Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France Inter le 6 décembre 2018, sur la contestation concernant la taxe carbone et sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France Inter le 6 décembre 2018, sur la contestation concernant la taxe carbone et sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

LEA SALAME
Bonjour à vous Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

LEA SALAME
Et merci d'être avec nous ce matin. Selon l'Elysée, cité par l'AFP cette nuit, il y a un risque de mouvement d'une rare violence samedi prochain à Paris, je cite, « plusieurs milliers de personnes viendraient à la capitale pour casser et pour tuer », les mots sont forts. Avez-vous plus d'informations ce matin ?

GERALD DARMANIN
Il y a déjà eu des violences extrêmement graves samedi dernier, je rappelle que depuis le début de ce mouvement il y a eu plusieurs morts, des centaines de blessés, et voilà quelques temps quelqu'un disait que sa personne était sacrée, moi je pense que les personnes qui sont sacrées dans ces moments précis, d'abord c'est bien sûr les vies humaines, mais c'est particulièrement nos policiers et nos gendarmes, qui ont été…

LEA SALAME
Vous parlez de Jean-Luc MELENCHON.

GERALD DARMANIN
Je considère aujourd'hui que ceux qui sont sacrés, qui gardent la République, ce sont les policiers, les gendarmes, qui tous les jours, et particulièrement lors de ces week-ends d'émeutes, ont été en responsabilités, et avec un grand sang-froid ont fait leur métier de protéger la République.

LEA SALAME
Mais, pardon, le ton a changé, il y avait les appels à la responsabilité il y a encore quelques heures, là les mots sont graves, inquiétants, « des milliers de gens qui viennent à Paris pour tuer », l'image est sidérante, est-ce qu'il y a une dramatisation qui est nécessaire ?

GERALD DARMANIN
Mais, Madame SALAME, le moment est dramatique, il y a eu des centaines de blessés, il y a eu, je crois, 4 morts, il y a eu des personnes en urgence absolue, hier encore le Conseil des ministres a été interrompu, rapidement, parce qu'il y avait eu deux lycéens qui étaient en urgence absolue, si vous ne considérez pas que tout ceci est dramatique pour notre pays et pour la concorde nationale, alors je pense que nous ne saisissons pas la gravité de la situation. Et donc, samedi prochain, nous avons raison, me semble-t-il, parce que nous sommes le gouvernement de la République, et le ministre de l'Intérieur y travaille, et y travaille bien, de prévenir les Français que samedi prochain il faut être raisonnable, il faut en appeler à la responsabilité, et qu'il peut y avoir, effectivement, des événements dramatiques.

LEA SALAME
Si vous devez qualifier la crise actuelle, vous diriez quoi Gérald DARMANIN, on est dans une crise politique, une crise sociale, une crise de régime ?

GERALD DARMANIN
On n'est pas dans une crise de régime, elle peut le devenir si les responsables politiques font n'importe quoi, et ça me permet de dire ici que le bien le plus important, pour la France et les Français, ce sont nos institutions. Nous sommes manifestement dans une crise sociale, qui a des conséquences politiques. Elle a plusieurs raisons, cette crise sociale, elle vient de loin, les gouvernements d'aujourd'hui sont obligés, et quelque part c'est notre responsabilité, de la résoudre, mais je crois que ce qu'il y a de plus important aujourd'hui c'est de poser les éléments du débat et essayer de comprendre ce que souhaitent une partie des Français. Moi j'ai mon analyse, c'est la crise des 30. A 30 kilomètres des métropoles, à 30 kilomètres de Paris, depuis 30 années, on se sent aujourd'hui délaissé, c'est une question de pouvoir d'achat, mais ce n'est pas qu'une question de pouvoir d'achat, c'est aussi profondément une question d'identité, de territoire, de c'est quoi être français aujourd'hui, c'est quoi la nation, c'est quoi le partage entre ses impôts, est-ce qu'on comprend pourquoi on paye des impôts et à qui ça profite.

LEA SALAME
Alors justement, Edouard PHILIPPE annonçait hier un moratoire de 6 mois sur la hausse des taxes du carburant, finalement hier soir Emmanuel MACRON, dans un communiqué à 20h30, est allé plus loin en annonçant la suppression de la hausse des taxes pour l'année 2019. Pour être très clair ce matin, les taxes augmenteront-t-elles en 2020 et en 2021 comme c'est prévu ?

GERALD DARMANIN
Le Premier ministre a annoncé hier l'annulation de la taxe carbone dans le projet de loi de Finances, alors c'est un peu technique, mais dans la semaine prochaine nous allons définitivement le voter avec les parlementaires, il n'y aura pas l'augmentation de la fiscalité carbone dans le projet de loi de Finances, dans le budget que les Français vont connaître en 2019. Et le Premier ministre a annoncé, par ailleurs, qu'il y aurait, du 15 décembre jusqu'au mois de mars, un grand débat, français, où normalement les choses, j'ai écouté Monsieur LEGRAND, c'est dans le débat démocratique que l'on échange, pas dans la contrainte violente, et nous verrons si au mois de mars, au mois d'avril, la conclusion de ces débats c'est effectivement les impôts, qui équivaut effectivement, il faut bien le voir, avec des dépenses, correspondent à ce que souhaitent les Français au mois d'avril prochain.

LEA SALAME
Donc vous n'excluez pas une hausse des taxes en 2020, en 2021, sur le carburant ?

GERALD DARMANIN
Non, mais moi je suis le ministre des Comptes publics et ça fait 17 mois que je dis qu'il faut baisser les impôts en France, des entreprises, comme des ménages, et que par ailleurs, c'est aussi la responsabilité des hommes politiques que de le dire, il faut baisser, si on le souhaite, les dépenses en même temps. Tous ceux qui vous racontent qu'on peut à la fois augmenter les dépenses et baisser les recettes sont des bonimenteurs, et c'est ça qui nourrit le poujadisme et le populisme. Ce qu'a annoncé le Premier ministre c'est l'annulation de la taxe carbone pour l'année 2019 dans le projet de loi de Finances, mais ne préemptons pas un débat démocratique, que chacun appelle de ses voeux, avant qu'il n'arrive.

LEA SALAME
Le manque à gagner pour l'Etat sera d'au moins 2 milliards d'euros, quel impact cela aura pour le déficit de l'Etat, qui s'est encore creusé, je le précise, en octobre dernier, est-ce que vous maintenez ce matin la prévision de déficit à 2,8 % du PIB l'an prochain ?

GERALD DARMANIN
Alors, si je puis me permettre, le manque à gagner, si la taxe carbone n'est pas dans le projet de loi de Finances, c'est 4 milliards, à peu près 3 milliards pour l'augmentation diesel, essence, qui avait été prévue, et à peu près 1 milliard pour les entreprises, qu'on appelle le GNR, bref, à peu près 4 milliards. Nous tiendrons nos comptes publics, le président de la République a été élu pour ça, et d'ailleurs…

LEA SALAME
Donc, 2,8, vous le maintenez, parce que c'est important les chiffres ?

GERALD DARMANIN
Nous tiendrons nos comptes publics, il y a un débat parlementaire, je ne vais pas le préempter à la place des parlementaires, nous tiendrons les comptes publics, ce n'est pas la politique aujourd'hui où on ouvre les vannes, nous tiendrons nos comptes publics, nous continuerons…

LEA SALAME
Donc ce n'est pas le moment de dépasser les 3 %…

GERALD DARMANIN
Nous continuerons à baisser nos impôts… vous savez, qu'est-ce qui se passe si on augmente, parce que moi je ne suis pas fétichiste des chiffres, 2,9, 3,1, l'enfer n'est pas d'un côté et le paradis de l'autre, mais qu'est-ce qui se passe si nous montrons que nous ne tenons pas les comptes publics ? Eh bien nous payons beaucoup d'intérêts, nous payons beaucoup, beaucoup, d'intérêts, et nous payons des intérêts à des banques, et souvent des banques étrangères. Est-ce que les Français veulent payer des impôts, non pas pour des services publics, n'ont pas pour des retraites, mais pour des banques étrangères ? La réponse est non. Donc mon devoir c'est de ne pas détériorer les comptes publics, parce que détériorer les comptes publics c'est augmenter les impôts des Français demain.

LEA SALAME
Une prime exceptionnelle de fin d'année, versée aux salariés par leur entreprise, qui serait défiscalisée, sans impôts à payer et sans charges pour le patron, est-ce que c'est une piste sérieuse qui est sur la table aujourd'hui pour répondre à la colère sociale ?

GERALD DARMANIN
Tout à fait, ça fait partie des choses, moi j'en appelle aussi au patronat, aux entreprises, effectivement, de pouvoir prendre part à la question qui a été posée par les Français, du pouvoir d'achat, et si les entreprises, et nous les encourageons à le faire, puissent en effet mieux redistribuer la différence entre le capital et le travail, plus d'argent pour les travailleurs, j'y suis personnellement favorable, et nous aurons l'occasion, j'imagine, sous l'autorité du Premier ministre, de voir dans les prochains jours comment nous pouvons, dès l'année prochaine, effectivement défiscaliser ces primes.

LEA SALAME
Emmanuel MACRON a-t-il clairement recadré hier, lors du Conseil des ministres, certains des ministres qui ont ouvert la porte ces derniers jours à un possible rétablissement de l'ISF ?

GERALD DARMANIN
D'abord il ne m'appartient pas, en Conseil des ministres, de vous dire ce que dit le président de la République, mais ce qui est certain c'est que le président de la République a bien montré la cohérence de son programme économique, et que nous ne reviendrons pas, effectivement, cette année, dans quelques jours, sur la suppression de l'impôt sur la fortune. Sur ce point, les choses sont assez claires. L'impôt sur la fortune il aurait dû être payé par quelques centaines, quelques milliers de contribuables, au mois de juin dernier, c'était il y a quelques semaines, on ne va pas changer la politique économique de notre pays, changer sa politique fiscale, toutes les semaines. Qu'il y ait dans 1 an, dans 2 ans, que le Parlement fasse une évaluation, qu'on modifie des choses lorsqu'on aura constaté que les choses fonctionnent ou fonctionnent mal, c'est normal, c'est le but de la démocratie, mais il n'y aura pas de retour de l'ISF dans notre pays, parce que…

LEA SALAME
Ni dans 6 mois, ni dans 1 an, ni dans 3 ans, sous ce quinquennat il n'y aura pas de retour de l'ISF, vous le dites ce matin, clairement ?

GERALD DARMANIN
On verra l'évaluation à la fin, sans doute, de l'année prochaine, mais encore une fois c'est un impôt qui été supprimé il y a quelques semaines. vous savez, moi j'ai été élu, comme vous le savez, dans une ville populaire à côté de la Belgique, et il y a beaucoup de chômage et de désespérance sociale là où je suis élu, la suppression de l'ISF elle va permettre à des entreprises, à des investisseurs, de venir dans notre pays et pas rester du côté de la Belgique, de venir en France, dans les Hauts-de-France, de créer des entreprises. Est-ce que ça marche…

LEA SALAME
Mais, Gérald DARMANIN, vous avez des chiffres… pardon, est-ce que ça marche, vous posez la question, est-ce que vous avez des chiffres qui prouvent que les riches reviennent, ou que les riches ne partent pas, ou que les riches investissent suffisamment, est-ce que vous avez déjà des preuves, ce matin, nous donner pour dire oui ça marche la suppression partielle de l'ISF ?

GERALD DARMANIN
Madame SALAME, qu'est-ce qui se passe. Voici un impôt qui a été supprimé il y a quelques semaines, vous êtes en train de me demander, aprs 30 ans d'idéologie fiscale française, en quelques semaines est-ce que ça marche ? Moi ce que je peux vous dire…

LEA SALAME
Il y a une annonce symbolique qui date d'il y a 1,5, est-ce que cette annonce symbolique a déjà provoqué quelque chose ?

GERALD DARMANIN
Oui, vous aurez constaté que les Français, qu'ils soient riches ou pauvres, en général les annonces symboliques ils s'en fichent un peu, ce qu'ils veulent voir c'est est-ce que les impôts ça augmente ou ça baisse. En l'occurrence c'est un gouvernement qui baisse les impôts de tout le monde, des ménages comme des entreprises, depuis 17 mois. Est-ce que, en revanche, la politique que nous mettons, depuis 17 mois, en place, fonctionne ? Eh bien oui, il y a des créations d'entreprises, il y a des gens qui reviennent sur le territoire national, il y a des investisseurs qui reviennent, il y a des créations d'emplois, le chômage baisse, alors peut-être pas assez, peut-être pas…

LEA SALAME
Le chômage ne baisse plus là, depuis quelques mois.

GERALD DARMANIN
Mais ce n'est pas vrai.

LEA SALAME
Vous avez entendu Dominique SEUX, la croissance est molle, le chômage ne baisse pas, moi je veux bien…

GERALD DARMANIN
Mais, en France, vous savez… moi, ce que j'aime dans ce pays c'est à la fois sa vitalité démocratique, sa volonté sans doute se faire entendre, mais aussi de ne pas voir ce qui fonctionne. Ce n'est pas vrai, vous avez tort, pardon de le dire, il y a aujourd'hui plus de créations d'emplois qu'avant…

LEA SALAME
Il y a plus de créations d'emplois mais pas baisse de chômage.

GERALD DARMANIN
C'est faux, il y a moins de chômeurs aujourd'hui qu'il n'y en a eu il y a 17 mois. Peut-être que les choses ne vont pas assez vite, Madame SALAME, peut-être qu'on ne baisse pas assez vite les impôts, peut-être qu'on ne fait pas assez de choses, peut-être, c'est vrai, nous l'avons entendu 5/5, mais la politique économique courageuse du président de la République elle fonctionne, et on ne juge pas le 100 mètres haies au bout de 12 mètres haies, voyez, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.

LEA SALAME
Avec cette défiance généralisée aujourd'hui, cette crise dans le pays, est-ce que vous allez pouvoir continuer à réformer, à garder le cap comme vous dites, ou est-ce que forcément, inévitablement, le cap va devoir changer ces trois prochaines années ?

GERALD DARMANIN
Moi ce que je comprends, à la fois du courage et de l'ambition du président de la République, c'est qu'il n'a pas oublié le jour de son élection présidentielle, à la fois les 11 millions de voix pour Marine LE PEN, à la fois une abstention forte, et à la fois des Français qui ont tourné la page d'une certaine politique, « une politique à la papa » on va dire, pour réformer le pays. Le président de la République il a beaucoup réformé depuis 17 mois, il a réformé notre fiscalité, il a réformé le statut de la SNCF, il a réformé le code du travail, il va demain réformer la fonction publique, la fiscalité locale, il a supprimé un impôt…

LEA SALAME
Les retraites…

GERALD DARMANIN
C'est le premier président de la République - les retraites, bien sûr, dans quelques mois - premier président de la République qui supprime un impôt, la taxe d'habitation, une baisse d'impôt c'est la première fois que ça se constate pour les Français.

LEA SALAME
Donc ça va continuer ?

GERALD DARMANIN
Mais oui, parce que si nous ne réformons pas, le pays est foutu, si nous ne réformons pas, le président de la République il trahit la promesse que les Français ont fait en votant pour lui. Et vous savez quoi ? Aujourd'hui moi je suis très fier d'être dans un moment, sans doute difficile pour la France, avec le président de la République, mais très heureux que ce courage soit encore à la tête du pouvoir.

LEA SALAME
Gérald DARMANIN était notre invité, merci à vous et belle journée.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2018

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