Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à BFM TV le 28 novembre 2018, sur le "maintien du cap" de l'augmentation des taxes sur les carburants, les mesures d'accompagnement et la politique budgétaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à BFM TV le 28 novembre 2018, sur le "maintien du cap" de l'augmentation des taxes sur les carburants, les mesures d'accompagnement et la politique budgétaire.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Edouard PHILIPPE, bonjour.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venu répondre ici aux Gilets jaunes, mais pas qu'aux Gilets jaunes, à toutes celles et ceux qui les soutiennent, ou qui les comprennent, silencieusement, qui ne disent rien. Alors, moi je ne suis pas leur porte-parole, mais je porte leurs questions, leurs angoisses et leurs colères. Alarme environnementale, alarme sociale, a dit hier le président de la République, alors je vais commencer avec l'alarme environnementale. Au nom de l'alarme environnementale, augmenterez-vous, comme prévu, les taxes sur les carburants le 1er janvier ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, le 1er janvier oui. Le président l'a dit, on a fixé un cap, et on va tenir ce cap, et ensuite le président de la République a indiqué comment est-ce qu'on allait procéder à ces augmentations, pour être à la fois déterminés, et raisonnables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Déterminés et raisonnables. Edouard PHILIPPE, augmentation des taxes chaque 1er janvier jusqu'à la fin du quinquennat, c'est bien cela ? Taxe sur le diesel, sur le gasoil.

EDOUARD PHILIPPE
Il y a deux éléments dans la taxe, vous savez, il y a un élément qui fait qu'on va aligner la fiscalité du diesel sur l'essence, pour corriger quelque chose qui est une vieille décision française de favoriser le diesel par rapport à l'essence, on pense que ce n'est plus très juste, et donc on va aligner le diesel sur l'essence, et puis il y a ensuite cette taxe carbone sur laquelle beaucoup de gens s'étaient engagés avant les élections présidentielles, qui consiste à dire il faut que l'augmentation du prix du pétrole soit prévisible et irréversible. Ce qui est vrai c'est que quand a dessiné cette trajectoire carbone, quand on l'a fait votée en 2017, pas en 2018, en 2017, au moment de la loi de programmation des finances publiques - je passe - le prix du pétrole était relativement bas. Il a beaucoup augmenté au milieu de l'année 2018, pour atteindre un pic au mois d'octobre, beaucoup augmenté, pas à cause des taxes, il a beaucoup augmenté à cause du fait que le prix du pétrole il ne dépend pas de ce qui se passe en France, en réalité il dépend de l'offre et de la demande mondiale, il dépend de la situation géopolitique, il dépend des décisions prises en Arabie saoudite, aux Etats-Unis et en Russie, ou ailleurs, donc il peut augmenter. Il y a eu une très forte augmentation, et puis il y a eu une diminution, depuis 1,5 mois on voit une assez nette diminution du prix du pétrole, y compris à la pompe désormais. Ce qu'a dit le président de la République, au fond c'est simple : on ne revient pas sur le principe de la trajectoire carbone, on l'a fixé, on l'assume, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc augmentation des taxes chaque 1er janvier.

EDOUARD PHILIPPE
Mais, si vous me permettez, on ne fait pas la double peine, c’est-à-dire que si dans le courant de l'année, il y a un envol du prix de la matière première, le prix du pétrole flambe parce que, une des raisons que je viens d'évoquer se manifeste, alors dans ce cas-là, sans qu'on renonce, on fait, on peut revenir au niveau de la taxe qui avait été fixée au 1er janvier de l'année en cours. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, on ne se fixe pas un prix qui ne bougerait pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Soyons concrets.

EDOUARD PHILIPPE
J'essaie de l'être, j'essaie d'expliquer un mécanisme, qui n'est pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmentation, prenons des chiffres, augmentation de 6 centimes de la taxe à partir du mois de janvier.

EDOUARD PHILIPPE
Vous allez évidemment me poser cette question, et je ne peux pas encore vous répondre, je ne peux pas encore vous répondre sur exactement comment le dispositif va marcher, et pour une très bonne raison, pas du tout parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

EDOUARD PHILIPPE
Parce que ce dispositif il va être discuté à l'Assemblée nationale, il va être discuté au Sénat, il va être adopté par le Parlement, et si aujourd'hui je vous donne un chiffre, et que ce n'est pas le chiffre qui est voté, qui n'est pas le chiffre qui est discuté, j'aurais l'air de quelqu'un qui ne dit pas la vérité et je n'aime pas ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais concrètement, concrètement ?

EDOUARD PHILIPPE
Donc, concrètement, concrètement, il y a une trajectoire d'augmentation de la taxe qui est prévue au 1er janvier de chaque année, nous maintenons cet objectif, mais dans le courant de l'année, chaque trimestre, c'est ce qu'a dit le président de la République, chaque trimestre on verra quelle est l'évolution du prix de la matière première, et si l'évolution du prix de la matière première est tellement élevé, alors dans ce cas-là on pourra revenir au niveau initial qui prévalait au 1er janvier de l'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, si les cours du pétrole baissent, les taxes ne baisseront pas, mais si les cours du pétrole montent, les taxes baisseront ?

EDOUARD PHILIPPE
La taxe carbone pourra en effet être fixée au niveau du 1er janvier et ne plus augmenter, c'est ça le principe, c’est-à-dire éviter la double peine. Si le prix monte à cause de phénomènes que nous ne maîtrisons pas, alors nous ne rajoutons pas, voyez, cette étape supplémentaire, cette taxe supplémentaire, voilà, c'est ça. Déterminer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était la TIPP flottante…

EDOUARD PHILIPPE
Je ne veux pas rentrer dans le…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un système voisin quoi !

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis pas un spécialiste de la fiscalité, mais enfin, je ne veux pas rentrer dans le détail, c'est un peu différent de ce qu'on a appelé la TIPP flottante, pourquoi ? Parce que la TIPP flottante reposait sur l'idée d'un prix qui était un prix plafond, et donc on faisait baisser les taxes à proportion de l'augmentation de la matière première. Bref, la TIPP flottante elle a été arrêtée, pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Echec.

EDOUARD PHILIPPE
Parce que ça ne marchait pas, il faut quand même se le dire, c'était à la fois un renoncement sur l'idée de la trajectoire carbone, et en plus un échec.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et l'Etat perdait beaucoup d'argent.

EDOUARD PHILIPPE
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, là vous ne perdrez pas beaucoup d'argent là ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais, Monsieur BOURDIN, une remarque. L'augmentation des taxes est évidemment là pour financer en bonne partie la transition écologique, elle est aussi là pour financer en bonne partie la transition écologique, elle est aussi là pour financer le budget général qui permet de financer l'action de l'Etat, les écoles, enfin bref, tout le reste, qui est important aussi. Moi j'ai beaucoup entendu, et c'est parfaitement légitime, les Gilets jaunes, et d'autres d'ailleurs, expliquer qu'ils voulaient qu'on baisse le niveau des impôts et des taxes en France, je peux parfaitement le comprendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

EDOUARD PHILIPPE
J'en suis sûr, c'est d'ailleurs un engagement qui a été pris par le président de la République, c'est un engagement qu'on va tenir. J'entends l'impatience sur le fait qu'il faudra aller plus vite dans la diminution des impôts et des taxes, et si je pouvais vous le dire de façon… je la partage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne pouvez pas.

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien je vous le dis, je la partage cette impatience à diminuer le montant des impôts et des taxes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous ne pouvez pas.

EDOUARD PHILIPPE
Mais je suis obligé de le faire lentement, on le fait, on le fait Monsieur BOURDIN, et vous le savez très bien. On a diminué, et diminué de façon considérable, la fiscalité, ou les prélèvements qui pesaient sur le travail, on l'a fait, c'est considérable, on a diminué la taxe d'habitation, cette année, cette année, c'est près de 10 milliards d'euros de diminution, si vous le faites en net avec les augmentations, c'est 8 milliards d'euros…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça n'empêche pas la colère !

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas dit que ça empêchait la colère, et ça n'empêche pas l'impatience, et encore une fois je comprends la colère, et d'une certaine façon je partage l'impatience, mais je ne peux pas le faire à un rythme déraisonnable. je suis obligé de prendre en compte le fait que, on a une dette qui est à 100 % de notre PIB, je suis obligé de prendre en compte le fait que depuis 40 ans il n'y a pas un gouvernement qui a équilibré le budget, et ça c'est une donnée. Alors, je reconnais que c'est… on préférerait que ce soit différemment, vous, moi, tout le monde, les Gilets jaunes, je reconnais, mais c'est là, et je ne peux pas faire comme si ce n'était pas là. Donc, j'essaie de le faire à mon rythme, mais je suis déterminé, le président de la République s'y est engagé, on va baisser le niveau d'impôts et de taxes en France, on va le faire, et on a commencé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir tout à l'heure. Au nom de l'alarme environnementale, toujours, le mot alarme d'ailleurs, le mot alarme…

EDOUARD PHILIPPE
Ça fait longtemps qu'elle sonne l'alarme, Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi alarme ? Ça veut dire urgence…

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut prendre des mesures d'urgence.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, on en prend Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous venez de me parler d'une mesure sur les taxes sur les carburants, mais moi je…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais attendez, une taxe ce n'est pas une politique environnementale, c'est un élément, mais ce n'est pas une politique environnementale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, l'alarme environnementale, lancement d'un débat national, on est bien d'accord ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un débat national, dans les territoires, sur la transition écologique, c'est bien cela ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec qui, quand, comment ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, l'idée c'est de dire, comment est-ce qu'on associe l'ensemble de ceux qui sont intéressés par ce sujet, à la définition des bonnes mesures d'accompagnement, c'est ça. Encore une fois, une politique environnementale ce n'est pas une taxe, on est parfaitement conscient de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord, mais qui ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais consulter, à partir de demain, mes rendez-vous commencent demain, ce qu'on appelle parfois les corps intermédiaires, tous les représentants, pour leur demander…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Syndicats, patronaux, salariés ?

EDOUARD PHILIPPE
Plus large que ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Associations ?

EDOUARD PHILIPPE
Associations, élus locaux, tous ceux qui souhaitent venir nous dire comment est-ce qu'ils envisagent cette réflexion, qui doit durer 3 mois, qui doit, à mon avis, être très territorialisée, je n'ai pas envie d'une grande conférence à Paris, je ne crois pas que ce soit utile, je préférerais que les conférences…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans chaque région, dans chaque département ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, peut-être même d'ailleurs, si c'est possible, on va voir ce que me disent mes interlocuteurs, mais si c'est possible, un peu en dessous du niveau départemental. Quand j'étais maire du Havre, les grand-messes qui avaient lieu à Rouen, les Havrais ils n'y allaient pas souvent, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans des grandes villes, dans…

EDOUARD PHILIPPE
J'imagine que c'est pareil dans d'autres départements, y compris celui que vous connaissez bien. Donc, l'idée c'est comment est-ce qu'on fait pour organiser, non pas un débat pour le plaisir de débattre, j'aime bien débattre, mais ce n'est pas le sujet, une méthode de travail qui nous permette de trouver des solutions, concrètes, d'accompagnement. Est-ce que vous me permettez, Jean-Jacques BOURDIN, de vous donner un exemple sur ce que j'ai en tête ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

EDOUARD PHILIPPE
Il faut me laisser 30 secondes. Il n'y a pas très longtemps on a indiqué qu'un des objectifs du gouvernement c'était de faire en sorte d'accompagner, d'aider, ceux qui voulaient changer leur chaudière au fioul, ça a été parfois interprété comme la possibilité d'interdire les chaudières au fioul. Il ne s'agit pas de ça, il y a des gens qui n'ont pas d'alternative, on ne va pas interdire les chaudières au fioul, mais on sait que la chaudière fioul ça pollue beaucoup et c'est très exposé aux prix du pétrole. Donc, comment est-ce qu'on fait, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a pas beaucoup de temps, il y a peu de temps nous avions des crédits d'impôt pour installer des chaudières au fioul, enfin bon !

EDOUARD PHILIPPE
Mais oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle génération.

EDOUARD PHILIPPE
Mais vous voyez ça, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Condensation.

EDOUARD PHILIPPE
Ça, c'était incohérent avec une politique environnementale, et donc ce qu'on veut c'est essayer de proposer, à ceux qui le peuvent, à ceux qui le souhaitent, des mesures pour les accompagner, pour les aider, à changer de système. Il y en a qui peuvent passer à la chaudière à gaz, c'est possible, il y en a qui doivent, par exemple, s'ils veulent changer doivent passer à la pompe à chaleur, c'est très cher à l'achat, j'en suis parfaitement conscient, c'est très cher à l'achat. Sur le fonctionnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut avoir les moyens d'acheter.

EDOUARD PHILIPPE
Mais bien sûr; sur le fonctionnement ça peut être intéressant, mais à l'achat c'est très cher, et si vous dites aux Français, eh bien écoutez, désolé, c'est la transition écologique, vous allez passer à la pompe à chaleur, qui 12.000 euros à l'achat, eh bien ils ne peuvent pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors comment faites-vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien on essaie de l'accompagner. Donc nous on a mis de l'argent sur la table, pas un peu d'argent, Monsieur BOURDIN, beaucoup d'argent. Pour un ménage très modeste, qui aurait une chaudière au fioul, et qui voudrait passer à une pompe à chaleur, mais qui ne peut pas parce que ça coûte trop cher à l'achat, 12.000 euros à l'achat, on a mis sur la table quelque chose qui peut monter jusqu'à 7500, voire 8000 euros, ce n'est pas rien, reconnaissez que ce n'est pas rien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le reste ?

EDOUARD PHILIPPE
La question c'est le reste. Donc, moi ce que je veux, ce n'est pas simplement dire je vais mettre un paquet d'argent, qui n'est d'ailleurs pas le mien, c'est l'argent des Français, parce qu'on pense que c'est utile d'accompagner les Français les plus modestes, ou même tous les Français, dans cette transition, et que ça ne marche pas. Ce que je veux discuter, ce que je veux discuter, c'est comment est-ce qu'on fait pour que la solution d'accompagnement elle touche le Français chez lui, discuter avec les banques, discuter avec les distributeurs, discuter avec les associations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les 4000 euros seraient pris en charge par les banques, par les distributeurs ?

EDOUARD PHILIPPE
Discuter avec les associations de consommateurs, pour imaginer un système dans lequel, à la fin, est-ce que c'est avec une location avec option d'achat, est-ce que… trouver des solutions pratiques, mais qui parlent, qui parlent au Français, chez lui, et qui lui permettent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'objectif du débat national dans les territoires.

EDOUARD PHILIPPE
Il doit nous permettre de trouver ces solutions pratiques, parce que moi je peux trouver des solutions, mais je vais vous dire, les solutions que je trouve dans mon bureau, même si j'y crois, ce n'est pas forcément les plus efficaces, et tout le monde le sait, et vous aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les Gilets jaunes seront associés à ces débats ?

EDOUARD PHILIPPE
Je le souhaite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les recevoir, vous allez recevoir les représentants ou pas ? Ils le demandent !

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, je vous ai dit, à partir de demain je vais recevoir les organisations syndicales, patronales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais eux aussi ?

EDOUARD PHILIPPE
S'il y a une délégation représentative de Gilets jaunes qui souhaite être reçue, je le ferai, je le ferai avec la volonté d'écoute et de dialogue, qui est la mienne, et en essayant de prendre en compte ce qu'ils formulent, parce que dans ce qu'ils formulent il y a beaucoup de choses très légitimes, il y a beaucoup de choses qui doivent être entendues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais parler du pouvoir d'achat…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alarme, c'est le président de la République qui a employé ce mot alarme, l'urgence, toujours environnementale. Les véhicules, je veux acheter un véhicule plus propre pour remplacer mon vieux véhicule, j'ai droit à une prime à la conversion, on est bien d'accord, oui, mais je n'ai pas un sou, je n'ai pas un sou pour changer mon véhicule. C'est la même chose ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est un peu la même solution que je voudrais évoquer avec vous Jean-Jacques BOURDIN. Cette prime à la conversion d'abord, un mot, elle marche, et elle marche mieux que ce qu'on pensait. On s'était dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai; on s'était on va en faire peut-être 500.000 sur le quinquennat, en fait on en a déjà fait 280.000, ça marche, très bien. Donc, qu'est-ce qu'on dit? Eh bien on a un instrument qui marche, on va le renforcer. Il y a 10 jours j'ai mis un paquet sur la table, j'ai mis 500 millions d'euros, c'est beaucoup d'argent, parce que là encore on pense qu'il faut aider les Français dans cette transition, 500 millions d'euros. Cette prime à la conversion, cette super prime, elle a pour objet d'aider les 20 % de Français les plus modestes, et ceux qui sont actifs, pas forcément soumis à l'impôt sur le revenu, mais actifs, et qui ont besoin de leur véhicule, et qui font plus de 60 kilomètres par jour, pour le lien domicile-travail, ils ont besoin de leur véhicule pour aller travailler. Ceux-là on veut les aider encore plus, c'est la super prime qu'on a mis sur la table, 4000 euros, voire 5000 euros. Ce n'est pas rien quand il s'agit d'acheter un véhicule, pas simplement un véhicule neuf, pas simplement un véhicule électrique, ils sont chers aujourd'hui les véhicules électriques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, je sais.

EDOUARD PHILIPPE
Un véhicule d'occasion qui consomme moins, qui pollue moins, donc les accompagner c'est bien. Mais là encore, c'est le même sujet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le reste à charge, même chose.

EDOUARD PHILIPPE
C'est le reste à charge. Il y a beaucoup de gens, il y a beaucoup de Français, qui ne peuvent pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment vont-ils faire ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien c'est pour ça qu'on discute avec les constructeurs, qu'on discute avec les banquiers, pour là encore trouver les solutions, vous savez, la bonne solution, pas simplement le montant d'argent, pas simplement le système juridique, la bonne solution, la solution adaptée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Encore faut-il que je puisse rembourser ! Quand je gagne 1200 euros par mois, encore faut-il que je puisse rembourser.

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez parfaitement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même un prêt à taux zéro.

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez parfaitement raison, mais encore faut-il, aussi, que la solution qu'on propose permette de consommer moins, donc de dépenser moins dans la consommation d'essence, et donc de vous permettrez de continuer à acquérir un nouveau véhicule.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parliez des banques, à propos des banques, tiens, j'ai une petite question. Les plus grandes banques françaises - ça corrobore ce que je disais sur l'alarme environnementale - il y a une chose que je ne comprends pas, comment se fait-il qu'elles financent de plus en plus les énergies fossiles, et pas plus les énergies renouvelables ? Expliquez-moi quand même. J'ai regardé les derniers chiffres, et les derniers rapports, notamment d'Oxfam.

EDOUARD PHILIPPE
D'abord parce que, dans le monde entier - or les grandes banques elles sont mondiales, elles ont une activité mondiale - dans le monde entier il y a énormément de projets d'activités sur les hydrocarbures, et sur les énergies fossiles. Il y a beaucoup de pays qui n'ont pas fait le choix de la France, il y a beaucoup de pays qui savent qu'il y a une urgence écologique, qui l'assument, mais qui n'ont pas forcément fait tous les choix de la France, et puis il y a beaucoup de pays qui disent qu'il n'y a pas d'urgence écologique. Aux Etats-Unis vous avez un président qui dit que le réchauffement climatique c'est du vent, si j'ose dire, qui explique que ce n'est pas un sujet, et qui donc développe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une banque doit être citoyenne, une banque, non ? Enfin, je ne sais pas, je ne sais pas…

EDOUARD PHILIPPE
Une banque c'est une entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut que tout le monde pousse dans le même sens.

EDOUARD PHILIPPE
Une banque c'est une entreprise, c'est comme une chaîne de télévision, c'est une entreprise, on ne va pas se raconter de blague, c'est une entreprise, après, je sais aussi, et c'est une particularité française, qu'en France on développe toute une série d'instruments, y compris des instruments financiers, c'est ce qu'on appelle la finance verte, pour développer justement et mobiliser l'épargne pour aller vers l'écologie, ou en tout cas vers l'investissement dans des sources de production d'énergies renouvelables. Donc, je ne suis pas sûr, Monsieur BOURDIN, et je le dis, je ne suis pas sûr que les banques françaises soient plus à blâmer que l'ensemble des banques, je pense même…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais elles le sont.

EDOUARD PHILIPPE
Je pense même qu'en la matière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles le sont.

EDOUARD PHILIPPE
Je pense même qu'en la matière elles ont des comportements et des choix d'investissements qu'il faut noter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Edouard PHILIPPE, j'ai été surpris, vous allez me dire si vous avez été surpris, le président de la République qui nous dit qu'il ne comprend rien au chèque énergie, ça vous a surpris, franchement, clairement ? Je vois un petit sourire qui se dessine…

EDOUARD PHILIPPE
Non, ça ne m'a pas surpris, ça ne m'a pas surpris parce qu'il a voulu dire, au fond, ce que j'ai dit tout à l'heure, c’est-à-dire qu'on crée en France des mécanismes, des mécanismes qui ont vocation à aider, à accompagner, qui sont de bons mécanismes, mais à la fin de la fin, on ne se pose pas toujours la question de savoir si le Français qui y a droit, qui peut en bénéficier, il sait comment ça fonctionne, et si c'est adapté à ce dont il a besoin. Et dans le chèque énergie, eh bien vous avez un chèque, on ne sait pas très bien d'où il vient, vous le recevez, on vous dit que vous pouvez payer certaines choses, mais pas d'autres, vous ne pouvez pas l'encaisser, bon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez changer cela ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y a 80 % des gens qui ont droit au chèque, qui le reçoivent, qui l'utilisent. Ça veut dire qu'il y a quand même 20 % des Français, et donc 20 % des Français les plus modestes, qui ne l'utilisent pas. C'est peut-être qu'il y a un problème, c'est peut-être qu'on doit pouvoir améliorer la situation. Ça fait partie des choses, vous savez, ça fait partie des choses, le président de la République – à juste titre – il dit souvent : en France, on s'est beaucoup contenté, dans les 40 derniers, de proclamer des droits, on ne s'est pas demandé si c'était réel, on ne s'est pas demandé comment ça rentrait en vigueur effectivement, on ne s'est peut-être pas aussi souvent posé la question des devoirs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons de l'alarme sociale, parce que ce sont toujours les mêmes qui font des efforts, c'est ce que j'entends, c'est ce que vous entendez sur les barrages, toujours les mêmes qui font des efforts. Moi, je ne comprends pas où sont les mesures permettant aux Français de boucler plus facilement leurs fins de mois, je n'ai rien entendu hier. Tiens, juste, le Smic, le Smic, revalorisation en janvier, on est bien d'accord ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura un coup de pouce ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Notre politique, ce n'est pas de faire des coups de pouce au Smic, notre politique, c'est de faire en sorte que le travail paie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc, il n'y aura pas de coup de pouce au Smic en janvier ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question, oui ou non ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y aura une revalorisation, et la revalorisation légale, absolument, prévue par la loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas de coup de pouce ?

EDOUARD PHILIPPE
Il n'y aura pas un coup de pouce supplémentaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien de plus.

EDOUARD PHILIPPE
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, bon, rien de plus pour le Smic…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, Monsieur BOURDIN, il ne vous a pas échappé que, en octobre, le mois dernier, on avait procédé à une baisse considérable des cotisations qui pèsent sur le travail, ce qui veut dire que tous les actifs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, tous ceux qui sont sur les barrages ne s'en sont pas rendu compte, pardonnez-moi, mais…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, Monsieur BOURDIN, c'est pour ça que je le dis ici, parce que c'est un fait. Non mais c'est un fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je suis d'accord, mais enfin, il y a d'autres faits…

EDOUARD PHILIPPE
Quand on regarde sa fiche de paie, à partir d'octobre et novembre, disparition des cotisations qui pesaient sur la part salariale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous me l'avez dit.

EDOUARD PHILIPPE
Augmentation donc de la rémunération…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous me l'avez dit, mais les dépenses contraintes, vous voulez qu'on regarde les chiffres du prix du gaz depuis le début de l'année, les chiffres du prix de l'EDF, de l'électricité…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, je n'exclus pas d'ailleurs que le prix du gaz diminue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le prix du gaz va diminuer en 2019 ? Vous allez y contribuer, comment, en baissant les taxes ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, ce n'est pas moi qui fixe le prix du gaz…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je sais, mais vous pouvez baisser les taxes…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je n'exclus pas qu'elles diminuent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel est le montant des taxes sur le prix du gaz ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez le même système…

JEAN-JACQUES BOURDIN
25 %…

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez le même système, c'est moins élevé que sur l'essence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 35 % pour l'électricité…

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez le même système qui pèse sur le gaz de la taxe carbone, puisque c'est, là aussi, une énergie fossile, et puis, vous avez une fiscalité qui pèse sur le gaz, comme sur l'essence, comme sur d'autres produits…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dépenses contraintes donc, dépenses contraintes…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui augmentent. Toutes ces dépenses contraintes qui augmentent, et qui grèvent les budgets…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, encore une fois, le Smic va augmenter en janvier. L'urgence du pouvoir d'achat, je l'entends…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, et comment y répondez-vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Récemment, l'INSEE a dit, je ne fais pas de l'INSEE la parole d'évangile, mais quand même, ce n'est pas moi qui commande l'INSEE, c'est un organisme respecté, l'INSEE dit : diminution du pouvoir d'achat en France continue de 2008 à 2016, donc ce que disent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
2008 à 2016, on est en 2018…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, et l'INSEE dit : 2018, augmentation du pouvoir d'achat et 2019, augmentation de pouvoir d'achat. Je n'invente pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une moyenne…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais d'accord, mais la diminution, c'était pour tout le monde, alors, c'était la moyenne aussi. Aujourd'hui, on est en train d'inverser la courbe, c'est lent, je suis d'accord avec vous, c'est trop lent, je suis d'accord avec vous, mais ma politique, ma politique, Monsieur BOURDIN, c'est que le travail paye, c'est-à-dire faire en sorte, faire en sorte que, progressivement, ça ne se fait pas en un jour, j'en suis parfaitement conscient, mais faire en sorte que progressivement, le travail paye, et que le travail paye plus que tout le reste, c'est pour ça qu'on fait la mesure l'année prochaine sur les heures supplémentaires, pour que ceux qui font des heures supplémentaires bénéficient encore plus qu'aujourd'hui et nettement plus qu'aujourd'hui du fruit de leur travail, c'est pour ça qu'on a baissé les cotisations salariales, c'est pour ça qu'on monte la prime d'activité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La taxe d'habitation…

EDOUARD PHILIPPE
C'est pour ça que toutes ces mesures qui doivent contribuer à faire en sorte que la rémunération paie, nous les faisons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez supprimer la taxe d'habitation des 20 % des ménages les plus riches ? Oui ou non ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons indiqué que nous allons baisser la taxe d'habitation en trois tranches, 2018, 2019, 2020, ça a commencé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je vous parle des ménages les plus aisés…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, je sais, j'y arrive, 18 millions de Français, 18 millions de Français, qui ont vu, de foyers même, 18 millions de foyers qui ont vu une diminution de leur taxe d'habitation cette année, absolument. Ça va continuer en 2019, ça va continuer en 2020, en 2020, il y a 80 % des Français qui ne paieront plus de taxe d'habitation, restera les 20 % qui, eux, continuent à la payer, qui n'ont pas de diminution, je ne sais pas vous, Jean-Jacques BOURDIN, mais j'imagine que vous êtes exactement dans la cible des 20 % et que vous allez continuer à payer la taxe d'habitation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, oui…

EDOUARD PHILIPPE
Si j'ose dire, plein pot…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, est-ce que je continuerai à la payer ?

EDOUARD PHILIPPE
L'objectif, c'est de faire en sorte que la taxe d'habitation disparaisse pour tout le monde, c'est l'objectif, c'est un objectif qui nous a été rappelé par le Conseil constitutionnel qui dit : ce serait quand même curieux qu'il n'y ait que 20 % qui continuent à payer l'impôt. Donc nous avons cet objectif, après, le président de la République, qu'est-ce qu'il a dit hier, il a dit : en fonction de la situation, parce que les gens me demandent de diminuer les impôts et les taxes, on peut regarder si on va plus vite sur la diminution des impôts et des taxes, mais si on va plus vite sur la diminution des impôts et des taxes, parce que moi, je ne veux pas augmenter la dette publique, je ne veux pas la laisser à mes enfants. Ça s'est fait pendant 40 ans, on voit où on en est. Donc je voudrais que ça se stabilise et voir que ça diminue un petit peu, c'est l'objectif du président de la République, c'est celui que je m'assigne. Eh bien, dans ce cas-là, ça veut dire qu'il faut diminuer la dépense publique, et sur le fond, Jean-Jacques BOURDIN, tout le monde est d'accord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas répondu à ma question…

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, excusez-moi, oui, l'objectif, c'est de faire en sorte que plus personne ne paye la taxe d'habitation, c'est l'objectif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus personne ne paiera, même les plus riches. On est d'accord. Bien, je voudrais parler de…

EDOUARD PHILIPPE
Mais du coup, j'aurais bien aimé terminer ma réponse sur les dépenses publiques, parce que sur la baisse des dépenses publiques, tout le monde est d'accord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bon, tout le monde est d'accord de réduire la dépendance publique…

EDOUARD PHILIPPE
Non, la difficulté, c'est quand on le fait, c'est quand on choisit, parce qu'il y a des endroits où on doit augmenter la dépense publique, on le sait, nous, on a fait le choix d'augmenter la dépense publique en matière d'armée et en matière de sécurité, parce qu'on a des énormes sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'ai une dernière question sur le nucléaire…

EDOUARD PHILIPPE
Donc il faut la diminuer plus fort ailleurs, où ça ? C'est difficile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le nucléaire, énergie la moins chère disait Emmanuel MACRON, c'est faux, l'énergie solaire est moins chère aujourd'hui. Est-ce que l'Etat…

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si, si, si…

EDOUARD PHILIPPE
Mais, ne les opposez pas comme ça, on a besoin des deux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on a besoin des deux, mais aujourd'hui, ce n'est pas la moins chère l'énergie nucléaire…

EDOUARD PHILIPPE
On a besoin des deux ! Eh bien, si…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Edouard PHILIPPE…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, si, pardon, mais si, si, au kilowattheure sorti…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, on regardera les chiffres. Nous regarderons les chiffres…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais si... récemment, je crois que c'était aux Emirats arabes unis, on a parlé d'un champ de production solaire photovoltaïque où on sortait l'électricité à 17 euros du mégawatheure, formidable. Bon, c'est aux Emirats arabes unis. Aujourd'hui, le prix du mégawatheure nucléaire, il est aux alentours de 42 en production, bon. Le prix de l'électricité qu'on va sortir, grâce aux éoliennes offshores…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On parle du solaire…

EDOUARD PHILIPPE
C'est plutôt 150, 160…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, éoliennes offshores…

EDOUARD PHILIPPE
On parle de ça, bon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les investissements sont lourds…

EDOUARD PHILIPPE
Mais surtout, surtout, là, à mon avis, la mauvaise approche, c'est de dire que, on pourrait tout substituer et faire le choix du tout nucléaire, personne n'a envie de le faire ou du tout renouvelable, ça viendra peut-être, mais tant qu'on ne sait pas stocker l'énergie, on a besoin de quelque chose en base qui produit tout le temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mix…

EDOUARD PHILIPPE
Donc on a besoin d'un mix, assumons-le ! Disons que c'est compatible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, alors j'ai une dernière question, parce que le temps presse…

EDOUARD PHILIPPE
Ayons une vision mesurée et honnête des choses, les deux sont compatibles, on a besoin des deux, c'est pour ça d'ailleurs que nous réduisons de façon très détaillée l'utilisation du parc nucléaire en France, mais qu'en même temps, nous investissons dans les énergies renouvelables, et que nous assumons l'idée que nous avons besoin des deux en même temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors dernière question, est-ce que l'Etat va renforcer sa participation dans EDF ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est une question, d'abord, c'est une question que nous avons posée à EDF, et je vais vous dire exactement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, attendez, non, mais je comprends que la question se résume à oui ou non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, là, oui, parce que si l'Etat... ce sont nos impôts…

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que si l'Etat renforce la participation, ce sont nos impôts, nos taxes…

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr, je suis d'accord, et c'est pour ça que je vais vous donner une réponse complète, parce que c'est notre argent. On vient de sortir la PPE, on vient de sortir les grands arbitrages que nous proposons – car nous les proposons – doivent être discutés, que nous proposons, et que nous allons proposer à la fois au Parlement, puisque nous devons décaler à 2035 l'obtention du 50 % en matière de nucléaire, nous allons le proposer au débat, très bien. Si ces grands choix sont arrêtés, ils ont des implications sur les producteurs d'énergie, ils vont pouvoir calibrer leurs investissements, ils vont pouvoir adapter leurs organisations, ils vont pouvoir savoir quand est-ce qu'ils ferment tel ou tel équipement, centrales à charbon, centrales nucléaires, ça, ça implique des choses sur leur fonctionnement, sur leur trajectoire. Et donc ce que nous allons demander à EDF, c'est de nous dire, dès lors que la PPE sera bouclée dans les trois mois qui viennent, qu'est-ce qu'ils en déduisent sur leur organisation, sur leur trajectoire et sur leurs besoins, et nous aurons une discussion avec EDF pour savoir ce que nous en tirons comme conséquences. Mais dire comme ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'Etat peut renforcer sa participation ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, aujourd'hui, on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
84 %…

EDOUARD PHILIPPE
J'allais dire 85, 84 % du capital d'EDF, et compte tenu de la très forte dimension nucléaire d'EDF, il est hors de question que l'Etat soit un partenaire accessoire, je vous le dis clairement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A 84 %, ce n'est pas accessoire…

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, non, ce n'est pas accessoire. On pourrait se poser la question de savoir d'ailleurs s'il faudrait aller un peu plus loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc plus ou moins ? Décision dans trois mois, donc si j'ai bien compris…

EDOUARD PHILIPPE
Demande à EDF de nous faire ses propositions, et on prendra la décision dans le courant de l'année 2019, une fois que la PPE sera arrêtée et qu'on saura quelle est la trajectoire. Monsieur BOURDIN, ces questions, elles sont sensibles, vous avez raison, c'est l'argent des Français, c'est des entreprises qui comptent beaucoup pour l'économie française, pour la sécurité énergétique, on ne les règle pas comme ça sur un coin de table, à coup de doctrines, on les règle avec un travail sérieux avec les acteurs...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous m'avez répondu. J'ai une dernière question, parce qu'elle revient sans cesse, sans cesse, mais alors, est-ce que l'Etat va réduire son train de vie, ça, c'est ce que j'entends partout ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, je comprends que la question se pose, et je l'entends parfaitement, alors, je voudrais vous dire deux choses, d'abord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, très vite…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, eh bien, j'essaie, dans le budget de l'Etat que nous avons fait adopter, nous avons essayé de faire en sorte que la progression des dépenses de l'Etat, stricto sensu, de l'Etat, soit extrêmement limitée, extrêmement limitée, donc on est parfaitement conscient de ça. J'ai pris un certain nombre de mesures qui font que le train de vie, entre guillemets, vous savez que le quinquennat précédent avait diminué la rémunération du président et des ministres, je suis bien persuadé que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, vous ne toucherez plus à ça, là, on ne diminue plus ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, je suis bien persuadé qu'il y a beaucoup de Français qui pensent que c'est encore trop, je peux parfaitement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'en soyez pas persuadé, c'est la réalité…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je peux parfaitement l'entendre, je peux parfaitement l'entendre, bon, voilà, donc la maîtrise de la dépense publique, ça doit être un exercice pour tout le monde avec les contraintes de chacun, mais pour tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Edouard PHILIPPE d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 29 novembre 2018

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