Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Sud Radio le 7 décembre 2018, sur l'annonce de l'annulation des hausses des taxes sur les carburants, l'aménagement des transports locaux et le climat social (gilets jaunes, routiers). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Sud Radio le 7 décembre 2018, sur l'annonce de l'annulation des hausses des taxes sur les carburants, l'aménagement des transports locaux et le climat social (gilets jaunes, routiers).

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, JACQUIER Véronique.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : CECILE DE MENIBUS
Avec nous ce matin dans le Petit Déjeuner Politique, c'est Elisabeth Borne qui est ministre auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire et chargée des Transports.

VERONIQUE JACQUIER
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

VERONIQUE JACQUIER
Vous êtes donc ministre des Transports. Pas de hausse des taxes sur le carburant en 2019, mais alors en 2020, en 2021, en 2022 ces taxes vont augmenter, vous confirmez ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Il y a une décision très forte qui a été annoncée par le Premier ministre, donc il n'y aura pas de hausse de taxe en 2019. Ensuite on l'a annoncé, on veut une grande concertation avec les Français pour parler de leurs difficultés du quotidien : les problèmes de transport, les problèmes de logement en associant les partenaires sociaux, les élus. Donc on est dans un moment de débat, on ne va pas vous dire ce qui se passe après le débat, c'est le sujet du moment…

VERONIQUE JACQUIER
Non mais d'accord mais alors finalement, ce qu'il faut comprendre c'est qu'on n'est plus dans un moratoire de 6 mois, on est dans un moratoire d'un an !

ELISABETH BORNE
On a une annulation des hausses de taxes sur les carburants, c'est très clair.

VERONIQUE JACQUIER
Mais ça ressemble donc à un moratoire d'un an !

ELISABETH BORNE
Enfin je ne sais pas s'il faut employer le mot moratoire, je vous dis il n'y a plus de hausse de taxes parce qu'on ne peut pas mener cette transition écologique, cette augmentation de taxes…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais vous comprenez que les gilets jaunes…

ELISABETH BORNE
Si les Français ne l'acceptent pas. Et c'est bien ce qu'ils nous ont dit…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais là, les Français n'acceptent pas qu'on leur dise : on fait une pause, on va réfléchir à une grande concertation mais en 2021, en 2022 parce qu'il faut tenir des impératifs, parce qu'il faut rester sous les 3 %, évidemment les taxes vont reprendre leur chemin d'augmentation !

ELISABETH BORNE
C'est pour ça qu'on ne leur dit pas ça, c'est pour ça qu'on ne leur dit pas ça, on leur dit qu'il n'y a pas de hausse de taxes…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais c'est ce qu'ils comprennent.

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Je pense que le message a été clair, il y avait une trajectoire qui était prévue, il n'y a plus de hausse de taxes et on prend le temps de discuter, de discuter de la façon dont on répond. Vous savez ces problèmes, moi ça fait des mois que j'en parle, c'est des enjeux qui me tiennent à coeur, c'est tous ceux qui ont conduit à la loi sur les mobilités que je propose parce qu'on a des territoires qui se sentent abandonnés, qui sont les victimes du tout TGV où on a abandonné les citoyens au tout voiture. Ça coûte cher de se déplacer en voiture et il faut apporter des réponses. Et c'est à ça qu'on va s'attacher, c'est ça que la loi que j'ai présentée vise à faire, de réorienter les investissements dans ces territoires où les réseaux ne marchent plus. Les réseaux ferrés ont vieilli, personne ne les a entretenus, les routes sont insuffisamment entretenues…

VERONIQUE JACQUIER
Mais tout ça, ça coûte Elisabeth BORNE, donc est-ce que vous allez…

ELISABETH BORNE
On va en parler…

VERONIQUE JACQUIER
Non mais est-ce que vous allez pouvoir tenir les engagements de rester sous les 3 % ?

ELISABETH BORNE
On va en parler, vous savez moi j'entends…

VERONIQUE JACQUIER
Vous allez laisser filer les déficits, comment ça va se passer ?

ELISABETH BORNE
Clairement pas. Mais je pense qu'il faut aussi qu'on repose, donc qu'on prenne le temps de reposer les termes du débat. Quand moi j'entends beaucoup de gens qui nous disent : on veut moins d'impôts et plus de dépenses, ça ne peut pas marcher, ça veut dire qu'on reporte les dépenses sur nos enfants, sur les enfants de nos enfants. Donc prenons le temps d'un débat.

VERONIQUE JACQUIER
Donc vous êtes favorable par exemple à des états généraux sur le pouvoir d'achat, on va rentrer dans le concret sur les mesures pour le pouvoir d'achat. Mais des états généraux, mais ça prendrait combien de temps ?

ELISABETH BORNE
Mais vous savez qu'on a une concertation sous toutes ses formes pour que chacun puisse s'exprimer, les partenaires sociaux, je serai tout à l'heure avec Muriel PENICAUD, on rencontre les représentants des entreprises, des salariés. Il faut évidemment discuter de ces sujets avec eux, les collectivités on veut aussi des débats au plus près dans les territoires…

VERONIQUE JACQUIER
Dans votre champ de compétences, le Premier ministre vous a demandé des solutions pour mieux indemniser les trajets domicile-travail. Ca pourrait passer par quoi, ça ne va pas être une énième prime !

ELISABETH BORNE
Non mais vous savez que ça fait des mois que je travaille sur ces sujets, j'ai présenté une loi qui vise justement à donner aussi des solutions alternatives au tout-voiture, au tout-voiture individuelle. On a un forfait mobilités qui est prévu dans cette loi de 400 euros, que pourra verser l'employeur sans charges ni fiscalité, notamment si vous faites du covoiturage. Donc il faut aussi qu'on accompagne… moi je voudrais dire aussi… vous savez qu'il ne faut pas penser qu'il n'y a aucune initiative dans nos territoires. Oui, c'est des territoires qu'on a abandonnés mais il y a beaucoup d'élus qui prennent des initiatives, qui développent des solutions pour la mobilité des gens…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais à l'échelle d'un territoire pour la mobilité, est-ce qu'il est question vraiment de désenclaver en rouvrant des petites lignes et des petites gares ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Il est question d'entretenir enfin un réseau ferré, ce qui n'a pas été fait pendant des décennies. On l'a dit, 3,6 milliards d'euros par an, c'est des chiffres tellement énorme que je pense que plus personne ne voit de quoi on parle, c'est des chiffres énormes. C'est aussi entretenir notre réseau routier parce que le réseau que les gens prennent tous les jours, il a été insuffisamment entretenu, c'est aussi réaliser enfin les mises à 2 fois 2 voies, les mises à niveau des routes qu'on promet dans des territoires depuis des années. Moi j'étais donc préfète de Poitou-Charentes, on en a promis la RN 141, ça fait 30 ans qu'on en parle, la RN10 ça fait 50 ans qu'on en parle…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais là, on a l'impression que vous rattrapez un retard malheureusement.

ELISABETH BORNE
Bien sûr…

VERONIQUE JACQUIER
Oui mais les Français veulent que vous alliez plus loin, ils sont asphyxiés par les impôts, la France est championne du monde des impôts. Le président va s'exprimer en début de semaine prochaine, Richard FERRAND dit : il ne va pas s'exprimer avant parce qu'il ne faut pas qu'il mette de l'huile sur le feu. Est-ce que c'est déjà ne pas avouer qu'il en met Emmanuel MACRON de l'huile sur le feu ?

ELISABETH BORNE
Attendez !

VERONIQUE JACQUIER
Non, non mais c'est important cette question parce qu'il y a un manque de lisibilité et de visibilité dans votre politique. Alors restons sur la figure du président, est-ce qu'il ne met pas de l'huile sur le feu, est-ce qu'il n'en a pas trop mis déjà ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Le président s'exprimera quand il le souhaitera et, donc, en début de semaine. Oui, vous avez raison, on est asphyxié par les impôts et en plus on est les champions de la dette. Donc ça veut dire qu'il y a vraiment nécessité de débattre de ces impôts, de leur niveau, de leur répartition, de ce qu'on fait de cet argent parce que je pense qu'on perd aussi un peu de vue qu'on a des services publics dans ce pays, que tout le monde peut nous envier au monde même si beaucoup de citoyens ont l'impression que les services publics sont de plus en plus loin. Et donc les services publics, ils doivent rester dans les territoires et c'est tous ces sujets dont on doit débattre dans les prochains mois, dans les 3 prochains mois.

VERONIQUE JACQUIER
Alors le débat c'est bien mais là, il y a quand même un climat de violence et il y a un climat de violence qui se porte sur la personne du président, on le voit à travers les auditeurs de Sud Radio. Il y a une haine envers le président, les revendications des gilets jaunes se sont transformées en haine contre le président. Est-ce qu'il doit bien sûr parler en début de semaine prochaine, mais est-ce que ce n'est pas déjà trop tard ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Le président s'exprimera en début de semaine, je pense que ce que veulent les Français c'est qu'on leur apporte des réponses. Et c'est ce à quoi on s'attache…

VERONIQUE JACQUIER
Est-ce qu'il est encore audible Emmanuel MACRON ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le président prendra la parole, qu'il aura des messages à passer aux Français sur le fait qu'il entend leur colère, que c'est une colère qui vient de loin et qu'il faut évidemment qu'on trouve maintenant des nouvelles solutions pour répondre aux besoins du quotidien des gens, des gens qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois, qui ont l'impression de travailler, d'avoir une sorte d'impôt caché parce que ça leur coûte très cher de se rendre à leur travail. Et donc c'est à tous ces sujets-là qu'il faut aujourd'hui apporter des réponses.

VERONIQUE JACQUIER
Vous pensez qu'il peut encore se réconcilier avec les Français ?

ELISABETH BORNE
Je pense que les Français veulent qu'on leur apporte des réponses et qu'on améliore leur quotidien, et c'est ce à quoi on s'emploie.

VERONIQUE JACQUIER
Donc là, on est sans doute quand même à un tournant du quinquennat, demain un dispositif exceptionnel pour la mobilisation des gilets jaunes à Paris, mais aussi en province. Est-ce qu'il n'y a pas quand même un peu un effet intox de l'Elysée pour dire : attention, attention ! Ca va être très grave, il va y avoir des morts ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Vous avez vu des images samedi dernier, il y a clairement des gens qui n'ont qu'un but, c'est de casser, c'est même de tuer. Ces gens violents prennent le prétexte de ce mouvement des gilets jaunes pour déployer cette violence incroyable, incroyable…

VERONIQUE JACQUIER
Mais est-ce que ce n'était pas au ministère de l'Intérieur de s'exprimer, à Christophe CASTANER et pas à l'Elysée d'en faire des tonnes, pardonnez-moi l'expression ?

ELISABETH BORNE
Je pense que tous ceux qui prennent la parole aujourd'hui publiquement doivent alerter sur les menaces très graves pour la journée de demain, doivent appeler à l'apaisement. Je pense qu'on a tous cette responsabilité de dire qu'il faut que le calme revienne, que oui on a le droit de manifester évidemment et cette violence, elle est en train de menacer la démocratie parce qu'avec cette violence, on ne peut plus tenir des manifestations. Donc il faut que la démocratie reprenne ses droits, qu'on appelle à l'apaisement, qu'on renoue le dialogue et demain en effet, je pense qu'on a des gens qui viendront avec un seul but, pas de porter les demandes des gilets jaunes, pas de porter les attentes des Français, mais de casser.

VERONIQUE JACQUIER
Vous sentez quand même vous la pression, vous avez reçu hier matin les syndicats des transports routiers, FO et CGT, qui rentrent aussi dans la danse, qui se mettent dans le sillage des gilets jaunes. Alors pour d'autres raisons, ils ne veulent pas qu'on touche à la majoration de leurs heures supplémentaires. Mais est-ce que du coup, vous dites au patronat : allez ! Lâchez un peu du lest parce que dans le climat, ça ne peut pas durer ?

ELISABETH BORNE
Alors moi je veux répondre très précisément aux routiers, dont le mouvement et dont l'appel à la grève n'a rien à voir avec le mouvement des gilets jaunes, il y a une inquiétude sur le taux de leurs heures supplémentaires, je leur dis très clairement : il n'y aura aucun changement sur les heures supplémentaires, je leur ai dit hier, ils voulaient une réponse, un engagement des organisations patronales ils l'ont eu. Moi je respecte le temps de leur décision mais aussi, je compte sur leur responsabilité. Vous savez les chauffeurs routiers, ils font aussi partie des gens très prénalisés…

VERONIQUE JACQUIER
Donc ça veut dire qu'ils n'ont pas de raison, ils n'ont pas de raison de faire des barrages dimanche soir !

ELISABETH BORNE
Toutes les assurances leur ont été données, les heures supplémentaires ne changeront pas et ils sont aussi parmi les gens très pénalisés par le mouvement, parce que les journées de travail sont plus longues quand vous êtes pris dans des blocages, parce que vous pouvez rester bloquer des heures. Donc en tout cas, il n'y a aucun doute, les heures supplémentaires ne changeront pas.

VERONIQUE JACQUIER
Elisabeth BORNE, petite polémique ce matin, enfin petite polémique, il y ait des images qui tournent sur les réseaux sociaux, interpellation de lycéens à Mantes-la-Jolie, on voit ces lycéens qui sont des dizaines à genoux les mains sur la tête, est-ce que ça vous choque parce que ça commence évidemment à choquer, il y a des réactions politiques !

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! On n'a évidemment pas envie de voir des images de ce type-là, ce n'est pas des lycéens qui manifestaient pacifiquement. C'est des débuts de cambriolages, des violences et les policiers ont voulu arrêter cette violence. Et je pense que les lycéens eux-mêmes le disaient, moi j'en ai entendus qui disent : on veut pouvoir manifester, s'exprimer dans le calme. Donc appel au calme, retrouvons l'apaisement, reprenons les voies normales où on a le droit de manifester dans le calme, mais arrêtons ces violences.

VERONIQUE JACQUIER
Est-ce que vous n'avez pas quand même le sentiment… dernière petite question et Cécile DE MENIBUS évidemment aura le mot de la fin, vous n'avez pas le sentiment quand même qu'on a un président qui souffle sur les braises ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le président est loin de souffler sur les braises, il appelle aussi à l'apaisement, au dialogue avec les organisations syndicales, avec les élus, c'est ce qu'il a fait toute cette semaine et voilà.

VERONIQUE JACQUIER
Mais est-ce qu'il ne l'a pas fait trop tard, 3 semaines Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Tous ensemble, tous ensemble, on doit aujourd'hui appeler à l'apaisement. On a des menaces très graves demain et il faut que cette journée se passe… voilà dans la sécurité pour tous les Français.

JOURNALISTE
Merci Véronique JACQUIER. Sud-Radio il est 7 h 53, tout de suite le mot de la fin avec Cécile DE MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui. Malgré les annonces du gouvernement, les étudiants et les lycéens veulent se mettre aux côtés des gilets jaunes pour manifester samedi. Est-ce que ce n'est pas irresponsable ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'ils ne sont pas aux côtés des gilets jaunes, ils portent des revendications qui sont tout à fait différentes. Ils souhaitent aussi, moi j'en ai entendu (je le disais) manifester dans le calme et dans la sécurité. Et je pense que tout le monde, tous ceux qui ne veulent pas la violence ne doivent pas manifester dimanche au côté et infiltrés, sous la menace…

CECILE DE MENIBUS
Oui mais ce n'est pas le cas, c'est ce qu'ils veulent, ils veulent s'associer et rentrer effectivement dans la danse…

ELISABETH BORNE
Ecoutez ! Un appel à la responsabilité samedi…

CECILE DE MENIBUS
Aux parents peut-être des lycéens ?

ELISABETH BORNE
Et évidemment aux parents : attention, samedi il y a des gens très violents, on l'a vu samedi dernier, donc ceux qui veulent exprimer des revendications, ne venez pas au milieu de ces gens très violents.

CECILE DE MENIBUS
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2018

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