Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Inter le 5 décembre 2018, sur les effets négatifs sur l’économie de la contestation concernant le prix des carburants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France Inter le 5 décembre 2018, sur les effets négatifs sur l’économie de la contestation concernant le prix des carburants.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

ti :
MATHILDE MUNOZ
Des vitrines cassées, des magasins incendiés, des restaurants pillés, des clients d'hôtel cloîtrés, certains commerçants ont beaucoup perdu à cause du mouvement des gilets jaunes et des violences qui ont émaillé plusieurs manifestations et c'est d'autant plus préjudiciable pour eux que nous sommes à la veille des fêtes de fin d'année. Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

MATHILDE MUNOZ
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, vous êtes spécifiquement chargé du tourisme, après 3 semaines et demi de mobilisation, quel impact le mouvement des gilets jaunes a-t-il sur l'économie française ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors nous avons reçu avec Bruno LE MAIRE justement les représentants des organisations professionnelles lundi et selon les secteurs, commerce, tourisme, hôtellerie restauration, on est sur du moins 15 moins 20 % sur les zones qui sont vraiment impactées.

MATHILDE MUNOZ
C'est-à-dire ? Donc c'est Paris et quelques grandes villes ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Exactement. Alors après s'agissant plus spécifiquement du tourisme parce que c'est un peu différent du commerce, le tourisme, le mois de décembre, c'est 5% des recettes, donc c'est plutôt un peu moins que les moins ordinaire, à l'inverse pour le commerce le mois de décembre, c'est les courses et les achats de Noël et là au contraire ce mois de décembre il est beaucoup plus important. Et donc de ce point de vue-là, il faut distinguer les choses. En matière de tourisme, ce que l'on a vu c'est qu'il y a eu un taux d'occupation ce week-end qui était en recul de 2 points parce qu'il y a eu un certain nombre d'annulations, un pic d'annulations notamment le dimanche, mais ce que l'on constate, c'est que cette semaine, eh bien les réservations manifestement ont décru, mais si vous voulez on n'est pas dans une baisse en termes absolus. Je m'explique…

MATHILDE MUNOZ
Rien à voir avec les baisses qu'il y avait eu après les attentats, on est d'accord.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait, c'est-à-dire que nous restons encore sur Paris en croissance par rapport à l'année dernière et par rapport même, me disait l'adjoint au Maire de Paris chargé du tourisme à 2014, qui était une année historique. Donc tout ça mérite naturellement d'être suivi au jour le jour, c'est pourquoi j'étais d'ailleurs hier auprès des professionnels de l'UMIH qui était en congrès à Saint-Etienne pour naturellement dire combien nous étions à leurs côtés, que nous travaillons à des mesures d'accompagnement. En matière de commerce par exemple, nous avons demandé aux préfets d'être très souples sur l'ouverture le dimanche pour rattraper des pertes de chiffre d'affaires et en matière d'hôtellerie et de restauration naturellement, on va continuer à travailler sur l'image de la France, l'image du pays parce que cette image naturellement elle s'est brouillée depuis quelques semaines.

MATHILDE MUNOZ
Alors que justement le secteur regagnait des couleurs, avait eu du mal justement après les attentats de 2015, là ça commençait à repartir …

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait, mais rien d'irrémédiable parce que j'ai demandé à Atout France qui est notre bras armé en matière de tourisme de faire le point sur les 10 principaux marchés émetteurs de touristes internationaux. Je vous prends un cas très concret, le Japon, qui est un pays très policé où justement nous avons étudié tous les toutes les retombées, presse, réseaux sociaux, il en découle que oui il y a une visibilité de ces événements.

MATHILDE MUNOZ
Elles ont fait le tour du monde les images de Champs-Elysées.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, mais non il n'y a pas eu de déprogrammation massive des tours opérateurs, des voyagistes et donc je pense qu'il faut de ce point de vue-là continuer. Nous, maintenant qu'il y a une prise de parole très forte du Premier ministre, continuer à rassurer parce que les transports fonctionnent, parce que les musées sont ouverts, parce que l'accueil se fait dans les meilleures conditions avec des professionnels qui sont naturellement, eh bien je peux vous le dire plus qu'à la hauteur.

MATHILDE MUNOZ
Il y a aussi un aspect important à souligner, c'est que dans les cortèges des gilets jaunes, eh bien on trouve aussi des restaurateurs et des hôteliers, des petits patrons qui eux aussi ont du mal à boucler les fins de mois et qui se plaignent eux notamment des plateformes du type Airbnb qui leur chipent des clients.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais d'ailleurs c'est pour ça que nous avons tenu à prendre des mesures pour remettre de l'équité. Je crois que ce mot d'équité, il est crucial dans tous les débats qu'on a aujourd'hui. L'équité, c'est faire en sorte que les acteurs de l'hôtellerie et les acteurs numériques, ils puissent avoir les mêmes conditions de compétition. Et donc dans la loi sur le logement, qu'a porté Julien DENORMANDIE, on a mis en place des sanctions pour les plateformes qui ne respectaient pas la loi de 2016, vous savez qui limite le nombre de jours pendant lesquels on peut mettre à disposition un logement effectivement à louer.

MATHILDE MUNOZ
Jean-Baptiste LEMOYNE, le Brexit approche à grands pas, on sait que des entreprises songent à quitter le Royaume-Uni pour s'installer ailleurs en Europe, Paris et la France se battent pour accueillir ces exilés du Brexit, mais il y a d'autres pays qui sont sur les rangs, est-ce que ça peut compromettre les chances des Français ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que ça nous impose, eh bien de redoubler dans le fait d'expliquer que le pays garde des fondamentaux qui sont solides, qui sont tout simplement attractifs. Nous sommes au coeur de l'Europe, nous sommes à un noeud de communication, nous sommes aussi un pays qui a renoué avec une croissance et donc c'est aussi un appel à la responsabilité que je lance.

MATHILDE MUNOZ
Mais nous sommes un pays où il y a des manifestations régulièrement et peut-être plus que dans d'autres pays.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Un appel à la responsabilité en disant que d'ailleurs le week-end prochain doit bien se dérouler, ne peut pas se dérouler dans les mêmes conditions que le week-end dernier et de ce point de vue-là je pense qu'un certain nombre de décideurs politiques s'ils veulent être à la hauteur de l'histoire doivent aussi éviter de mettre de l'huile sur le feu, comme on a pu le voir avec « Jean Luc LE PEN ou Marine MELENCHON ».

MATHILDE MUNOZ
Juste pour revenir sur le Brexit, ça ne vous inquiète pas donc ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors …

MATHILDE MUNOZ
Ça ne va pas compromettre les chances, ce que ce que je vous demandais tout à l'heure, les chances des Français ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors un certain nombre de décisions ont d'ores et déjà été prises par des sièges, par des établissements, mais encore une fois naturellement ce qui vient de se passer va nous imposer un surcroît de travail d'explications auprès des décideurs internationaux, ce que je peux vous dire, c'est qu'effectivement l'image de la France avait considérablement progressé, on l'a mesuré de façon très scientifique auprès des décideurs internationaux et donc naturellement nous allons prendre notre bâton de pèlerin pour expliquer, expliquer, expliquer, la France, elle a de fabuleux atouts à faire valoir.

MATHILDE MUNOZ
Jean-Baptiste LEMOYNE, j'imagine que vous avez vu ces images du président Emmanuel MACRON, sifflé et insulté hier au Puy-en-Velay, visiblement les annonces du Premier ministre hier n'ont pas suffi à calmer la colère des gilets jaunes.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors parler de la colère des gilets jaunes, on voit bien que c'est complexe parce qu'il y a finalement autant d'opinions et de colère aux racines différentes qu'il y a de gilets jaunes, c'est très protéiforme. Je crois que ce qui est important, c'est que le Premier ministre a eu des mots très forts en disant qu'aucune taxe ne devait menacer l'unité nationale, ce sont des mots extrêmement forts. Il a très clairement dit au 1er janvier aucune augmentation sur toutes ces taxes énergétiques, maintenant le débat s'enclenche et puis on remet à plat les choses en matière de fiscalité et de dépenses publiques. Un grand débat parce que pardon, mais notre génération elle paye le prix de 30 annes de petites lâchetés et justement…

MATHILDE MUNOZ
Certes mais en attendant, il y a des manifestations qui sont prévues encore samedi, ça ne les a pas annulé ces manifestations, les annonces du Premier ministre.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En tous les cas, elles doivent, je pense que tous les gilets jaunes doivent se saisir de l'opportunité qui est de pouvoir enfin justement discuter, de pouvoir trouver des solutions concrètes. Je crois que nos concitoyens, ce qu'ils attendent, c'est du concret, ce n'est pas des postures et donc il est important, je crois, de pouvoir maintenant passer vraiment à ce dialogue structuré, parce que pour l'instant c'est le défaut de structuration du côté des gilets jaunes qui empêche peut-être ce dialogue de pouvoir véritablement s'enclencher. On l'a vu, entre eux, c'est parfois compliqué, des porte-paroles éphémères qui durent quelques heures, on a besoin, je crois, pour la France, pour les Français, eh bien d'être à la hauteur.

MATHILDE MUNOZ
Alors cette grande concertation que le président veut organiser sur 3 mois, c'est encore un peu flou. Alors dites-nous comment ça va fonctionner, de quoi on va parler exactement, avec qui, qui seront les représentants du gouvernement, est-ce qu'il y en aura un dans chaque réunion, comment ça va se passer ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le souhait, c'est que ces réunions d'ailleurs ce soit le plus localisée possible, locale parce que les solutions en termes de mobilité, en termes d'aménagement du territoire, elles se prennent à l'échelle d'un bassin de vie et donc il ne s'agit pas de faire une grand-messe nationale très théorique, on a besoin d'être, je crois, très concret. Les français ce qu'ils attendent…

MATHILDE MUNOZ
Et on parle de quoi ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien, on parle de quoi ? On parle, on l'a dit, on parle de fiscalité, on parle de fiscalité environnementale, on cherche à trouver des solutions pour accompagner parce qu'on doit à la fois faire face comme le disait le président à la fin du mois et entre guillemets à la fin du monde, parce que d'un point de vue climatique les faits sont là. Pardon, les réfugiés climatiques, ça existe, moi, j'en ai rencontré à Saint-Martin, il y a un an, quand il y a eu les terribles événements. Donc on doit aussi apporter des réponses de ce point de vue-là.

MATHILDE MUNOZ
Et qui anime les débats ? Ça se passe comment, il faut qu'il y ait un représentant ou quelqu'un qui porte votre voix dans chaque réunion ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr mais les préfets vont être mobilisés, nous souhaitons que tout le monde puisse s'emparer de ces débats, les associations, les ONG, chaque Français individuellement, c'est un moment qui doit être mis à profit encore une fois pour être positif, pour que de cette situation compliquée, eh bien sorte quelque chose qui fasse avancer la France et le pays.

MATHILDE MUNOZ
Et si rien ne sort, est-ce que comme votre collègue Marlène SCHIAPPA, vous dites, on met une croix sur la hausse des taxes, c'est vrai ça ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le Premier ministre a dit très clairement hier, soit nous trouvons des solutions d'accompagnement, soit nous tirerons les conclusions de tout cela et donc si rien n'est trouvé, je crois qu'à un moment il faut entendre le ras le bol fiscal, qui est hérité encore une fois de 30 ans. Prenez quinquennat SARKOZY, quinquennat FILLON, 2011-2012, 30 milliards d'impôts supplémentaires les uns et les autres, alors aucune leçon à recevoir de ces gens-là.

MATHILDE MUNOZ
Merci beaucoup Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2018

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