Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec France Info le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti :

MARC FAUVELLE
L'invité politique de France Info, jusqu'à 09h00, il est ministre chargé du Logement et de la ville, et la première question lui est posée par Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

RENAUD DELY
Alors, ça y est, on le sait, aujourd'hui Edouard PHILIPPE s'est résolu à accueillir, à recevoir à Matignon en début d'après-midi une délégation des Gilets jaunes. Il a mis du temps, il y a eu deux semaines d'attente, il a mis du temps à se laisser convaincre, le Premier ministre. Pourquoi est-ce que ça a été aussi long ?

JULIEN DENORMANDIE
Je crois que le président de la République a été très clair là-dessus, il a fait un discours mardi dernier où il a exprimé deux choses. D'abord il y a une colère, une colère forte, une colère profonde dans notre pays, une colère qui monte des territoires qui souvent ont été des territoires oubliés pendant les 40 ans de politique qu'on vient de vivre. Et puis, il a un second message, qui est à cette phase de colère, d'aujourd'hui ouvrir une nouvelle phase, la phase de discussions, de concertation. Et donc il a demandé au Premier ministre de mener ces concertations, de recevoir l'ensemble des organisations qui vont mener les trois mois à venir, de discussions sur l'ensemble des territoires, et de rencontrer les Gilets jaunes…

RENAUD DELY
C'est le président qui a convaincu le Premier ministre de recevoir les Gilets jaunes.

JULIEN DENORMANDIE
Le président de la République, il y est là pour fixer un cap, il a fixé ce cap très clair…

RENAUD DELY
Ça veut dire que ça n'allais pas de soi pour le Premier ministre, de rencontrer les Gilets jaunes, il avait fermé la porte la semaine dernière ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, vous savez, moi je connais maintenant bien le Premier ministre, je travaille au quotidien avec lui, je peux vous dire que c'est une personne qui est dans la discussion.

RENAUD DELY
Ce n'est pas un Alain JUPPE bis, Edouard PHILIPPE ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas Edouard PHILIPPE, je ne commenterai pas sur Alain JUPPE, Edouard PHILIPPE est une personne qui est dans la concertation, dans la discussion. J'étais avec lui cette semaine dans plusieurs réunions, qui n'ont pas été évoquées dans la Presse mais qui concernaient des enjeux importants comme l'hébergement d'urgence où le Premier ministre lui-même a reçu toutes les associations d'hébergement d'urgence. Donc il est dans cette discussion. En tout état de cause aujourd'hui on est dans une situation où il y a cette colère qui s'exprime, ces Gilets jaunes, et donc à cette phase de colère doit s'ouvrir cette phase de discussion, et c'est ce que fera le Premier ministre tout à l'heure.

RENAUD DELY
Donc, sur ce mouvement des Gilets jaunes, il y a quand même de la part du gouvernement un changement de méthode et même un changement de ton.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, moi je trouve ça très important que vous évoquiez la méthode, parce que les Gilets jaunes c'est deux choses. C'est d'abord, c'est ces personnes qui sont une partie de la France qui a été oubliée pendant des années, ce sont des victimes de politiques publiques, qui fait que dans les mêmes endroits vous n'aviez pas accès aux services, vous n'avez pas accès par exemple aux services médicaux, mais au service de transport et à la téléphonie mobile. Et puis vous aviez, et c'est ça que relève ce mouvement, une deuxième chose, c'est que ce mouvement révèle une sorte d'inefficacité de l'Etat dans les actions et l'accès aux services qu'il donne à nos concitoyens. Et ça c'est très important. C'est ce que dit le président de la République d'ailleurs mardi dernier, en disant il faut qu'il y ait un changement de méthode parce que l'Etat doit être au service de nos concitoyens, et ça, ça change beaucoup.

RENAUD DELY
Julien DENORMANDIE, sur ce mode de gouvernance, peut-être trop vertical, ça fait quand même 18 mois que vous êtes au pouvoir. Le président du groupe des députés la République en Marche, Gilles LEGENDRE, il a eu une phrase hier dans une interview au Parisien qui est intéressante, il dit : « Nous avons commencé de transformer la France pour les Français, maintenant nous devons transformer la France avec les Français ». Donc le patron des députés marcheurs reconnaît que depuis 18 mois vous avez oublié d'associer les Français.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, la politique c'est deux choses. C'est la vision. Vous fixez un cap, vous fixez des choix politiques. Par exemple on a fixé un choix politique qui est de dire : on taxe plus tout ce qui nuit à l'environnement, et on taxe beaucoup moins le travail.

RENAUD DELY
La vision c'est Jupiter pour faire court, c'est vertical. Mais est-ce que vous n'avez pas oublié d'associer les Français, peut-être suffisamment ?

JULIEN DENORMANDIE
La vision c'est un projet politique sur lequel les Françaises et les Français ont élu un président de la République. Et après, après la vision, c'est la mise en oeuvre de ces politiques, et la mise en oeuvre ça se fait avec les Français. Aujourd'hui on est dans cette phase de mise en oeuvre de nos politiques publiques. Je vais vous donner un exemple pour que ce soit très clair. Aujourd'hui, on en reparlera peut-être, la rénovation énergétique de nos bâtiments, au moment où je vous parle il y a un Français sur six qui a froid chez lui, pendant l'hiver. Un sur six, c'est énorme. Eh bien moi ce que j'observe, parce que je pilote cette politique, ce que j'observe c'est que j'ai plein d'aides, j'ai beaucoup de financements, j'ai beaucoup d'organisations qui oeuvrent pour accompagner les Français. Et pour autant, l'accès à ces financements, l'accès à ces rénovations, par…

MARC FAUVELLE
On va en reparler, si voulez bien, Julien DENORMANDIE, c'est un dossier extrêmement important le logement, et puis vous étiez aussi hier à Marseille on va reparler de la qualité de vie et des logements à Marseille. Il y a un chef de l'Etat, en tout cas un ancien chef de l'Etat qui hier est allé au contact des Gilets jaunes, c'est François HOLLANDE, et qui s'est attiré une réponse comment dire Renaud, sympathique, d'Emmanuel MACRON cette nuit en Argentine. On écoute le premier et le second, dans l'ordre.

FRANÇOIS HOLLANDE
Il faut continuer à prendre la parole et de faire que ça puisse déboucher, parce que faut que ça débouche le pays.

UNE GILET JAUNE
Ah oui, mais il ne nous écoute pas. Il fait la sourde oreille.

FRANÇOIS HOLLANDE
Et moi je vous ai écoutés aujourd'hui.

UNE GILET JAUNE
Eh bien écoutez, merci monsieur.

FRANÇOIS HOLLANDE
Merci.

EMMANUEL MACRON
Alors j'entends comme vous les voix qui s'élèvent. J'entends aussi souvent les voix qui parfois n'avaient pas même réussi à bouger les choses. Que voulez-vous, le cynisme fait partie de la vie politique.

MARC FAUVELLE
Vous nous dites « Il faut écouter les Français », est-ce que l'écoute elle va jusqu'à écouter François HOLLANDE.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, je crois que le bon terme c'est ce cynisme, mais qui vaut pour François HOLLANDE ou pour d'autres responsables politiques comme Laurent WAUQUIEZ. Ce que nous disent les Français aujourd'hui, les Gilets jaunes, c'est effectivement ce ras-le-bol fiscal, d'ailleurs expression qui ne date pas de maintenant, expression qui a été mise sur le devant de la scène…

MARC FAUVELLE
C'est Pierre MOSCOVICI qui l'avait prononcée pour la première fois sous le quinquennat de François HOLLANDE.

JULIEN DENORMANDIE
... par Pierre MOSCOVICI, qui était le ministre des Finances de François HOLLANDE. Mais ce que nous disent les Gilets jaunes, c'est que pendant des années ils n'ont pas été entendus. Pendant des années ils n'avaient pas accès aux services. Depuis 10 ans, qu'est ce qui s'est passé dans notre pays ? Vous avez eu des déserts médicaux qui n'ont cessé de s'accentuer. Vous avez par exemple la mobilité…

RENAUD DELY
Julien DENORMANDIE vous voulez dire que c'est un mouvement contre le bilan de vos prédécesseurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est un mouvement qui exprime le fait qu'il y a eu un certain un abandon des politiques publiques depuis 10 ans, vis-à-vis de territoires. Moi, depuis 18 mois je me suis énormément déplacé…

RENAUD DELY
Ce qu'on entend sur certains barrages c'est « MACRON démission », aujourd'hui, ce n'est pas HOLLANDE démission ou SARKOZY démission, c'est MACRON démission.

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce qu'aujourd'hui, cette demande elle se formalise et elle se projette sur le président actuel. Mais quand vous entendez un ancien président de la République, qui par exemple n'avait trouvé aucune solution sur les questions de mobilité, qu'est ce qu'a fait le précédent quinquennat ? Tout l'argent sur les transports ils étaient tournés vers les grandes infrastructures, les lignes de TGV, par exemple, alors que la mobilité du quotidien, les petites lignes, les lignes qui sont celles qui sont utilisées au quotidien par nos concitoyens, partout sur le territoire, elles, elles n'étaient pas rénovées, elles, elles n'étaient pas renforcées. C'est pour ça qu'on a fait des réformes comme la réforme de la SNCF qui aujourd'hui est nécessaire.

MARC FAUVELLE
Donc il est mal placé pour vous faire la leçon aujourd'hui, François HOLLANDE.

JULIEN DENORMANDIE
C'était pareil sur la santé, c'était pareil sur le numérique.

MARC FAUVELLE
Il est mal placé aujourd'hui pour vous faire la leçon.

JULIEN DENORMANDIE
Mais il est terriblement mal placé et je pense que ce cynisme qu'évoque le président de la République, c'est exactement ça, mais c'est vrai pour François HOLLANDE, c'est aussi terriblement vrai pour monsieur WAUQUIEZ ou d'autres responsables politiques qui étaient au pouvoir et qui ont laissé sur le banc de touche parfois certains territoires. Nous la politique qu'on mène c'est justement de lutter contre ces fractures territoriales. Alors ça se fera pas du jour au lendemain, ça c'est sur ce serait mentir aux Français, mais on met toute notre énergie sur le Plan santé d'Agnès BUZYN, sur le Plan mobilité de la ministre des Transports, et moi j'ai travaillé pendant 18 mois d'arrache-pied pour faire en sorte que la couverture du mobile elle revienne partout sur notre territoire. Ça ce sont des actes concrets qui ne se feront pas du jour au lendemain, mais c'est ce qu'on fait au quotidien.

MARC FAUVELLE
On poursuit Julien DENORMANDIE cet entretien dans une minute. Il est 08h40, l'essentiel de l'actualité c'est David DAUBA.

(…)

MARC FAUVELLE
Le ministre du Logement et de la ville, Julien DENORMANDIE, invité de France-Info jusqu'à 09h00 et les questions de Renaud DELY.

RENAUD DELY
La majorité cherche la sortie de crise en face à ce mouvement des Gilets jaunes. Il y a une idée qui commence à faire son chemin parmi les députés de la majorité, la présidente de la commission des affaires sociales Brigitte BOURGUIGNON en a parlé il y a quelques jours, c'est celle d'un moratoire, d'un moratoire trimestriel sur les futures hausses de taxes sur les carburants, celles qui sont programmées pour le 1er janvier. Ce matin une députée du MoDem Isabelle FLORENNES déput MoDem des Hauts-de-Seine, est venue sur l'antenne de France Info défendre cette idée.

ISABELLE FLORENNES DEPUTE MODEM DES HAUTS-DE-SEINE
Temporiser sur trois mois, ce n'est pas reculer. Mon président de groupe, Patrick MIGNOLA, l'a évoqué hier et ça a été repris dans L'Opinion. Oui donc groupe MoDem, nous sommes quelques-uns mais même plus que quelques-uns, je pense que majoritairement au sein de notre groupe, à souhaiter que, un pas d'un côté et de l'autre, un signe de bonne volonté est de t temporiser.

RENAUD DELY
Temporiser trois mois. On sait qu'on on a publié hier un sondage à France Info, un sondage Odoxa qui montrait que 8 Français sur 10 étaient favorables à un gel, à une suspension, à un moratoire de 3 mois de ces hausses de taxes.

JULIEN DENORMANDIE
Moi, vous savez, quand vous faites un choix politique, quand vous avez un cap politique, je pense que le plus important c'est de le tenir. Ça ne veut pas dire de le tenir sans aménager ici ou là, sans prendre des mesures d'accompagnement, et je pense…

RENAUD DELY
Ça, ça pourrait être une mesure d'accompagnement ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, non pour moi il y a vraiment un axe politique qu'on a fait, c'est qu'on a dit ! On privilégie le travail, c'est-à-dire qu'on diminue la fiscalité sur le travail. Pourquoi ? Parce que la meilleure des protections, la meilleure façon d'améliorer votre pouvoir d'achat c'est le travail, évidemment. Donc on a fait ce choix politique, et donc dans ce choix politique on a privilégié de taxer ce qui concourt à l'effet carbone et ce qui concoure aux énergies fossiles, pour parallèlement détaxer et défiscaliser le travail et rendre le pouvoir d'achat sur le travail.

RENAUD DELY
Tenir c'est bien, mais écouter, y compris écouter sa majorité, ça vient de votre majorité cette demande.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce qu'a dit le président de la République cette semaine, il a dit : en revanche il faut faire attention à un point c'est, vous savez très bien que le prix du pétrole, y compris le prix à la pompe, dépend des cours mondiaux, dépend donc de ce qui se passe par exemple dans le golfe Persique, en Iran ou dans les monarchies du Golfe. Et donc ce qu'a dit le président de la République, c'est que cette trajectoire de la fiscalité, elle doit aussi dépendre des cours mondiaux, et que si jamais les cours mondiaux croissent et c'est-à-dire augmentent fortement, à ce moment-là il faudra adapter la fiscalité pour en tenir compte et pour pas qu'il y ait un effet trop fort sur des Françaises et Français. C'est ça qu'a annoncé le président de la République. Mais pour moi la réponse à cela, c'est pas de modifier la trajectoire politique, je pense que ce serait une erreur, c'est ce qui s'est passé par le passé.

RENAUD DELY
Il ne s'agit pas de changer la trajectoire, il s'agit d'un moratoire, d'un gel d'une suspension, d'une pause.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, le moratoire ou la pose ça revient à dire qu'on change la trajectoire. Pour moi la vraie question c'est l'accompagnement. Comment vous faites pour que toutes les Françaises et Français puissent participer à ce projet politique et être protégés des conséquences de ce projet politique. Comment vous faites en sorte pour que les françaises et Français qui aujourd'hui dépendent de voitures qui consomment beaucoup, puissent changer de voiture, dépendent de systèmes de chauffage qui coûtent énormément, puissent les changer. C'est cet accompagnement qui est essentiel, et vraiment le message qu'a passé le président de la République et que le Premier ministre aujourd'hui met en oeuvre, c'est comment améliorer cet accompagnement, comment faire en sorte que cet accompagnement il soit réel, il soit visible, il soit accessible, et c'est ça l'enjeu, c'est ça l'efficacité de l'Etat dont je parlais tout à l'heure, elle est essentielle cette efficacité de l'Etat, parce que pendant des années moi je vais être très clair l'Etat qu'est ce qu'il faisait ? Il disait : je fais une politique publique, je vais, je vais donner des mesures de compensation et puis les Françaises et Français débrouillez-vous avec cela. Non ça ne peut pas marcher comme ça.

MARC FAUVELLE
Mais alors à quoi bon recevoir les Gilets jaunes, si c'est pour leur dire : on ne change rien, il n'y aura pas de moratoire, rentrez chez vous, merci ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, parce que qu'il y a une grande différence entre dire : on a un cap, on a fixé des trajectoires…

MARC FAUVELLE
Ça je crois qu'ils ont compris, tout le monde a compris la taxe carbone, et l'évolution des cours.

JULIEN DENORMANDIE
Et de dire en revanche, dans toutes ces mesures d'accompagnement, quelles sont celles qui aujourd'hui ont déjà été proposées, il y en a eu beaucoup, est-ce qu'elles marchent, est-ce qu'elles ne marchent pas ? Comment doivent-elles être adaptées, en fonction de la réalité de chacun des territoires.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il y aura du neuf cet après-midi à Matignon, est-ce qu'il y a d'autres mesures qu'on n'a pas encore essayées, à part le moratoire dont vous nous dites que ce n'est pas une bonne idée ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors aujourd'hui, il y a une méthode de 3 mois qui s'est ouverte. C'est l'objet de la réunion de cet après-midi, d'ouvrir cette méthode de concertation territoriale, parce que les solutions ne seront pas les mêmes territoires par territoire, et donc l'objet de la réunion de cet après-midi est d'enclencher cette méthode.

RENAUD DELY
Vous dites 3 mois. Demain il y a une manifestation encore sur les Champs-Elysées, vous pensez que les Gilets jaunes vont attendre 3 mois ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, encore une fois, la colère de ces Gilets jaunes, moi je les comprends…

RENAUD DELY
Vous la redoutez cette colère, demain sur les Champs-Elysées ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, ce que je redoute moi demain c'est qu'il puisse y avoir encore des débordements. Les scènes qu'on a vécues samedi dernier sur les Champs-Elysées, sont totalement inacceptables. Ces scènes, moi je ne les attribue pas aux Gilets jaunes, je les attribue à ces personnes qui ne sont pas des personnes républicaines, qui sont venues uniquement pour aller taper du policier comme on dit vulgairement. Ce que je redoute, c'est que samedi prochain, demain, il puisse y avoir à nouveau de tels individus qui essayent de se mettre au sein des Gilets jaunes, pour faire la même chose. C'est ça que je redoute, c'est ce sur quoi travaille le ministre de l'Intérieur aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
Autre sujet Julien DENORMANDIE. Vous étiez hier à Marseille pour faire le point un mois après l'effondrement de deux immeubles qui a fait 8 morts. Est-ce que vous diriez que la situation du logement à Marseille c'est la honte de la République ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas la situation aujourd'hui elle n'est pas acceptable à Marseille.

MARC FAUVELLE
Tout le monde est d'accord là-dessus. Est-ce que c'est honteux, ce qui se passe depuis des années à Marseille ?

JULIEN DENORMANDIE
Attendez, surtout ça a été tragique, c'est au-delà de la honte. On a 8 de nos concitoyens qui ont perdu la vie à Marseille, donc c'est un drame, un drame qui s'est déroulé au début du mois de novembre, j'y étais quelques heures après, je peux vous dire que cette émotion était absolument énorme. Et aujourd'hui vous avez une anxiété chez les Marseillaises et Marseillais, et donc moi je suis allé hier à la rencontre des Marseillaises et Marseillais, j'ai beaucoup échangé, à la fois dans les rues de Marseille, à la fois en recevant toutes les associations, pour les écoutez bien sûr et puis leur apporter également un soutien très fort, un soutien de l'Etat significatif, puisque c'est de 240 millions d'euros que j'ai annoncés hier…

MARC FAUVELLE
On a l'impression, pardon, qu'on a redécouvert cette question, après l'effondrement de ces immeubles, alors qu'elle avait fait l'objet de multiples rapports depuis des années et qu'il ne s'est pas passé grand-chose à Marseille.

JULIEN DENORMANDIE
S'il y a bien une personne qui n'a pas découvert cette situation après le drame, c'est bien moi.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous avez le sentiment que le maire de la ville, Jean-Claude GAUDIN, lui, l'a découverte à ce moment-là ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, au début du mois d'octobre, donc on est bien avant le drame, au début du mois d'octobre je suis allé à Marseille précisément, annoncer une politique publique ambitieuse de rénovation de l'habitat insalubre. On était avant le drame, et j'ai travaillé pendant 10 mois, y compris avec beaucoup d'élus locaux, y compris avec la mairie Marseille, sur ces sujets-là.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il vous écoutait le maire, avant de drame justement ? Est-ce qu'il vous quand vous alliez à Marseille, vous dites, vous avez alerté, vous n'avez pas été écouté, l'Etat n'a pas été écouté ?

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas, quand j'ai annoncé ce plan début du mois d'octobre, la mairie était là, l'adjointe au maire GAUDIN était là. Mais aujourd'hui, moi ce qui m'intéresse ce n'est pas ce qui s'est passé par le passé, c'est accompagner l'ensemble des Marseillaises et Marseillais…

MARC FAUVELLE
Vous avez la certitude qu'il n'y a plus d'immeubles qui risquent de s'effondrer aujourd'hui, Julien DENORMANDIE, à Marseille ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, c'est tout le travail qui est en cours. Moi j'ai dépêché…

MARC FAUVELLE
On en est à combien d'évacuations ?

JULIEN DENORMANDIE
On en est à 1 400 personnes évacuées. C'est énorme.

MARC FAUVELLE
Contre combien dans l'année qui a précédé le drame ?

JULIEN DENORMANDIE
Beaucoup moins, je ne pourrais pas vous donner le chiffre, mais…

RENAUD DELY
Une quarantaine.

JULIEN DENORMANDIE
Mais beaucoup beaucoup moins.

MARC FAUVELLE
Pas grand-chose.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, il y a deux choses très importantes qu'il faut faire. D'abord c'est gérer l'urgence, c'est-à-dire toutes ces personnes qui sont évacuées, il faut pouvoir, quand c'est possible, qu'elles retournent chez elles, et quand je dis quand c'est possible, c'est-à-dire s'assurer que les immeubles sont bons. Et puis d'autre part il faut lancer tout le plan de réhabilitation de l'habitat sur Marseille, et ça dépend de quoi ? Eh bien ça dépend de beaucoup de volonté politique, d'abord des collectivités, la mairie et la métropole, c'est elles qui en ont la responsabilité, et moi Etat, dans ça, j'ai une position qui est très claire : j'accompagne, j'accélère, je mets en place des mesures d'envergure. Et deuxièmement, parce que la confiance n'exclut pas de contrôle, je fais en sorte qu'on ait une organisation méthodique pour m'assurer des résultats. Et ces résultats, cette organisation, c'est ce que j'ai mis en place hier.

MARC FAUVELLE
Qui n'a pas fait son travail à Marseille ces dernières années ? Est-ce que ce sont les offices HLM, est-ce que c'est la mairie, est-ce que ce sont les bailleurs privés, est-ce que ce sont les syndics ?

JULIEN DENORMANDIE
Sur le drame, vous savez, il y a une instruction judiciaire qui est en cours, du fait de ma position de ministre je ne peux pas le commenter.

MARC FAUVELLE
Sur l'ensemble, sur la situation du mal logement à Marseille, on pourrait même dire dans toute la France.

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui est sûr, c'est que, aujourd'hui, il y a une situation qui n'est pas acceptable et qui nécessite véritablement…

MARC FAUVELLE
Du fait de qui ?

JULIEN DENORMANDIE
... véritablement de nouvelles mesures. C'est ce que j'ai annoncé et ce que j'ai mis en oeuvre. Après vous aviez des élus locaux, à Marseille ou dans d'autres…

RENAUD DELY
Julien DENORMANDIE, qui sont les responsables de cette situation qui s'est dégradée visiblement année après année ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je pense que pendant beaucoup d'années les politiques du logement, de manière générale, étaient beaucoup plus concentrées sur, il faut construire du neuf, et pas suffisamment sur la réhabilitation. Et le ministre du Logement que je suis, depuis 18 mois a fixé dans son action, évidemment de soutenir la construction, là où c'est nécessaire, mais surtout a mis le paquet, et je dis bien le paquet sur la réhabilitation. C'est 3 milliards d'euros pour lutter contre les copros dégradées, que j'ai annoncées en octobre.

MARC FAUVELLE
Il faudra combien d'années pour que ça aille mieux ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est 10 milliards d'euros sur la rénovation urbaine, c'est 5 milliards d'euros sur la rénovation des villes moyennes, ces villes qui, on le disait tout à l'heure, ont souvent été abandonnées. C'est énormément d'argent et des vraies politiques publiques que j'ai mises en place. C'est nouveau, ça n'était pas fait auparavant. Et ces politiques publiques elles viennent en accompagnement des élus locaux. Alors là, pareil, ça ne se fera pas du jour au lendemain, faire des projets de logements, de réhabilitation, ça ne se fait pas en un claquement de doigts, mais il fallait d'abord avoir cette politique publique et cette vision. Je l'ai apportée, en soutien aux collectivités, parce que ce sont les maires qui font la ville et mon boulot c'est de les accompagner dans cela.

MARC FAUVELLE
Julien de Normandie ministre du Logement et de la ville l'invité de France-Info. 08h51 David DAUBA, c'est l'heure de jeter un oeil à l'actualité de ce vendredi matin.

(…)

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, il y a une question qui intéresse des millions de Français, qu'ils soient locataires ou propriétaires de leur logement, c'est celle de la rénovation thermique. Renaud DELY.

RENAUD DELY
Oui, parce que la rénovation thermique c'est un poste extrêmement coûteux pour les pour les Français. Est-ce que le gouvernement est en mesure d'annoncer un coup de pouce supplémentaire, des aides publiques de façon à les aider à faire face à ces dépenses ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, on a mis beaucoup d'argent, on met actuellement beaucoup beaucoup d'argent pour accompagner la rénovation thermique.

RENAUD DELY
Combien ?

JULIEN DENORMANDIE
Au total, quand vous prenez tous les bâtiments, c'est-à-dire privés et publics, c'est 9 milliards d'euros, c'est colossal. Là, toutes celles et ceux qui nous écoutent, qui sont des propriétaires ou locataires dans le privé, c'est énormément d'argent qu'on met en place via des agences. Mais le problème de fond, je vais vous dire, sur ce sujet-là, ce n'est pas la somme d'argent, c'est le fait que aujourd'hui, pour avoir accès à ces aides, c'était le parcours du combattant. Je mets au défi quiconque de vous réussir à trouver quel est le bon interlocuteur, comment on fait bien le dossier, c'est ce que j'expliquais tout à l'heure sur l'efficacité de l'Etat. Et donc moi ce que j'ai fait, et ce que avec François de RUGY on a porté, c'est de mettre à plat tout ce maquis pour faire quelque chose de simple. Et donc je dis…

RENAUD DELY
Demain, je veux changer mes fenêtres, par exemple, qu'est-ce que je fais, à qui je m'adresse, comment je fais et qu'est-ce que je peux espérer toucher ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous appelez le 0808 800 700. Le 0808 800 700, c'est une plateforme, une plateforme d'accueil qui ensuite va vous orienter, une plate-forme qui s'appelle FAIRE, F.A.I.R.E, qu'on a créée, qu'on vient de créer, pour faire en sorte que toutes les Françaises et Français puissent avoir accès à ces aides. Et les personnes qui sont derrières…

MARC FAUVELLE
Quelles aides, Julien DENORMANDIE, dans le cas précis que vient donner Renaud, les changements de fenêtres c'est la mesure la plus populaire, la plus simple aussi quand on veut gagner des degrés à l'intérieur de son logement. Il n'y a plus d'aide depuis le mois de juin, il y a plus de crédit d'impôt, pourquoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, attendez, parce que vous parlez d'un dispositif qui s'appelle le crédit d'impôt transition énergétique, mais vous avez énormément d'autres…

MARC FAUVELLE
Vous nous confirmez qu'il n'y a plus d'aides de l'Etat, plus de crédit d'impôt quand on change ses fenêtres.

JULIEN DENORMANDIE
Le crédit d'impôt, on l'a concentré aujourd'hui, ça reste beaucoup d'argent, c'est 900 millions d'euros, beaucoup d'argent, on l'a concentré sur les changements qui sont les plus rentables pour les Françaises et Français, c'est-à-dire qu'ils font gagner le plus de gains de pouvoir d'achat et d'efficacité énergétique.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire lesquels ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien aujourd'hui, contrairement à ce qu'on peut penser, et je vous l'accorde c'est pas du tout intuitif, ce n'est pas en changeant votre fenêtre que vous gagnez le plus de confort thermique.

MARC FAUVELLE
C'est en faisant quoi ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est par exemple en changeant les combles, en changeant les parois, ça émet beaucoup plus…

MARC FAUVELLE
En isolant les murs etc.

JULIEN DENORMANDIE
Etc. Bon après ce sont des discussions techniques, encore une fois le 0808 800 700…

MARC FAUVELLE
C'est technique mais il y a des millions de gens qui se demandent effectivement comment faire pour éviter de payer des factures de fous.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Les personnes derrière vous disent exactement quels sont les bons travaux. Et puis parallèlement à ça il y a une agence, une agence que je pilote moi qui s'appelle l'Agence nationale de l'habitat dont il y a énormément de personnes qui sont derrière et qui sont là au service des Françaises et Français pour monter le projet, pour déterminer quelles sont les améliorations possibles. Cette agence aujourd'hui, jusqu'à présent elle transformait un peu moins de 50 000 logements par an, je lui ai fixé des objectifs extrêmement ambitieux, ce sera 50 % de plus d'objectifs qu'elle atteindra dès cette année. Pourquoi ? Parce que la rénovation énergétique, toutes celles et ceux qui nous écoutent, c'est trop souvent la galère pour y avoir accès, pour que ça devienne concret, et en même temps c'est un une source de confort et puis surtout une source de pouvoir d'achat

RENAUD DELY
Il n'y a pas que la rénovation thermique qui coûte cher, il y a globalement le coût du logement, c'est aujourd'hui le premier poste de dépenses contraintes des Français très largement. Qu'est-ce que vous pouvez faire pour limiter l'envol des prix de l'immobilier d'une part, et d'autre part pour ce qui concerne les locataires, est-ce qu'un retour à une forme d'encadrement des loyers dans des zones tendues, c'est quelque chose qui est envisageable ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, d'abord, ça dépend des territoires. La politique de logement, ce qui est très compliqué, c'est que c'est très différent d'un territoire à l'autre.

RENAUD DELY
Sauf que ça monte partout quand même globalement.

JULIEN DENORMANDIE
Dans les zones tendues, c'est-à-dire là où ça monte le plus, vous avez un problème de nombre de logements, donc là il faut construire plus ou il faut lutter contre ce qu'on appelle la vacance. Et moi j'appelle tous les propriétaires qui nous écoutent, que je qualifierais de propriétaires citoyens, d'arrêter de garder des biens non loués. Aujourd'hui dans les autres…

MARC FAUVELLE
Ça ne marche pas, Julien DENORMANDIE, les appels ça fait des années qu'on les entend, est-ce qu'il ne faut pas forcer aujourd'hui un peu la main aux propriétaires qui refusent de mettre des biens sur le marché ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, pourquoi ça ne marche pas ?

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut se passer de cette mesure quand on a un nombre de gens mal logés en France incroyable ?

JULIEN DENORMANDIE
Pourquoi ça ne marche pas ? Pour deux raisons. Un parce qu'on a toujours été dans les caricatures entre les propriétaires et les locataires. On a toujours dit : le propriétaire c'est un nanti ce qui est totalement faux, vous avez une majorité de propriétaires qui sont des classes moyennes. Et puis on a dit : les locataires ils ont comme principal lobby d'aller dégrader les biens. Moi je suis le premier qui dit : je suis ni pour les uns, ni pour les autres, je suis pour les Français et donc rénovons cette confiance…

- Brouhaha -

MARC FAUVELLE
... merci de libérer des logements ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais comment on fait, concrètement ? Tous les propriétaires qui nous écoutent, si vous ne voulez absolument pas vous embêter avec un locataire, si vous voulez être totalement sécurisé, c'est possible. Il y a des associations, il y a un truc qui s'appelle le Solibail. Ce Solibail, vous donnez les clés de votre appartement…

MARC FAUVELLE
Qu'avait mis en place le gouvernement précédent, si je ne m'abuse.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, et qu'on a renforcé. Vous donnez les clés de votre appartement à cette association, vous ne vous occupez de rien, vous avez une garantie de loyer et même une garantie de remise en état de votre bien.

MARC FAUVELLE
Alors, pourquoi ils ne le font pas tous ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que je pense très sincèrement que pendant des années on a opposé les propriétaires et les locataires. Il faut apaiser cela, il faut rénover cette confiance entre les deux.

RENAUD DELY
C'est le « en même temps », si vous pensez qu'on peut appliquer le en même temps…

JULIEN DENORMANDIE
Ah non, ce n'est pas du « en même temps », c'est juste d'arrêter de faire en sorte que ici ou là on n'arrête pas de caricaturer, soit les uns, soit les autres, c'est simplement dire un propriétaire : si vous êtes un propriétaire citoyen, n'ayez pas un logement vacant…

RENAUD DELY
L'appel au civisme des propriétaires suffit à vos yeux.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas qu'un appel, puisque derrière j'ai mis en place les outils, je les ai renforcée, si vous ne voulez pas vous embêter, vous donnez les clés de votre appartement à une association Solibail, et là vous êtes sûr que vous êtes totalement sécurisé. Je pense que c'est aussi comme ça qu'on fera avancer les choses.

MARC FAUVELLE
Merci Julien DENORMANDIE.

RENAUD DELY
Merci.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2018

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