Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et la fiscalité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 30 novembre 2018, sur la contestation concernant le prix des carburants et la fiscalité.

Personnalité, fonction : RUGY François de, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, bonjour.

FRANÇOIS DE RUGY
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre d'Etat, numéro 2 du gouvernement, important ministère, au coeur de la situation actuelle, vous allez recevoir tout à l'heure à Matignon, avec le Premier ministre, enfin le Premier ministre va recevoir avec vous, quatre représentants des Gilets jaunes. Qui sont ces quatre représentants, comment ont-ils été choisis ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce sont les représentants que les Gilets jaunes se sont donnés. Moi-même j'en ai rencontré deux dès mardi soir, et j'ai dit on part de ceux qui ont été présentés comme leurs porte-parole. Je sais que ce n'est pas facile d'ailleurs pour eux de désigner des représentants, puisque c'est un mouvement assez spontané, et puis dès qu'on commence à se structurer, d'ailleurs, on rencontre les difficultés de tout mouvement collectif qui est désigné, comment. Mais il y a aujourd'hui des porte-parole, eux disent d'ailleurs parfois des messagers, c'est-à-dire ils se contentent de porter les messages des gens qui sont impliqués dans ce mouvement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, François de RUGY, vous allez préparer, j'imagine, la grande concertation de 3 mois…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demandée par le président de la République, dont me parlait Edouard PHILIPPE mercredi matin, c'est bien cela ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, et nous avons déjà commencé d'ailleurs, à en discuter, avec beaucoup d'acteurs, hier nous avons rencontré des élus, les représentants des élus locaux, par exemple, nous avons rencontré aussi des parlementaires, mais surtout des associations de solidarité, toutes ces associations de lutte contre la pauvreté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez leur faire des propositions, tout à l'heure ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous allons les entendre et nous allons leur dire un peu comment nous voyons les choses, et ensuite le Premier ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors comment les voyez-vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je pense que, plutôt en début de semaine prochaine, nous ferons des propositions concrètes d'organisation de ces débats sur le terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, pas avant la semaine prochaine, pour l'organisation concrète, je ne parle même pas du contenu, je parle de l'organisation concrète des rencontres. Dans les petites villes, dans les départements, comment ça va se passer ? Non pas dans les grandes villes, j'imagine.

FRANÇOIS DE RUGY
Si vous faites les questions et les réponses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, mais je vous le demande.

FRANÇOIS DE RUGY
Ce que nous avons dit avec le Premier ministre, ça nous l'avons déjà dit à nos interlocuteurs, c'est que nous ne voulions pas que ce soit simplement un grand débat national, ni même simplement à l'échelle des régions, surtout aujourd'hui que nous avons des mégas régions, donc c'est au minimum dans chaque département, au minimum. Mais beaucoup d'interlocuteurs, et nous sommes d'accord avec eux, pensent qu'il faudrait aller à l'échelle plutôt, encore, de bassins de vie en quelque sorte, dans tel département vous avez plusieurs villes, vous avez une grande ville peut-être à un endroit, mais aussi des petites villes, des villes moyennes, peut-être même, si des maires, des élus locaux, municipaux, sont prêts à le faire, à l'échelle de la commune, là ça dépendra aussi de la volonté des uns et des autres, mais il faut au minimum que ce soit dans chaque département.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans chaque département minimum, dans des villes moyennes, ou petite villes…

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, exactement, au plus près du terrain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des débats, avec des Gilets jaunes évidemment.

FRANÇOIS DE RUGY
Evidemment, on souhaite que ce soit ouvert à tout le monde, c'est-à-dire à la fois des représentants des Gilets jaunes, peut-être des citoyens, qui eux ne sont pas dans ce mouvement, mais qui ont des choses à dire, c'est l'occasion pour eux de s'exprimer, et puis aussi des représentants d'associations, de syndicats ou d'élus, qui font des choses sur le terrain, parce que c'est aussi l'occasion de discuter de ce qui se fait, des problèmes et des solutions. Notre but c'est de faire émerger des solutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, 3 mois de concertations, est-ce que vous allez faire un geste avant le début de ces concertations ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce qui est sûr c'est que beaucoup de nos interlocuteurs l'ont dit, certains pour des raisons politiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'ont demandé, les élus locaux notamment.

FRANÇOIS DE RUGY
Des élus locaux, mais qui, vous le savez, sont membres, pour certains du parti Les Républicains, pour d'autres du Parti socialiste, ce qui est tout à fait normal, mais eux ils sont porteurs de cette revendication de leur parti, des parlementaires aussi, et c'est quelque chose, évidemment, que nous intégrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les Gilets jaunes vous demandent, là, peut-être un geste.

FRANÇOIS DE RUGY
Les Gilets jaunes, moi j'ai discuté avec eux, ce qu'ils souhaiteraient c'est plutôt que, d'abord peut-être on supprime purement et simplement la taxe carbone, mais surtout qu'on baisse tous les impôts, et moi je pense cela d'ailleurs aussi. Vous savez, quand j'ai discuté hier avec un groupe de Gilets jaunes, le journal Le Parisien en fait un compte-rendu ce matin, eh bien ils me disent, dans le fond, il vaudrait peut-être mieux baisser tous les impôts, qu'augmenter un certain nombre de prestations, ce que nous avons fait depuis le début du quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas ce qui est ressenti.

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez que nous avons augmenté le minimum vieillesse, nous avons augmenté l'allocation adulte handicapé, nous avons augmenté la prime d'activité, et finalement eux ce qu'ils demandent c'est on baisse tous les impôts et taxes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, le minimum vieillesse, mais pas les retraites !

FRANÇOIS DE RUGY
Il faudra en parler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, je ne vais pas rentrer…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais pourquoi Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
0,3 % les retraites.

FRANÇOIS DE RUGY
Parce que nous avons ciblé sur les ménages les plus modestes, mais finalement est-ce que c'est ce que souhaitent d'ailleurs l'ensemble des Français, est-ce que ce qu'ils souhaitent ce n'est pas une baisse généralisée dont tout le monde bénéficierait, notamment, et d'abord et avant tout les classes moyennes ? Regardez, même la taxe d'habitation, la baisse de la taxe d'habitation, 80 % des ménages, mais les 20 % restants, qui ne sont pas spécialement riches pour un certain nombre d'entre eux, eh bien ils ne vont pas en bénéficier et ils aimeraient bien en bénéficier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, ça c'est très beau, ce sont des discours, mais les Gilets jaunes en ont assez…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, c'est des choix politiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous demande, concrètement…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais non, Monsieur BOURDIN, c'est les choix politiques concrets sur la fiscalité, impôts/dépenses, recettes/dépenses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous demande, est-ce qu'il y aura un geste avant Noël, avant le début des concertations, un geste, je ne sais pas, un moratoire sur la hausse des taxes ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je ne suis pas venu là ce matin pour vous annoncer cela, ce que je sais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de moratoire ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce que je sais c'est que la demande elle est sur la table, ce n'est plus la même demande qu'il y a quelques semaines, il y a quelques semaines c'était annuler purement et simplement la taxe carbone…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là c'est moratoire, pendant 3 mois par exemple.

FRANÇOIS DE RUGY
Là certains disent moratoire de 3 mois. Au passage, moi j'ai donné le chiffre, parce qu'il faut quand même le dire, ça coûte 650 millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ou pas à ce moratoire ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je n'y suis pas favorable, parce que je crois que si nous faisons cela, d'abord nous perdons les 650 millions d'euros qui nous permettent de financer les mesures d'accompagnement sociales et solidaires, vous savez que le doublement de la prime à la casse, l'augmentation du chèque énergie, c'est à peu près cette somme-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça je vais vous en parler.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc, à un moment donné, c'est un choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous dites non, il n'y aura pas de moratoire ?

FRANÇOIS DE RUGY
Par exemple, les associations de solidarité, la fondation Abbé Pierre, le Secours catholique, etc., eux ce qu'ils nous disent, « ah ben non, surtout ne reculez pas sur l'augmentation du chèque énergie », le chèque énergie c'est ce qui permet d'accompagner ceux qui sont le plus en difficulté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais je ne vous parle pas du chèque énergie…

FRANÇOIS DE RUGY
Tout se tient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous parle d'un moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant…

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien c'est un choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites non, il n'y en aura pas avant les 3 mois de concertations.

FRANÇOIS DE RUGY
Je vous dis voilà où nous en sommes dans les discussions, maintenant nous sommes en train de tout regarder, et c'est aussi la vertu de ces discussions, elles sont certes pour préparer un débat, mais elles sont aussi pour affiner ce que demandent les uns et les autres, et combien ça coûte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors nous verrons donc, au bout de 3 mois, quelles sont les demandes exactes des Gilets jaunes, on est bien d'accord, enfin pour l'instant rien ne bouge, rien ne bougera pendant les 3 mois, si ce n'est la concertation, on est bien d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
Monsieur BOURDIN, pas uniquement ce que demandent les Gilets jaunes, ce qui peut sortir, émerger, comme nouvelles solutions, et si certaines on peut les mettre en vigueur avant même la fin des débats, on le fera. Vous savez, nous avons déjà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez l'argent pour ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous avons déjà pris des mesures, vous le savez bien, avant la première manifestation, avant le 17 novembre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, parlons-en, la prime à la conversion, combien depuis le début de l'année ? Combien de personnes, de Français, ont…

FRANÇOIS DE RUGY
Nous sommes à plus de 250.000 bénéficiaires, et nous ne savons pas encore, à l'heure où je vous parle, combien il y en aura à la fin de l'année, puisqu'il y a tous les jours, toutes les semaines, des personnes qui achètent une voiture, qui changent de voiture, grâce à cette prime, grâce à cette aide de l'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, et combien de toutes ces personnes qui changent de voiture, ont reçu cette prime à la conversion, vous le savez ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a eu quelques retards de paiement cet été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques retards ? Il y en a eu beaucoup.

FRANÇOIS DE RUGY
Et je me suis battu pour que ce soit résorbé le plus rapidement possible et qu'il n'y ait pas de coup de frein…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y en a encore…

FRANÇOIS DE RUGY
Justement budgétaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai des appels tous les jours.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, eh bien ce n'est pas normal, non seulement ce n'est pas normal, mais moi ce que je peux vous dire, Monsieur BOURDIN, c'est qu'il y avait des gens qui voulaient tout arrêter, parce que, à un moment donné ils disaient ça coûte trop cher. On avait prévu 100.000, on avait prévu qu'il y ait 100.000 automobilistes qui soient aidés pour changer de voiture, on en aura peut-être 3 fois plus, ou 2,5 fois plus, on doit s'en réjouir, mais évidemment ça coûte plus cher, et moi je me suis battu au sein du gouvernement, avec le ministère du Budget, pour qu'on ne coupe pas les crédits.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non seulement ça coûte plus cher, mais il faut aussi que l'administration suive.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que c'est l'automobiliste qui avance la prime…

FRANÇOIS DE RUGY
Et c'est absolument indispensable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est le concessionnaire qui avance la prime.

FRANÇOIS DE RUGY
Bien sûr, et nous voulons même…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui est totalement anormal.

FRANÇOIS DE RUGY
Et nous voulons même aller plus loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors comment faire ?

FRANÇOIS DE RUGY
En faisant en sorte qu'on ait des mécanismes de financement qui fassent que les gens n'aient pas besoin d'avancer cet argent, et que dès qu'ils achètent la voiture…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettez-les en place alors !

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien c'est ce que nous allons faire. Ce qu'on a appelé les prêts verts, c'est-à-dire ces prêts qui permettraient aux gens aussi de financer le reste, parce que même si vous avez 4000 euros, pour les ménages les plus modestes et qui roulent le plus, 4000 euros pour acheter une voiture, vous pouvez acheter une voiture d'occasion à 5, 6000 euros, il ne vous reste plus que 1000 ou 2000 euros à payer, eh bien que même ces 1000 ou 2000 euros on puisse, pour ceux qui n'ont pas l'argent, qui n'ont pas forcément, s'ils vont voir une banque, ils n'auront pas forcément un prêt, eh bien qu'ils aient une solution de financement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous prévoyez de nouvelles aides pour la rénovation énergétique ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, c'est absolument indispensable. On a présenté, vous le savez, avec le président de la République mardi, ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie, c'est-à-dire la stratégie française pour l'énergie pour les 10 ans qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je reviendrai sur le nucléaire tout à l'heure.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais le premier pilier de cette stratégie c'est la baisse des consommations. Pourquoi ? Parce que, bien sûr, c'est bon pour la planète, on va réduire les émissions de CO2, les émissions de gaz à effet de serre, mais on va surtout limiter les factures des Français, c'est bon pour l'économie et c'est bon pour le porte-monnaie de chacune et chacun d'entre nous. Et donc, pour faire cela, il faut changer d'échelle. Les moyens qui ont été mis en oeuvre depuis des années ils n'ont pas été assez efficaces, ils n'ont pas été à la bonne échelle. Donc, moi je vais réunir les professionnels du bâtiment, qui sont ceux qui vont faire, ceux pour qui aussi ce sera de l'activité économique, les professionnels de l'immobilier, les professionnels de l'énergie, c'est-à-dire les grands groupes de l'énergie qui sont prêts aujourd'hui à proposer des nouvelles solutions, et bien sûr les pouvoirs publics.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réunir quand ?

FRANÇOIS DE RUGY
Dans les semaines qui viennent, ça c'est un chantier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les semaines, mais il y a des urgences…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alarme, dit le président de la République. Ça veut dire quoi alarme, quand il y a une alarme, que fait-on ? On prend une mesure urgente, on évacue… alarme.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, mais nous avons déjà pris un certain nombre de mesures…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que dans des semaines…

FRANÇOIS DE RUGY
Alors que vous savez, Monsieur BOURDIN, que le mouvement des Gilets jaunes, de quoi il est parti ? De la hausse des prix des carburants, c'est de là qu'il est parti, aujourd'hui on voit que c'est beaucoup plus large, mais pourquoi est-ce que c'est beaucoup plus large ? Parce que aujourd'hui les prix des carburants ils ont déjà rebaissé, grâce à la baisse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux, d'ailleurs tout le monde voit bien que ce n'est pas les taxes, c'est le pétrole sur les marchés mondiaux. Aujourd'hui, moi je regarde les stations-service, chaque fois que je passe devant une station-service je regarde le prix, 1,45 euro, 1,50 euro, pour l'essence, le diesel, il y a d'ailleurs des taxations, c'est déjà le même prix, et donc on était à 1,70 euro, si j'étais venu ici il y a 2 mois on aurait parlé d'un carburant à 1,70 euro, et peut-être que ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais François de RUGY…

FRANÇOIS DE RUGY
Donc on voit bien que c'est beaucoup plus large, on est sur des sujets beaucoup plus larges comme les impôts, les taxes, leur niveau, et par ailleurs, aussi les aides d'accompagnement dans le changement écologique, pour que le changement écologique soit solidaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous annoncerez dans quelques jours de nouvelles aides sur la rénovation énergétique, on est bien d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
D'abord la réforme de notre système d'aides, qui n'est pas efficace, mais par ailleurs, aussi, la mobilisation de financements privés. Pourquoi est-ce qu'on ne va pas considérer qu'à chaque fois il faut augmenter les dépenses publiques, puisque le but, ensuite, c'est de faire des économies de chauffage, et donc ces économies elles servent à financer..

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends François de RUGY, mais moi je me mets à la place de celui ou celle qui nous écoute, est-ce qu'il y aura de nouvelles aides ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ecoutez, quand vous avez une maison, à rénover, ça coûte, en général, 30, 40.000 euros, donc, en général vous hésitez à vous lancer dans ces travaux, à aller voir une banque et à emprunter 30 ou 40.000 euros, parce que vous n'êtes pas sûr qu'ensuite vous allez avoir les économies qui font le financer. Si vous avez un opérateur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut pouvoir rembourser !

FRANÇOIS DE RUGY
Qui dit, et y compris des gens comme EDF, comme ENGIE, sont prêts à le faire, avec une banque, qui dit « voilà, moi je vous propose un package complet, vous allez tout rénover, vous avez des artisans qui savent le faire, et ensuite on vous garantie que vous avez la baisse de votre facture, et c'est ça qui financera l'investissement. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, l'électricité va encore augmenter, en 2019.

FRANÇOIS DE RUGY
En tout cas, c'est l'occasion, Monsieur BOURDIN, de faire la transparence totale sur la fixation du prix de l'électricité en France. En France nous avons un tarif régulé, beaucoup de Français pensent, et peut-être parce que beaucoup de politiques leur ont dit pendant des années, « vous savez, le tarif régulé, dormez tranquille, c'est la garantie que les tarifs n'augmentent pas. » Non, le tarif régulé ça veut dire qu'il y a une formule. Au lieu d'être le marché, au lieu de s'en remettre au marché, à la concurrence, aujourd'hui en France on peut faire appel à d'autres fournisseurs d'électricité qu'EDF, qui sont en général moins chers d'ailleurs, souvent, eh bien on a dit « on va continuer un tarif régulé », sauf que le tarif régulé il ne vient pas du ciel, ce n'est pas les voix du Saint-Esprit, c'est un mode de calcul. Et en 2015, dans le précédant mandat, il a été décidé, ce n'est pas moi qui l'ai fait, que dorénavant le ministre se contentait de signer, en bas d'une feuille, ce qui était fait par la Commission de régulation de l'électricité, qui est une instance indépendante, qui est sérieuse, qui est faite de spécialistes, et qui calcule comment on peut couvrir, avec le prix de l'électricité, les coûts de production d'électricité, et qui aussi fait en sorte que ce ne soit pas une distorsion de concurrence entre EDF et les concurrents privés. Et donc, si on applique ce mode de calcul, en effet il y a une hausse de l'électricité l'année prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais concrètement, voilà, elle va augmenter de combien, 2,3 %, c'est cela, en 2019, et 3,3 en 2020…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus que ça encore ?

FRANÇOIS DE RUGY
Si nous faisons, si nous appliquions de façon mécanique le mode de calcul, ça pourrait être beaucoup plus que ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce sera l'augmentation…

FRANÇOIS DE RUGY
Sachant qu'en 2000… il faut être honnête, en 2018, ça a été une stabilité, parce que c'était 2 fois, c'était au 1er juillet et au 1er janvier… même une légère baisse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que nous sommes 15e en Europe sur le prix de l'électricité, alors que nous avons eu longtemps une électricité moins chère qu'ailleurs.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais pourquoi, vous savez pourquoi Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

FRANÇOIS DE RUGY
On a fait croire aux Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les taxes.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment non, non ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, on a fait croire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a les taxes les plus importantes sur l'électricité en Europe, 35 % de taxes.

FRANÇOIS DE RUGY
La contribution spéciale sur le prix de l'électricité, la CSPE, elle n'a pas été augmentée, et nous allons même regarder s'il ne faut pas la baisser pour amortir la hausse des prix de l'électricité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, vous allez baisser la taxe sur l'électricité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce qui a un coût…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça a un coût, non mais j'imagine…

FRANÇOIS DE RUGY
A chaque fois, à chaque fois, à chaque fois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, à chaque fois, mais est-ce que vous allez baisser les taxes sur l'électricité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous sommes en train de tout regarder. Moi j'ai demandé qu'on regarde tout et qu'on ne rentre pas dans une application mécanique, parce que si c'est une application mécanique, en effet, viendra s'ajouter, à d'autres factures à la hausse, la facture d'électricité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ce sont les impôts contraints…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais vous savez que dans le précédent mandat, Ségolène ROYAL avait voulu un jour faire cela, et il y a eu un recours de concurrents d'EDF, qui ont gagné, et du coup l'application s'est faite, avec retard, mais elle s'est faite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais là vous réfléchissez à une baisse des taxes.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc moi je veux qu'on change aussi, je veux qu'on change ce système de fixation des prix, qui n'est pas bon, puisqu'on fait croire aux Français que les tarifs vont être maîtrisés, alors qu'en fait on applique des calculs… vous savez pourquoi ? parce que les prix de l'électricité, sur le marché européen, c'est comme les prix du pétrole sur les marchés mondiaux, les prix de l'électricité ils ont beaucoup augmenté, ils sont passés de, en gros, 40 euros le mégawatheure à 60 euros, une fois et demi plus qu'il y a 1 an, donc c'est ça qui fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez baisser les taxes….

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez quel est l'autre critère ? C'est que comme nous avons… en France nous produisons beaucoup d'électricité par le nucléaire, et les centrales nucléaires sont de plus en plus âgées, de plus en plus vieilles, elles ont donc de plus en plus souvent besoin de travaux, et elles sont souvent à l'arrêt, et cela augmente aussi les coûts de production, et donc le prix de l'électricité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez réfléchir à une baisse des taxes sur l'électricité, on est d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je vais tout regarder, je vais tout regarder pour qu'on maîtrise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien ce que vous m'avez dit…

FRANÇOIS DE RUGY
Et le Premier ministre et le président de la République m'ont demandé d'ailleurs de tout faire pour que le prix de l'électricité soit maîtrisé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien ce que j'ai compris.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais il y a aussi d'autres solutions, mais nous sommes en train de les expertiser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'électricité n'augmentera pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Attendez, non, moi je ne fais pas de promesses en l'air, parce qu'à chaque fois ce sont aussi des questions économiques. Il y a la question sociale, qui est extrêmement importante, et il y a la question économique. Mais je veux juste revenir un instant, vous savez le chèque énergie, dont on a parlé, c'est ce qu'on appelait autrefois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même le président de la République n'y comprend rien.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est normal que lui ne le touche pas par ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, je ne vous parle pas…

FRANÇOIS DE RUGY
Puisque c'est fait pour….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y a…

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a 3,6 millions Français qui en ont bénéficié en 2018, c'est-à-dire 5 sur 6…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est normal qu'il ne comprenne rien ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est vrai que c'est un mécanisme un peu complexe, mais ce qui est sûr c'est qu'il y a quand même 5 français sur 6 qui y ont droit, qui en ont bénéficié, donc eux ils ont bien compris, quand même, comment ils pouvaient en bénéficier, et tant mieux, et il faut regarder, en gros, pour les 500.000 qui auraient pu en bénéficier, qui ne l'ont pas fait, et par ailleurs on a décidé de l'augmenter. Mais, ce que je veux juste dire c'est que le chèque énergie, autrefois c'est ce qu'on appelait les tarifs sociaux du gaz et de l'électricité, on l'a changé et on l'a élargi, y compris pour ceux qui se chauffent au fioul, parce qu'on savait que l'augmentation des prix du pétrole sur les marchés mondiaux allait se répercuter sur les prix du fioul. On a anticipé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous parliez de Ségolène ROYAL, François HOLLANDE qui critique, vous avez vu, qui est gilet jaune, ça vous fait sourire ou… qu'est-ce que vous lui dites ce matin ? J'ai entendu le président de la République lui répondre…

FRANÇOIS DE RUGY
Je lui dis, parce que, vous savez, je l'ai connu pendant 5 ans président de la République, j'étais dans sa majorité, donc j'ai un peu de mémoire. Moi je me souviens très bien, en 2012, quand il a été élu, il y avait un choix à faire, puisqu'il y avait beaucoup de déficit, beaucoup de dette, suite à la crise, et soit on augmentait les impôts massivement, soit on baissait les dpenses massivement, moi j'avais même proposé qu'on fasse moitié, moitié, 50/50, eh bien le choix qui a été fait ça a été d'augmenter les impôts massivement, plus de deux tiers de la résorption du déficit, c'était par l'augmentation des impôts. Donc, je peux vous dire que les Gilets jaunes, que moi je rencontre, ce dont ils me parlent c'est de l'augmentation des impôts et taxes depuis 10 ans, c'est-à-dire ils disent d'ailleurs… vous savez pourquoi ? Ça fait 10 ans qu'il y a eu la crise, et en fait en France on n'était jamais vraiment sorti de la crise depuis 10 ans. Aujourd'hui l'activité économique repart, et donc un certain nombre de Français aimeraient bien bénéficier de ces fruits de la croissance économique, et je les comprends.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on n'est pas devant une crise politique grave, sérieusement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ce qui est sûr c'est que ça dépasse considérablement, vous avez vu, l'accompagnement de la transition écologique. Au début on nous a dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous n'avez aucune réponse, pour l'instant, à apporter aux Gilets jaunes, aucune, c'est ce qu'ils pensent.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais attendez, moi j'ai vu leurs revendications puisqu'ils me les ont données, deux pages de revendications qui vont, en effet, des taxes sur les carburants, jusqu'à la suppression du Sénat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai vu.

FRANÇOIS DE RUGY
Quand je vois des sénateurs qui seraient prêts à enfiler des gilets jaunes, ils ont compris quand même que, dans les revendications, s'ils veulent dire on donne satisfaction à toutes les revendications des Gilets jaunes, ça veut dire qu'on supprime le Sénat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est devant une crise politique grave, franchement ?

FRANÇOIS DE RUGY
On est en tout cas devant un mouvement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes inquiet ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi je considère que quand on est en responsabilités on doit garder du sang-froid tout en étant réactif, donc il faut tout le temps être capable, y compris de bouger sur certaines choses, et nous l'avons déjà fait, et peut-être que nous le ferons encore, mais il faut être capable de dialoguer, de discuter, mais il faut aussi avoir un peu de constance. Et moi, par exemple, je salue la constance et la cohérence dans le temps du Premier ministre et du président de la République. Vous savez, on les critique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne bougent pas… qui ne bougent pas.

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez, il y a déjà eu des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous ne sommes pas entendus disent les Gilets jaunes…

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a déjà eu des mouvements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vous le disent tous les jours.

FRANÇOIS DE RUGY
A une époque il y a eu les Bonnets rouges, c'était dans le mandat précédent, de François HOLLANDE, et ce mouvement voulait même se transformer en mouvement politique d'ailleurs, mais, à un moment donné, eh bien il faut toujours être en capacité de dialoguer, c'est ce que nous faisons, d'en tenir compte, c'est-à-dire ce qui va sortir de ce dialogue, il faut en tenir compte. Ça veut dire que, en effet, quand on parle de la baisse des impôts et taxes, ça veut dire que là il faut y réfléchir concrètement, parce qu'il y a beaucoup de gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République va encore s'exprimer, va rencontrer des Gilets jaunes, il faut qu'il le fasse, je ne sais pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous verrons bien, moi, vous savez, j'ai été un des premiers à les rencontrer, d'abord sur le bord des routes, en Vendée, puis à mon ministère, puis je vais le faire avec le Premier ministre aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc ça c'est normal, c'est normal de discuter, et heureusement, on est dans un pays démocratique, où même un mouvement qui est inorganisé, qui surgit comme ça, eh bien y compris nous le considérons, nous le considérons, nous ne faisons preuve de considération…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous considérez, vous écoutez, vous entendez, mais rien ne bouge !

FRANÇOIS DE RUGY
Mais pour en tirer des conclusions concrètes sur la politique que nous menons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien ne bouge pour l'instant. Rien ne bouge.

FRANÇOIS DE RUGY
Par exemple, le débat entre, moins d'impôts et taxes, moins de dépenses publiques, ou plus d'impôts et taxes, plus de dépenses publiques, ça c'est un débat de fond permanent, et moi je peux vous dire, depuis 18 mois, j'ai vu les mêmes qui critiquent les hausses d'impôts et taxes, demander plus de dépenses. Et vous savez, ceux qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous avez vu, vous avez entendu des politiques, mais là ce sont les Français qui sont là à vous contester.

FRANÇOIS DE RUGY
Eh bien justement, ayons aussi un dialogue direct avec les Français, et moi j'irai personnellement dans les réunions départementales, dont nous parlions tout à l'heure, je veux que les ministres, les députés de la majorité, y aillent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut qu'Emmanuel MACRON y aille, qu'il participe à ces assemblées.

FRANÇOIS DE RUGY
Et, en quelque sorte, que nous soyons en dialogue direct, et qu'on soit capable d'entendre, y compris des critiques et des revendications…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Itinérance une semaine, eh bien voilà une bonne itinérance, tiens !

FRANÇOIS DE RUGY
Moi j'y suis tout prêt.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà une bonne itinérance.

FRANÇOIS DE RUGY
Moi j'y suis tout prêt.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien merci François de RUGY d'être venu nous voir.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 décembre 2018

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