Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2018, sur la fiscalité écologique, les gilets jaunes et les relations entre le Gouvernement et le Sénat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2018, sur la fiscalité écologique, les gilets jaunes et les relations entre le Gouvernement et le Sénat.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement

ti : MARC FAUVELLE
Bienvenue aux téléspectateurs de Franceinfo qui nous rejoignent à l'instant. C'est une journée importante sans doute dans le quinquennat d'Emmanuel MACRON et c'est le porte-parole du Gouvernement qui est avec nous ce matin. Renaud DELY vous pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour.

RENAUD DELY
Emmanuel MACRON va donc s'exprimer d'ici deux heures à peu près. Il devrait répondre à la colère qu'expriment les gilets jaunes maintenant depuis deux semaines. Il devrait enclencher un cycle de discussions ; on parle de l'ouverture d'un dialogue décentralisé dans les régions. Est-ce que c'est une forme de mea culpa ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il va faire deux choses ce matin. Il va installer quelque chose qui était prévu de longue date et qu'on appelle le Haut conseil pour le climat. Vous savez qu'en France, on a un Haut conseil pour les finances publiques qui nous dit, avec des experts indépendants depuis de nombreuses années, quelle est la bonne trajectoire pour nos finances publiques. Nous avons une dette financière importante, nous avons aussi une dette écologique. Et donc, il y a ce travail-là avec treize personnalités issues de la société civile, issues des experts, reconnues dans leur domaine, qui vont nous dire : est-ce qu'on a la bonne trajectoire ; quel est le bon calendrier ; qu'on fasse du reporting ; quelle est notre dette écologique année après année ; voir si on a rempli les objectifs. Ça, c'est sur le long terme et c'est indispensable.

RENAUD DELY
Ça, ce n'est pas la réponse aux gilets jaunes, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais c'est la réponse à l'urgence écologique. C'est la réponse au fait que pendant très longtemps, on a considéré qu'on faisait de l'écologie à la petite semaine et qu'on allait ajuster le modèle et que dès que quelque chose rencontrait une difficulté, on arrêtait et en rase campagne tout se terminait. Donc là, on veut inscrire ça dans la durée. C'est la première chose et c'est important.

RENAUD DELY
Et l'urgence du pouvoir d'achat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et c'est important. La deuxième chose, c'est un Conseil national pour la transition écologique, vous le savez. Ce sont des conférences qui vont se tenir dans les territoires. Parce que la bonne manière d'aborder cette question-là, et on le voit avec le mouvement des gilets jaunes qui ont des revendications parfois différentes d'un territoire à l'autre parce qu'on n'est pas confronté aux mêmes difficultés selon qu'on est dans un territoire rural, selon qu'on est dans un territoire périurbain, selon qu'on est dans un territoire de littoral, dans un territoire de montagne. On n'a pas les mêmes difficultés face aux transports et hier, il y a eu – parce que c'est le complément de la journée d'aujourd'hui – la loi d'orientation sur les mobilités dont on dira peut-être un mot. Mais aujourd'hui, avec la mise en place de cette méthodologie à la fois sur le long terme et sur le court terme, dans les territoires où on aura les associations, les élus, le patronat, les organisations syndicales et éventuellement quand ils seront organisés pourront y être associés des représentants des gilets jaunes et des citoyens. La conférence sur le logement, la conférence sur le pouvoir d'achat, bref…

RENAUD DELY
Ça va durer combien de temps ? Ça va durer trois mois ces discussions ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça va durer plusieurs mois, trois à quatre mois, pour permettre à la fois d'identifier les colères territoire par territoire, de voir les difficultés territoire par territoire. Certains ça va être plus la route ; d'autres ça va être des questions liées au rail, au ferroviaire ; certains ça va être des réponses à apporter par du transport collectif et d'autres, au contraire, par des solutions plus individuelles comme l'auto-partage par exemple.

MARC FAUVELLE
C'est ça la réponse du Gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, aux gilets jaunes ? Une réponse à deux-trois mois, une réponse de long terme ? Il n'y aura pas d'annonces immédiates ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, le coup de baguette magique pour résoudre les difficultés de ceux qui ont enfilé un gilet jaune depuis une dizaine de jours maintenant, ce serait être bien méprisant à leur endroit que de considérer qu'il suffit d'une mesure baguette magique qui réglerait tous leurs problèmes.

MARC FAUVELLE
Vous pensez qu'ils vont attendre trois mois et que le mouvement va s'éteindre de lui-même en attendant les résultats de ces consultations ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord 1 : il y a des mesures qui ont été prises, je le rappelle, il y a dix jours. C'est cinq cents millions d'euros qu'on a mis sur la table. Tout le monde l'a balayé d'un revers demain en moins de vingt-quatre heures donc je vais rappeler ces mesures. Non, non, il faut les rappeler.

MARC FAUVELLE
Allez-y.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est l'augmentation du chèque énergie, c'était trois millions six cent mille personnes qui ont bénéficié…

MARC FAUVELLE
C'est cinq millions désormais.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est cinq millions huit, près de six millions de personnes. C'est près de deux cents euros en moyenne par an ; ce qui, pour quelques-uns, peu effacer l'augmentation de la facture des carburants. C'est la super prime pour les véhicules qui monte jusqu'à quatre mille euros pour les gens qui ne sont pas imposables parce qu'on veut mieux les accompagner. Donc il y a eu des réponses. Mais après, vous avez aussi des réponses qui se travaillent territoire par territoire. Et, je vais vous dire, ce n'est pas depuis Paris, depuis le bureau d'un ministre qu'on va être capable de dire si à tel endroit en Auvergne, si à tel endroit dans la région Bretagne ou dans le nord de la France, la bonne solution c'est celle-là. C'est en travaillant avec les élus de terrain et avec les acteurs.

MARC FAUVELLE
D'autres annonces aujourd'hui ou est-ce que, comme dirait Gérald DARMANIN, les caisses de l'Etat sont vides et c'est tout pour aujourd'hui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous dire : il y a le Président de la République qui a prévu de s'exprimer et donc je ne vous dirai rien avant le Président de la République. Ça, vous en avez évidemment l'habitude mais c'est bien tenté.

RENAUD DELY
Ce mouvement des gilets jaunes s'est doté hier de huit porte-parole nationaux. Est-ce que le Gouvernement va les recevoir ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors j'ai cru comprendre qu'il y avait déjà des dissensions non pas entre ces porte-parole, parce qu'il y a certains… En tout cas chez certains de vos confrères ce matin, on entendait des gilets jaunes expliquant qu'ils ne reconnaissaient pas à ces porte-parole la légitimité pour porter la parole du mouvement. On voit là la difficulté à s'organiser. Sans doute le bon échelon pour commencer, c'est le territoire parce que c'est là où sont ancrés les gilets jaunes. D'ailleurs, on l'a vu ce week-end : ils étaient seulement quelques milliers à Paris sur les Champs-Elysées pour cet appel national et beaucoup étaient restés dans les territoires parce que, au fond, c'est là et ils le savent mieux que quiconque qu'on saura apporter des solutions aux sujets qui sont les leurs.

RENAUD DELY
Donc vous confirmez l'information que donnait Franceinfo ce matin : le Gouvernement ne recevra pas ces huit porte-parole nationaux des gilets jaunes.

BENJAMIN GRIVEAUX
En l'état actuel des discussions, ça n'est pas le cas.

RENAUD DELY
Et vous pensez que ça va calmer la colère du mouvement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je veux vous dire, c'est que…

RENAUD DELY
Ce mouvement est en train de s'organiser précisément et ils vous sollicitent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais une fois qu'ils seront organisés, qu'il n'y aura plus de contestation, j'ai dit hier qu'on était ouvert au dialogue et nous le serons, mais je veux aussi que ce dialogue soit utile. Parce que dialoguer pour dialoguer, si ça doit mener à des résultats concrets, les résultats concrets ce sont dans les territoires et dans ces conférences territoriales qu'on bâtira des solutions concrètes pour les gens. Je crois que c'est ça que nous disent, les gilets jaunes. On en a ras-le-bol des grandes théories ; on veut des résultats concrets et des solutions concrètes pour nous. C'est ce qu'on leur propose avec ces conférences des territoires où on aura tout le monde autour de la table.

MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, vous nous dites encore un peu de patience. On connaîtra dans moins de deux heures maintenant les décisions d'Emmanuel MACRON. Des décisions, il y en a eu ces derniers jours : l'abandon des péages urbains qui devaient figurer dans la loi d'Elisabeth BORNE qui a été présentée hier ; l'abandon ou en tout cas le report à plus tard de la taxe poids lourds. Est-ce que finalement Emmanuel MACRON n'est pas comme ses prédécesseurs ? Au moment de trancher sur l'écologie, il a la main qui tremble.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous ne pouvez pas nous faire le procès de tenir le cap et de nous expliquer qu'on a la main qui tremble en même temps, comme quoi…

MARC FAUVELLE
On va voir aujourd'hui que c'est un vrai écolo Emmanuel MACRON ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Comme quoi on sait entendre et écouter. Mais il écologique depuis le premier jour. Ecoutez, la France mène la politique environnementale…

MARC FAUVELLE
Il l'est peut-être mais il a perdu Nicolas HULOT en cours de route.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais il a perdu Nicolas HULOT peut-être…

MARC FAUVELLE
Sûrement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais nous avons gardé l'esprit de Nicolas HULOT et c'est sans doute là l'essentiel. Parce que nous serons le premier pays au monde à supprimer les centrales à charbon en 2022 ; nous sommes le premier pays au monde à interdire les nouveaux permis d'explorer pour les hydrocarbures ; nous serons le premier pays en Europe sur l'abandon des centrales. Il n'y aura pas de nouvelles centrales thermiques donc centrales à gaz dans le quinquennat. Tout ça, on peut le balayer d'un revers de main. Nous n'avons pas fait Notre-Dame-des-Landes ; est-ce qu'il a eu la main qui a tremblé lorsqu'on a pris cette décision qui était une décision impossible à prendre ? Ça faisait quarante ans que les gouvernements se refilaient - pardonnez-moi l'expression - cette patate chaude. Donc il n'a pas la main qui tremble mais il faut fixer le cap et il faut aussi savoir entendre et écouter le mécontentement de nos concitoyens.

MARC FAUVELLE
On vous écoute, Benjamin GRIVEAUX, et on se demande pourquoi Nicolas HULOT est parti.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais peut-être avait-il envie de mener le combat de manière différente. Il a eu l'occasion de le dire la semaine dernière dans une émission. On connaît ses engagements, ils sont constants depuis très longtemps. L'action politique, l'action au sein d'un gouvernement peut-être ne répondait pas à ses envies profondes et à la manière dont lui concevait son engagement.

RENAUD DELY
Il avait un vrai désaccord sur le diagnostic avec le Président, il l'a dit. Il a dit que le Président considérait que la planète souffrait…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a eu des désaccords sur le diagnostic qui était connu dès le départ, ça ne l'a pas empêché de nous rejoindre et de porter des politiques ambitieuses. Moi je le dis, on est fier de ce qu'il a porté pendant un an dans le cadre de ce Gouvernement et nous allons poursuivre. Et je suis sûr qu'en 2022, quand on se retournera sur ce qui aura été fait, peut-être qu'on n'aura pas tout accompli mais on aura fait plus, beaucoup plus, que tous nos prédécesseurs réunis qui, je le rappelle, ont voté la trajectoire sur la transition énergétique en 2009 - en 2011, pardon -, l'ont revotée en 2014 et en 2015. Donc la droite l'a votée, la gauche l'a votée, personne ne veut le faire aujourd'hui. Quand on vote des choses, il faut l'assumer et nous on assume.

MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, vous restez avec nous. On marque une toute petite pause le temps de jeter un oeil et une oreille aux titres de l'actualité avec Victor MATET. (…) Le porte-parole du Gouvernement Benjamin GRIVEAUX est avec nous jusqu'à neuf heures. On va continuer à parler du mouvement des gilets jaunes.

RENAUD DELY
Samedi, on a vu des manifestations un petit peu partout en France et puis on a vu aussi des incidents, des violences en particulier sur les Champs-Elysées. Votre collègue Ministre chargé des comptes publics, Gérald DARMANIN, a qualifié les casseurs.

GERALD DARMANIN, MINISTRE DE L'ACTION ET DES COMPTES PUBLIS – DOCUMENT LCI
Mais ce ne sont pas les gilets jaunes qui ont manifesté, c'est la peste brune qui a manifesté. Ce sont des manifestants casseurs professionnels qui n'ont rien à voir avec le mouvement des Gilets jaunes. Rien à voir. Ce n'est pas parce que vous mettez un gilet jaune que vous n'avez pas, entre nous, une chemise brune en dessous.

RENAUD DELY
Gérald DARMANIN accusait donc ce qu'il appelle la peste brune, l'extrême-droite. Cent trois interpellations, vingt-et-une personnes sont déjà passées en comparution immédiate hier : il n'y a aucun membre de l'extrême droite, aucun militant de l'ultra-droite, ni de l'extrême gauche d'ailleurs, parmi ces vingt-et-une personnes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y avait d'abord sur les Champs-Elysées mais ailleurs en France des gens sincères qui ont manifesté. Et puis, vous aviez une infime minorité mais très visible qui a cassé, qui a détruit, qui a violenté, qui a brûlé, qui a enlevé les pavés pour les lancer sur les forces de l'ordre, qui a cassé des vitrines. Ceux-là n'ont rien à voir avec les gilets jaunes. Retrouvez quelques vidéos de ceux qui, sur les Champs-Elysées, défilent en expliquant et en scandant : « On est chez nous. » Si ce slogan-là ne vous rappelle pas les manifestations qui en général accompagnent soit le cortège du Front national le 1er mai, soit les rassemblements de l'ultra-droite identitaire française, je vous encourage vivement à aller écouter ceux-là et vous vous ferez votre opinion. Quand des gens défilent sur les Champs-Elysées en expliquant « on est chez nous », oui ceux-là ils font partie de l'ultra-droite et ils rappellent les heures sombres de l'histoire de France. Quand vous avez quarante personnes cagoulées et casquées qui s'introduisent au domicile d'une parlementaire où elle a sa famille, qui allument un feu dans le jardin de cette parlementaire…

MARC FAUVELLE
Ça, c'était dans l'Aude.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça, c'était dans l'Aude, c'était chez Mireille ROBERT. Je suis désolé de vous dire que ça rappelle furieusement ce que l'on a appelé en France la peste brune.

RENAUD DELY
Ceux qui ont été arrêtés sur les Champs-Elysées et qui sont passés en comparution immédiate, ce ne sont pas les bons. Il n'y en a aucun qui corresponde au profil que vous venez de décrire.

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, vous pouvez faire partie de l'ultra-droite et ne pas être connu des services de renseignement ou ne pas avoir un compte Facebook ou un compte Twitter en train de déverser de la haine tous les jours.

MARC FAUVELLE
Quand vous voyez le profil, alors c'est un échantillon non représentatif, Benjamin GRIVEAUX, mais quand vous voyez le profil des vingt-et-un qui sont passés hier en comparution immédiate, on a des pères de famille, on a un courtier suisse qui gagne huit mille euros par mois - je ne dis pas que c'est excluant pour faire partie de l'ultra-droite -, mais ce ne sont pas des profils…

RENAUD DELY
Il y a des femmes aussi.

MARC FAUVELLE
Aucun n'était fiché. Soit il y a un problème de renseignement, soit la police n'a pas arrêté les bons.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je vous dis, c'est qu'on voit des vidéos avec des gens qui défilent en hurlant « on est chez nous ». Ça, ça s'appelle l'ultra-droite ; c'est tout. C'est aussi simple que cela.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez dissoudre ces mouvements si c'était effectivement l'ultra-droite samedi dernier sur les Champs-Elysées ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je ne dispose pas des informations à ce stade de savoir quels étaient les mouvements qui étaient représentés ou pas, mais des mouvements qui sont factieux, qui sont séditieux, des mouvements qui en appellent à la violence contre des parlementaires quelle que soit la sensibilité politique de ces parlementaires. De l'extrême gauche à l'extrême droite, on ne peut pas en France menacer un parlementaire. C'est ainsi. J'aurais aimé que Jean-Luc MELENCHON, qui explique que sa personne est sacrée quand il a une perquisition chez lui, le dise haut et fort quand on a une parlementaire de La République en Marche dont le domicile est envahi par quarante personnes cagoulées et casquées. Parce qu'en général, en plus ils ne sont pas courageux ; ils ne le font pas à visage découvert. C'est aussi ça la petite faction fasciste et à nouveau, je le redis, ce n'est pas l'immense majorité des gens qui sincèrement ont mis un gilet jaune et sont allés dire leur colère, leurs angoisses, leurs inquiétudes. Je ne mélange pas les choses mais on ne peut pas nier, on ne peut pas considérer que cet événement-là n'a pas existé et que ces personnes-là n'ont pas été présentes en minorité dans le cortège sur les Champs-Elysées.

RENAUD DELY
Vous déplorez l'absence de réaction de solidarité des autres élus et des autres formations politiques ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas que je le déplore, je suis atterré, Renaud DELY. Enfin, écoutez, il y a quand même quelque chose qui doit réunir : c'est l'intérêt général, c'est la République, c'est l'amour de la démocratie, l'amour de l'élection. Chacun des parlementaires qui parmi les cinq cent soixante-dix-sept parlementaires siègent dans l'Hmicycle a la légitimité. Il est dépositaire d'une partie de la souveraineté nationale, à nouveau de l'extrême gauche à l'extrême d'extrême droite. Et je combats leurs idées, mais je les respecte…

RENAUD DELY
Ce silence, c'est aussi une forme de complicité ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je les respecte en tant que parlementaire et s'ils avaient été mis en cause, s'ils avaient été malmenés comme l'ont été sept parlementaires, nous aurions eu des voix qui se seraient exprimées. C'est là peut-être la différence entre eux et nous.

RENAUD DELY
On évoquait tout à l'heure le cas de Nicolas HULOT. Vous disiez que vous avez conservé au Gouvernement et que normalement l'intervention d'Emmanuel MACRON devrait l'illustrer dans deux heures, l'esprit de Nicolas HULOT. Précisément, Nicolas HULOT a fait son retour médiatique la semaine dernière dans L'Emission politique sur France 2 et il a dressé un réquisitoire, en tout cas un procès assez sévère des choix fiscaux du Gouvernement.

NICOLAS HULOT, ANCIEN MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Les gens savent que les avions, le kérosène des avions n'est pas taxé. Ils savent que le fioul lourd des cargos ou des porte-containers n'est pas taxé. Ils savent également, en matière de fiscalité, que les grandes entreprises par le système d'optimisation fiscale, pardon pour changer d'échelle, mais c'est important si on n'a pas cette réflexion-là…

THOMAS SOTTO
Vous parlez comme un gilet jaune.

NICOLAS HULOT
Mais il n'y a pas besoin d'être un gilet jaune ou d'être à l'extrême gauche de l'échiquier politique pour s'en indigner, s'en offusquer, et la fiscalité n'est pas équitable. Voilà.

RENAUD DELY
Ce réquisitoire à l'endroit des choix fiscaux du Gouvernement est très sévère. On sait que dans le mouvement des gilets jaunes, on entend aussi beaucoup la revendication du rétablissement de l'ISF que vous avez supprimé.

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il ne prononce pas le terme de l'ISF. Il parle de la taxation du kérosène et du fioul lourd. Et il le sait très bien Nicolas HULOT, parce que cette taxation-là, elle dépend de quoi ? D'accords internationaux. Donc on peut raconter ce qu'on veut mais si vous taxez…

MARC FAUVELLE
Pardon Benjamin GRIVEAUX, sur les vols intérieurs, la France fait ce qu'elle veut.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais enfin si vous taxez le kérosène en France, AIR FRANCE ira faire son plein ailleurs. Vous voyez, c'est aussi bête que ça. C'est ce qu'on appelle la libre circulation. Donc soit on remet en cause la libre circulation, mais là ça va causer des problèmes à nos propres commerces extérieurs et, croyez-moi, nos entreprises qui exportent, et donc ce serait une difficulté, donc ça dépend d'accords internationaux. Qu'est ce que fait la France ? Et Nicolas HULOT le sait puisqu'il y a passé du temps à Bruxelles pour convaincre nos partenaires européens d'avancer sur la question de la transition énergétique. Nous l'avons fait ensemble, de tout ce qu'on a pu, nous, obtenir auprès de nos partenaires, de ce que la France va porter dans le cadre de la présidence du G7, mais ça ne se fait pas à l'intérieur uniquement de nos frontières. Et c'est un combat qui est éminemment difficile parce qu'on voit bien que les Etats-Unis sont sortis de l'accord de Paris, que nous avons des pays qui sont désalignés, qui ne partagent pas cette préoccupation environnementale, y compris au sein de l'Europe.

RENAUD DELY
Concrètement, la France milite aujourd'hui pour la taxation du kérosène et du fioul maritime. Concrètement quelles instances et à quelle échéance vous espérez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
François de RUGY et Brune POIRSON porteront ces éléments-là dans les instances internationales. Nous l'avons déjà dit, nous le faisons. Nous le faisons à bas prix parce que c'est une bataille difficile, parce qu'il n'est pas populaire. La fiscalité écologique, ce n'est pas populaire chez nos partenaires européens, mais regardez en France. Je vous prends un exemple concret parce qu'on se compare souvent à nos partenaires européens. Sur le nombre de CO2 émis par kilowattheure produit, c'est cent cinq grammes en France. Vous savez combien c'est en Allemagne ? Quatre cent quatre-vingts. En Pologne, c'est plus de huit cents grammes. Donc la France, on est déjà quand tout à l'heure on me disait : mais est-ce que le Président MACRON est un président écologique ? La France est déjà une nation - et ça n'est pas le fait que des dix-huit derniers mois, il y a des choses qui ont été faites avant nous et c'est tant mieux - elle est déjà une nation en avance…

RENAUD DELY
Pourtant, elle ne respecte pas aujourd'hui les objectifs qu'elle s'est fixés elle-même lors de l'Accord de Paris.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous le confirme et c'est bien tout le sens du Haut Conseil pour le climat de nous rappeler à l'ordre, de nous dire : vous avez une dette écologique ; cette année, vous avez produit trop de tonnes de CO2, il va falloir compenser. Et c'est utile et ce sera utile de l'avoir dans les débats pour objectiver aussi les chiffres parce que, pardonnez-moi, mais dans les débats que nous entendons on entend parfois n'importe quoi. Là, on aura des scientifiques indépendants qui nous diront les choses. (…)

RENAUD DELY
Oui, Benjamin GRIVEAUX, la lutte contre le réchauffement climatique, c'est l'affaire aussi de tous les citoyens et pas uniquement du gouvernement et des partis politiques, et il y a d'ailleurs un citoyen qui n'est pas tout à fait un citoyen comme un autre, c'est un ancien président de la République, François HOLLANDE, qui, lui-même se voulait vertu en la matière. C'est ce qu'il a expliqué hier chez nos confrères de France Inter.

FRANÇOIS HOLLANDE, ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE (DOC FRANCE INTER)
Je ne supportais pas comme président que l'Elysée reste allumée, que des bureaux restent allumés la nuit, alors peut-être certains voulaient montrer qu'ils travaillaient la nuit, et donc laissaient la lumière, moi, je considérais... et je faisais moi-même le tour pour éteindre la lumière au niveau de mon étage.

RENAUD DELY
Est-ce que le président MACRON éteint les lumières à l'Elysée avant de quitter son bureau ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il travaille tard et il dort peu, mais je ne me moquerai pas parce que je vois assez bien les jeux de mots qu'on pourrait faire sur le fait d'avoir éteint les lumières. Ce sont de petits affluents que naissent les grands fleuves, et donc ce geste simple, que faisait donc le président François HOLLANDE, d'éteindre les lumières, j'invite chacun et chacune de nos auditeurs à le faire, de préserver, de multiplier les multiprises chez soi, et quand on a plusieurs appareils de les éteindre, j'ai appris, parce qu'on apprend chaque jour, et c'est mes enfants qui m'apprennent ça, qu'une Box allumée toute la journée consommait autant qu'un lave-vaisselle à la fin de l'année. Eh bien donc, désormais, quand je quitte mon domicile, moi, j'éteins la Box. Voilà. Donc ce sont des petites choses…

MARC FAUVELLE
Voilà, c'était le petit geste de Benjamin GRIVEAUX après celui de François HOLLANDE.

BENJAMIN GRIVEAUX
Voyez, voilà.

MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, une enquête préliminaire est ouverte depuis quelques jours auprès du Parquet de Paris au sujet des 144.000 euros de dons qui sont arrivés dans les caisses de La République En Marche en 2017, est-ce que vous savez d'où venait cet argent ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et qui vont être reversés en totalité à la Fondation de France, puisque comme vous le savez, la moitié des dons avaient été identifiés, mais avec des identifications partielles, parce quand vous êtes dans des meetings et que les gens par carte bleue vous donnent 20 euros, 30 euros, 40 euros, parfois, vous notez mal l'adresse mail ou le numéro de téléphone, donc on avait un problème d'identification, et donc la totalité de ces dons, pour les autres qui n'étaient pas identifiés, c'est la règle, on avait bloqué sur un compte, et ce sera versé en totalité à la Fondation de France, il n'y a aucun euro qui n'a donné lieu évidemment à un remboursement, et il n'y a aucun euro qui a été engagé de ces 144.000 euros dans la campagne…

MARC FAUVELLE
C'est quand même étonnant d'avoir 140.000 euros dans les caisses sans savoir qui les a donnés…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais non, ce n'est pas sans savoir qui les a donnés, ce sont des identités incomplètes, parce que lorsque vous êtes, à nouveau, je vous le répète, Marc FAUVELLE, en meeting, vous notez…

MARC FAUVELLE
Si vous vous promenez avec la machine à carte bleue dans les meetings et quelqu'un que vous donne 50 euros, il n'y a pas un reçu qui lui est donné avec le nom ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, et donc, ce que je vous dis, c'est que la personne vous donne son e-mail, vous donne son identité, qu'il vous arrive de mal noter l'e-mail, de ne pas prendre le bon numéro de téléphone, bref, c'est simplement un recueil, et comme cet argent n'a pas été utilisé, il n'y a pas de difficulté, vous le savez très bien.

RENAUD DELY
Mais vous êtes certain qu'il n'a pas été utilisé, vous ne connaissez pas son origine, mais vous êtes certain qu'il n'a pas servi dans la campagne... ?

BENJAMIN GRIVEAUX
... Il n'a pas été utilisé, il a été bloqué sur un compte et il sera reversé à la Fondation de France à nouveau.

RENAUD DELY
Alors le Sénat a connu un incident ces derniers jours, les travaux ont été interrompus pendant trois jours à la suite d'un tweet de votre collègue Gérald DARMANIN, le ministre des Comptes publics, qui a accusé le Sénat d'avoir voté à l'initiative des Républicains une augmentation de 125 % de la déduction fiscale des élus, ce qui revenait, disait-il, à les exonérer d'impôt jusqu'à 150 euros par mois sur leurs indemnités ; les sénateurs se sont indignés de ce tweet. Est-ce que ce n'est pas une façon, en alertant la population comme l'a fait Gérald DARMANIN, de nourrir une forme de populisme anti-élus ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, les mêmes sénateurs qui étaient en soutien pour certains d'entre eux des gilets jaunes ont voté le week-end avant une taxe d'un milliard supplémentaire sur les mutuelles, que nous allons supprimer à l'Assemblée nationale, et le report de l'âge légal de la retraite à 63 ans, donc on ne peut pas avoir deux poids et deux mesures, deux discours, un quand on est au Sénat, et l'autre quand on enfile son gilet jaune pour aller avec les gens sur les ronds-points…

RENAUD DELY
Ils ont corrigé précisément, ils corrigent précisément cette déduction fiscale...

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais, ce que je vous dis…

RENAUD DELY
Pour qu'elle soit réservée aux maires des petites communes…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je vous dis aussi, c'est que les mêmes qui nous disent qu'il y a trop d'impôts en France votent une surtaxe de 40 % sur la mutuelle qui va coûter un milliard d'euros aux Français, je les rassure, on va l'annuler à l'Assemblée nationale, et puis, après, je vous dis les choses, ça va l'instrumentalisation politique, si à chaque fois qu'un tweet du Sénat désagréable à l'endroit du gouvernement, et ça doit arriver à quelques sénateurs d'être désagréables à l'endroit du gouvernement, eh bien, ça suscitait la grève du gouvernement, on ne travaillerait pas souvent. Donc voilà, que chacun garde son calme, c'est le débat politique, il faut assumer les décisions qu'on prend et les choix qu'on faits, et je vous assure qu'on est extrêmement respectueux du Sénat, et que nous savons que le Sénat est un hémicycle où on peut débattre calmement…

RENAUD DELY
Gouverner par tweets comme ça, interpeller par tweets comme ça, ça rappelle... Il y a un petit côté Donald TRUMP dans cet article.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, Donald TRUMP, écoutez, très franchement ! Non, non. Mais, écoutez, que des sénateurs fassent un usage aussi modéré des tweets désagréables à l'endroit du Gouvernement, chacun s'en portera mieux. Je suis assez d'accord avec vous que ce n'est pas en deux cent quatre-vingt-six signes une qu'on a un débat démocratique sans doute de bonne qualité.

RENAUD DELY
Les sénateurs ont voté aussi le gel des hausses de taxes sur les carburants au 1er janvier prochain.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, ils sont dans la contradiction, les Français vont le comprendre. Ils veulent le gel des taxes des hausses sur les carburants et ils ont voté le week-end d'avant un milliard de plus sur les mutuelles de tous les Français. Allez comprendre.

MARC FAUVELLE
Renaud DELY, dernière question.

RENAUD DELY
Un texte a été annoncé et promis par le Président de la République sur la procréation médicalement assistée, la fameuse PMA élargie à toutes les femmes, aux femmes célibataires et aux couples de femmes. Il devait être voté, enfin en tout cas il était annoncé pour la fin de l'année 2018. Il a été repoussé à plusieurs reprises. Maintenant, on est sur un calendrier à l'été 2019.

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle n'a jamais été annoncée comme votée fin 2018 puisque c'est moi qui en ai fait l'annonce. Le texte devait être présenté fin 2018 donc décembre. Il sera présenté au début d'année 2019. Pardonnez-nous ces quelques semaines de retard. Il est arrivé que nous puissions prendre du retard dans le travail parlementaire.

RENAUD DELY
Ce n'est pas une priorité du Gouvernement visiblement la PMA.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il aura été élu en mai 2017 le Président de la République, et le texte sera voté en 2019. Vous pouvez considérer que ce n'est pas une priorité, que ça n'est pas allé suffisamment vite. Dans ce domaine, il est utile de pouvoir d'abord discuter. Nous attendions les conclusions, vous le savez, du Conseil national d'éthique ; elles ont été rendues au mois de septembre, au mois d'octobre. Il est important de pouvoir faire tomber les caricatures. Moi, je ne veux pas que nous revivions la honte que nous avons connue lors du débat sur le mariage où nous avions dans la rue des gens qui manifestaient avec des pancartes qui insultaient les familles homoparentales.

MARC FAUVELLE
Qui faisait honte, Benjamin GRIVEAUX ? Qui faisait honte ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai le souvenir de certaines pancartes, de certains slogans comparant les couples homosexuels à des animaux. Je me dis que pour ces couples homosexuels, que pour leurs enfants, ça devait être insupportable à vivre. Je ne veux pas qu'on revive ça. On prend le temps mais que les choses soient claires, la PMA ce sera fait en 2019. Le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres en début d'année ; c'est un engagement du Président de la République, c'est un engagement qui sera tenu. D'ailleurs le Président de la République a eu l'occasion de le dire aux associations qu'il a reçues la semaine dernière avec Marlène SCHIAPPA au palais de l'Elysée.

MARC FAUVELLE
Merci Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci, merci à vous.

MARC FAUVELLE
On vous laisse partir à l'Elysée je suppose. Nous, on y sera en tout cas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui. Moi je vais, voilà, regarder ça avec attention.

MARC FAUVELLE
Nous aussi à partir de dix heures et demie à vivre en direct évidemment sur Franceinfo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 novembre 2018

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