil des ministres tout à l'heure, c'est donc cette Loi mobilités pour favoriser les transports écolos, et puis, essayer de réduire la fameuse fracture territoriale, par parenthèse, mais elle n'est pas petite, vous renoncez, vous me confirmez que vous renoncez à lancer la vignette poids lourds ?

ELISABETH BORNE
Il n'a jamais été question de mettre en place une vignette cette année, pour 2019…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais c'était pour 2020…

ELISABETH BORNE
Oui, mais donc on est en 2018, voyez, en 2019, nos investissements sont financés, donc il n'y a pas d'urgence, c'est un sujet, on travaille pour trouver une nouvelle ressource, 500 millions d'euros, vous verrez que les investissements qu'on propose sont utiles, indispensables même, et donc il faut une ressource, on a le temps d'y travailler, et c'est ce qu'on va faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites : ça rapporte, je traduis, ça rapporte 500 millions, on a besoin de cette ressource, on n'annonce rien aujourd'hui, mais ça n'est pas enterré, elle n'est pas enterrée...

ELISABETH BORNE
On y travaille, absolument, on y travaille…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que vous avez besoin de ces 500 millions par ailleurs pour financer des grands travaux…

ELISABETH BORNE
On a besoin de ressources pour faire les transports dont les Français ont besoin pour leurs trajets du quotidien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Annonce suspendue et pas enterrée, de toute façon, à horizon 2020, ce que je comprends, c'est que vous essayerez de trouver une solution…

ELISABETH BORNE
On a du temps, il faudra bien financer ces investissements.

ELIZABETH MARTICHOUX
En quoi votre loi répond à la demande des Français ?

ELISABETH BORNE
Ma loi, elle répond au besoin d'améliorer les transports du quotidien que les Français expriment, vous savez, moi, ça fait des mois que je mène une concertation pour préparer cette loi en repartant des besoins exprimés dans les territoires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Exemple…

ELISABETH BORNE
Et par exemple, il faut revoir complètement notre politique en termes d'investissements, je le disais, on était dans le tout TGV, on a abandonné l'entretien des réseaux, c'est des réseaux ferroviaires, des lignes ferroviaires qui marchent moins bien, des gens qui ont des retards, c'est extrêmement stressant, c'est aussi un réseau routier qui a été sous-entretenu, on va investir beaucoup plus, 40 % de plus dans le quinquennat par rapport au quinquennat précédent. 3,6 milliards d'euros par an pour remettre en état le réseau ferré, celui des trains du quotidien, on va investir aussi pour remettre en état nos routes, on va faire enfin les routes pour désenclaver les territoires, un milliard d'euros pour s'occuper de ces territoires auxquels on promet depuis des années la mise à niveau de nos routes. En tant qu'ancienne préfète de Poitou-Charentes, moi, je veux dire, j'ai pu le voir, vous savez, la RN 141, ça fait des décennies qu'on en parle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est où ?

ELISABETH BORNE
Elle est en Charente, entre Limoges et Angoulême, c'est la même chose quand vous êtes en Bretagne la RN 164, le général de Gaulle l'avait annoncée, donc il faut accélérer, il faut arrêter ces promesses qu'on reporte d'année en année, et on a aussi ce plan de désenclavement d'un milliard d'euros.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors beaucoup d'argent, ça fait des grosses masses financières, je voudrais qu'on traduise aussi, parce qu'il n'y a pas que les investissements pour améliorer les routes et de maintenir des lignes, d'ailleurs, par parenthèse, ça se percute avec une information qu'on a apprise ce matin et qu'on a développée sur RTL, il n'y aura plus de train à partir du 22 décembre sur la ligne de Saint-Dié-Epinal, dans les Vosges, trop vétuste, dit la SNCF, les usagers sont furieux.

ELISABETH BORNE
On travaille avec le président de région pour remettre en état ces petites lignes, moi, je suis bien consciente…

ELIZABETH MARTICHOUX
Celle-là en particulier ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, précisément celle-là, précisément celle-là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc elle n'est pas condamnée ?

ELISABETH BORNE
Les lignes des Vosges, le président du Conseil régional souhaite qu'on y travaille, et on va y travailler…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle n'est pas condamnée, c'est ce que vous dites ce matin en tant que ministre des Transports ?

ELISABETH BORNE
Non, elle n'est pas condamnée, c'est bien ce que je vous dis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez donner plus de souplesse aux collectivités locales également, qu'est-ce que vous dites aux petits maires des zones rurales qui voient que leurs administrés sont des gilets jaunes ce matin, parce qu'ils ne peuvent pas ne pas utiliser leur voiture, ils n'ont pas d'argent pour changer de voiture, en quoi votre loi répond à ça ?

ELISABETH BORNE
Ce que je dis, c'est que, on va accompagner effectivement les collectivités, les maires, pour proposer des nouvelles solutions dans les territoires, et je voudrais aussi vous dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Par exemple ?

ELISABETH BORNE
Vous dire que moi, j'ai confiance dans ce qui peut se faire dans les territoires, parce qu'il y a beaucoup d'initiatives, voyez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donnez-nous un exemple…

ELISABETH BORNE
Eh bien, je vous prends par exemple Charleville-Mézières, la ville de Charleville-Mézières, mais aussi toutes les petites communes, le maire a déployé des véhicules électriques en libre-service, quand il y a des transports en commun qui ne sont pas assez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Une espèce d'Autolib' ?

ELISABETH BORNE
Une Autolib', voyez…

ELIZABETH MARTICHOUX
A l'échelle d'une petite commune…

ELISABETH BORNE
Je pense qu'Autolib', ça existe aussi dans le monde rural…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça, vous financez, vous aidez, l'Etat ?

ELISABETH BORNE
Et on aide évidemment les collectivités qui veulent déployer ces véhicules électriques en libre-service, il y en a également en Vendée, c'est une très bonne solution, quand on a des transports en commun qui ne sont pas fréquents, des cars scolaires qui passent le matin, et puis, il n'y a plus rien dans la journée, donc c'est une très bonne solution, on veut aussi aider les maires à développer du covoiturage, quand vous êtes à deux ou à trois dans une voiture, vous polluez moins, mais aussi c'est beaucoup moins cher, vous partagez les frais. On a un plan pour le covoiturage, d'abord, les employeurs qui pourront accompagner les salariés, un forfait mobilité durable de 400 euros par an, et puis, on aide aussi les collectivités…

ELIZABETH MARTICHOUX
400 euros par an par salarié qui fera du covoiturage, et vous déchargez, entre guillemets, vous exonérez de cette charge les entreprises de ces dépenses-là ; ce sont les entreprises volontaires évidemment, on ne va pas faire croire que ce sera dans toutes les entreprises, ça dépend des décisions…

ELISABETH BORNE
En tout cas, l'Etat donne l'exemple en l'appliquant à ses agents dès 2020, et donc, on va aider à faire déjà du covoiturage…

ELIZABETH MARTICHOUX
A propos de l'Etat, avec tout ce débat sur l'essence, l'électrique, les carburants qui polluent, en tant que ministre des Transports, vous avez abandonné, vous, les grosses berlines, là, qui étaient sur le parking des ministères ou pas ?

ELISABETH BORNE
On utilise aussi ces voitures quand on a besoin d'aller un peu plus loin, mais les voitures électriques, les Zoe électriques, c'est aussi ce que j'ai utilisé par exemple ce week-end.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour venir ce matin sur RTL ! On l'espère. Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été ce matin sur RTL.

YVES CALVI
Il faut revoir notre politique en termes d'investissements, vient de nous dire notamment la ministre des Transports, réseaux ferrés et routes. 3,4 milliards vont être investis.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2018

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