Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 5 décembre 2018, sur les revendications des agriculteurs, la contestation concernant le prix des carburants, la loi alimentation et sur la PAC. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 5 décembre 2018, sur les revendications des agriculteurs, la contestation concernant le prix des carburants, la loi alimentation et sur la PAC.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

CLELIE MATHIAS
Une matinale encore une fois largement consacrée au mouvement des Gilets jaunes, un mouvement qui semble s'étendre, on l'a vu, qui touche parfois des Facs ou encore des lycées. Et les agriculteurs alors ? Eh bien le ministre de l'Agriculture, Didier GUILLAUME, est l'invité de Jean-Pierre ELKABBACH. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Didier GUILLAUME. Bonjour.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et maintenant les agriculteurs dans la rue.

DIDIER GUILLAUME
Les agriculteurs ont envie de faire passer un message, un message au gouvernement, celui de dire : halte à l'agri-bashing, halte d'être les boucs émissaires, halte d'être toujours critiqués, parce qu'on ferait trop de ceci, trop de cela, parce qu'on mettrait trop de produits phytosanitaires. Les agriculteurs sont des gens, vous savez, Jean-Pierre ELKABBACH, qui travaillent 7 jours sur 7, qui travaillent beaucoup, qui ne gagnent pas beaucoup d'argent, et le gouvernement est à leur écoute.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, la numéro un de la FNSEA, madame Christiane LAMBERT, est venue vous voir hier pour vous dire qu'il y aurait une manifestation, ils vont le décider aujourd'hui, mardi ou mercredi prochains, pour leur pouvoir d'achat, pour leur futur, pour arrêter le bashing, comme vous dites, avec des mots anglais, mais est-ce qu'il les agriculteurs vont se joindre aux Gilets jaunes ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne crois pas. Je ne crois pas. D'abord parce que ce ne sont pas les mêmes revendications, c'est une concomitance des dates, mais je ne crois pas que la FNSEA et les agriculteurs se joignent aux Gilets jaunes, par contre ils font entendre des messages qui sont sensiblement les mêmes, parfois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a déjà quelques individus agriculteurs qui se manifestent à titre personnel, sur les ronds-points ou dans les barrages.

DIDIER GUILLAUME
Non mais bien sûr, les citoyens sont des citoyens, qu'ils soient agriculteurs, qu'ils soient commerçants, qu'ils soient artisans, ils revendiquent pour leur pouvoir d'achat. Moi je l'entends et je veux dire ce matin, devant vous Jean-Pierre ELKABBACH, que j'ai de l'empathie pour ces femmes et ces hommes qui ont des problèmes de pouvoir d'achat, qui ont des problèmes de mobilité, mais en même temps, ce que je constate, c'est que samedi dernier, sur les Champs-Elysées ou à Paris il y a eu des violences inacceptables, et les Français ne peuvent pas tolérer, et le gouvernement ne tolérera pas ces violences. Il ne faut pas que ce mouvement des Gilets jaunes soit entaché par des casseurs. Et en même temps, si je peux me permettre, quand j'entends les revendications des Gilets jaunes, je me dis qu'elles sont très diverses. Moi je préfère me concentrer sur le pouvoir d'achat, sur la peur du lendemain, plutôt que de dire : il faut changer de République, il faut supprimer le Sénat, il faut faire démissionner Emmanuel MACRON. La démocratie, elle est ce qu'elle est. Emmanuel MACRON a été élu en 2017, il a 5 ans pour réformer le pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais le quinquennat réformateur, est-ce qu'il n'est pas cuit, fini, là ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne crois pas. Vous savez, lorsque l'on réforme, lorsqu'on parle de réforme, les gens ont en tête « on va se faire avoir, on va se faire blouser », et ce que nous voulons faire, ce que veut faire le président de la République, c'est justement réformer ce pays, parce qu'il en a besoin, réformer ce pays pour qu'il y ait plus d'emploi industriel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'il pourra réformer encore avec ce qui se passe ?

DIDIER GUILLAUME
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous avez parlé de, vous-même, très vite, des manifestations, parce que samedi vous redoutez des violences et peut-être pire que des affrontements ? Pire ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, je redoute des violences et imaginez qu'il y ait un mort samedi, qu'il se passe quelque chose, un drame ? Vous vous rendez compte ce que serait… vous vous rendez compte l'image de la France ? Alors que la revendication des Gilets jaunes est légitime, mais on ne peut pas dire « mais les violences ce n'est pas grave ». Non. Moi je fais la différence entre les deux. Non à la violence, interdiction des violences, il faut les condamner. Il faudrait que tous les responsables politiques et tous les Gilets jaunes condamnent ces violences. Et pour le reste il faut écouter, il faut répondre, et le gouvernement a répondu aux Gilets jaunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que les agriculteurs vont manifester ou pourraient manifester sur les Champs-Elysées ou à Paris ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je ne crois pas, ce n'est pas la tradition des agriculteurs, mais je n'en sais rien, ils prendront leur décision dans les jours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais madame LAMBERT, je n'aurais pas dû vous le dire comme ça, j'aurais dû vous dire que l'objectif de la FNSEA, a dit madame LAMBERT, la patronne de la FNSEA, ce n'est pas d'aller à Paris sur les Champs-Elysées. Il y aura probablement d'autres lieux. Donc ce sont des actions distinctes et autonomes de la part des agriculteurs par rapport aux Gilets jaunes, c'est ce que vous dites.

DIDIER GUILLAUME
Oui, parce qu'ils ont une revendication, une revendication de pouvoir d'achat, une revendication de meilleure répartition du revenu. Il y a un an, le gouvernement a lancé les Etats généraux de l'alimentation, dans lesquels il a été dit : il faut que les agriculteurs aient une meilleure répartition de la valeur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir dans un instant, mais d'abord, vous, vous êtes ministre de l'Agriculture, est-ce que vous pouvez ou vous avez envie de désamorcer la manifestation ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je n'en ai ni le pouvoir, ni l'envie. Les organisations professionnelles sont totalement autonomes. La seule chose que je veux dire aux agriculteurs, ce que je veux dire à celles et ceux qui peuvent être dans la manifestation, mais, ou qui sont déjà sur les ronds-points, ou qui n'iront pas, « je vous comprends, le gouvernement vous en temps et le gouvernement veut absolument baisser votre fiscalité », c'est ce que nous avons fait déjà lors de ce budget.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, là où vous êtes, est-ce que vous entendez les protestations par exemple des entreprises agroalimentaires qui se plaignent d'avoir perdu en 3 semaines de blocages, grâce aux Gilets jaunes si sympathiques, des milliards, la production est parait-il désorganisée et en même temps les grandes surfaces auxquelles on peut tirer l'oreille par ailleurs, mais les grandes surfaces elles perdent, regardez CARREFOUR, entre 15 et 25 % de leur chiffre d'affaire aujourd'hui.

DIDIER GUILLAUME
Mais bien sûr, dès qu'il y a un mouvement, dès qu'il y a un mouvement de grève, on perd le tourisme à Paris, des dizaines de milliers de chambres d'hôtel ne sont plus réservées, évidemment, c'est le propre d'un mouvement. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a fait un pas en avant très fort hier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non.

DIDIER GUILLAUME
Il a mal été perçu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est mal perçu.

DIDIER GUILLAUME
Il a mal été perçu par les Gilets jaunes, mais c'est un pas en avant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On voit que le Premier ministre – pardon de vous arrêter – le Premier ministre, et vous avez lu et entendu tout ce qui se dit, il a fait de son mieux, il a ni rassuré, ni convaincu. Par exemple il décide un moratoire sans doute avec le président de la République, il suspend la hausse des taxes carbone, etc., les taxes du gaz, de l'électricité, pour 6 mois, et dans 6 mois, c'est-à-dire en juillet, on recommence à les augmenter ?

DIDIER GUILLAUME
C'est assez peu probable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah…

DIDIER GUILLAUME
C'est assez peu probable que ça se passe comme ça. La volonté du président de la République et du Premier ministre c'est de rassurer, c'est de dire : « je vous ai entendus, j'ai entendu ce mouvement ». On nous dit : « ça vient trop tard ». Mais bien sûr que ça vient trop tard, si c'était venu avant il n'y aurait pas eu de mouvement. C'est une réponse…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais attendez, ce matin…

DIDIER GUILLAUME
Ecoutez-moi Jean-Pierre ELKABBACH, c'est très important ce que je vais vous dire. On dit « ça vient trop tard », ça vient je toujours trop tard, mais il y a eu ce mouvement, le gouvernement répond au mouvement. Il a fallu un peu de temps, 15 jours, pour dire : vous vouliez supprimer les taxes, nous supprimons les taxes. Vous voulez plus de pouvoir d'achat, il y aura une augmentation du Smic. Vous voulez payer moins d'électricité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non, le Smic…

DIDIER GUILLAUME
Si, si, de 3 %. Vous voulez payer moins d'électricité et de gaz, nous allons le faire. Et maintenant, une fois que cela est mis sur la table, nous allons discuter pour savoir vraiment quelles sont les revendications, et pour les canaliser, et pour y répondre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, deux choses. Donc, vous avez dit le moratoire, c'est plus tard l'abandon. Et pourquoi ne pas dire simplement : « on annule » ?

DIDIER GUILLAUME
Parce que, aujourd'hui, il faut se rendre compte d'une chose, moi quand j'étais sénateur en 2015, j'ai voté l'augmentation de la taxe carbone, comme l'ensemble de mes collègues, de gauche comme de droite…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, Nicolas HULOT…

DIDIER GUILLAUME
Non non non, comme l'ensemble de mes collègues de gauche et de droite…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le précédent quinquennat.

DIDIER GUILLAUME
… Pourquoi ? Parce que comme le disait Jacques CHIRAC en 1992, au Sommet mondial, il disait : la maison brûle et on regarde ailleurs. Donc il faut quand même se rendre compte, et comme l'a dit le président de la République Emmanuel MACRON, il ne faut pas opposer la fin du monde et la fin du mois. Et ça c'est très important. Donc ces taxes, elles ont été abandonnées pour l'instant, on verra bien si elles sont reprises ou pas. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut penser une autre façon de faire de la politique, il faut donner du sens, de la cohérence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien, faites-le. Faites-le, faites une autre façon de faire de la politique.

DIDIER GUILLAUME
Oui, eh bien c'est ce que je vous dis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Edouard PHILIPPE lance une concertation de 3 mois à travers tout le pays, partout, etc. que les 100 fleurs fleurissent comme disait Mao ZEDONG, du 15 décembre au 1er mars, mais pour pouvoir aboutir à quoi ? Et on ne comprend pas pourquoi le gouvernement a besoin de ces 3 mois pour faire remonter des propositions, il ignore lui-même ce qu'il peut faire, ce qu'il doit faire ?

DIDIER GUILLAUME
Vous savez, on est dans une société de l'immédiateté, des chaînes d'information en continu, des réseaux sociaux, de Twitter, d'Instagram, Snapchat…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout va très vite.

DIDIER GUILLAUME
… et au bout du compte, quand tout va très très vite, et à un moment, il faut écouter ces gens qui sont sur les ronds-points, et la volonté c'est de mettre autour de la table les corps intermédiaires, les ONG, les syndicats, les partis politiques, les Gilets jaunes, les élus locaux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les syndicats, oui.

DIDIER GUILLAUME
Oui, pour dire : qu'en est-il ? Quelles sont les revendications ? C'est ça le…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on les connaît.

DIDIER GUILLAUME
Mais pas du tout. Moi j'ai lu la liste des 35 revendications, elles sont totalement contradictoires les unes par rapport aux autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au passage, si on l'appliquait ce que demandent les Gilets jaunes, qu'est-ce qu'elle devient la France ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien je serais très inquiet. Je serais très inquiet, parce que ce ne sont pas des assemblées permanentes de citoyens qui peuvent gouverner en une démocratie représentative. Moi je vous le dis, je suis en empathie et je soutiens leurs revendications, parce que c'est la France qui souffre. Mais ces revendications sont vraiment contradictoires. Il faut se rendre compte de l'état de la société. Moi je connais bien dans mon département de la Drôme, où pendant 10 ans les services publics ont disparu en zone rurale. Les gens qui habitent en zone rurale se disent « mais on ne compte pas, il n'y en a que pour Paris ; c'est que les Parisiens qui nous prennent tout, et nous, nous n'avons rien ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous nous l'avez dit ici, dès que vous êtes arrivé.

DIDIER GUILLAUME
Mais oui, mais c'est une réalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes ministre depuis combien de temps ?

DIDIER GUILLAUME
Un mois et demi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas la fête, hein, quand on est ministre.

DIDIER GUILLAUME
Non, mais c'est une grosse mission.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Premier ministre hier déclarait qu'il ne peut pas distribuer sans compter, il ne peut pas distribuer sans compter. Mais le reproche qui lui est fait ; c'est qu'il compte beaucoup, il compte trop, mais il distribue peu.

DIDIER GUILLAUME
La question ce n'est pas distribuer, on ne donne pas l'aumône, on ne donne pas quelque chose. Ce n'est pas sans compter…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus qu'on n'en a pas.

DIDIER GUILLAUME
… il faut compter, la France a des caisses qui sont relativement vides, et en même temps c'est un pays qui est riche en termes de… Donc il faut regarder tout cela. On est dans un contexte européen, on est dans le contexte de Maastricht, et on dit : les 3 % de déficit, eh bien si c'est 3,1, c'est 3,1, je n'en sais rien, peut-être faudrait-il d'ailleurs réfléchir à tout cela. On ne peut pas vivre à crédit. Depuis 30, 40 ans, on n'a que des dettes dans ce pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut mettre entre nous une parenthèse…

DIDIER GUILLAUME
Mais simplement, Maastricht c'était en 1992, c'était MITTERRAND, c'était KOHL. Aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est il y a 26 ans !

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui nous sommes en 2018, donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y avait 10 millions de Français de moins qu'aujourd'hui, le monde a changé, les technologies, la démographie. Bon, donc peut-être une certaine souplesse…

DIDIER GUILLAUME
Absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… pour éviter que les peuples souffrent.

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui, il faut écouter le peuple, et le peuple gronde, et le peuple se sent mal. Le peuple se sent coupé de ceux qu'ils appellent, de ses élites. Eh bien mon rôle de ministre, de citoyen, c'est de recoller, c'est de réconcilier. Il faut réconcilier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Quand vous entendez : recul, reculade, qu'est-ce que vous dites ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je dis, tout ça ce sont des critiques qui sont infondées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui sont vraies.

DIDIER GUILLAUME
Non, parce que si Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE n'avaient pas répondu, on aurait dit : « droits dans leurs bottes, ils ne bougent pas ». Ils répondent aux demandes des Gilets jaunes, après une discussion, on dit reculade. Mais tout ça, ça ne tient pas debout. Si on continue à diviser la société, si on continue à opposer les gens, si on continue à faire en sorte que cette société soit violente, soit divisée, qu'il y ait encore des inégalités, qu'il y ait une sorte de xénophobie, de racisme, d'antisémitisme, on ne s'en sortira pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui existe. Qui existe.

DIDIER GUILLAUME
On ne s'en sortira pas. Le rôle du président de la République, de ce gouvernement, c'est d'essayer de rassembler, d'écouter et de rassembler. Le rôle que nous avons-nous, ceux qui sont proches du peuple, proches du terrain, dans les zones rurales, c'est d'écouter, de rassembler, de protéger et de décider.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, vous êtes attendu Didier GUILLAUME par les agriculteurs. Ce matin en Conseil des ministres devait présenter les ordonnances qui découlent de la loi alimentation, des Etats généraux sur l'alimentation sont attendus par la FNSEA. Pourquoi elles sont reportées ?

DIDIER GUILLAUME
Elles sont reportées parce que ce matin, Jean-Pierre ELKABBACH, vous comprendrez bien qu'il y a d'autres sujets, sujets d'actualité, qui dont que… voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais d'accord, mais, est-ce que ça va être reporté ou enterré ?

DIDIER GUILLAUME
Non, je peux vous dire ce matin que les conclusions des Etats généraux seront mises en oeuvre par le gouvernement et que les ordonnances seront prises au cours, pendant les négociations commerciales, qui ont démarré. Aujourd'hui il n'est plus possible que les agriculteurs se fassent étrangler dans les négociations commerciales. Il faut une juste répartition de valeurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais, pas de recul ou là aussi recul ?

DIDIER GUILLAUME
Mais pas du tout de recul.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elles seront appliquées en janvier.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr. Bien sûr, les ordonnances seront appliquées en janvier ou en février, nous verrons qu'elles seront prises pendant les négociations commerciales qui s'ouvrent entre le 1er décembre et fin février, ça dure trois mois, je peux vous le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elles ont commencé le 1er. On y reviendra. Mais si je vous dis avec insistance l'histoire des ordonnances, c'est que la fédération bovine veut l'application des ordonnances, elle retient que le 12 octobre 2017 Emmanuel MACRON avait promis de stopper la guerre des prix, de reconnaître la valeur du travail agricole, et elle dit « ce n'est pas le cas », et elle menace elle aussi de descendre dans la rue. Et puis aussi la filière du lait proteste. Donc vous leur dites ce matin : ça ne sera pas enterré.

DIDIER GUILLAUME
Je les ai vus… Mais pas du tout, ce n'est pas enterré, et aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut expliquer ce que ça veut dire.

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui il faut une juste répartition de la valeur. L'agriculteur ne peut pas produire un produit de consommation qu'il vend en dessous du prix de revient. Ce n'est plus possible, on ne peut plus continuer comme avant, ou on prend en otage les consommateurs, au détriment des agriculteurs. On dit aux consommateurs : il faut toujours plus de ristournes, toujours toujours plus de promotions, les produits coûtent le moins cher possible, et pendant ce temps-là les agriculteurs, certains crèvent. Ce n'est pas possible. Donc moi j'en appelle à la vigilance, il faut que toute la chaîne, des producteurs aux distributeurs, aux industriels, discutent comme ça a été…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On le dit chaque fois, on le dit chaque année.

DIDIER GUILLAUME
Non, mais ça a été décidé par les Etats généraux de l'alimentation, et ça a été conclu par le président de la République à Rungis, il y a un an. Il a été décidé de que le gouvernement allait sortir des ordonnances pour une juste répartition de la valeur. Aujourd'hui les agriculteurs ne peuvent pas être les dindons de la farce. Ce n'est pas possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et toujours le juste prix. Mais dans ce cas, il peut y avoir querelle ou opposition entre les intérêts des agriculteurs et le pouvoir d'achat des citoyens.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien justement, il ne faut pas que ce soit comme ça. Le pouvoir d'achat des agriculteurs il n'est pas en opposé au pouvoir d'achat des citoyens, c'est une juste répartition de la valeur. Je pense que les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le juste prix pour ceux qui travaillent la terre et qui produisent.

DIDIER GUILLAUME
Exactement, ce n'est pas ce que ça coûte, mais c'est ce que ça vaut.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il faut dire aussi que le rôle des grandes surfaces, elles font de la pub, si j'ai bien compris, sur les produits d'appel de grande consommation, je crois que ça représente 7 % du panier des ménages, mais les 93 autres pourcents favorisent les marges, c'est l'attrape-nigaud.

DIDIER GUILLAUME
Eh bien voilà, donc il faut que les grandes surfaces, que les distributeurs, que les industriels, que les agriculteurs se mettent autour de la table, c'est ce que nous avons décidé dans les états généraux. Les ordonnances les aideront et pendant les négociations commerciales, ça ne peut plus être comme avant. Les agriculteurs ne peuvent plus être étranglés, ne peuvent plus passer sous la coupe des autres, il faut que chacun fasse un effort et il faut que dans la distribution il y ait une meilleure répartition des marges sur l'ensemble des produits et pas uniquement sur les produits d'appel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez mieux que moi que dans les négociations commerciales qui durent, qui vont durer 3 mois, je crois…

DIDIER GUILLAUME
3 mois, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est généralement à la fin que les grandes centrales d'achat des grandes surfaces coincent ou prennent leur décision et qu''elles coincent les agriculteurs.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais justement, cette année, à la fin il y aura…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous leur demandez ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien cette année, à la fin il y aura des ordonnances, l'ordonnance du seuil de revente à perte, l'ordonnance sur les promotions, l'ordonnance sur les prix anormalement bas. Il faut que cela cesse, mais là encore, pas dans la division, pas dans l'opposition, dans la discussion. Le gouvernement est décidé à faire en sorte que la répartition de la valeur se fasse sur toute la chaîne, et y compris en amont chez les agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand les agriculteurs vont défiler, c'est ma dernière remarque, ils vont tous avoir peur que la PAC, les 9,5 milliards qu'ils reçoivent soit mal défendue par les Français, pardon, par vous, par le gouvernement etc. et que là encore on recule. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

DIDIER GUILLAUME
Eh bien je leur dis que le président de la République, le gouvernement et moi-même qui suis ces dossiers de prêts, qui serait encore à Bruxelles la semaine prochaine, défendre la politique agricole commune de toutes mes forces. Je sais qu'elle est indispensable. La France a été à l'après-guerre le pays qui a nourri l'Europe avec son agriculture, qui a fait beaucoup d'efforts. L'agriculture est en mutation, moins de produits phytopharmaceutiques, transition agro écologique. On demande toujours des efforts agriculteurs. Et puis après, quand il s'agit de répartir les fruits de la croissance sur la PAC…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh oui, surtout qu'il y a le Brexit !

DIDIER GUILLAUME
…ce sont eux qui se feront avoir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là, à ce que vous dites, il n'y aura pas de recul.

DIDIER GUILLAUME
La France n'acceptera pas un recul de la PAC. Le gouvernement et moi-même comme ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, je vais être le bouclier devant les agriculteurs français. Les agriculteurs sont des femmes et des hommes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas un bouclier transpercé.

DIDIER GUILLAUME
Non, un bouclier qui tiendra. Les agriculteurs sont des femmes et des hommes, des agricultrices, sont des femmes et des hommes qui travaillent dur, qui travaillent la terre pour nous nourrir, et moi je veux que les Françaises et les Français, que nos enfants, que nous arrière-petits-enfants, continuent à manger des produits de grande qualité, c'est la transition vers l'agro-écologie, c'est les nouvelles politiques agricoles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est fini. Est-ce que c'est la mort de la politique, là, maintenant, ou au contraire le retour du politique ?

DIDIER GUILLAUME
Je crois que c'est le Phénix, c'est la régénérescence, il faut que le politique pense différemment. Je crois que ce moment avec les Gilets jaunes, va nous obliger à raisonner différemment, mais il faut aussi que les corps intermédiaires aient leur place et jouent leur rôle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tous doivent réfléchir et doivent être responsables. Merci. Mais en tout cas, samedi, c'est le grand suspense. Bonne journée, merci d'être venu.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2018

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