Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et la transition écologique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et la transition écologique.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

JEFF WITTENBERG
Je reçois Brune POIRSON qui est la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique. Bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON, SECRETAIRE D'ETAT A LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour Jeff WITTENBERG.

JEFF WITTENBERG
On l'a entendu dans le journal : une délégation de gilets jaunes doit - je dis bien « doit » parce que pour l'instant les modalités, on ne les connaît pas encore - rencontrer aujourd'hui le Premier ministre. Qu'est-ce qui peut sortir de cette rencontre, de cette confrontation, alors qu'on sait que la première revendication des gilets jaunes, c'est-à-dire la fin des taxes le 1er janvier, l'abandon de cette taxe sur le carburant, cette revendication est exclue par le Gouvernement ? Qu'est-ce qu'il peut donc en sortir ?

BRUNE POIRSON
Déjà, je crois que la priorité c'est pour Edouard PHILIPPE de rencontrer une délégation qui soit représentative. Ce n'est pas à lui de choisir quels gilets jaunes il peut rencontrer ou pas. Ça, je crois que c'est la priorité et c'est là-dessus qu'il faut que les gilets jaunes aussi se mettent d'accord.

JEFF WITTENBERG
Voilà pour la forme. Mais sur le fond, qu'est-ce qu'il peut leur dire qui soit susceptible d'amorcer un début de sortie de crise ?

BRUNE POIRSON
Je crois que ce qui est déjà important, c'est de se mettre tous autour de la table et de discuter. Moi, j'ai rencontré avec François de RUGY et Emmanuelle WARGON…

JEFF WITTENBERG
On va voir les images, mardi soir, une délégation.

BRUNE POIRSON
Tout à fait. Deux gilets jaunes, Eric DROUET et Priscilla LUDOSKY, et on les a écoutés. Ils nous ont fait part de leurs revendications et certaines de leurs revendications sont justes.

JEFF WITTENBERG
Lesquelles par exemple ?

BRUNE POIRSON
En tout cas, on peut les considérer comme justes. Par exemple, ils nous ont demandé plus de transparence. Ils veulent plus de transparence, en particulier sur la façon dont l'argent public est utilisé. Où est-ce que les crédits sont fléchés ? A quoi servent les impôts qu'ils payent ?

JEFF WITTENBERG
Mais sur la revendication principale, Brune POIRSON ? La hausse sur les carburants, vous ne pouvez rien répondre aujourd'hui ? Même des députés de la République en Marche, votre parti, réclament aujourd'hui un moratoire sur ces taxes. Pourquoi ne pas entendre cette voix de la raison comme disent certains ?

BRUNE POIRSON
Déjà, je crois que c'est important de souligner que partout en France, il y a un vrai dialogue avec les gilets jaunes. Nos parlementaires, nos élus, ils sont chacun dans leur circonscription et ils établissent le dialogue. Ça, c'est bien évidemment une des priorités. Je crois qu'autre chose aussi qu'il faut qu'on fasse et sur lesquelles il faut continuer d'avancer, c'est vraiment de faire en sorte qu'on puisse dialoguer. Dialoguer. Et je dis ça parce que, par exemple, une des revendications qu'ils ont portée, je vous le disais, c'est la question de la transparence. Ce qui est assez paradoxal, par exemple, parce qu'en France, on a un des budgets qui est le plus transparent qui soit. Et ça, ça pose la question vraiment, la question de l'accès à l'information et l'information c'est la démocratie. Non mais je vous dis ça parce que parfois, on n'a même pas les basses toujours pour établir le dialogue. Comment se fait-il qu'en France, il y ait des Français qui croient dans ce quinquennat que le salaire des ministres ait été augmenté ? Comment ça se fait aussi qu'il y ait des Français qui croient…

JEFF WITTENBERG
Alors que c'est faux ?

BRUNE POIRSON
C'est faux. Bien évidemment que c'est faux. Et comment ça se fait qu'ils croient… Il y a des Français aussi qui croient qu'il y ait des ministres qui aient une voiture et un salaire à vie ?

JEFF WITTENBERG
Pardon, Brune POIRSON…

BRUNE POIRSON
Non mais je crois que ça, c'est important.

JEFF WITTENBERG
Parmi ces Français, il y a le Président de la République lui-même Emmanuel MACRON qui a dit mardi matin qu'il ne comprenait pas le chèque énergie. Donc ce manque d'information, il touche le plus haut niveau. Est-ce qu'il n'y a pas aussi de votre part un problème de pédagogie, un problème d'explication de toutes ces réformes ?

BRUNE POIRSON
Mais globalement, au-delà d'un problème d'explication, il y a une question et c'est la vraie question : c'est la question de la mise en oeuvre. C'est pour ça que le Président de la République a souhaité qu'il y ait des concertations, mais au-delà des concertations des dialogues et des rencontres qui se mettent en place partout sur les territoires, mais pas qu'à l'échelle d'un département.

JEFF WITTENBERG
C'est la méthode. Mais sur le fond, pourquoi s'arc-bouter sur cette hausse des taxes ? Pardon, parce que vous ne m'avez pas répondu. Pourquoi ne pas imaginer le moindre recul sur cette question qui est visiblement cruciale dans ce conflit ?

BRUNE POIRSON
Mais je vous le disais. Avant tout ce qu'il faut qu'on continue à faire, c'est de pouvoir établir un dialogue. Regardez par exemple, quand j'ai reçu les gilets jaunes, une des choses dont on a discuté, c'est la voiture électrique. On n'était pas…

JEFF WITTENBERG
Vous ne me répondez pas.

BRUNE POIRSON
C'est la question de la voiture électrique. Typiquement, les gilets jaunes soutenaient que c'était une voiture qui était plus polluante encore que la voiture diesel.

JEFF WITTENBERG
Vous leur avez démontré l'inverse.

BRUNE POIRSON
Or, on sait que ce n'est pas le cas. Et donc, c'est la question… Comment ça se fait - je crois que c'est une des questions qu'il faut se poser et ça, c'est central dans le dialogue qu'on peut établir avec les gilets jaunes - comment ça se fait qu'un billet qui soit publié sur un blog au fin fond de Google, il ait autant de valeur voire plus qu'un reportage de France 2 ?

JEFF WITTENBERG
Donc ce que vous dénoncez, vous, c'est les fausses informations qui circulent sur ce conflit.

BRUNE POIRSON
Non. Je crois qu'il y a une question de l'information juste, de l'information disponible et de l'information qui soit aussi crédible et facilement accessible.

JEFF WITTENBERG
Alors Brune POIRSON, que répondez-vous à ceux qui ne comprennent pas pourquoi par exemple l'Etat ne taxe pas davantage le kérosène qu'utilisent les avions, les compagnies aériennes ou le fuel lourd qu'utilisent les compagnies maritimes pour les bateaux, alors que Monsieur Tout-le-monde est donc taxé avec le carburant ? Que répondez-vous à ce point précis qui est souvent évoqué ?

BRUNE POIRSON
Moi, je pense que ce point est fondamental et qu'effectivement, il faut que tous les secteurs prennent leur part. Prennent leur part de l'effort de la lutte contre le changement climatique et, concrètement, ça ne peut se faire qu'au niveau européen. Parce que les vols domestiques, ça représente 4 % à peine ; en France, les vols domestiques c'est 4 % à peine du trafic aérien et parce qu'il est fondamental et c'est à l'échelle européenne que ça se discute donc. Sinon, ça ne fait qu'une chose : c'est pénaliser pour 4 % du trafic aérien une compagnie, par exemple, comme AIR FRANCE.

JEFF WITTENBERG
Vous n'aurez pas des gestes à faire au niveau national ?

BRUNE POIRSON
Et ce qu'on fait, c'est qu'on se bat au niveau européen. On va continuer à le faire et c'est pareil, pareil pour les navires. La France est très moteur à l'Organisation maritime internationale. C'est notamment grâce à l'action très volontariste de la France que l'OMI, cette organisation-là, va prendre en compte l'Accord de Paris. On a déjà atteint et on s'est mis d'accord collectivement sur des objectifs, par exemple, de réduction des émissions d'ici 2050. Mais il y a déjà des choses que la France fait, comme par exemple l'installation de scrubbers, c'est-à-dire de filtres sur les cheminées des navires. Donc il y a des choses qui se font qu'il faut encore accélérer.

JEFF WITTENBERG
Mais vous concevez que les gens aient l'impression qu'il y a plutôt deux poids deux mesures dans ce domaine ? Les industriels, ceux qui peuvent payer d'un côté et puis les autres qui subissent finalement les décisions que vous prenez ?

BRUNE POIRSON
Une des grandes difficultés, c'est qu'il y a beaucoup de ces décisions qui sont internationales ou européennes. C'est comme ça, c'est le monde dans lequel on vit et la France a une responsabilité particulière. La France d'ailleurs se bat pour ça et on est très actif sur la question.

JEFF WITTENBERG
Brune POIRSON, encore plus de Français, si l'on en croit les sondages d'opinion, soutiennent ce mouvement des gilets jaunes. Est-ce que cela vous étonne ou bien vous en prenez acte en quelque sorte ?

BRUNE POIRSON
On en prend acte. C'est vrai qu'on voit dans ce mouvement des gilets jaunes ce qui est aussi un des points communs : c'est une forme presque de désespoir, et ça…

JEFF WITTENBERG
Mais auquel vous ne répondez pas.

BRUNE POIRSON
Si, on y répond mais, vous savez, on n'y répond pas et ce n'est pas la solution, ce n'est pas uniquement des mesures techniques. Ce que j'entends par des mesures techniques, ce n'est pas uniquement des mesures d'accompagnement. Je crois que ce qu'il y a aussi dans ce mouvement des gilets jaunes, c'est un peu, j'ai envie de dire, une crise de sens. Pourquoi ? Parce qu'on est dans un monde qui change dramatiquement et très rapidement. On est dans un monde aussi où les Français sentent que la révolution numérique a un impact sur leur vie quotidienne et notamment sur l'emploi et la transition…

JEFF WITTENBERG
Mais vous n'avez pas l'impression que le discours d'Emmanuel MACRON ne passe pas auprès de ces gilets jaunes et de ceux qui les soutiennent aujourd'hui ?

BRUNE POIRSON
Et la transition écologique, c'est aussi des conséquences dans la vie quotidienne des Français et non pas pour les enfants, et tout ça crée un peu une crise de sens. Quel est le monde de demain ? Comment est-ce qu'on le construit ? Et ce qu'Emmanuel MACRON propose, c'est que collectivement ensemble, en France, on construise ce monde de demain, qu'on ait cette vision. Parce qu'on parle de transition…

JEFF WITTENBERG
Ça va prendre du temps alors, ça va prendre du temps avant qu'il soit entendu.

BRUNE POIRSON
Mais vous savez, tout ne se ne peut pas se faire en un claquement de mains. Il faut qu'on redessine ensemble collectivement l'avenir. Quand on parle de transition, c'est qu'on est au point A et on veut aller au point B. Ce qui est important, c'est qu'on sache exactement à quoi ressemble le point B, sinon on ne peut pas emmener l'ensemble de la société.

JEFF WITTENBERG
Bien, on vous a entendue ce matin. Merci beaucoup Brune POIRSON. Je précise un rendez-vous important ce week-end sur France 3, Dimanche en politique présenté par Francis LETELLIER qui recevra Marine LE PEN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2018

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