Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur la lutte contre le Sida et les maladies sexuellement transmissibles, Paris le 22 novembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur la lutte contre le Sida et les maladies sexuellement transmissibles, Paris le 22 novembre 2018.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé

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C'est toujours une émotion de participer à un rassemblement comme celui-ci, qui réunit je le crois, bien plus que des personnes engagées, mais des combattants.

C'est en effet l'un des grands combats de l'Histoire récente que vous menez. Ce combat, notre combat contre le Sida, est indispensable.

Depuis plus de 30 ans, la France, à travers l'Etat, les instituts de recherche, les collectivités, les opérateurs techniques, les associations, est engagée dans la lutte contre le Sida.

Nos efforts communs et notre engagement collectif ont permis des avancées significatives mais la lutte contre le Sida doit se poursuivre. Elle ne doit connaître aucun répit.
Nous devons donc rester mobilisés, et vous êtes je le sais, nous sommes, pleinement mobilisés.

Si les défis restent grands dans la lutte contre le VIH, nous pouvons quand même reconnaître et saluer la capacité de la France à innover.

Les priorités de la politique de prévention que le Premier Ministre a annoncées lors du Comité interministériel de la santé du 26 mars dernier, illustrent notre volonté de transformer notre système de santé pour passer du tout curatif à l'action préventive, en tenant compte des besoins spécifiques des Français, dans toute leur diversité.

Pour répondre à ces enjeux, il s'agit d'engager une démarche globale d'amélioration de la santé sexuelle, qui vise à garantir à chacun une vie sexuelle autonome, satisfaisante et sans danger, ainsi que le respect de ses droits en la matière.

Notre objectif est ambitieux mais pas irréaliste : il est, je vous le dis, d'éliminer les épidémies d'IST et d'éradiquer l'épidémie du Sida d'ici 2030.

Pour agir efficacement, il primordial que le respect des droits de chacun en matière de sexualité soit garanti. Il est donc impératif de faire évoluer les représentations sociales liées à l'identité de genre, à l'orientation sexuelle, à l'âge ou au handicap, ainsi qu'aux personnes vivant avec le VIH.

Notre objectif collectif dans ce cadre est de faire en sorte que 90% de l'ensemble des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut VIH, que 90% des personnes qui connaissent leur séropositivité au VIH aient accès aux traitements, et que 90% des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable d'ici 2020.

Aujourd'hui, l'enjeu porte donc fortement sur le dépistage des personnes ignorant leur séropositivité, qui doit progresser pour enrayer l'épidémie « cachée » du VIH.

En effet, plus de 40% de ces découvertes se font à un stade tardif de l'infection. Près de 25 000 personnes en France ignoreraient leur séropositivité (selon les données de 2013).

Les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes et les hétérosexuels nés à l'étranger restent les deux groupes les plus touchés : ils représentent respectivement 44% et 39% des découvertes en 2016.

Il s'agit également d'éliminer les autres infections sexuellement transmissibles.

Pour y arriver, il est indispensable de coupler une approche de prévention de la population générale, à une approche ciblée vers les populations les plus vulnérables et les plus exposées au risque d'infection.

Un ensemble de recommandations de stratégies de dépistage a été mis à jour par la Haute Autorité de santé. A nous tous maintenant de nous en emparer !

La fin de l'épidémie de VIH et la régression des épidémies principales d'IST passent par une amélioration des dépistages précoces de ces infections. Dans le cadre du Plan priorité prévention, dès 2019, nous organiserons en région des campagnes spécifiques de dépistage du VIH, des hépatites virales et des autres IST.

Il nous faut mobiliser tous nos outils, tous nos dispositifs et surtout, il ne faut pas baisser la garde :

Si le préservatif est encore bien utilisé au premier rapport sexuel, les chiffres sur son utilisation sont alarmants pour la suite de la vie sexuelle des jeunes.

On ne peut pas accepter que des jeunes puissent croire que le VIH a disparu ou que le sida est une maladie classique qui se guérit. On ne peut pas accepter que le préservatif soit perçu comme une contrainte alors qu'il est la méthode de prévention première contre les IST.

Avec le « Plan priorité prévention », la France va expérimenter un parcours de prévention en santé sexuelle donnant aux jeunes un accès à titre gratuit à des préservatifs.

Et j'insiste, ce n'est pas seulement la gratuité des préservatifs qui est en jeu mais bien la construction d'un parcours en santé sexuelle du jeune avec un espace d'échanges, un espace sûr et confidentiel.

En co-construction avec tous les acteurs du champ de la santé sexuelle, l'idée est d'expérimenter ce parcours en santé sexuelle dans 3 Régions : l'Ile de France, la Nouvelle Aquitaine et la Guyane.

Cette expérimentation durera 3 ans, avec des professionnels au contact des jeunes, qui pourront échanger, sensibiliser, informer et délivrer des préservatifs sur présentation d'une carte offrant un accès gratuit. Si les résultats sont au rendez-vous, nous pourrons alors généraliser ce dispositif.

Au-delà de cette expérimentation, puisque nous n‘arrivons pas encore à faire diminuer l'incidence du VIH, il nous faut inventer, il nous faut innover.

J'ai donc souhaité que l'on puisse en France, comme à San Francisco ou à Londres, où les progrès sont notables dans la diminution de l'incidence, expérimenter les centres de santé communautaires. Mon ministère lancera un appel à projet en début d'année 2019.

S'agissant de la « prophylaxie pré exposition au VIH », plus simplement appelée PrEP, la France a fait figure de pionnière.

Elle a en effet été le premier pays européen à autoriser la PrEP et à la prendre en charge financièrement à 100%. Les derniers chiffrent de l'ANSM montrent une forte augmentation des initiations de PrEP au cours du 2e semestre 2017 et du 1er semestre 2018.

Le nombre total d'initiateurs de « PrEP » en France atteignait plus de 10 O00 fin juin 2018, soit plus du double par rapport à fin juin 2017.

Entre juillet 2017 et juin 2018 ce sont plus de 5000 personnes qui ont initié la PrEP. Pour autant nous devons poursuivre nos efforts pour mieux faire connaître cet outil et pour réduire le risque d'infection par le VIH auprès des personnes à haut risque de contamination.

Nous devons poursuivre nos efforts pour que les personnes à hauts risques d'acquisition du VIH puissent en bénéficier. Il nous faut mieux faire connaître la PrEP à ces publics cibles et je pense ici aux femmes particulièrement, qui ne représentent que 2% des personnes sous PrEP. Je souhaite affirmer devant vous tout mon engagement pour soutenir le déploiement de la PrEP.

Nous devons également rappeler qu'un traitement contre le VIH bien suivi réduit très efficacement la transmission du virus. C'est ce que l'on appelle la prévention par les traitements ou TasP (« Treatment as Prevention »), aujourd'hui conceptualisé par les acteurs intervenant dans le champ du VIH sous les termes Undectable = Untransmissable (« U=U »).

J'ai souhaité également sur la base des recommandations du Conseil national du Sida et des hépatites virales, que la Haute Autorité de Santé élabore des recommandations de bonne pratique pour préciser les objectifs et les conditions de réalisation de l'accompagnement à la notification formalisée aux partenaires et développer des supports et outils spécifiques pour les usagers et les professionnels.

En outre-mer, je souhaite que dès 2019, soit renforcée l'offre de santé sexuelle pour les jeunes avec un accent mis sur le déploiement des actions « hors les murs », le soutien au développement associatif et la promotion d'actions innovantes afin de mieux faire coïncider l'offre de santé avec les besoins et les ressources des territoires.

Je voudrais enfin rappeler qu'à l'international, l'engagement de la France dans la lutte contre Sida est historique.

Il passe notamment par notre soutien politique et financier de premier plan au sein du Fonds mondial, mais également auprès d'Unitaid, dont le rôle est crucial pour développer et faciliter l'accès de tous à l'innovation en matière de traitements et d'outils diagnostics.

Avec un investissement de plus de 1,5 milliards dans cette organisation, la France est le premier donateur de cette agence internationale.

Cet engagement été réaffirmé par le Président de la République, à travers sa décision d'accueillir en France la Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en 2019.

La France est engagée au plus haut niveau pour que cet événement, qui constitue une étape décisive vers l'atteinte de l'objectif d'élimination des pandémies d'ici 2030, soit un succès. Ce succès ne pourra être que collectif.

Il sera également une formidable tribune de valorisation de l'expertise française : expertise des chercheurs, des associations, mais également de nos opérateurs.

Je voudrais remercier les Elus locaux unis contre le sida et leur dire toute ma reconnaissance, tant leur action est nécessaire ; je voudrais saluer aussi chaleureusement les élus et les villes qui s'engagent comme Paris avec le programme « Vers un Paris sans sida ».

Vous pouvez toutes et tous compter sur l'engagement sans faille du Gouvernement. Notre détermination est totale dans ce combat au service de la santé de nos concitoyens. Et ce combat, nous allons le gagner, ensemble.


Je vous remercie.


Source https://solidarites-sante.gouv.fr, le 27 novembre 2018

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