Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à LCI le 6 décembre 2018, sur le maintien de l'ordre et les voies d'un dialogue avec le mouvement des gilets jaunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à LCI le 6 décembre 2018, sur le maintien de l'ordre et les voies d'un dialogue avec le mouvement des gilets jaunes.

Personnalité, fonction : FESNEAU Marc.

FRANCE. Ministre chargé des relations avec le Parlement

ti : CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous, mon invité ce matin est le ministre chargé des Relations avec le Parlement, bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci d'être avec nous ce matin. Alors, on va commencer par cette alerte de l'Elysée hier soir, assez inquiétante, puisque l'Elysée fait part de sa crainte d'un mouvement d'une grande violence samedi, avec des remontées du terrain extrêmement inquiétantes, plusieurs milliers de personnes sont potentiellement attendues samedi pour casser et pour tuer. Ce ne sont pas des mots anodins, Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas des mots anodins, mais c'est d'abord, à la fois, les remontées qui reviennent du terrain, des départements, qui viennent aussi des élus nationaux ou des élus locaux, et puis finalement à quoi on a assisté samedi dernier, c'est à ça aussi, c'est-à-dire un certain nombre de manifestants…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Enfin pour tuer, heureusement personne n'a été tué samedi dernier !

MARC FESNEAU
Heureusement personne n'a été tué, mais quand vous acculez des policiers et des gendarmes dans une ruelle pour leur lancer des cailloux, des boulons ou des pavés, ou des choses encore plus lourdes, quand vous incendiez volontairement une préfecture et que vous refusez que des pompiers puissent intervenir, c'est des actes qui visaient à tuer. Et donc il y a une responsabilité collective qui doit être la nôtre, celle, pour le gouvernement, à la fois de répondre, et c'est ce qu'a fait le Premier ministre, aux inquiétudes, et de poser des actes de dialogue, et puis il y a une deuxième responsabilité qui est celle de faire des appels au calme et à la responsabilité de chacun, et c'est la parole que nous portons.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Très bien, mais quand on parle de milliers de gens venus pour casser, pour tuer, est-ce que… vous parlez de qui, de Gilets jaunes, de casseurs, de casseurs français, de casseurs européens ?

MARC FESNEAU
Non, mais ça ressemble à ce qu'on a vu samedi dernier, il y avait des milliers de gens dans la rue qui sont venus à Paris…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils ne venaient pas pour tuer, ils venaient pour protester.

MARC FESNEAU
Oui, enfin excusez-moi, quand vous enflammez une préfecture, que vous savez qu'il y a des fonctionnaires, qu'il y a un préfet à l'intérieur, et que vous refusez que les pompiers puissent intervenir, je ne sais pas comment vous décrivez ça, mais moi je décrirais ça plutôt comme la volonté de tuer, voyez ce que je veux dire… et donc il y a une responsabilité de ces gens-là. C'est évidemment minoritaire chez les Gilets jaunes il y a des Gilets jaunes qui ont pu s'y mêler, mais ce n'est pas le sujet, il y a des casseurs aussi, il y a des gens qui sont organisés et qui ont fait profession d'agresser les forces de l'ordre, d'agresser parfois les gens, de détruire des vitrines, de mettre le feu à des voitures, c'est assez miraculeux. Il faut rendre hommage aux policiers, aux gendarmes et à toutes les forces d'intervention qui étaient là samedi dernier, qu'il n'y ait pas eu des victimes plus lourdes et plus graves, parce que ça demande à la fois du calme, du sang-froid, et quand même des opérations de maintien de l'ordre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il faut être plus inquiet encore que samedi dernier ? c'est-à-dire que quand on dit que des milliers de personnes viennent pour casser et pour tuer, est-ce que, on parle de Gilets jaunes qui se sont radicalisés, parce que, on a vu, dans les arrestations, il y a beaucoup de Gilets jaunes, ou est-ce qu'on parle de casseurs professionnels venus par exemple d'autres pays européens ?

MARC FESNEAU
Il y a manifestement des casseurs professionnels, je ne sais pas l'origine géographique, y compris européenne, des casseurs, mais il y a manifestement des casseurs, et puis il y a manifestement malheureusement un certain nombre de Gilets jaunes qui se sont laissés entraîner par les violences. Ce qui est inquiétant c'est aussi de voir que parfois des responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, nous, nous prenons nos responsabilités par des décisions, par des mesures de maintien de l'ordre telles que celles qui ont été prévues par le ministre de l'Intérieur et son secrétaire d'Etat, et c'est important de le faire, et quand on est un responsable politique on doit aussi appeler au calme. Et moi j'en appelle vraiment aux responsables politiques. J'écoutais, je suis vraiment désolé de le dire, mais j'écoutais Jean-Luc MELENCHON à l'Assemblée nationale, pas un mot pour les forces de l'ordre, et pas un mot pour regretter ou dénoncer les violences, quand on ne fait pas ça, on prend une responsabilité très lourde dans ce qui pourrait se passer dans les jours qui viennent. Quand on est responsable politique on peut absolument assumer des confrontations politiques, dans le débat démocratique, mais il n'est pas acceptable qu'on puisse remettre en cause la vie et la sécurité des personnes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'ai une question. Il y a 3, 4 minutes, nous étions ensemble en plateau, il y avait le plateau de Pascale LA TOUR DU PIN, vous avez entendu ce qu'a dit la représentante de la CGT à la fin, en commentant le sondage sur 37 % des Français qui disent comprendre les violences, elle disait, d'une certaine manière, les comprendre aussi puisqu'elle disait qu'il y avait de la violence sociale. Ça vous a choqué ou pas ?

MARC FESNEAU
Non, mais c'est vrai qu'il y a de la violence sociale quand vous avez des gens qui dorment dans la rue, ou des gens qui meurent dans la rue, ou des gens qui sont en situation de grande fragilité sociale, c'est d'ailleurs pour ça que nous avons fait ce geste, puisqu'il y a des gens qui se sentent acculés, eux-mêmes au bord du précipice social, et donc j'entends très bien ce qu'elle dit. J'ai quand même entendu ce qu'elle a dit parce que c'est quelqu'un, je ne la connais pas, mais qui avait l'air responsable dans ses actes, qui a dit qu'il n'y avait pas de violences physiques possibles, et donc, oui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai, mais elle a parlé de la violence sociale pour comprendre ce qui se passe dans le pays.

MARC FESNEAU
Oui, je n'ai pas tout à fait entendu ça, j'ai entendu dire qu'elle était contre toute forme de violence et qu'elle disait que les manifestations qu'organisait la CGT avaient pour habitude d'être pacifiques, d'ailleurs on voit bien que c'est la difficulté, quand c'est organisé par des forces syndicales, quelles qu'elles soient, il y a quand même des services d'ordre. On est dans un mouvement où les gens manifestent sans service d'ordre, sans parfois déclarer, et il faudra que les gens déclarent, parce que si on ne déclare pas les manifestations c'est la fin, d'une certaine façon de ce qu'est l'esprit d'une manifestation, on organise, on déclare, on encadre, et on est dit ce qu'on a à dire dans la rue, mais on ne fait pas d'actes de violence.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce message de l'Elysée, dont je parlais tout à l'heure, qu'est-ce qu'il faut en déduire, quelles sont les consignes, est-ce que vous dites aux Parisiens, par exemple, de rester chez eux dans leurs appartements, enfermés, est-ce que vous dites aux Gilets jaunes de ne pas venir à Paris pour manifester, c'est quoi la conséquence de cette déclaration de l'Elysée ?

MARC FESNEAU
Non, c'est un point d'alerte et de vigilance qu'on doit mettre dans les têtes de tout le monde, ce n'est pas la question de faire peur et de faire peur en particulier aux Parisiens…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Eh ben ça fait un peu peur quand même !

MARC FESNEAU
Non, mais…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si vous êtes parisien et qu'on vous dit des milliers de gens viennent pour tuer…

MARC FESNEAU
Quand on est en charge de gouverner on a une responsabilité particulière…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Justement, justement.

MARC FESNEAU
On a une responsabilité qui est celle de maintenir l'ordre et de prendre les mesures de précaution, y compris en prévenant les citoyens de ce qu'ils doivent faire pour se protéger. La sécurité, les éléments de sécurité seront dans la rue samedi à Paris, et ailleurs en province il y a d'autres éléments…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais si on est parisien, si on est des parents responsables, si on entend ce qu'a dit l'Elysée hier soir, des milliers de gens venus pour casser et tuer…

MARC FESNEAU
Non, ce n'était pas l'appel, l'appel c'était pour dire attention, ne venez pas vous mêler, parce qu'il y a manifestement des casseurs qui viendront en tout état de cause, parce que c'est des professionnels de ce genre d'exercice, on les a vus en bien d'autres opérations, à vrai dire on les a vus aussi à la ZAD de Nantes, on a vu des gens dont la profession, dont, je n'ose pas dire le métier, c'est de casser du flic…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a attendu sur TF1 des zadistes de Nantes être dans les manifs des Gilets jaunes, ils le disaient.

MARC FESNEAU
Absolument, vous m'expliquerez la cohérence de tout cela quand même, et donc une responsabilité c'est de dire attention il y a des gens qui peuvent venir avec des actes de violence, donc ne vous mêlez pas à ces gens-là, et puis ça facilitera le travail des forces de l'ordre, il faut le dire, parce que quand vous avez-vous…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous dites ne venez pas manifester ?

MARC FESNEAU
Non, le droit de manifester c'est un droit constitutionnel, mais le droit de manifester, attention, quand on manifeste, à ne pas se mêler avec des gens qui sont des gens violents parce que, en plus, ça met en difficulté les forces de l'ordre dans les opérations de maintien de l'ordre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais si on a un conseil à dire aux Parisiens, on dit restez chez vous quand même ?

MARC FESNEAU
Non, mais Paris est une grande ville, les Parisiens…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Deux millions de gens.

MARC FESNEAU
Absolument, donc les Parisiens seront protégés, c'est la mission des forces de l'ordre, vous avez entendu d'ailleurs la maire de Paris dire qu'elle n'était pas contre l'interdiction des manifestations, parce que c'est un droit constitutionnel, et dans une démocratie c'est bien qu'il y ait des gens qui rappellent aussi qu'on a le droit de manifester, mais c'est bien aussi qu'on rappelle que dans une démocratie la violence n'est pas acceptable, et donc c'est le travail que nous allons faire avec les forces de l'ordre pour faire en sorte que les choses se passent au mieux samedi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, vous êtes en responsabilité des parlementaires, donc vous avez évidemment, comme tous les membres du gouvernement, assisté, écouté le discours du Premier ministre Edouard PHILIPPE hier à l'Assemblée, où il a justifié la politique menée et fait des annonces, dont on va parler. Est-ce que vous avez l'impression que c'est un Premier ministre en sursis ?

MARC FESNEAU
Non, pas du tout, j'ai trouvé le Premier ministre combatif, j'étais avec lui dès lundi pour la rencontre avec l'ensemble des responsables politiques des groupes parlementaires français, pour faire un échange sur la situation et les choses qui pouvaient être faites, j'ai le sentiment d'un Premier ministre qui tient la barre et d'un président de la République qui, au Conseil des ministres, a réaffirmé la position commune qui devait être la nôtre, qui était à la fois de tenir la barre, de faire des gestes d'ouverture et de dialogue. Donc, j'ai vu le Premier ministre hier, expliquer ce que nous faisions, expliquer comment nous souhaitons dialoguer, et d'ailleurs ça s'est traduit dans les votes, vous aurez remarqué que la majorité n'a pas fait défaut au Premier ministre, c'est un signe qui est intéressant à regarder aussi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il lui a manqué combien de voix parmi les députés de La République en marche ?

MARC FESNEAU
C'était 99 %, donc il n'y a pas eu un vote…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Deux ou trois députés, c'est ça ?

MARC FESNEAU
Oui, mais c'est des abstentions, donc c'était honnêtement marginal, et moi j'ai vu les députés à l'issue, que j'ai trouvé très solide, et je me permets de le dire, je leur rends hommage parce que j'ai été député il y a quelques temps encore, ils vivent eux aussi des choses qui sont pas très simples. Quand vous avez des menaces de mort, ou des menaces sur vos habitations, et que vous avez des familles, comme tous les Français, et comme tous les Français ils ont droit aussi à la sécurité, et donc je leur rends hommage parce qu'ils ont fait un travail remarquable de dialogue, et ce n'était pas facile d'aller sur le terrain, et ils l'ont fait, et ils l'ont fait de bonne foi, en disant mettons-nous à dialoguer, essayons de trouver des solutions, et ils n'ont pas défaut non plus hier à leur présence et à leur vote envers le Premier ministre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on a l'impression, Marc FESNEAU, que le gouvernement, quand même, est un peu en panique, change d'avis tous les jours, vous savez que, avant-hier, dans le discours, le Premier ministre a annoncé qu'il y avait un report, une suspension pendant 6 mois de la fameuse augmentation des taxes sur l'essence, hier, il était un peu plus de 19h00 à l'Assemblée, il avait changé d'avis, on l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
La hausse de cette taxe est désormais abandonnée dans le PLF 2019, elle ne sera pas sera pas dans le PLF 2019 et toute solution devra être issue du débat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà, 24 heures après, la taxe est abandonnée, pourquoi changer d'avis en 24 heures ?

MARC FESNEAU
Non, il n'a pas changé d'avis…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Eh ben si, dans son discours…

MARC FESNEAU
Non, non, non…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans son discours d'avant-hier il disait que pendant 6 mois on suspendait la taxe et qu'on regardait s'il y avait des solutions alternatives.

MARC FESNEAU
Et qu'est-ce qu'il a dit hier…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'on supprime la taxe pour toute l'année 2019.

MARC FESNEAU
Oui, mais on a dit qu'on faisait un geste de bonne foi, qu'on voulait un geste de bonne foi, il y a des gens qui disaient « oui, mais regardez, ils vont la remettre dans 6 mois », qu'est-ce qu'on a dit, quel était le geste de bonne foi ? Le geste de bonne foi c'était de dire pas de taxe, on regarde les solutions, parce qu'il y a quand même des sujets budgétaires qu'il faudra trancher…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bien sûr, il faudra trouver 4 milliards !

MARC FESNEAU
Qu'il faudra régler devant les Français, et puis…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
4 milliards à trouver.

MARC FESNEAU
Il y a des mesures d'accompagnement aussi, ce n'est pas la question seulement de défaut ou pas d'une recette, il y a aussi des sujets à traiter et des réponses à apporter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez raison Marc FESNEAU, mais ce n'était pas ma question, c'est pourquoi on dit 6 mois l'avant-veille et pourquoi on dit finalement…

MARC FESNEAU
Si vous me permettez, il y a des choses, il y a des faits, et les faits sont un peu têtus comme disait l'autre. Le Sénat a décidé de retirer cette taxe, il n'était pas question pour nous de réintroduire cette taxe dans le débat budgétaire puisque nous avons dit que nous avions le temps du dialogue, et donc cette taxe elle est abandonnée dans le PLF. Nous aurons un rendez-vous budgétaire au printemps, et dans ce rendez-vous de budgétaire il faudra regarder l'ensemble des solutions qu'il faut apporter aux Français, donc le Premier ministre n'a pas changé d'avis, ce qu'il a dit hier ça a été dit aussi en Conseil des ministres. Vous imaginez bien que quand on veut faire des gestes de bonne foi, il faut les faire complètement, et dire ce n'est pas dans le PLF, et rediscutons de cette affaire de la fiscalité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Marc FESNEAU, vous défendez le Premier ministre, et vous avez raison, c'est votre rôle…

MARC FESNEAU
Je ne défends pas mon Premier ministre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais l'Elysée nous a dit hier soir que, ils se sont rendus compte que ce n'était pas suffisant d'annoncer une moratoire de 6 mois et qu'il fallait supprimer la taxe.

MARC FESNEAU
Non, je crois que ce n'était pas…un certain nombre de nos opposants jouaient avec le sentiment que, comme on disait, on parle pendant 3 mois, ah oui mais dans 3 mois qu'est-ce qui se passe ? Oui, mais la responsabilité politique c'est de poser des actes, et l'acte qui a été posé c'est la taxe n'est pas réintroduite dans le PLF. Le deuxième acte qui est posé, parce qu'il faut dire la vérité aux Français, c'est qu'il faut qu'on dialogue, qu'on parle et qu'on trouve un certain nombre de solutions aux problèmes qui ont été posés, autour de quoi, autour de la justice fiscale, autour de la justice sociale et autour de la justice territoriale. Excusez-moi de vous dire que, on ne peut pas à la fois dire « j'engage le dialogue et je mets des mesures », donc on engage le dialogue et il y aura des traductions budgétaires, parce qu'il faudra des traductions budgétaires au printemps prochain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, autre exemple de cafouillage, celui de l'ISF…

MARC FESNEAU
Ce n'était pas un cafouillage.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon, chacun se fera une opinion ; sur l'ISF, on va voir si c'est un cafouillage ou pas, le porte-parole du gouvernement hier qui dit qu'il faudra - effectivement ce qui était prévu - étudier les conséquences de la suppression de l'ISF sur l'économie française, est-ce que ça a été efficace ou pas ? Il y a un communiqué officiel, là vous n'allez pas me dire que ça n'a pas existé, de Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat, qui dit hier matin : « je proposerai, si l'évaluation montre que les capitaux ne sont pas suffisamment injectés dans l'économie française, je proposerai de rétablir l'ISF. » Alors, je ne sais pas si elle est ministre du Budget, mais elle proposera de rétablir l'ISF. Vous le savez comme moi, elle s'est fait remettre en place, si je puis dire, en Conseil des ministres, et, dans la soirée encore, l'Elysée a dit qu'il n'était pas question de rétablir l'ISF.

MARC FESNEAU
Mais c'est assez simple…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tant mieux !

MARC FESNEAU
Je vais essayer d'être simple et clair, si ça ne l'a pas été assez. L'ISF est une mesure qui a été décidée dans le projet de loi de finances 2018. 2018 c'était au début de l'année, donc ce n'est pas une vieille histoire l'affaire de l'ISF. Qu'est-ce qu'a dit, qu'est-ce qu'on dit les uns et les autres ? Je crois que, pour en avoir parlé avec elle, ce qu'a voulu dire Marlène SCHIAPPA : toute mesure fiscale, toute mesure, quelle qu'elle soit, de la nature qu'on a, on a une obligation, un devoir ; c'est celui de l'évaluation. Et donc on va mesurer et évaluer l'impact de l'ISF. Pourquoi on a fait ça ? Ce n'est pas pour faire un cadeau aux riches, le pari qu'on a fait, et manifestement c'est quand même quelque chose qui a fonctionné, mais on regardera…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le pari du ruissellement.

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas pari du ruissellement, pour le coup c'était le pari qu'un certain nombre de gens qui avaient des moyens et qui investissaient et qui échappaient d'une certaine façon aussi à leurs responsabilités d'investir en France, ne le faisaient pas, parce que il y avait l'ISF. Et donc on fera le bilan de ça, et on regardera s'il y a besoin d'ajuster et d'améliorer le dispositif…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et éventuel vous rétablirez l'ISF ?

MARC FESNEAU
Mais, on verra s'il y a besoin d'améliorer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas …, il n'est pas question de rétablir l'ISF.

MARC FESNEAU
Mais je n'ai pas dit qu'il était question de, ne réintroduisez pas du flou, là où je n'en mets pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup.

MARC FESNEAU
Non non, ce n'est pas flou du tout.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous le savez, vous connaissez l'expression.

MARC FESNEAU
On a dit qu'on ferait une évaluation, on est à 9 mois de cette mesure, vous permettrez quand même, quand on fait de la politique, ce n'est pas tous les matins on change d'avis et tous les matins on change d'orientation. Il y a une mesure qui a visé à faire en sorte que l'investissement de ceux qui avaient le plus de moyens, viennent se réorienter en France, on fera le bilan, c'est ça notre responsabilité. Quand quelque chose fonctionne, il faut le dire, quand quelque chose ne fonctionne pas il faut éventuellement faire évoluer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ça ne révèle pas quand même, tout ça, l'opposition encore une fois des forces de droite et de gauche, au sein de ce gouvernement, qui se veut et de droite et de gauche. On voit que dans cette période de troubles, avec la révolte des Français, des Gilets jaunes, au fond finalement on voit que la ligne politique est à nouveau en débat, est-ce qu'on va plus à droite, est-ce qu'on va plus à gauche ?

MARC FESNEAU
Ecoutez, j'étais hier au Conseil des ministres, je peux vous faire au moins, vous faire le témoin de ce que j'ai entendu, ce que j'ai vu. Je n'ai pas vu des lignes de droite et de gauche, j'ai vu…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a pas eu de débat ?

MARC FESNEAU
Non mais il y a un débat, mais… No, mais c'est bien qu'au Conseil des ministres il y ait un débat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je suis d'accord avec vous. Il y a toujours des débats autour du président en ce moment, c'est vrai.

MARC FESNEAU
Et le président de la République aime le débat, il aime entendre la position des uns des autres, mais ce n'était pas une question de droite et de gauche, c'était une question de : quelles sont les orientations, quelles sont les voies du dialogue, comment on dialogue, c'est intéressant qu'on se dise entre nous la façon dont on pensait qu'il fallait dialoguer, et c'est très bien qu'il y ait du débat. Et moi je pense que c'est bien qu'il y ait de la différence et comment dirais-je, des horizons divers qui soient autour de la table du Conseil des ministres et aussi d'ailleurs à l'Assemblée nationale. Et donc c'est très bien qu'il y ait un débat, mais ne cherchons pas à compliquer les choses, la situation est déjà complexe, on va dire les choses telles qu'elles sont, il n'y a pas de choses compliquées, c'est bien que chacun puisse s'exprimer, après la politique gouvernementale elle est une, elle est une sous l'autorité du Premier ministre et du président de la République, et c'est ce qu'on va mettre en oeuvre dans les semaines qui viennent.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le président de la République, vous nous confirmez, vous l'avez bien vu hier matin, il était bien à Paris hier matin en Conseil des ministres.

MARC FESNEAU
Oui oui, parce qu'il y a aussi des fausses nouvelles qui disent l'inverse ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non non, mais pas du tout, c'est juste qu'on attend, les Français, les Gilets jaunes attendent peut-être une parole du président, on le voit dans les cortèges, c'est lui qui est interpellé, c'est lui à qui on demande de trouver une solution, or il n'a pas parlé hier, on pense qu'il ne parlera pas aujourd'hui, il n'est pas parti à Baden-Baden, rassurez-moi.

MARC FESNEAU
Non, pas du tout, il est tout à fait en responsabilités, je l'ai trouvé comme souvent dans ces occasions-là, très lucide et très combatif, pour essayer de trouver et répondre à la colère des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pourquoi il reste silencieux ?

MARC FESNEAU
Le Premier ministre s'est exprimé hier. Quand… Vous avez été parfois les premiers à dire « Il parle trop », et puis maintenant « il ne parle pas assez »…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a des moments où il faut parler.

MARC FESNEAU
Oui mais il parlera aux Français, parce que le président de la République il a perçu des choses en 2017 qui sont d'ailleurs le contrecoup de ce que nous vivons aujourd'hui. En 2017 les Français ils avaient fait état de cette crise de défiance, qu'ils avaient à l'endroit des politiques, manifestement il y a des choses qui ont été mal comprises et sans doute il faut qu'on fasse notre part, ce qu'a fait le Premier ministre aussi…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il parlera aux Français la semaine prochaine ?

MARC FESNEAU
On verra quand il parlera, il le fera quand c'est utile pour que, un, la sérénité revienne, et deux que la voie du dialogue soit posée sur la table.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il ne parlera pas avant la manif, avant les manifestations de samedi.

MARC FESNEAU
On verra.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas exclu ?

MARC FESNEAU
C'est la responsabilité du président de la République que de décider à quel moment et avec quelle justesse il faut le faire, de s'adresser aux Français. Et puis moi je voudrais dire au passage quand même, parce que j'ai entendu sur des chaînes concurrentes, comme on dit, des gens qui faisaient un appel à venir à l'Elysée pour déloger le président de la République. Ça ce n'est plus la République, ça c'est l'anarchie qu'on organise, et on aime ou on n'aime pas le président de la République, on le soutient ou on ne le soutient pas, mais on ne menace pas, parce que le président de la République c'est une figure de la République, et moi je n'étais pas de ceux qui soutenaient François HOLLANDE ou Nicolas SARKOZY, mais je n'ai jamais été de ceux qui sifflaient, qui huaient ou qui appelaient à son départ. Parce que ça, quand on est un démocrate, on respecte aussi ceux qui ont porté le président de la République à l'Elysée, et ceux aussi qui ne l'ont pas porté. Mais quand même il y a quelque chose de l'ordre d'une responsabilité collective, et je trouve que ce que j'ai entendu encore hier, sur « on va tous à l'Elysée », ce n'est pas comme ça la démocratie que ça peut fonctionner.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors il est président de la République, la Constitution lui donne des moyens : le remaniement, la dissolution, il faudra peut-être qu'il les utilise ces moyens-là.

MARC FESNEAU
Les moyens qu'on utilise au, c'est des moyens qu'on pose sur la table, en termes de mesures à l'endroit des Français, et d'orientation pour le dialogue, c'est ces moyens-là qu'il faut regarder. Je pense que les Français n'attendent rien d'autre que de pouvoir exprimer encore ce qu'ils ont à dire sur les sujets qui les préoccupent, je les ai listés tout à l'heure, et que nous ayons une responsabilité de trouver des réponses aux questions qui se posent. Il y a des réponses de court terme, elles ont été données hier, et puis il y a des réponses de moyen et de long terme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes un proche de François BAYROU, vous avez été patron des députés MoDem, vous avez vu ce que François BAYROU a dit cette semaine, « Il faut que les Gilets jaunes soient entendus », il a même reçu des Gilets jaunes, à sa mairie de Pau. Vous êtes d'accord avec lui ?

MARC FESNEAU
Mais tout le monde a reçu des Gilets jaunes, et c'est bien que François BAYROU ait reçu des Gilets jaunes, et il me semble que les Gilets jaunes, c'est entendu, puisque le Premier ministre a annoncé un certain nombre de mesures, pas seulement sur la taxe carbone, je parle de l'électricité, je parle du gaz, je parle du contrôle technique, et puis désormais ils sont entendus au travers du dialogue que nous souhaitons nouer, et on compte bien les entendre, parce que je pense que s'il y a une exigence, on voit bien qu'il y a un moment démocratique particulier, la crise démocratique elle couve depuis longtemps et je pense qu'il y a moyen, il faut trouver les voies du dialogue et d'un dialogue qui soit réel et assez original sans doute sur la forme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
S'il y avait une crise politique plus grave qu'elle n'est aujourd'hui, c'est déjà assez grave, François BAYROU c'est un recours possible ?

MARC FESNEAU
Moi je ne fais pas la course à la crise politique, moi je veux qu'on résolve la crise politique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Moi non plus.

MARC FESNEAU
Non mais je n'essaie pas de me mettre dans des hypothèses comme celle-là, moi je veux qu'on sorte de la crise politique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est en réserve François BAYROU, il se tient prêt ?

MARC FESNEAU
François BAYROU il est présent dans le débat public, il n'a jamais été en réserve de quoi que ce soit, et d'ailleurs c'est très bien qu'il puisse porter une parole et que dans la majorité, des gens puissent s'exprimer ici ou là, et c'est très bien comme ça, qu'on puisse poser des solutions ou des équations sur la table. Moi en tout cas je ne fais pas le pari de la crise politique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et François BAYROU, il y a toujours cette enquête sur les assistants parlementaires européens du MoDem, est-ce que ça l'empêche justement d'envisager un retour ?

MARC FESNEAU
J'ai dit ce que j'avais à dire sur ces choses-là à l'époque, il faut laisser faire la justice tranquillement. Là aussi on a besoin de respecter un peu les formes. Pour qu'une démocratie fonctionne il faut respecter les formes, respecter la justice, et par ailleurs je connais la probité de François BAYROU.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Marc FESNEAU d'avoir été aujourd'hui avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2018

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