Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à LCI le 5 décembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes et les mesures gouvernementales concernant le gel et la suppression de certaines taxes au 1er janvier 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à LCI le 5 décembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes et les mesures gouvernementales concernant le gel et la suppression de certaines taxes au 1er janvier 2019.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel.

FRANCE. Ministre du travail

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous, mon invitée ce matin est la ministre du Travail, bonjour Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, le gouvernement a renoncé hier à imposer de nouvelles taxes le 1er janvier sur l'essence, et a renoncé aux hausses de l'électricité et du gaz, est-ce que c'est un changement de cap Muriel PENICAUD ?

MURIEL PENICAUD
Je crois que quand le Premier ministre a annoncé hier, qu'on allait effectivement suspendre pour 6 mois les 3 taxes liées au carbone, au diesel, plus les prix de l'électricité et du gaz, plus les modalités du contrôle technique, je crois que le but c'est de répondre d'abord à une vraie attente, c'est de ça que ça a démarré tout ce qui se passe depuis 3 semaines, et puis d'avoir le temps de la discussion, parce que la démocratie c'est ça, c'est se mettre autour de la table. Il y a des problèmes, il y a de la colère, il y a de la souffrance, il y a des difficultés de fins de mois, moi je passe mon temps sur le terrain, j'ai aussi rencontré des Gilets jaunes, on peut tous constater que c'est difficile, mais il faut s'asseoir pour faire des solutions. Et pour s'asseoir il faut déjà être tranquillisé, et c'était le but de ce geste, c'est de permettre de… et donc tout commence, ce qui compte maintenant c'est les discussions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, Muriel PENICAUD, vous qui êtes une négociatrice, vous avez dirigé des ressources humaines, quand même 3 semaines, ça a été long quand même, pour prendre cette décision de lâcher un peu de lest et de discuter. Vous auriez fait ça plus tôt vous ?

MURIEL PENICAUD
Alors moi je crois que, bon, on peut toujours dire on aurait pu faire mieux, autrement, c'est certainement vrai, ce n'est pas le plus important, l'important maintenant c'est vraiment se mettre autour de la table. Oui, il y a des difficultés, quand on travaille, qu'on gagne entre 1000 et 2000 euros, qu'on est ouvrier, employé, qu'on est artisan, qu'on est patron de PME, et qu'il faut se déplacer, oui, dans les zones rurales c'est un problème. 7 salariés sur 10 ils prennent la voiture pour aller au travail, donc ce n'est pas un choix, c'est une obligation, donc il faut qu'on trouve des solutions, comment on fait pour qu'on progresse sur le plan écologique, sinon on va dans le mur, mais aussi sur le plan social, c'est l'objet des discussions, et je recevrai avec la ministre des Transports, enfin nous commençons les discussions avec les partenaires sociaux dès vendredi sur le sujet des primes mobilité ou transport.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, est-ce que vous avez renoncé à ces nouvelles taxes pour 6 mois ou pour toujours, avant que vous me répondiez, écoutez Benjamin GRIVEAUX, il était tout à l'heure chez nos confrères de RTL.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Il y avait une augmentation des taxes qui était prévue le 1er janvier, celle-là, je le redis à votre micro, c'est suspendu, c'est suspendu, il n'y aura pas d'augmentation de ces taxes au 1er janvier, et on trouvera des solutions, ou pas, et si on ne trouve pas de solution, eh bien on y renoncera.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes donc prêts à renoncer définitivement si vous ne trouvez pas de solution ?

MURIEL PENICAUD
Ce qu'on veut c'est trouver une solution qui soit à la fois sociale et écologique, on ne peut pas faire choisir aux citoyens français entre la santé et le coût du transport, donc il faut qu'on trouve une solution, mais évidemment, on n'est pas borné, si on ne trouvait pas de solution ça veut dire qu'il faudrait s'y prendre autrement. Mais moi j'espère bien, parce que c'est quand même mon expérience depuis très longtemps, quand on se met autour de la table, de bonne foi, on peut ne peut pas être d'accord, on peut discuter âprement, mais si on discute vraiment en cherchant des solutions, eh bien on trouve des solutions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez vous mettre autour de la table avec qui, parce que les Gilets jaunes c'est compliqué, il y en a très peu qui veulent discuter et ceux qui veulent discuter ils sont parfois menacés par les autres, de mort même parfois sur les réseaux sociaux, vous allez négocier avec les syndicats plutôt ?

MURIEL PENICAUD
Alors, il y a deux choses différentes. Sur la prime mobilité, ou prime transport, oui c'est avec les syndicats et les collectivités territoriales, parce que c'est eux qui ont la responsabilité, par la Constitution, par la loi, on est dans un Etat de droit, de le faire. Mais après il y a la grande concertation qui va se faire sur le terrain, qui va démarrer mi-décembre, là sur des sujets plus larges, le transport, le logement, la fiscalité, tous les sujets vont être mis sur la table, et là, cette concertation citoyenne, ces ateliers citoyens, ce sera évidemment les partenaires sociaux, syndicaux et patronaux, ce sera les élus locaux, les associations, mais aussi les Gilets jaunes ou des citoyens, on est en train de regarder les modalités. Parce que je crois que dans notre démocratie aujourd'hui il nous faut à la fois la démocratie représentative, c'est-à-dire on a élu des gens, alors qu'ils soient président de la République, députés…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ou syndicalistes.

MURIEL PENICAUD
Syndicalistes, ce sont des gens élus, donc ils sont légitimes dans un Etat de droit, nos ancêtres se sont battus pour qu'on puisse désigner des gens par élections et pas fait du prince, mais maintenant il y a aussi une demande de parole directe et de discussions directes, donc ça, ça doit avoir lieu sur le terrain…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec des Gilets jaunes.

MURIEL PENICAUD
Avec des Gilets jaunes, sans violence. Et moi je voudrais dire quelque chose là-dessus. La violence, la colère on la comprend, la colère, la souffrance, le ressentiment, l'inquiétude, tout ça est vrai, mais la violence c'est autre chose. La violence de quelques-uns sur les autres, ça menace la liberté d'expression, moi quand je vois qu'il y a des Gilets jaunes qui sont menacés de mort par d'autres parce qu'ils oseraient parler avec le gouvernement, là on mine les fondements de notre démocratie. Lorsque la liberté d'expression n'est plus garantie, lorsque… vous savez, ce n'est pas non plus le chaos, ce n'est pas le chaos qui va résoudre les problèmes des fins de mois, il y a un temps pour la colère, il y a un temps pour se mettre autour de la table, trouver des solutions. Et en termes de fraternité, eh bien s'il n'y a plus de fraternité dans ce pays, si on ne peut plus vivre ensemble, on va tous dans le mur, pour nous et nos enfants, donc je crois que vraiment… vous savez, la non violence est parfois plus forte, c'est parfois plus de courage, d'aller autour d'une table et d'arriver à trouver un accord.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais dites-moi Muriel PENICAUD, ce qui a été annoncé hier, c'est de dire aux Français on ne va pas vous taxer davantage, on ne va pas augmenter ce qui était prévu au 1er janvier, mais on ne donne rien, à court terme, pour le pouvoir d'achat à court terme. Et d'ailleurs, on va se parler franchement, vous étiez à cette réunion lundi soir à l'Elysée, autour du président, avec les ministres qui comptent dans ce dossier, il y a eu débat, est-ce qu'il faut aller plus loin, est-ce qu'il faut faire d'autres gestes, est-ce que vous auriez dû aller plus loin ?

MURIEL PENICAUD
Alors moi je pense qu'on ne peut pas dire une chose et son contraire. Les Français ils veulent être entendus, les Gilets jaunes, les syndicalistes, les associations, les élus, ils veulent être entendus, si on décide tout à l'avance, sans discuter, on va nous dire, à juste titre, « mais alors, c'est un simulacre de discussions. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il y a encore du grain à moudre ?

MURIEL PENICAUD
Il y aura du grain à moudre, bien sûr, il faut des… bien sûr, il faut des solutions concrètes, pas des choses générales, des choses concrètes, et qui peuvent être différentes d'un territoire à l'autre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, ce qui a été annoncé, c'est juste le début de mesures nouvelles ?

MURIEL PENICAUD
C'est pour symboliser, pour dire voilà, maintenant on stoppe ce qui inquiétait, on met en pause, et maintenant on peut aller chercher ensemble des solutions, c'est ça la démarche qu'on a proposée, qui me paraît indispensable pour trouver des solutions. Alors, en attendant il y a quand même des dynamiques, le SMIC va augmenter, il y a des choses, mais tout ça ce n'est pas la solution, il faut aller…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors attendez, vous parlez du SMIC, on n'a pas compris, parce qu'il y a 10 jours le Premier ministre nous a dit « il n'y aura pas de coup de pouce », et écoutez ce qu'il a dit hier Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Avec la prime d'activité et l'augmentation légale du SMIC au 1er janvier, nous constaterons une hausse de 3 % du SMIC net au 1er janvier, c'est-à-dire une des plus importantes de ces 25 dernières années.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il y a 15 jours on nous dit, pas de coup de pouce, et là on nous dit la hausse la plus importante, 3 %, expliquez-nous.

MURIEL PENICAUD
Moi je ne vais pas parler de pourcentage, je vais parler d'euros, parce que quand on est juste et que la fin de mois elle est difficile, ce qui compte c'est combien on a à la fin…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va quand même… allez-y, mais je vous reposerai la question sur les 3 % quand même après, mais allez-y.

MURIEL PENICAUD
Il y a 2 ans, 1er janvier 2017, le SMIC mensuel, net, après les taxes, après les charges, ce qui reste vraiment, ce qu'on reçoit sur son compte en banque, c'était 1152 euros, l'année dernière…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A l'heure ça fait 9,70 à l'époque…

MURIEL PENICAUD
Alors ce n'est pas exactement ça, ça ne se divise pas pareil, parce que le SMIC horaire, de tout temps, est toujours un peu inférieur, mais mettons, 1152 euros par mois. L'année dernière, avec l'augmentation du SMIC et le début de la baisse des charges sociales, c'était 1174 euros. Là, on attend le chiffre définitif dans quelques jours, de l'inflation, c'est-à-dire la hausse des prix, puisqu'on le prend en compte pour revaloriser le SMIC, plus la baisse des cotisations qui continue, eh bien le SMIC il sera autour de 1210 euros nets par mois. Avec ça on n'est pas riche, ne me faites pas dire ce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc on passera de 1179 à 1210 euros nets.

MURIEL PENICAUD
Mais aura augmenté, en 2 ans, de 58 euros par mois, et c'est-à-dire de près de 700 par an, eh bien ça fait très, très, très longtemps que ce n'est pas arrivé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand il parle de 3 %, ça, ça fait 3 %, ou il inclut d'autres choses dedans ?

MURIEL PENICAUD
Oui, non, ça fait un peu plus de 3 %…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'il parle de prime pour l'activité.

MURIEL PENICAUD
Alors, il y a les cotisations, qu'on supprime, plus la revalorisation du SMIC…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, ça fait 3 % ?

MURIEL PENICAUD
Ça, ça fait un peu plus de 3 %, et en plus il y a la prime d'activité, qui va être revalorisée au 1er avril…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il s'est un peu mélangé les pinceaux le Premier ministre, parce que lui il a inclus la prime d'activité.

MURIEL PENICAUD
Attendez, il fait un discours comme ça, il ne peut pas être précis…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'est pas toujours précis le Premier ministre !

MURIEL PENICAUD
Non, mais il ne peut pas être précis sur tout. Voyez, moi j'ai pris 2 minutes pour expliquer, eh bien il ne peut pas prendre 2 minutes sur chaque sujet, donc il a dit l'essentiel, et maintenant c'est aux ministres de préciser.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, comment on va financer ce manque à gagner de 3 milliards, 4 milliards si c'est pour l'année ? Alors il y a eu des idées, dans votre majorité j'ai vu une députée, assez importante dans le groupe, qui dit « il n'y a qu'à reporter la baisse des cotisations patronales de 4 points », qui était prévue en octobre, « la reporter en janvier 2020. » C'est une bonne idée ça, vous soutenez cette idée, pour trouver les recettes qui manquent ?

MURIEL PENICAUD
Moi, tout mon combat, toute ma conviction, c'est que comme on fait à la fois du progrès économique, de la justice sociale, et de la transition écologique, il ne faut pas non plus… il faut faire attention, les petites et moyennes entreprises c'est la moitié des emplois en France, et elles sont, pour beaucoup d'entre elles, très ric-et-rac, et donc si on fait des mesures qui abîment les TPE/PME, ça veut dire qu'il va y avoir des licenciements. Donc il faut trouver des mesures, qui sont des mesures de justice sociale, mais qui ne vont pas aller déséquilibrer… d'ailleurs, les artisans, les commerçants, PME, il y en a aussi parmi les Gilets jaunes, parce qu'ils ont aussi, pour certains, des fins de mois difficiles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous dites aux entreprises, je ne vais pas reporter la baisse des charges promises en octobre…

MURIEL PENICAUD
Non, je ne dis pas ça…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les 4 points de cotisations….

MURIEL PENICAUD
Je dis que toutes les mesures, elles vont être examinées…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Comment ça, vous ne dites pas ça ? Si vous dites il ne faut pas…

MURIEL PENICAUD
Non, il ne faut pas faire des choses qui cassent de l'emploi, après il y aura beaucoup de…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Rassurez-les, là, vous venez de leur dire que vous voulez… et puis vous dites finalement, je ne peux pas m'engager aujourd'hui à ne pas reporter la baisse des cotisations patronales.

MURIEL PENICAUD
Non, je dis simplement que, comme pour les ordonnances, comme pour la loi Avenir professionnel, moi je souhaite regarder systématiquement les effets sur l'emploi et les petites et moyennes entreprises, parce que notre avenir ce n'est pas que les grands groupes, les grands groupes, on en a besoin, ça crée de la richesse, à condition de la partager, ça c'est un sujet, le partage de la valeur, sur lequel on peut progresser, mais après on a besoin de ce réseau de PME, parce que dans le territoires c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous reconnaissez qu'il va falloir trouver des milliards et que vous ne savez pas trop où on va les prendre quoi !

MURIEL PENICAUD
Non, mais, encore une fois, si on a la solution tout seul, on décide tout seul dans notre coin, c'est plutôt une des choses qu'on nous reproche, c'est de prendre des décisions, qui sont souvent approuvées, qui correspondent à un programme qui a été choisi par les Français, mais de ne pas assez discuter avec les gens. Moi je crois qu'on ne peut plus gouverner pour les gens, il faut gouverner avec les gens, et donc il faut discuter de tout, et ça sera le débat démocratique qui permettra de prendre les meilleures options.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je voudrais revenir au pouvoir d'achat, parce que ce que les gens veulent, et vous avez raison, c'est ce qu'il y a sur leur feuille de paie en fin de mois, on a parlé du SMIC, ça concerne moins de 2 millions de salariés, mais il y a 11 millions de salariés dont le salaire dépend, est indexé sur le SMIC, vous confirmez ?

MURIEL PENICAUD
Alors, pas indexé, mais ça a un effet… il y a 1,6 million personnes qui sont payées au SMIC, et puis ensuite il y a, dans chaque branche, il y a des négociations salariales, entre patronat et syndicat, avec des classifications par niveaux, tout le monde connaît les classifications, et les classifications, évidemment, si le SMIC augmente, eh bien la classification la plus basse elle doit augmenter, et ça a un effet en cascade, donc ça a un impact, mais qui ne suffit pas, il y a aussi les négociations salariales dans les entreprises et les branches.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors sur le SMIC, bon il y a 3 %, dit le Premier ministre, vous nous avez expliqué, vous nous avez aidé à comprendre ce que voulait dire le Premier ministre, mais il y en a qui proposent beaucoup plus. A votre place hier, il y avait une représentant des Républicains, Guillaume PELTIER, qui lui, vous savez, à un moment donné proposait 20 % de hausse de SMIC, eh bien il a récidivé hier. Ecoutez-le.

GUILLAUME PELTIER, DEPUTE DU LOIR-ET-CHER, VICE-PRESIDENT LR
Le président du MEDEF, Geoffroy ROUX de BEZIEUX, qui annonce lui-même sa volonté d'augmenter le SMIC en échange d'une baisse des cotisations, c'était ma proposition du mois de juin…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a quasiment plus de cotisations…

GUILLAUME PELTIER
Je propose, sur tous les salaires, une telle baisse des charges, on pourrait au moins aller jusqu'à 22 milliards de baisse des charges salariales et patronales, qui pèsent sur les salaires, en échange d'une hausse des salaires nets.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors voilà, la proposition des Républicains, 22 milliards de baisse des cotisations supplémentaire.

MURIEL PENICAUD
Alors, d'abord je voudrais dire une chose, tout le monde comprend que l'argent il ne se fabrique pas, ce n'est pas la planche à billets, donc quand des gens proposent ça, ils proposent d'augmenter les impôts, parce que où vous allez trouver l'argent pour baisser les charges des entreprises, on baisse déjà beaucoup les charges des entreprises, le CICE, la baisse des charges, on a beaucoup baissé le coût du travail depuis qu'on est arrivé. On a augmenté le pouvoir d'achat des salariés, par la suppression des cotisations, et on a baissé les charges des entreprises, pour que le coût du travail soit moins un frein à l'emploi. Si on va très loin dans ce sens-là, parce qu'ils ne proposent pas de le faire… ils proposent que ce soit entièrement couvert par l'impôt, eh bien il y a un débat, les Français ils trouvent qu'il y a déjà trop de taxes, trop de taxes c'est trop d'impôts, donc tout ça on peut en débattre, mais il faut être responsable, c'est-à-dire qu'il ne faut pas dire, moi je suis d'accord, faire tout généreusement, mais c'est aux autres de payer, ça sera aux impôts des Français, ça ce n'est pas responsable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes ministre du Travail, vous êtes aussi ministre du chômage j'ai envie de dire, parce que quand on regarde la courbe d'évolution du chômage depuis votre arrivée, il y a des petits mieux, regardez, on passe, en gros vous étiez à 2,8 millions de chômeurs, on est aujourd'hui à 2,7, ça progresse, mais pas vite, Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Alors, on était effectivement à… le taux de chômage, quand on est arrivé il y a 1 an, c'était 9,7…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
9,6, on est à…

MURIEL PENICAUD
9,7, France entière, parce que, en comptant les Outre-mer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bref, on est à 9,1 % aujourd'hui.

MURIEL PENICAUD
Et maintenant c'est 9,1, bien sûr que ce n'est pas assez, mais c'est pareil, ce n'est pas une baguette magique, sinon les autres gouvernements l'auraient déjà réussie, et ils n'ont pas réussi, ils ont échoué depuis 20 ans ou 30 ans. Ça fait 30 ans qu'on souffre du chômage de masse. Vous savez, moi ça me fait mal quand je rencontre des jeunes dont aucun des deux parents n'a eu la chance de travailler, moi je sais la valeur du travail, c'est pour ça que je suis fière d'être ministre du Travail, le travail c'est la dignité. Qu'est-ce qu'ils disent les Gilets jaunes ? Ils ne demandent pas l'assistance, ils demandent de vivre dignement de leur travail, parce que le travail c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sans être surtaxés et surimposés.

MURIEL PENICAUD
C'est la dignité, c'est aussi le lien social, on retrouve une communauté de travail, donc le travail c'est vraiment le but, et c'est le but de notre projet, mais pour cela évidemment il faut s'attaquer à des choses de fond. Si on fait des petits coups, comme ça, on masque les chiffres en mettant tout le monde en formation, sur des formations qui ne sont pas les bonnes, ça a été souvent utilisé par les autres gouvernements, eh bien à la fin les gens ils se retrouvent au chômage, donc nous on veut du durable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il faut rappeler que vous avez supprimé 200 ou 300.000 emplois aidés, 200.000 !

MURIEL PENICAUD
On a acté le fait qu'il y avait… c'était de la précarité organisée et subventionnée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça veut dire qu'on pourrait avoir 2,5 millions si vous n'aviez pas…

MURIEL PENICAUD
Oui, mais au lieu de… j'étais cette nuit au Sénat pour défendre mon budget…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce qu'il faut mieux avoir un emploi aidé ou être au chômage

MURIEL PENICAUD
Non, ce n'est pas ça le choix, il faut mieux être dans un système qui vous permette d'avoir un emploi durable, donc c'est pour ça qu'on investit à fond sur la formation, il y a des centaines de milliers d'emplois aujourd'hui, les entrepreneurs, les entreprises, ne trouvent pas les compétences, parce qu'on n'a pas formé les chômeurs et les salariés. Et les chômeurs et les salariés ils cherchent des entreprises et n'en trouvent pas parce qu'on leur dit vous n'avez pas les compétences. Donc on met 15 milliards d'euros, on n'a jamais fait ça, c'est pour former 1 million de jeunes, 1 million de demandeurs d'emploi, aux métiers d'aujourd'hui et de demain, il y en a dans le numérique, l'écologique, mais il y en a des très classiques, dans tous les métiers, ça c'est beaucoup plus efficace. Et puis on met aussi tout ce qu'on appelle les entreprises d'insertion, c'est-à-dire des tremplins, pour des personnes en situation de handicap, qui ont eu des accidents de la vie, eux c'est des associations qui travaillent avec les personnes en difficulté, et eux ils arrivent à ce que 6, 7, 8 sur 10, de ces personnes, arrivent à retrouver le chemin de l'emploi, c'est beaucoup plus efficace que de faire de la subvention de l'emploi qui remet les gens au chômage après, et ça ce n'est pas responsable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous espérez qu'à la fin du quinquennat il y aura quel taux de chômage, 7 %, c'est ce qu'a dit le président ?

MURIEL PENICAUD
Si la géopolitique ne change pas, c'est-à-dire que si l'Europe ne se referme pas, si les pays ne se referment pas, on peut avoir l'ambition, on garde l'ambition du 7 % de taux de chômage. Pourquoi se refermer ? Il faut savoir qu'en France il y a deux millions d'emplois qui sont liés aux investissements étrangers, et il y en a plus de deux millions qui sont liés à l'export et au Tourisme. Si on se referme, ça va être un enjeu de la campagne européenne. Si on se referme on va perdre énormément d'emplois en France et là on n'arriverait pas aux 7 %. Donc il faut mieux d'Europe, il faut changer plein de choses, mais il faut rester ouverts, ça nous crée des emplois en France.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dites-moi, la réforme de l'assurance chômage qui est en cours, avec ce contexte social compliqué, vous l'avez mise sous le tapis ?

MURIEL PENICAUD
Non, mais c'est les partenaires sociaux aujourd'hui qui négocient, donc je n'interfère pas dans les négociations, lorsqu'ils sont en train de négocier. Le respect des partenaires ça fait partie des sujets, et donc ils sont…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Enfin, le respect des partenaires, le président a quand même dit, alors que c'était sur la table en négociations, qu'on allait faire un bonus-malus sur les…

MURIEL PENICAUD
Non mais ça c'était dans la campagne présidentielle.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non non, il l'a redit il y a trois semaines.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais il a redit son engagement de campagne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est ça.

MURIEL PENICAUD
Ecoutez, le président de la République…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez quand même respecter l'engagement de campagne du président.

MURIEL PENICAUD
Attendez, au-dessus de tout, il y a les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au-dessus du président ?

MURIEL PENICAUD
Au-dessus de tout, parce que c'est eux qui élisent le président.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est bien de l'entendre.

MURIEL PENICAUD
C'est les Français qui élisent le président, qui élisent leurs parlementaires, leurs députés, donc à la fin on est tous français, on a tous notre voix à dire, c'est pour ça qu'il faut le faire de façon non-violente, démocratique, il faut aller voter et il faut participer au débat. Et dans ses engagements, il a fait ses engagements, après avoir écouté énormément de gens. Toute la campagne c'était l'écoute des gens. Et à partir de ça il y a des engagements de campagne, il faut les faire, mais là dans les modalités, de ça et de bien d'autres choses sur l'assurance chômage, les partenaires sociaux ont jusqu'à fin janvier pour négocier.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, je voudrais revenir sur le pouvoir d'achat. On voit beaucoup de femmes chez les Gilets jaunes, sur les barrages, beaucoup de femmes, et quand on regarde le chiffre des salaires hommes-femmes, il y a, c'est une moyenne, c'est souvent beaucoup plus, notamment au moment du départ à la retraite, 9 % d'écart salarial entre les hommes et les femmes. Donner un coup de pouce au pouvoir d'achat, ça pourrait être, obliger l'entreprise à payer pareil les femmes que les hommes.

MURIEL PENICAUD
Alors, c'est passé inaperçu, puisque la semaine dernière ça ne s'entendait pas, le 22 novembre, mais c'est exactement ce qu'on fait. Moi c'est un de mes combats depuis longtemps, à Marlène SCHIAPPA, aussi, on a travaillé vraiment main dans la main, là, avec les organisations syndicales et patronales. Dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, j'avais mis l'égalité salariale hommes-femmes, parce qu'aujourd'hui il y a 9 % d'écart, même quand on fait le même travail, 25 % sur la carrière et 37 % aux retraites. C'est inadmissible et ça fait…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et on peut obliger les entreprises, à s'aligner ? Dites-moi comment.

MURIEL PENICAUD
Alors, on a trouvé une solution, c'est que dans la loi on a changé, il y aura une obligation de résultats pour les entreprises. Pour l'instant on constatait, on leur disait : « Faites quelque chose », mais elles n'avaient pas de résultats. Et là, on a sorti, avec les partenaires sociaux, la semaine dernière, un système qui va démarrer en 2019, on va mesurer dans toutes les entreprises les écarts, ça va être public, ça va faire un peu de bruit…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Public.

MURIEL PENICAUD
Oui, ça va être public, chaque année, pour le 8 mars je crois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Entreprises de plus de 50 salariés.

MURIEL PENICAUD
Oui. Dans les petites il y a très peu d'écart pour comparer et là, je crois qu'on peut arriver, d'ici 3 ans, à avoir… vraiment changer la situation des femmes. Il y a beaucoup de femmes dans les Gilets jaunes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ça sera contraignant ?

MURIEL PENICAUD
… il y a beaucoup de femmes seules, avec enfants. Ce sera totalement contraignant.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et si l'entreprise ne respecte pas ?

MURIEL PENICAUD
Eh bien il y aura des sanctions qui peuvent aller jusqu'à 1 % de la masse salariale, autant les donner aux femmes, ça sera plus juste que les donner au Trésor public.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Eh bien on fera le bilan. Une dernière question. L'IFI, la transformation de l'impôt sur la fortune en impôt de solidarité… enfin, pardon, en impôt sur l'immobilier, ça va être étudié, savoir si ça a été efficace ? Si ce n'est pas efficace, on revient à l'ISF ?

MURIEL PENICAUD
Alors, je pense que oui il faut évaluer, enfin c'était prévu, il faut évaluer l'impact, pour vérifier, parce que pourquoi ça a été fait la suppression ou la transposition…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour que l'argent soit réinvesti dans l'économie.

MURIEL PENICAUD
Pour que l'argent soit investi dans l'économie et pourquoi dans l'économie ? Parce que l'économie ça crée des emplois.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si ça n'est pas bon, vous revenez à l'ISF ?

MURIEL PENICAUD
Ou autre chose, mais il faudra en tenir compte en tout cas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une dernière question. Le Canard Enchaîné revient sur l'affaire Business France, dont vous êtes la directrice générale, elle a financé une réunion à Las Vegas à laquelle assistait l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel MACRON. Le Canard Enchaîné dit que la police montre qu'il est impossible que vous n'ayez pas pu savoir que ça ne rentrait pas dans le cadre de l'accord avec Havas et qu'il fallait donc faire un appel d'offres.

MURIEL PENICAUD
Alors là, je vais vous dire, ça commence à suffire. Est-ce qu'on est d'accord que ce n'est pas les médias qui jugent ? Parce qu'il n'y a pas de tribunal médiatique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais là c'est un rapport de police.

MURIEL PENICAUD
… c'est les juges. Non non non non, depuis… Ça c'était, il y a eu une enquête, il y a eu une enquête judiciaire, les juges se sont prononcés le 22 octobre dernier les juges ont rendu leurs conclusions de l'instruction judiciaire, et clairement ils n'ont pas imaginé que je puisse être mise en cause au vu du dossier, et donc je ne suis pas mise en cause, je ne suis plus concernée par ce dossier, et donc je m'excuse, mais il y a de la malhonnêteté, qu'on fait semblant d'informer sur une affaire et qu'on ne dit pas que la décision de justice prime. Ce n'est pas les médias qui jugent, c'est les juges. Eh bien ce sujet-là ne me concerne plus, je suis hors de cause, et c'est les juges qui l'ont prononcée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Muriel PENICAUD d'avoir été avec nous ce matin.

MURIEL PENICAUD
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2018

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