Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec Cnews le 6 décembre 2018, sur les violences pendant les manifestations concernant le prix des carburants et sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec Cnews le 6 décembre 2018, sur les violences pendant les manifestations concernant le prix des carburants et sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement;

ti :

CLELIE MATHIAS
Tout de suite, c'est l'heure de l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH, qui va revenir évidemment sur les annonces hier de l'exécutif et sur la crise des Gilets jaunes, avec Julien DENORMANDIE, un proche d'Emmanuel MACRON, qui est le ministre de la Ville et du Logement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Julien DENORMANDIE, merci d'être avec nous.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Certes, vous êtes ministre des Métropoles, mais vous êtes aussi ministre des Villes qui sont désertées, qui sont abandonnées, qui sont paupérisées, et vous êtes ministre des Logements qui sont à construire et aujourd'hui insuffisants ou à rénover, qui sont insalubres comme à Marseille. Est-ce qu'à vos oreilles parvient l'écho des protestations des Gilets jaunes ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien complètement. Vous savez, au aujourd'hui, pour certains de nos compatriotes, le logement c'est 40, 50, 60 % du montant du revenu. Ça devient ingérable, c'est beaucoup trop élevé. Et puis vous avez aussi beaucoup de nos concitoyens qui vivent dans des logements qui ne sont pas dignes, des logements où il fait froid, des logements qui ne sont pas de bonne qualité, et donc moi je suis un ministre du Logement, mais qui a tourné son action, pas uniquement sur la construction neuve, c'est essentiel de plus construire là où c'est nécessaire, mais j'ai mis en place une politique publique ambitieuse, pour aller rénover plus de logements…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais ce n'est pas le perçu, parce que vous incarnez pour la plupart des gens aussi, une part des inégalités de territoire, et donc du mécontentement de ceux qui sont là et qui défilent et qui vont peut-être entrer dans Paris.

JULIEN DENORMANDIE
Mais moi, ce mécontentement, je suis non seulement là pour dire que je l'entends, que je l'écoute, que j'en suis conscient, mais aussi pour dire que ça fait 18 mois que je me bats contre ces inégalités. Ces inégalités elles ne sont pas nouvelles, je vais vous dire pourquoi, pourquoi Emmanuel MACRON a été élu à l'élection présidentielle en 2017…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a longtemps, longtemps.

JULIEN DENORMANDIE
Mais pourquoi il a été élu ? Parce que ce ras-le-bol il était déjà là, parce que ces fractures, parce que ces inégalités en fonction des territoires, elles étaient là, et donc l'émission et le mandat que nous ont donné les Français, c'est précisément d'aller résorber ces fractures territoriales. C'est ça que nous ferons avec détermination.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a 18 à 20 mois, mais c'est vrai que vous prenez sur vous la responsabilité de tant d'échecs de ministres de la Ville et du Logement, mais déjà on sent que le pays est en train de retenir son souffle, il redoute que samedi il y ait, comme dit l'Elysée, de grandes violences, c'est-à-dire des actes de vandalisme, des pillages et maintenant on dit même des morts. Est-ce que la République ce matin, elle est en danger ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui est sûr c'est qu'aujourd'hui on a un enjeu, c'est la sécurité des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais est-ce qu'elle est en danger ? Le président du Sénat a dit lui-même : « La République est menacée ».

JULIEN DENORMANDIE
La question, c'est fondamental, c'est la question de la sécurité des Français et de l'ordre républicain. Qu'est-ce qu'on a vu ? Ces images elles sont insupportables. Vous avez aujourd'hui sur les réseaux sociaux, des appels à la violence, des appels à la haine, des appels à aller casser des policiers, à les casser…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A tuer ! A tuer, dit même l'Elysée.

JULIEN DENORMANDIE
A tuer. Et ça qu'est-ce que c'est ? Un gendarme, un policier, c'est le symbole de l'ordre républicain, et donc oui, aujourd'hui sur les réseaux sociaux, vous avez des personnes que, et je ne fais aucune assimilation avec les Gilets jaunes et ceux qui de bonne foi vont défendre des idées, mais vous avez un…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut les distinguer, il faut les dissocier.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, mais vous avez un déferlement de haine, avec des samedis successifs où à Paris les images étaient insupportables, et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais de haine contre qui ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien de haine contre, à la fin, les policiers, les gendarmes. Et les policiers les gendarmes, qu'est-ce que c'est ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Contre la République telle que vous la conduisez…

JULIEN DENORMANDIE
C'est le symbole de l'ordre républicain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la République, en ce moment, est menacée, comme dit Gérard LARCHER ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je n'aime pas ce terme de République menacée, parce que la République c'est des institutions, la République est forte, mais aujourd'hui, ce qui est en jeu, c'est l'ordre républicain, ce qui est en jeu c'est la sécurité des Français, et on ne le dit pas suffisamment. Les responsables politiques doivent le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le dire. On va le dire. On entend en ce moment des horreurs de la part d'assaillants, qui auraient même fait entrer à Paris ou qui entreraient à Paris avec des armes à feu. Est-ce qu'il faut décider, même à titre temporaire et préventif, l'état d'urgence ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui est sûr, c'est qu'il faut prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des Français, c'est le rôle de l'Etat, c'est le rôle du ministre de l'Intérieur. Moi je fais confiance au ministre de l'Intérieur pour déterminer quels sont les bons moyens pour protéger les Français. Mais je voudrais saluer aussi l'ensemble des forces de l'ordre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais attendez, attendez, bien sûr, tout le monde le dit, mais vous ne m'avez pas répondu…

JULIEN DENORMANDIE
Non non, mais c'est essentiel, parce que les forces de l'ordre, vous savez, c'est des hommes et des femmes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on peut s'interroger sur le fait de décider ou pas l'état d'urgence avant samedi ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi je ne suis pas un spécialiste de ces questions, je ne suis pas ministre de l'Intérieur. Ce que je sais, c'est qu'on a un ministre de l'Intérieur, qu'on a un Premier ministre, qui sont pleinement mobilisés pour assurer la sécurité des français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc à eux de le décider ou pas d'ici à samedi.

JULIEN DENORMANDIE
C'est à eux de décider quel est le meilleur dispositif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La question est posée. Entre nous, la manifestation elle peut se dérouler aussi dans le calme, peut-être que nous nous faisons tous peur, mais l'usage de la violence et le pire sans sont devenus banals, ils sont envisagés comme presque une certitude, alors qu'il y a encore peut-être la chance que ça se produise calmement.

JULIEN DENORMANDIE
Monsieur ELKABBACH, il suffit de regarder ce qui aujourd'hui est véhiculé sur Internet, c'est-à-dire que ça n'est pas quelque chose de banal. Des violences aussi fortes, les images qui sont véhiculées, sont des images que nous n'avons jamais vues depuis des décennies. Il faut vraiment que toutes celles et ceux qui nous écoutent en prennent conscience, notamment toutes celles et ceux qui envisagent, soit d'y aller soit que leurs proches y vont. Il y a aujourd'hui sur les réseaux sociaux, des personnes qui appellent à la haine, qui appelle à aller tuer, à aller taper les forces de l'ordre. Ça c'est insupportable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, ils veulent, à votre avis l'anarchie ou une forme de totalitarisme ?

JULIEN DENORMANDIE
Je pense qu'ils veulent les deux réunis, ils veulent les deux réunis. Ils veulent tout simplement que nos institutions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne s'additionne pas, entre nous.

JULIEN DENORMANDIE
… que nos institutions soient mises à mal, que l'ordre républicain soit bouleversé. C'est ça qu'ils cherchent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, hier, à l'Assemblée nationale, on pouvait croire le danger imminent. Tous les élus étaient présents, tous les élus étaient concentrés, et vous les ministres vous étiez là, vous n'avez pas eu de mot d'excuse, vous étiez tous là, est-ce que vous pensez que c'est un moment républicain de dignité qui était partagé ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je pense qu'il n'était pas partagé. Je vais vous donner un seul exemple. On parlait là à l'instant des forces de l'ordre. Il y a eu des mots très forts, notamment du Premier ministre à l'attention de nos forces de l'ordre. Les députés se sont levés, mais pas tous les députés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a eu une autre longue ovation debout.

JULIEN DENORMANDIE
Une longue ovation, debout. La France insoumise ne s'est pas levée, et moi ces images je ne les oublierai pas. Alors que tous les députés, de droite, de gauche, de centre, se sont levés pour rendre hommage à nos forces de l'ordre, vous avez un groupe politique qui ne s'est pas levé, et ce groupe politique ça s'appelle la France insoumise. Quand vous voyez que le discours du président MELENCHON, du président du groupe France insoumise, commence par ces termes « heureux sont les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien écoutez le, écoutez-le.

JEAN-LUC MELENCHON, PRESIDENT DU GROUPE LA FRANCE INSOUMISE A L'ASSEMBLEE NATIONALE
Heureux les jours que nous vivons, puisqu'enfin la France est entrée en état d'insoumission générale, contre un ordre injuste qui durait depuis trop longtemps. Allez dire au monarque présidentiel que les gens raisonnables sont sur les ronds-points et dans les rues et qu'ils n'en partiront pas avant que vous ayez cédé pour de vrai, ou que vous soyez partis ! Cédez ou partez, et quand vous partez, cédez avant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, de sa part, est-ce que c'est une surprise ? Parce qu'il poursuit sa stratégie et son rêve.

JULIEN DENORMANDIE
Non mais, vous vous rendez compte du cynisme. Moi vous savez à qui vont mes pensées en ce moment-là ? C'est aux familles des victimes. Depuis le début de ce mouvement, il y a eu 4 morts, des centaines de blessés. Et je pose une question à monsieur MELENCHON : est-ce que ces termes « heureux sont les jours que nous vivons », est-ce que ces termes, il peut aller en face des familles des victimes, en face des familles des blessés, et les prononcer ? Est ce qu'il en est capable ? Vous vous rendez compte de ce cynisme absolu ? Vous êtes dans l'hémicycle, au perchoir comme on dit, c'est-à-dire que vous présidez cette assemblée pour faire votre discours, et vous le commencez, alors qu'il y a eu 4 morts, des centaines de blessés, en disant : « Heureux sont les jours que nous vivons ». C'est un cynisme absolu, insupportable, surtout de la part d'une personne qui a voulu être président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien il vous répondra, et la France insoumise vous répondra. Le président de la République a dit hier : le moment actuel – et au Conseil des ministres vous avez dit, il parait que ça a bardé au Conseil des ministres, il était assez… c'est vrai ça ? Il a été…

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien le président de la République est très déterminé et je crois que ce caractère, nous le connaissons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, même aujourd'hui. « Le moment actuel – a-t-il dit – n'est plus à l'opposition politique, mais à la République, certains n'ont qu'un objectif : attaquer la République. Inutile de les nommer – dit-il – ils se reconnaîtront ». Est-ce que vous pouvez être plus précis ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien pour moi, il y a au moins deux leaders politiques aujourd'hui qui sont présidents de partis politiques, des partis politiques qui se disent républicains, mais est-ce qu'on est véritablement républicain lorsqu'on n'appelle pas au calme ? Est-ce que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais qui est le deuxième ?

JULIEN DENORMANDIE
Je pense à monsieur MELENCHON et à monsieur WAUQUIEZ.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah bon ?

JULIEN DENORMANDIE
A monsieur MELENCHON et à monsieur WAUQUIEZ. Est-ce qu'on est républicain lorsqu'on n'appelle pas au calme ? Lorsque nous sommes aujourd'hui dans une situation où la sécurité des Français est menacée, notamment dans les manifestations que nous vivons. Est-ce que nous sommes républicains y compris quand vous avez un président comme monsieur WAUQUIEZ, qui ment, qui ment sur les plateaux de télévision ? Qui dit : « Non je n'ai jamais porté ce gilet jaune », deux minutes après vous le voyez avec ce gilet jaune. Ce sont des responsables…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien, il a peut-être oublié, le 24 novembre il a porté un moment le gilet jaune.

JULIEN DENORMANDIE
Ce sont des responsables politiques, qui sont aujourd'hui heureux de voir que le pays va mal. Ils vivent de cela. C'est d'un cynisme absolu, mais plus que ce cynisme, c'est d'une irresponsabilité très forte. Ces responsables politiques, ils doivent appeler au calme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous vous rendez compte, ce que vous faites, vous…

JULIEN DENORMANDIE
S'ils n'appellent pas au calme, ils endossent aussi la responsabilité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, ministre, du gouvernement et de la République, vous accusez le chef de l'opposition de menteur, de mentir et de menteur.

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, il suffit d'aller vérifier, vérifier ce que je viens de vous dire, est-ce que monsieur WAUQUIEZ a dit oui ou non qu'il portait un gilet jaune ? Il a assuré qu'il n'en avait jamais porté, deux minutes après on voit des photos où il a un gilet jaune. Comment un homme d'Etat, une personne qui se prétend être un homme d'Etat, peut-elle l'être, alors même que ses propos sont démentis quelques minutes après ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais sa préfecture du Puy-en-Velay avait été incendiée, il l'a peut-être condamné.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, en tout cas, en tout état de cause, quand vous allez sur place et que vous voyez le traumatisme des agents de la préfecture, et les propos qu'ils tiennent, il faut voir ce que c'était, c'était des personnes qui étaient là pour brûler cette préfecture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais n'oubliez pas aussi votre part de responsabilités avec un « s », vous collectivement, il ne faut pas oublier, parce que ces politiques visés, pensent qu'ils n'attaquent pas la République, ils attaquent la politique que vous conduisez depuis 20 mois.

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce qu'on parle du ras-le-bol fiscal, mais ce que nous disent les Gilets jaunes, c'est aussi un ras-le-bol politique, c'est un ras-le-bol vis-à-vis de toutes celles et ceux qui pendant des années ont dit des choses, ne les ont pas faites, on fait croire des choses et en fait il n'y avait pas les résultats. Encore une fois, pourquoi Emmanuel MACRON a été élu en mai 2017 ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non non, on ne va pas revenir là-dessus !

JULIEN DENORMANDIE
Mais non, mais parce que ce ras-le-bol politique, il était là, moi je ne me fais pas d'illusions. Et c'est donc ce ras-le-bol politique qui continue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord, mais il y a un ras-le-bol qui continue et qui arrive vers vous. Est-ce que vous croyez que s'il y avait des élections législatives, vous reviendrez à 312, ou que s'il y avait une élection présidentielle, on ne sait pas qui viendrait, mais l'époque a changé. Le président de la République et le Premier ministre après lui, ont lancé des appels aux partis, aux syndicats, aux élus, pour leur demander de relayer l'appel au calme et… l'appel au calme et à l'apaisement. Les syndicats se réunissent aujourd'hui, c'est d'ailleurs la première fois, à l'initiative de messieurs MARTINEZ et Laurent BERGER, alors qu'ils ont aujourd'hui dans la Fonction publique une grande compétition électorale entre eux, et ils sont là, ils donnent des signes pour probablement essayer de retrouver à la fois leur souffle et leur rôle. En tout cas, eux, vous dites qu'ils jouent leur rôle. L'ancien monde vient au secours du nouveau.

JULIEN DENORMANDIE
En tout cas les syndicats, mais pas que, beaucoup et notamment des élus locaux sont d'accord pour rentrer dans cette phase de débats, au combat doit maintenant laisser place le débat. Et ce débat qu'est-ce que c'est ? Ce sont toutes ces consultations que nous sommes en train de mettre en place sur les territoires, auxquelles les syndicats vont prendre une place très importante. Donc oui, moi je salue. Encore une fois, tout responsable politique ou des institutions, aujourd'hui doit appeler au calme et à l'apaisement. C'est ça qui est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Edouard PHILIPPE annonçait hier à midi un moratoire, c'est-à-dire une suspension d'au moins 6 mois, c'est-à-dire jusqu'en juillet, des différentes taxes, et dans l'après-midi, le soir, l'Elysée, le président de la République lui-même décidait de les supprimer en 2019. C'est un couac qui ne donne pas l'impression qu'ils marchent main dans la main.

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi je pense qu'il y a surtout eu une incompréhension des propos, et donc hier a été décidé d'être très clair sur ces propos. Dans la vie il faut être clair, et donc aujourd'hui c'est une annulation de ces taxes. Ça n'est pas un moratoire, c'est une annulation de ces taxes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'oubliez pas qu'il y a quelques semaines ou quelques jours encore, vous disiez : on ne les annulera jamais, on maintient le cap.

JULIEN DENORMANDIE
Mais j'en ai pleinement conscience, et moi le premier, mais pourquoi aujourd'hui cette décision a été prise d'annuler ces taxes ? Parce que l'enjeu c'est la cohésion de la Nation, et face à la cohésion de la Nation, une taxe ne fait absolument pas le poids, et donc oui il fallait prendre cette décision d'annuler la taxe pour assurer la cohésion de la Nation, évidemment. Et la faille entre le président et le Premier ministre, elle n'est pas en train de s'agrandir ?

JULIEN DENORMANDIE
Non. Tout le monde aimerait créer ces failles, moi je peux vous dire que je connais très bien le président de la République, j'ai appris à très bien connaître le Premier ministre, ils travaillent main dans la main, l'un avec l'autre. Après, est-ce que la situation est difficile, est compliquée, nécessite justement d'être bien regroupée, évidemment que oui et c'est ce que nous faisons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pour ça que ce problème, s'il existe, on le posera une autre fois. Aujourd'hui, il y a l'urgence de la sécurité. Mais vous dites, quand vous annulez les taxes, il faut faire des économies, où vous allez trouver l'argent ? Est-ce que l'occasion n'est pas, et je vais me répéter, de vous débarrasser, de vois libérer des 3 % de Maastricht qui depuis un quart de siècle emprisonnent la plupart des gouvernants et les conduit quelquefois, alors que vous avez une marge ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, aujourd'hui la question c'est, c'est la question des économies, mais pourquoi on fait des économies ? Pas pour se faire plaisir, simplement parce que ça devient insoutenable de léguer. Moi je suis père d'enfants, d'une famille nombreuse, de léguer à nos enfants cette dette de plus en plus forte. Aujourd'hui plus de la moitié du budget de la Nation elle passe dans le remboursement chaque année de la dette. C'est pour ça aussi, après, qu'on n'a pas suffisamment de capacités pour aller investir dans les services, ici ou là, donc c'est aussi de la responsabilité de, face à des dépenses nouvelles, de mettre des économies nouvelles. Je pense que tout le monde peut le comprendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Julien DENORMANDIE, on dit un mot de la polémique qui a rebondi autour de l'ISF, et la Presse en est pleine ce matin. Reviendra, reviendra pas ? Apparemment elle ne reviendra pas. Des ministres ont créé hier une certaine confusion, peut-être qu'ils n'étaient pas informés, ce n'était pas clair, et on disait : l'an prochain il y a un comité indépendant qui va réévaluer les deux impôts, mais le président de la République a tranché, en plein conseil des ministres, ça phrase c'est : « pas question de détricoter ce qui a été fait depuis 18 mois ». Donc l'ISF, on n'en parle plus ou moins avant un an, ou on n'en parle plus ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais il y a deux choses qui sont très importantes. Déjà pourquoi on a fait l'ISF ? On n'a pas fait l'ISF pour se faire plaisir. Pourquoi on l'a fait ? Parce qu'aujourd'hui vous avez un véritable problème, c'est qu'il faut créer plus d'emplois dans notre pays, et le fait de taxer toujours et toujours et y compris les personnes qui ont beaucoup de capitaux, ça n'a jamais permis de recréer plus d'emplois, et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous continuez à croire à l'ISF.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc, moi personnellement, je crois que c'est effectivement une bonne mesure pour recréer des emplois. Après il y a un deuxième élément, c'est la méthode qui a toujours été la nôtre, qui d'ailleurs sur l'ISF est inscrite dans la loi, elle est inscrite dans la loi, c'est de dire que lorsqu'on met en place une mesure, on va l'évaluer, et si jamais cette évaluation montre qu'il faut changer ceci ou cela, eh bien, bien évidemment qu'on adaptera les dispositifs. Je crois que tout ça est très clair, parce qu'encore une fois, l'objectif qu'on cherche, la politique qu'on fait, c'est de créer des emplois dans notre pays, c'est ça qui est nécessaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus qu'apparemment c'est un marqueur intouchable du quinquennat, parce que si vous retoquer ou vous rétablissez l'ISF, qu'est-ce qui restera des réformes, on les mettra toutes en cause.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais la politique on ne la fait pas par des marqueurs ou des symboles, on la fait une efficacité. Est-ce que oui ou non aujourd'hui, telle et telle mesure créent des emplois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous croyez à l'efficacité.

JULIEN DENORMANDIE
Pour moi, il faut… Moi je pense qu'effectivement ça peut créer des emplois, mais qu'il faut l'évaluer bien évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez le soutien du président du Sénat qui est contre le rétablissement de l'ISF. Où vous allez trouver la nouvelle aide fiscale que vous voulez accorder, et que vous allez accorder à partir du 1er janvier, aux acquéreurs de logements anciens vides et dégradés ? Et d'abord, est-ce que c'est une aide pour les promoteurs ou pour les particuliers qui ont envie d'acheter des logements et peut-être des immeubles ?

JULIEN DENORMANDIE
Je vous remercie de me poser la question, parce que c'est une aide très importante que je viens d'annoncer, c'est une aide qui permet à chaque propriétaire d'investir dans un logement, mais dans un logement qui est dégradé, pour le réhabiliter, y faire des travaux. Et si jamais il fait au moins 25 % de travaux, à ce moment-là il peut bénéficier d'une aide fiscale, d'un abattement sur son impôt sur le revenu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça dépend de la durée de location, et ça peut aller de 12 à 21 % d'abattement sur l'impôt sur le revenu. Donc c'est une aide qui est significative. Et cette aide, pourquoi je l'ai voulue ? Parce que, encore une fois, dans notre pays aujourd'hui, il ne s'agit pas que de construire plus, il s'agit aussi de rénover plus, et donc je dis à toutes celles et ceux qui veulent investir, investir dans les logements, faites-le, mais aussi dans les logements anciens, pour les réhabiliter, pour faire en sorte qu'ils soient plus efficaces, énergétiquement, un meilleur confort, etc. Et à ce moment-là vous serez soutenus par l'Etat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et elle sera appliquée, d'après ce que j'ai lu, aux 222 villes moyennes que l'Etat veut revitaliser, c'est Julien DENORMANDIE dans l'ancien, mais il y a aussi la production de logements neufs qui est en train de baisser, il y a quelques personnes qui sont en train de gueuler, comme Alain DININ, le président de NEXITY, le premier promoteur de France, et qui s'inquiète, parce qu'ils dit : on construit de moins en moins de logements neufs et dans quelques années ce sera la catastrophe. Mais est-ce que l'objectif de votre loi qui vient d'être promulguée, la loi que vous appelez Elan, Elan, on va voir quel type d'élan, c'est de construire plus, mieux et moins cher. Est-ce que cette fois vous serez capable où vous serez en mesure de tenir cette promesse ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien en tout cas on s'est donné effectivement les moyens pour y arriver, c'est une loi très importante, une loi qui a fait l'objet de 10 mois de discussions avec les professionnels, avec les élus locaux, et c'est une qu'une loi qui a été adoptée il y a exactement 9 jours, donc cette loi elle va donner ses effets, je suis moi aujourd'hui profondément déterminé à faire en sorte qu'elle entre en oeuvre, et qu'elle soit mis en oeuvre le plus rapidement possible. C'est des nouvelles mesures très fortes pour soutenir la construction dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On reparlera de logement quand le calme reviendra, s'il revient, et peut-être avec ce gouvernement ou à un autre, parce que ce gouvernement, tel qu'il est, a-t-il la capacité et le crédit pour engager les promesses, enfin les réformes qu'il promet ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, moi je crois. Vous savez, le débat c'est de savoir : est-ce que si on annule une taxe, à ce moment-là ça remet en cause notre volonté réformatrice ? Evidemment que non, notre volonté de transformer le pays, elle est totalement intacte, mais pour transformer le pays il faut le faire avec une cohésion de la Nation, et donc c'est pour ça que est la décision forte a été prise par le président et le Premier ministre, d'annuler cette taxe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça se joue dans 48 heures, et la priorité c'est un samedi, avec en plus la Marche mondiale pour le climat, et surtout des manifestations qu'on espère tous sans haine et sans violence. Au passage, n'oubliez pas de vous occuper de Marseille où l'effondrement des immeubles se poursuit ou menace.

JULIEN DENORMANDIE
J'y étais encore jeudi dernier, aux côtés des Marseillaises et des Marseillais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez tenir comme ça les immeubles pour qu'ils ne s'effondrent pas.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais on a pris là aussi des mesures très fortes pour les Marseillaises et Marseillais, et vraiment, s'il n'y avait qu'un seul message à retenir, c'est cet appel au calme, cet appel au débat, et surtout cette responsabilité notamment des responsables politiques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venus Julien DENORMANDIE. Pour la sécurité, je recevrai demain le Général Richard LIZUREY, qui est le chef des gendarmes. Merci, et bonne journée à tous.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2018

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