Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Public Sénat le 27 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants, la politique agricole et sur le Brexit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Public Sénat le 27 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants, la politique agricole et sur le Brexit.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
CYRIL VIGUIER
Et l'invité politique en direct sur ce plateau ce matin, c'est Didier GUILLAUME. Bonjour. Vous êtes le ministre de l'Agriculture et de l'alimentation.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être là, sur ce plateau. Pour vous interroger à mes côtés ce matin, Oriane MANCINI, spécialiste politique de Public Sénat. Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril. Bonjour Monsieur le Ministre.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Stéphane VERNAY, qui dirige le bureau parisien du groupe EBRA, le groupe EBRA, c'est…

STEPHANE VERNAY
Non, pas le groupe EBRA…

CYRIL VIGUIER
Pardon, du groupe Ouest France…

STEPHANE VERNAY
Non, mais ce n'est pas grave. C'est bien, c'est bien aussi…

CYRIL VIGUIER
Voilà, c'est le plus grand journal francophone du monde d'ailleurs…

STEPHANE VERNAY
Ouest France, oui. Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Voilà. Merci d'être là. Didier GUILLAUME, Emmanuel MACRON, on attendu un discours du président de la République ce matin pour répondre aux attentes des gilets jaunes, à 10h30 à l'Elysée. Un discours peut-il changer la donne ? C'est la question ce matin.

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est un discours pour répondre aux Français, pour répondre à la France, pour faire le point sur la situation, disons-nous quelque chose ce matin, ici, sur le plateau de Public Sénat, en 1992, Jacques CHIRAC disait : "la maison brûle et l'on regarde ailleurs", 1992, nous sommes en 2018. Et en 2018, qu'est-ce que l'on constate, que tous les rapports, le GIEC, tous les spécialistes, tous les scientifiques disent que si on continue comme ça, on va vers une catastrophe climatique. Donc la trajectoire de l'Etat des précédents quinquennats, mais de celui-ci en accéléré, c'est de se dire tout simplement : on ne peut pas rester, là, comme cela. Donc des mesures doivent être prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, pour réduire les particules, enfin, il y a des enfants qui peuvent mourir, il y a des enfants qui ne peuvent plus respirer à cause de ces émissions, et on dirait : il faut tout arrêter, non. Donc ce matin, le président de la République va installer le Haut Conseil pour le climat, une instance faite de spécialistes pour parler de cela, mais parallèlement, nous avons des mesures à prendre, des mesures à prendre pour cette transition climatique, mais elles ne peuvent pas se faire uniquement au niveau intellectuel, il faut tenir compte de la souffrance des Françaises et des Français, qui peuvent être choqués, quand on dit : il y a des taxes qui vont être mises pour le diesel, pour l'essence, il faut entendre la souffrance des Françaises et des Français en zone rurale, qui se sentent délaissés, qui se disent : mais c'est toujours pour les autres, c'est pour les métropoles, c'est pour les villes, mais nous, en zone rurale, nous n'avons rien, parce que les services publics sont partis…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous l'entendez suffisamment, est-ce que le gouvernement l'entend suffisamment, et surtout, est-ce qu'il y répond à cette souffrance des Français ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais le gouvernement l'entend, et moi, je l'entends, parce que je vis en zone rurale, et je sais ce qui s'est passé depuis dix ans avec les perceptions qui ont fermé, les POSTE qui ont fermé, les tribunaux qui ont fermé, les gendarmeries, et je pourrais en passer, il y en a des dizaines. Et petit à petit, eh bien, en zone rurale, les gens se sont dit : ce n'est pas pour nous, c'est pour les autres. Alors qu'en zone rurale, il y a des gens qui vivent bien, il n'y a pas que des pauvres en zone rurale, il n'y a pas que des zones rurales pauvres, c'est comme des villes, il n'y a pas que des villes riches, c'est ça auquel il faut penser, et moi, ce que je souhaite, c'est vraiment cette réconciliation, c'est la réconciliation de la France, c'est la réconciliation entre l'urbain et le rural, c'est la réconciliation entre les chômeurs, les salariés et ce qu'on appelle les élites, parce que le président de la République, le gouvernement pensent à ces gens-là, mais aujourd'hui, il y a une incompréhension, cette incompréhension, elle est partie sur deux ou trois choses, et notamment sur le fait de dire, parce qu'il y a un problème gravissime climatique, alors, il faut prendre des mesures, eh bien, ces mesures, nous devons les prendre, mais peut-être regarder comment elles peuvent être mieux comprises par la population.

ORIANE MANCINI
Alors, hier, le Sénat a voté le gel de la hausse des taxes sur le carburant, est-ce que, finalement, ce n'est pas la meilleure solution pour apaiser les choses, pour calmer la colère ?

DIDIER GUILLAUME
Mais non, parce que le problème du Sénat, qui est dans une position politique, une posture politique, c'est de se dire: eh bien, les gens se plaignent sur les taxes, on va supprimer les taxes, je ne sais pas, moi, ce que le président de la République va annoncer tout à l'heure, peut-être…

ORIANE MANCINI
C'est une posture politique pour vous, ce qu'a fait le Sénat hier ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, parce que le problème, ce n'est pas de supprimer les taxes, c'est de faire en sorte que, demain, on vive mieux sur cette planète, alors, si on dit : eh bien, les taxes, on va les amoindrir, on va attendre de façon transitoire, oui, si on dit : on arrête tout ce qui a été mis sur la transition énergétique pour lutter contre les dérives climatiques, non, parce que ça voudrait dire qu'on ne s'occupe pas de nos petits-enfants, de nos arrière-petits-enfants.

STEPHANE VERNAY
Vous venez de dire : on va attendre les taxes de façon transitoire, ça veut dire que vous seriez prêt à suivre la proposition de Brigitte BOURGUIGNON par exemple, qui est la présidente de la Commission des Affaires sociales à l'Assemblée, qui est donc une députée de la majorité, et qui proposait un moratoire sur la mise en place, sur l'augmentation des taxes du carburant.

DIDIER GUILLAUME
Je ne pense pas qu'il faille parler de moratoire, et je vous le dis encore, là, je ne sais pas ce que va…

STEPHANE VERNAY
C'est le terme qu'elle a utilisé en fait…

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais je ne sais pas ce que va annoncer le président de la République, donc je vous donne mes positions, je pense que la lutte…

STEPHANE VERNAY
Mais le fait de prendre un peu de temps avant d'augmenter, ça serait bien ou pas ?

DIDIER GUILLAUME
Pour le climat est essentielle. Aujourd'hui, il faut répondre aux Français qui souffrent, pour leur répondre, il faut leur dire des choses simples, d'abord, expliquer ce qui a été fait, parce que moi, j'ai discuté avec des gens qui me disent : mais la PPE a augmenté, mais ma taxe d'habitation a baissé de 30 % mais sur mon salaire, la baisse des charges, je l'ai vue, j'ai une augmentation de pouvoir d'achat, mais pas pour tout le monde, pas pour tout le monde, et donc aujourd'hui, les gens qui sont obligés de faire des kilomètres 50, 60 kilomètres par jour et qui payent l'essence, qui payent le diesel, même si ça a baissé, ces gens-là se disent : mais ils ne nous ont pas compris. Donc il faut du sens, de la cohérence. Moi, ce que je souhaite, et ce que j'essaie de faire dans ma vie politique, c'est avoir de l'empathie, de la considération pour les Françaises et les Français, leur dire : je comprends ce que vous me dites. Je veux apporter…

ORIANE MANCINI
Mais de la cohérence, est-ce que la cohérence, elle ne doit pas être aussi au niveau du gouvernement ?

DIDIER GUILLAUME
Et elle l'est !

ORIANE MANCINI
Et est-ce que dans ces cas-là, le produit de la hausse des taxes ne doit pas aller entièrement l'écologie ?

DIDIER GUILLAUME
Mais le produit de la hausse des taxes va à l'écologie. La question n'est pas celle-là, la question est : est-ce que les mesures qui sont prises…

ORIANE MANCINI
La question est quand même celle-là, c'est ça qui suscite l'incompréhension, c'est que ces mesures ne vont pas à l'écologie, les Français ne comprennent pas…

DIDIER GUILLAUME
Non, j'entendais ce matin à la télévision des représentants des gilets jaunes, moi, ce qui m'importe, ce n'est pas tant les gilets jaunes, c'est les gilets jaunes, il y faut répondre, mais c'est les Françaises et les Français, c'est toute la France qui souffre, et notamment la France rurale, et eux, la question, c'est leur question de pouvoir d'achat, est-ce que nous pouvons vivre, est-ce que j'ai assez d'argent pour vivre, pour élever mes gosses, c'est de ça dont il s'agit…

STEPHANE VERNAY
Vous proposez des solutions simples…

DIDIER GUILLAUME
Et il faut leur dire…

STEPHANE VERNAY
Alors, lesquelles par exemple, parce que…

DIDIER GUILLAUME
Mais des solutions simples, c'est ce qui a été fait par le gouvernement avec la baisse de la taxe d'habitation…

STEPHANE VERNAY
Donc pas de nouvelles propositions, pas de nouvelles solutions ?

DIDIER GUILLAUME
Mais avec la baisse de la taxe d'habitation, non, mais, ce que je veux dire dans la cohérence, c'est qu'il faut d'abord expliquer ce qui s'est fait, ça, ce sont des mesures concrètes pour le pouvoir d'achat…

STEPHANE VERNAY
Mais le gouvernement fait déjà beaucoup de pédagogie, mais en termes de solutions…

DIDIER GUILLAUME
Mais je pense que ce n'est pas assez compris…

STEPHANE VERNAY
Nouvelles…

DIDIER GUILLAUME
Le deuxième sujet, c'est 500 millions d'euros qui a été mis sur la table pour les chaudières à fuel, pour les voitures, pour changer sa voiture, etc., c'est des mesures fortes, mais en même temps, il y a des Français qui ne peuvent pas changer leur voiture, parce qu'ils n'ont pas les moyens de la changer…

STEPHANE VERNAY
Ni leur chaudière…

DIDIER GUILLAUME
Et moi, je ne veux pas les montrer du doigt parce qu'ils roulent en diesel, parce que pendant des années, on leur a dit d'avoir du diesel et parce que c'est moins cher, et qu'en zone rurale, chez moi, dans la Drôme, la plupart des véhicules sont des véhicules diesels. Donc je ne veux pas les montrer du doigt, ces gens-là, il ne faut pas les stigmatiser, il faut les comprendre. Et donc le président de la République, ce matin, va faire des annonces, outre le Haut Conseil qui sera au climat, qui sera très important, pour orienter les choses dans les années qui viennent, mais c'est la réponse…

CYRIL VIGUIER
Ce n'est pas un Haut Conseil supplémentaire ? Ce n'est pas encore un Haut Conseil pour évacuer les problèmes…

ORIANE MANCINI
Très important pourquoi ? Il apporte quoi de plus par rapport au CESE…

CYRIL VIGUIER
Denis JEAMBAR parlait de ça tout à l'heure…

ORIANE MANCINI
Par rapport au CESE, par rapport à ce qui existe déjà ?

DIDIER GUILLAUME
Ça veut dire que si on ne fait rien, vous dites : eh bien, ils ne font rien, et puis, si on conserve, vous dites : eh bien, ça sert à quoi de concerter, il y a une semaine, j'aurais été là, on m'aurait dit : mais pourquoi vous ne répondez pas à Laurent BERGER, et aujourd'hui, le gouvernement y répond, vous me dites : mais ça ne sert à rien d'y répondre. Non, il faut être sérieux, ce matin, il y aura tout le monde autour de la table, et puis, il faut qu'il y ait des concertations dans toute la France, il faut que tous ceux qui ont quelque chose à dire le disent, voire même les représentants, les 8 représentants des gilets jaunes. Mais moi, je suis pour la démocratie représentative, quand j'entends : il faut la démission de MACRON, il faut la démission du député, non, ce n'est pas ça la République. Moi, je suis un républicain, il faut que chacun vive avec les règles, on aime ou on n'aime pas le président de la République, on est contre ou pour la politique, c'est une autre histoire, mais là, ce qu'il faut, c'est régler la souffrance des Français. Je pense que le président de la République a entendu cela, et il va y répondre en disant un certain nombre de choses et en faisant un certain nombre de propositions – mais je veux bien vous le redire – dans la trajectoire d'apaisement, de compréhension, d'empathie avec les Français, de solutions qu'il faut apporter, mais la trajectoire sur le climat, sur les émissions de gaz à effet de serre, il ne faut pas totalement la laisser tomber, il peut y avoir des transitions, mais il ne faut pas la laisser tomber, ce serait dramatique pour l'avenir de la planète.

CYRIL VIGUIER
C'est Didier GUILLAUME, le ministre de l'Agriculture et l'alimentation qui est notre invité politique aujourd'hui sur ce plateau. Oriane MANCINI ?

ORIANE MANCINI
Un mot sur ce qu'a dit François HOLLANDE hier, quand même un ancien président de la République, en parlant de la réforme de l'ISF, on paye toujours sa première erreur et on la traîne tout au long de son mandat ; est-ce qu'il n'a pas raison, François HOLLANDE ?

DIDIER GUILLAUME
Ecoutez, moi, je ne veux pas rentrer dans la polémique, il a eu un mandat, il a peut-être fait des erreurs lui aussi, il a peut-être traîné lui aussi pendant le mandat, ce n'est pas ça le sujet, je l'ai soutenu pendant tout son quinquennat, donc je n'ai pas d'état d'âme à dire ça, c'est difficile, mais la suppression de l'ISF, ce n'est pas une erreur, ce n'est pas une erreur, nous étions le seul pays, et ça ne rapportait rien, sauf que ça n'a pas été compris, le problème, c'est expliquer aux gens que lorsqu'on supprime l'ISF pour le transformer en IFI, et lorsque, parallèlement, on met des mesures, eh bien, les gens se disent : mais c'est encore pour eux là-haut. Ce n'est pas pour nous. Donc nous devons expliquer que c'est pour eux, nous devons expliquer que l'augmentation du pouvoir d'achat, c'est pour eux, que la France a repris des emplois industriels cette année, c'est un plus, que le chômage est en train de se stabiliser, que la croissance est à 1,6, elle se maintient, c'est ça, c'est tout cet environnement économique et social que nous devons mettre en place.

CYRIL VIGUIER
Didier GUILLAUME, on a vu la colère évidemment des gilets jaunes avec tous ces mouvements, il y a aussi la colère du monde agricole, votre secteur vous êtes ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, comment allez-vous y répondre ? Est-ce qu'il ne peut pas y avoir d'effet de domino, là, avec cette affaire ?

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, moi, je vis dans le monde rural, je suis fils de paysans, je connais bien ce secteur, le président de la République m'a fait l'honneur de me nommer à ce poste de ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, je les vois tous les jours, je fais beaucoup de déplacements, et j'essaie, là aussi, de mettre de la cohérence et d'y répondre. Aujourd'hui…

CYRIL VIGUIER
On a vu un sujet sur Nîmes, là, ce matin, dans le JT des territoires, où il y avait ces agriculteurs en colère...

DIDIER GUILLAUME
Oui, mais tout le monde est en colère aujourd'hui, et il faut répondre à cette colère, et moi, je comprends la colère des paysans qui disent : eh bien, je vends mes produits mais moins chers que ce je les produis, ce n'est pas normal. Je comprends la colère des paysans qui disent : on a eu une sécheresse, et puis, on n'en peut plus. Je comprends la colère des paysans qui disent : eh bien, on attend des aides de la PAC, mais elles ne sont toujours pas arrivées, je le comprends tout cela, mais moi, mon rôle…

ORIANE MANCINI
Alors, vous le comprenez, mais là aussi, comment vous allez y répondre à cette colère des agriculteurs ?

DIDIER GUILLAUME
Mais, je vais vous le dire, j'y réponds, j'y réponds en leur disant que, avec la loi Egalim et l'ordonnance que je vais prendre la semaine prochaine, nous allons inverser la construction du prix pour que la valeur…

ORIANE MANCINI
Quelle ordonnance la semaine prochaine ?

DIDIER GUILLAUME
La valeur, elle soit…

ORIANE MANCINI
Pour nous expliquer, quelle ordonnance vous allez prendre la semaine prochaine ?

DIDIER GUILLAUME
La semaine prochaine, nous allons prendre une ordonnance, qui est dans la continuité de la loi, suite aux états-généraux, pour inverser la construction des prix pour que la valeur ajoutée soit mieux répartie. Nous allons revenir sous le seuil de revente à perte, enfin, il n'est pas possible que dans les grandes surfaces, on vende des produits moins chers que ce que ça coûte ! Le problème, ce n'est pas ce que ça coûte, mais c'est ce que ça vaut. Et lorsqu'on fait tant de promotions, lorsqu'on vend des produits, il faut que les Français comprennent que ça a un coût, ça a une valeur, le produit agricole. Donc ça, c'est une chose. Sur la sécheresse, il y a beaucoup d'argent qui est mis sur la table, et je réponds à la détresse de la sécheresse, il y a des aides qui ont été annoncées, et nous allons continuer à aller plus loin…

CYRIL VIGUIER
Il pourrait y en avoir de plus en plus de sécheresse en plus…

DIDIER GUILLAUME
Mais oui, mais la sécheresse, il y en aura de plus en plus, on le voit bien, nous parlions tout à l'heure du climat, mais on voit bien ce qui se passe avec le désordre climatique, quasiment en même temps, on a eu l'Aude, avec ce drame atroce et ces inondations et des morts, et parallèlement, on a une sécheresse terrible dans le Nord de la France et dans le Centre de la France et ailleurs, où il n'y a plus rien qui pousse, où les animaux sont en train de dépérir, donc c'est ça, et moi, Cyril VIGUIER, je réponds à cette souffrance-là avec des mesures concrètes, parce que moi, je ne suis pas un spectateur ni un commentateur, je veux la preuve par l'exemple, donc je veux répondre aux questions qui me sont posées.

CYRIL VIGUIER
Celles de Ouest France alors…

STEPHANE VERNAY
Alors, parmi les questions qui vous sont posées, il y a des sujets qui fâchent les agriculteurs aujourd'hui, il y a la question de la suppression de l'exonération des charges pour les travailleurs saisonniers, quand vous étiez sénateur, vous aviez qualifié cette suppression de charges d'erreur monumentale, de choix mortifère, aujourd'hui, vous êtes au gouvernement, vous êtes plutôt en train de défendre cette idée. Est-ce que vous êtes obligé finalement de changer d'avis de par votre nouvelle fonction, et comment est-ce que vous pouvez répondre à la critique sur ces exonérations de charges ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je n'ai pas changé d'avis, vous avez vu que…

STEPHANE VERNAY
Expliquez-nous…

DIDIER GUILLAUME
Qu'il n'y a quasiment plus de critiques. J'ai dit, lorsque j'étais sénateur, j'ai posé une question au gouvernement en disant c'était une erreur de supprimer les exonérations pour les travailleurs saisonniers…

STEPHANE VERNAY
Du coup, vous allez intervenir pour qu'elles soient maintenues ?

DIDIER GUILLAUME
Mais c'est fait ! Mais c'est déjà fait…

ORIANE MANCINI
Oui, il y a une période de transition.

DIDIER GUILLAUME
C'est déjà fait. C'est déjà fait. Il y avait zéro au budget, au PLFSS à l'Assemblée nationale, on a rajouté 110 millions d'euros, donc ça monte à 1,15 du Smic, donc on a réglé la question pour environ 90 % des exploitations, c'est un peu compliqué, excusez-moi de rentrer dans le détail…

STEPHANE VERNAY
Oui, c'est vrai que c'est complexe, mais là, la FNSEA fait ses comptes en disant que ça va coûter 39 millions d'euros l'année prochaine aux employeurs…

DIDIER GUILLAUME
Oui, c'est ça, au lieu de 150…

STEPHANE VERNAY
Mais 66 la suivante, et 144…

DIDIER GUILLAUME
Non, non, non, non…

STEPHANE VERNAY
C'est les chiffres…

ORIANE MANCINI
Et que le Sénat avait voté des mesures plus favorables pour eux…

DIDIER GUILLAUME
Alors, le Sénat voulait revenir sur la situation ante, mais ce n'est pas possible puisque le secteur agricole est le secteur qui bénéficie le plus des réformes fiscales du gouvernement MACRON, puisqu'aujourd'hui, les agriculteurs gagnent en tout plus de 50 millions de baisses de charges, c'est une réalité, la TICPE sur le carburant, les baisses de charges directes, la transformation du CICE en baisse de charges…

CYRIL VIGUIER
Ils vont le percevoir quand, ça, ils vont s'en rendre compte quand ?

DIDIER GUILLAUME
Là, c'est le 1er janvier 2019.

STEPHANE VERNAY
Donc les agriculteurs sont gagnants, même si on supprime ces exonérations-là ?

DIDIER GUILLAUME
Alors les agriculteurs... non, mais moi, je vous parle très franchement, les agriculteurs sont gagnants en général. Les agriculteurs qui emploient uniquement des travailleurs saisonniers ne sont pas gagnants, eux, parce qu'ils ont une petite différence, je l'avoue humblement, mais quand j'ai été nommé ministre de l'Agriculture, c'était supprimé, aujourd'hui, je peux dire que non seulement, ce n'est pas supprimé, mais ça a été remis à 90 %.

CYRIL VIGUIER
Allez, on parle du Brexit maintenant, Oriane MANCINI.

ORIANE MANCINI
Oui, un Brexit, puisque la question de la pêche n'est pas réglée dans l'accord qui a été signé, elle a été renvoyée à la période de transition, est-ce que c'est une bombe à retardement ?

DIDIER GUILLAUME
Non, la question de la pêche est quasiment réglée si je peux me permettre, alors, on va voir comment les choses se passent, on va voir si Theresa MAY peut faire voter à son Parlement le Brexit, la France a toujours dit, le président de la République l'a dit à nouveau, que la pêche ne serait pas la variable d'ajustement du Brexit, qu'il était hors de question de considérer qu'on traitait tout le reste, et que la pêche, c'était annexe, de quoi s'agit-il ? Il faut simplement que les pêcheurs français, comme les pêcheurs espagnols, puissent continuer à aller pêcher dans les eaux territoriales britanniques.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que c'est si simple que ça, vous dites simplement…

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, ça fait partie de la négociation, ça fait partie du débat. Et nous avons des mesures de rétorsion, ce n'est pas annexe, ça fait partie de la négociation globale, et aujourd'hui, de toute façon, jusqu'en 2020, fin 2020, il n'y aura pas de problème, et dans cette période transitoire, il y a des négociations avec le Royaume-Uni pour savoir comment les choses peuvent se passer, mais ça va être du gagnant-gagnant, parce que tout le monde a à y gagner et tout le monde a à y perdre.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que les mesures de rétorsion sont si fortes que ça ? Est-ce que la Grande-Bretagne ne peut pas dire : je ferme mes eaux territoriales, je vends mon poisson sous les règles de l'OMC, même si les tarifs douaniers sont plus élevés ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien, la Grande-Bretagne importe plus de poissons qu'elle n'en vend, contrairement aux Français, c'est une réalité. Donc la Grande-Bretagne ne peut pas attaquer sur tous les fronts et ne peut pas faire la guerre à tout le monde. Donc la Grande-Bretagne…

ORIANE MANCINI
Donc pas d'inquiétude pour les pêcheurs français ?

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui, non, je me suis battu beaucoup la semaine dernière au Conseil européen à Bruxelles de l'Agriculture, et le président de la République et Nathalie LOISEAU l'ont fait ce week-end.

STEPHANE VERNAY
Est-ce qu'il y a d'autres sujets en lien avec l'agriculture dont il faut s'inquiéter par rapport au Brexit, moi, je pense notamment à l'économie régionale bretonne avec beaucoup de maraîchers qui exportent en Grande-Bretagne, est-ce qu'ils doivent avoir peur de conséquences possibles du Brexit sur leur économie, leur activité ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je pense que... il y a eu ce week-end une bonne et une mauvaise nouvelle, la mauvaise nouvelle, c'est qu'il y a un pays qui quitte l'Union européenne, c'est une mauvaise nouvelle, cette construction qui a été menée depuis l'après guerre…

STEPHANE VERNAY
Et la bonne nouvelle, c'est que le Brexit a été bien négocié par la France, c'est ce que disait Emmanuel MACRON dimanche…

DIDIER GUILLAUME
Voilà, la bonne nouvelle, c'est que... oui, et la bonne nouvelle, c'est que Michel BARNIER, un Français, a fait une bonne négociation avec le Royaume-Uni, après, il y aura des conséquences, puisque nous allons être le premier pays d'entrée de la nourriture et des produits britanniques, on sait très bien qu'on a un problème de douane, nous avons créé des postes de douaniers, qu'on a un problème de contrôles vétérinaires, nous avons créé des postes dans les services vétérinaires, c'est quelque chose de très important.

CYRIL VIGUIER
Les abattoirs.

ORIANE MANCINI
Autre sujet, les abattoirs, puisque quelques jours après votre arrivée au ministère de l'Agriculture, vous avez pris la décision de fermer un abattoir dans l'Indre, est-ce que depuis, il y a eu d'autres cas de maltraitance et d'autres cas de fermeture ?

DIDIER GUILLAUME
Non, ma main n'a pas tremblé, je l'ai dit très clairement, s'il y a de la maltraitance animale dans les abattoirs, si elle est avérée, je fermerai les abattoirs…

ORIANE MANCINI
Il n'y a pas de nouveaux cas ?

DIDIER GUILLAUME
Il n'y a pas d'autre cas. Ce que je ne trouve pas bien, c'est les intrusions, c'est les caméras, c'est des groupes qui vont aller montrer du doigt, et l'Etat est là, et si on doit fermer d'autres abattoirs, je fermerai d'autres abattoirs…

CYRIL VIGUIER
Et s'ils ne l'avaient pas fait, vous pensez que ça serait aussi public que ça ?

DIDIER GUILLAUME
Mais on a des contrôles vétérinaires qui le font, eh bien, ça serait public, je n'en sais rien. Il se passe des choses. Moi, je crois à l'Etat, il y a des services vétérinaires qui contrôlent les choses. Mais très bien, donc, ça a été fermé.

CYRIL VIGUIER
Didier GUILLAUME, un haut fonctionnaire du Sénat soupçonné d'espionnage au profit de la Corée du Nord, vous étiez président du groupe socialiste longtemps au Sénat, vous connaissez bien cette maison, c'est des choses possibles ça dans les institutions…

DIDIER GUILLAUME
Enfin, j'ai envie de rire et de sourire…

CYRIL VIGUIER
Les infiltrés…

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas vous répondre, je ne sais pas vous répondre…

CYRIL VIGUIER
Vous le connaissiez ? Vous l'aviez croisé ?

DIDIER GUILLAUME
J'ai vu qu'il travaillait... je l'avais déjà croisé, oui, j'ai vu qu'il travaillait au service patrimoine et aux jardins, je ne sais pas si sur la plantation des fleurs, des tulipes, des orchidées, il y a des secrets d'Etat, je ne peux pas dire, mais je ne veux pas…

CYRIL VIGUIER
C'est le bureau des légendes, là, non, c'est le bureau des légendes au Sénat ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne veux pas en plaisanter, pare que je n'en sais fichtre rien.

CYRIL VIGUIER
Vous avez mangé de la viande devant 450 millions de téléspectateurs récemment, la vie de ministre a des beautés qu'on ignorait.

DIDIER GUILLAUME
Oui, j'étais à Shanghai, et vous êtes bien informé, Cyril VIGUIER, j'étais à Shanghai pour la Foire internationale import-export, la Chine a annoncé qu'elle allait importer 30.000 milliards de dollars de nourriture, et donc nous avons amené la première tonne de boeuf…

CYRIL VIGUIER
Que vous avez mangé devant les téléspectateurs chinois !

DIDIER GUILLAUME
Oui, devant les téléspectateurs chinois.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Didier GUILLAUME, ministre de l'Agriculture…

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous…

CYRIL VIGUIER
Et de l'alimentation, ça tombe bien !

DIDIER GUILLAUME
Absolument.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 novembre 2018

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