Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à CNews le 10 décembre 2018, sur le conflit social, les propositions d'Emmanuel Macron et l'égalité des territoires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à CNews le 10 décembre 2018, sur le conflit social, les propositions d'Emmanuel Macron et l'égalité des territoires.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le jour et quel jour, bienvenue Jean-Michel BLANQUER, merci d'être avec nous et bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On entre probablement dans une phase nécessaire d'initiatives et d'autocritique. Et aujourd'hui, j'ai peut-être l'impression que le président de la République va donner l'exemple, quelle décision ou quelle réforme mérite un sincère mea culpa ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous voulez dire de façon…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'une façon générale, rassurez-vous, je vous poserai la même question pour vous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez ! Franchement, c'est au président et au Premier ministre de le dire, ce n'est pas à moi d'aller chercher dans un domaine qui ne serait pas le mien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cependant, cependant…

JEAN-MICHEL BLANQUER
De quelque chose qui ne va pas. Non, je pense qu'on a de façon générale un message à envoyer à tous les territoires de France. Et si on a un mea culpa à faire, c'est sur le fait… sur le fond mais peut-être encore plus dans notre discours et dans notre manière d'emmener tout le monde vers quelque chose, quelque chose sur le fait que l'injustice sociale ressentie et – qui n'est pas d'hier – correspond à une injustice territoriale, qui n'est pas dire non plus. Mais si le président a été élu, c'est aussi justement pour recréer cette énergie française, cet optimisme pour tous, pas seulement pour une partie de la population. Et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est le moment d'un nouvel élan si c'est possible !

JEAN-MICHEL BLANQUER
A mes yeux, je pense que le grand sujet aujourd'hui, c'est l'égalité des territoires, notre capacité à redonner de l'énergie, de l'esprit positif à l'ensemble encore une fois des territoires, notamment les territoires ruraux Ou la France dite périphérique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il voulait la révolution, il l'avait même écrit, il y en a une mais ce n'est probablement pas la sienne. Mais pour quelle raison à votre avis, un président de la République qui était jeune, qui était estimé, admiré, bien élu en 18 mois passe dans cette phase-là où il est le symbole des angoisses, des aspirations et haines de tant gens ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les choses sont parfois à due proportion, c'est-à-dire aussi que parfois la fonction de président sous la 5ème République cristallise énormément de choses. Il n'est d'ailleurs pas le premier président à traverser une crise importante, même le général DE GAULLE a connu quelque chose d'infiniment plus fort d'ailleurs et c'est ne veut pas dire qu'il n'avait pas au départ une forte légitimité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire quoi, l'attentat qui a donné après le changement des institutions de la 5ème République ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais… chacun peut refaire l'histoire de chaque septennat ou quinquennat et voir que ça n'a jamais été seulement des longs fleuves tranquilles. Simplement, il est exact qu'il y a 18 mois s'est exprimé quelque chose qui, moi, m'a enthousiasmé et fait que je m'engage, un optimisme en politique, un optimisme français. On a besoin de cet optimisme français et on va gagner tous ensemble ou on va perdre tous ensemble. Et c'est cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors là, on est dans une phase de pessimisme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On est dans…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De doute, pas de résignation, de colère ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Moi je dirai… vous avez toutes sortes de choses, vous avez la colère de bonne foi et que moi j'entends très, très bien, parce que j'en comprends tous les enjeux, d'ailleurs avant même la crise. Je pense que c'est une colère qu'il faut entendre. Vous savez le désarroi, vous avez le pessimisme, vous avez la joie mauvaise, vous avez beaucoup de gens… vous savez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi la joie mauvaise ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La joie mauvaise, c'est les gens qui aiment bien quand ça ne va pas et parmi les commentateurs, il y en a beaucoup. Il y a il y a aussi ceux qui ont un intérêt à cela, ceux qui attisent le feu parce que ça leur plaît, peut-être même psychologiquement ils sont faits comme ça. Moi ce que j'aime, c'est une France qui gagne comme ça a été le cas au mois de juillet, comme ça a été le cas avec toute une série d'évolution de la France ces derniers temps. Quand je voyais que l'indice de confiance dans la France… que la France était devenue le premier pays… on était passé de la 30ème place aux 1ères places dans les pays qui font…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en est arrivé au président turc qui a le culot de conseiller de la retenue à la France, alors que lui il a mis la moitié de sa population, de ses fonctionnaires en prison.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà. On joue le jeu de ce genre de personnes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça veut dire… comme dit Jean-Yves LE DRIAN, la France s'est abîmée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et c'est le mot oui, la France… alors il y a plusieurs sens au mot abîmé, donc la France est abîmée, abîmée par ce qui s'est passé par nous tous, il n'y a pas de… mais encore une fois on va gagner ensemble ou on va perdre ensemble. Et donc mon message c'est évidemment gagnons ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Français réclament une double réponse, sociale et politique, est-ce qu'ils l'auront ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense oui, bien sûr, il y a un double volet, économique et social. Il faut que la France produise bien, ait une économie conforme aux grandes évolutions du XXIème siècle et que ça bénéficie à tous…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, ça c'est les grands principes pour plus tard, mais là ils réclament… pardon de vous… du palpable, du concret, du pouvoir d'achat ? Comme dit d'ailleurs Laurent BERGER, un pouvoir de vivre. Est-ce qu'ils l'auront ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense, c'est évidemment au président…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais le président a bien saisi cet enjeu, bien sûr. Nous devons aider les plus faibles, c'est quelque chose qui a d'ailleurs un peu commencé avec la baisse des cotisations sociales, qui fait que dès le mois d'octobre la paie de beaucoup de Français salariés avait un peu augmenté. Vous avez toute une série de mesures qui peuvent venir en appui, des choses aussi qu'on doit… qui étaient envisagées mais qui doivent arriver plus vite…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Une baisse plus forte peut-être des cotisations sociales, des choses de ce type. Ce sont des nouvelles approches qui font que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y aura…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On ne doit plus avoir uniquement la vision du moyen et du long terme, on doit aussi avoir des visions de court terme parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de Français qui ont des problèmes de fin de mois. Rappelons que ces problèmes de fin de mois, ça existait il y a 18 mois quand même, redisons-le, mais il y a une impatience et il faut le l'entendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on peut par exemple entendre ou voir la proposition de prime, la prime d'activité, celle que suggère… sans impôt et sans charge, celle que suggère Xavier BERTRAND ; ou la prime de mobilité, est-ce qu'on peut imaginer la défiscalisation des heures supplémentaires Monsieur le ministre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous imaginez bien que je ne vais pas vous faire des annonces en amont de la déclaration du président. Ce qu'il faut c'est des choses simples, ce qui est évident c'est que le président va ce soir ou en tout cas dans les temps qui viennent donner des éléments sur le pouvoir d'achat, notamment des plus en difficulté…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura un accord sur le pouvoir d'achat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais encore une fois, nous sommes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'êtes pas Emmanuel MACRON mais vous êtes proche de lui, vous le verrez peut-être tout à l'heure, donc on peut dire ça. Jean-Yves LE DRIAN lui recommande un nouveau contrat social, il ne dit pas avec quel contenu d'ailleurs, un nouveau contrat social, d'abord l'immédiat, l'urgence et ensuite à long terme en tenant compte de la robotique, de l'intelligence artificielle et avec la nécessité d'associer toutes les forces sociales et politiques, est-ce que c'est possible ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Nous avons… dans les propos de Jean-Yves LE DRIAN on le voit bien, on rentre dans une nouvelle civilisation, le monde entier rentre dans une nouvelle civilisation. 2 grandes caractéristiques : les révolutions numériques et la transition écologique, dans les 2 cas c'est à la fois des périls, des difficultés et en même temps des opportunités, des choses qui peuvent être… par exemple sur l'ensemble des 2 enjeux, une renaissance de nos territoires ruraux avec la possibilité de les habiter. Par exemple si on met la 4G vraiment partout en France, dans les délais les plus brefs, ce que nous avons envisagé à l'échelle du quinquennat que peut-être il faut faire plus rapidement. Et ça, ça change la vie des gens et ça change aussi l'attractivité des territoires. Même chose pour l'ensemble des enjeux de la transition écologique, si nous réussissons à développer plus vite et mieux les énergies renouvelables dans tous les territoires, notamment périphériques, nous réussirons à la fois un enjeu en matière d'emploi et un danger en matière de transition écologique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais on ne peut pas financier toujours par les mêmes, ceux qui ont le moins d'argent. J'ai relevé par exemple des ressources pour financer les mesures, vous me direz ce que vous en pensez. D'abord il faut protéger (c'est vrai) la santé et l'existence des PME, mais on peut rappeler à la solidarité les 40 stars de la Bourse de Paris. En 2017 elles ont obtenu, tant mieux pour elles, 94 milliards de bénéfices, c'est-à-dire plus 24 % par rapport à 2016. Est-ce qu'on ne peut pas demander à ces grandes entreprises de contribuer d'une manière volontaire à la solidarité, premièrement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, on verra dans les déclarations du président. La dimension volontaire aussi est importante dans tout ce qui sera fait dans le futur, c'est-à-dire que c'est important que tout le monde participe. Il est important… enfin que tout le monde, je veux dire tous ceux qui peuvent participent, c'est un point important…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eux ils peuvent !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eux ils peuvent. Il y a un enjeu dont on a un peu parlé ces derniers temps, mais c'est celui des GAFA, il faut bien dire que la France est pour… le président de la République, le Premier ministre sont favorables à la taxation des GAFA, Bruno LE MAIRE a fait tout un travail à l'échelle européenne pour cela. Il ne reste plus que 3 Etats à convaincre, on voit bien les limites de la règle de l'unanimité. Nos amis allemands mettent un peu de temps sur ce sujet comme sur d'autres pour être avec nous sur un sujet qui est pourtant de grande justice sociale et internationale. Il est temps si vous voulez qu'on ait une Europe qui nous défende réellement, c'est tout le projet du président de la République. Là aussi, il n'a pas toujours trouvé le répondant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca c'est un autre cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais il faut bien voir que ça conditionne énormément de choses. Taxer les GAFA devient un enjeu essentiel, y compris pour le message que l'on envoie si vous voulez en cette période. Si vous voulez quand même, ne nous tirons pas une balle dans le pied, vous avez des protestations, toute une série de manifestations, puis vous avez malheureusement tout le phénomène des casseurs, ceci est en train de nuire au commerce de manière dramatique. Et on peut donc en déduire que des firmes comme AMAZON vont y gagner beaucoup, que dans le même temps les mêmes ne payent pas d'impôts est évidemment un scandale. Voilà le genre de choses qui doivent évoluer et voilà le genre de choses auxquelles on travaille depuis 18 mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a un deuxième type de ressources ou un troisième, en 2019 le patronat va recevoir – certes pour créer des emplois promis – 40 milliards. Il y a là, dit le l'économiste Daniel COHEN, au moins 20 milliards ou 10 milliards qui peuvent servir de trésors pour abréger des souffrances. Pourquoi ne pas aller chercher, comme disait Georges MARCHAIS, l'argent là où il est ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut aussi qu'on ait un modèle économique qui à la fin soit favorable à tous si vous voulez, c'est le point important. Evidemment, le prsident de la République qui a le sens des responsabilités fera quelque chose qui sera à la fois au bénéfice des plus défavorisés et au bénéfice aussi d'une économie qui, ensuite, permette de redistribuer des moyens. On ne redistribue que ce que l'on a.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
3ème point, Edouard PHILIPPE disait l'autre jour, il l'a même répété : aucune taxe ne peut mettre ou n'est faite pour mettre en péril les institutions, rien ne doit mettre en danger la République et en même temps la démocratie. Est-ce qu'on ne peut pas en finir au moins momentanément avec les vieux 3 % de Maastricht qui nous emprisonnent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecouter ! A ce stade ce n'est pas ce qui est envisagé. Il nous emprisonne mais n'oublions pas que de ne pas faire de déficit est de toute façon un objectif en soi. Et les pays qui ont réussi cela s'en portent mieux aujourd'hui. La dette cumulée des décennies précédentes aujourd'hui pèse très lourd dans le budget de la France, donc nous nous payons certaines inconséquence du passé en la matière. Nous souhaitons nous-mêmes rester extrêmement responsables. Maintenant les fétiches type 3 plutôt que 3,1 ou 2,9…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les fétiches, je retiens les fétiches !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les fétiches ne sont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Surtout quand ils ont un quart de siècle.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui compte c'est les hommes, c'est les êtres humains d'abord et avant tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors un changement a lieu aujourd'hui, le rendez-vous que donne le président de la République aux présidents des Assemblées, aux présidents ou aux responsables des syndicats, etc., il va les recevoir peut-être d'une manière régulière. Ce ne sera donc plus le « moi ou le chaos, moi seul face à beaucoup de monde », est-ce qu'on peut dire que maintenant on peut entrer dans une phase « c'est moi et vous ensemble » si c'est possible et si ce n'est pas trop tard ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et il faut pour cela que tout le monde veuille bien jouer le jeu aussi, c'est un point important de la matinée, je pense qu'il faut avoir le sens collectif. On a bien vu au cours des derniers jours que ça existait, qu'il y a des dirigeants qui ont le sens de la République et qui, à gauche comme à droite, ont su avoir les mots qu'il fallait la semaine dernière ; et qui ont permis que les choses soient plus raisonnables samedi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y en a qui ne l'ont pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y en a qui ne l'ont pas, ça s'est vu aussi, bien sûr. Mais il y a des gens… enfin regardez autour de vous, que ce soit à l'extrême-gauche ou à l'extrême-droite, vous avez eu des propos irresponsables. Ce qu'un Monsieur DUPONT-AIGNAN a dit ou ce qu'un Monsieur RUFFIN a dit n'est pas raisonnable, n'est pas responsable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Certains considèrent Monsieur le ministre évident un 5ème samedi de violence et de destruction massive. Comment on peut éviter encore un samedi noir ou un samedi gris que les Français ou la plupart d'entre abhorrent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par un discours de responsabilité, y compris de la part du monde des médias si vous le permettez. Je pense que… puisqu'on nous invite souvent à l'introspection, je pense que le monde des médias doit le faire aussi. Vous savez aujourd'hui, les réseaux sociaux amplifient des nouvelles de toutes sortes, les médias n'insistent que sur ce qui ne va pas, amplifient certaines choses, le but est d'avoir une vrai information, donc sans censure d'un côté mais sans caricature de l'autre non plus. Et ça, c'est un point très important dans notre responsabilisation à nous tous, les Français. Le sujet n'est pas qu'un sujet du président ou du gouvernement ou de la majorité, c'est un…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire que c'est toute la société !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien sûr, dans ce genre de situation c'est un pays… si on regarde en face, il peut y avoir encore quelque chose de positif dans ce qui s'est passé, on peut faire d'un mal un bien parce que oui, on doit entendent cette France qui souffre, avec beaucoup de gens encore une fois depuis largement plus que 18 mois, qui à mes yeux est beaucoup lié à notre vision du territoire français, cette… oui il faut l'entendre et ça peut avoir quelque chose de fait formidable de l'entendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pour vous, pour vous personne ne doit s'exonérer de ses responsabilités !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Personne, personne, pas un seul Français. Dans notre vie quotidienne, dans notre manière de respecter les autres, dans notre manière de porter ce que nous voulons, notre manière d'entendre les autres, de se respecter mutuellement. Ca c'est un enjeu… c'est pour ça qu'à l'école si vous voulez, je dis : il faut lire, écrire, compter et respecter autrui, chacun de ces mots, chacun de ces 4 mots a son importance. Et respecter autrui, c'est quelque chose qu'on doit peut-être faire davantage en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, ministre de l'Education de millions de jeunes, qu'est-ce que vous ne feriez plus ou qu'est-ce que vous feriez d'une autre manière ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez par définition, tout ce que l'on fait… rien de ce qu'on fait n'est parfait, donc on peut reprendre chaque chose et se dire « tiens… et c'est bon, c'est aussi ce que je dis aux élèves en permanence, l'erreur en France on doit la désacraliser, c'est-à-dire faire une erreur c'est… si ça permet de faire mieux ensuite ce n'est jamais un problème, au contraire ça s'appelle la vie. Maintenant si je devais désigner une chose, je pense que c'est justement la politique vis-à-vis des territoires ruraux et de ce qu'on appelle la France périphérique, j'ai fait beaucoup de choses depuis que je suis arrivé sur ce sujet, mais je n'ai pas su suffisamment d'abord le montrer sans doute, mais même arriver à ce que ça aille plus au fond des choses avec les acteurs. Donc ça fait partie évidemment de mes grandes priorités actuelles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous pensez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par exemple un plan, vous voyez je vous donne un seul exemple. J'ai un plan internat que j'ai préparé d'ailleurs avec le président du Puy-de-Dôme, du département du Puy-de-Dôme, ce plan est un très beau plan pour revitaliser les territoires ruraux en y recréant des internats qui permettent de revitaliser. Eh bien ! On va le faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous aurez le temps de le faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'espère bien, vous savez je souhaite travailler sur la longue durée et de toute façon semer les bonnes graines. Et voilà quelque chose qui doit arriver plus vite encore que prévu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J vais très vite, la contagion avec les gilets jaunes a gagné dans 300 des 4.200 lycées. Est-ce que… aujourd'hui la rébellion lycéenne dit qu'elle va continuer, qu'est-ce que vous en pensez, est-ce qu'il y a un moyen d'arrêter ça et qu'est ce que vous dites aux recteurs, aux professeurs et peut-être même aux élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce que je dis à tout le monde… d'abord c'est une réforme qui a été présentée en février dernier, donc elle ne vient pas d'arriver, elle était connue, elle s'est faite dans un certain consensus, elle a été bien reçue par la plupart des milieux concernés. Nous l'avions élaborée avec les lycéens en les consultants, il y a une consultation qui a impliqué plus de 40.000 lycéens. Donc on ne va pas défaire quelque chose qu'on avait commencé à faire en consultant. On ne peut vraiment pas reprocher que cette réforme a été faite sur un coin de bureau, c'est des mois de travail en consultant tout le monde. Maintenant, on est dans le stade de son développement, il est tout à fait normal que les lycéens aient des questions. Il se trouve qu'on a un système démocratique des lycéens, ça s'appelle le Conseil national de la vie lycéenne, chaque lycée élit ses délégués qui élisent des délégués à l'échelle régionale, puis à l'échelle nationale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vous ai entendu dire que vous alliez réunir…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je vais les réunir avant Noël…

(…) Brouhaha

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc il y a aujourd'hui écoute totale de ma pas vis-à-vis des attentes des lycéens. Je rappelle que cette réforme, c'est de la vitamine C pour eux, au lieu d'avoir 3 séries en voie générale S, ES et L, vous avez la possibilité de choisir 3 spécialités dans une série de spécialités. Donc qui s'est plus de choix, plus de liberté pour plus de valeurs du baccalauréat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
…Sur la carte des spécialités justement. Et quand vous le leur donnez, c'est le passage de la seconde à la 1ère et en même temps pour avoir une meilleure orientation plus efficace. C'est quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça, c'est… donc je me je m'engage à ce que la carte des spécialités de chaque lycée de France soit donnée avant les vacances de Noël, de façon à ce qu'avant de partir en vacances les jeunes et leurs familles sachent quel est le choix qui est offert. Mais chacun constatera à ce moment-là qu'au lieu d'avoir le choix entre 3 choses qui, parfois même, avaient des prestiges différents, enfermés dans des couloirs, on va avoir au contraire la possibilité d'avoir un parcours beaucoup plus personnalisé, beaucoup plus enthousiasmant pour chaque lycéen.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la question lancinante de la sécurité, la présidente de la région Ile-de-France Valérie PECRESSE a décidé de développer la vidéosurveillance à l'intérieur des établissements scolaires. Est-ce que c'est une bonne idée, est-ce qu'elle est autorisée, est-ce qu'elle peut le faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est des sujets dont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va vite !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous parlons avec elle… de toute façon il faut… chaque chose doit être vue au cas par cas, tous les lycées ne sont pas dans la même situation. De toute façon, nous avons une bonne entente avec les présidents de région et c'est vrai bien sûr avec Valérie PECRESSE, nous avons le même objectif, la sécurité des jeunes et donc nous l'examinons au cas par cas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et récemment, il y a eu des événements très durs qui se sont produits, en particulier au lycée de Mantes-la-Jolie. Et on avait envisagé de mettre des policiers. Mais il y a autre chose, il y a ce qui s'est passé justement à Mantes-la-Jolie et un certain nombre de protestations. Vous, vous avez été choqué, Ségolène ROYAL avec une sorte de franchise nette, brutale et une grande liberté, voilà ce qu'elle a dit hier au Grand Rendez-vous Europe 1 Cnews.

SEGOLENE ROYAL
Tout un chacun, au lieu d'être à genoux, on pouvait peut-être être assis, mais enfin bon ! Il n'y a eu aucun blessé, il n'y a eu aucun problème, ces jeunes se sont retrouvés effectivement dans des postures que les plus anciens choquent, ça choque parce que ça rappelle peut-être d'autres images. Mais quand même soyons un peu un peu efficace et un peu concret, ça ne leur a pas fait de mal aussi à ces jeune, de savoir ce que c'est que le maintien de l'ordre, la police, se tenir tranquille, voilà ! Ca leur fera un souvenir et vraiment ce n'est pas mal.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca ne leur fait pas de mal et ça leur fera des souvenirs.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais elle a dit les choses avec ses mots, mais elle a utilisé le mot choqué parce que c'est celui que j'ai utilisé pour les images, parce qu'effectivement on essaye… je parlais tout à l'heure des forces qui essaient d'attiser le feu, on a voulu faire des parallèles de cette image avec des choses qui n'ont rien à voir, des…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle parle de contexte, qu'est-ce que c'était le contexte…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le contexte, je été le premier à le rappeler. Vendredi vous savez, en plein début de cette crise d'image si je puis dire, puisque c'est arrivé devant nos yeux et au moment où on n'avait pas encore tous les éléments. J'ai dit des choses voisines, c'est-à-dire que bien entendu qu'il faut rappeler le contexte, c'est-à-dire qu'auparavant que s'était-il passé ? Vous aviez autour de 130 jeunes, certains lycéens, d'autres pas emportés par ces mouvements de violence qui peuvent exister, qui avaient déjà commis des dégradations graves…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De quels types de violence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un pavillon avait été envahi avec une personne âgée, une bonbonne de gaz avait été volée, des choses ont été précipitées sur les forces de l'ordre, des poubelles avaient commencé à être enflammées, d'autres allaient l'être, des véhicules avaient été arrêtés. Il est tout à fait normal que les forces de l'ordre interviennent dans ce genre de circonstances et il n'y a pas eu un seul blessé. Donc elles ont fait un travail très difficile, bien sûr on aurait préféré qu'elles aient un autre moyen pour neutraliser les jeunes que ceci qui donne une image vraiment dure. Mais bien entendu, le but n'est pas l'humiliation de ces jeunes, le sujet n'est pas d'humilier quiconque. Le sujet c'est d'arriver tout simplement à avoir l'ordre public ; et puis ensuite à due proportion des fautes commises par chacun, avoir une sanction, c'est normal. Vous savez, il y a 2 mois j'étais… moins de 2 mois, j'étais devant vous ici même, c'était après la fameuse crise du lycée de Créteil. Et le l'opinion publique ou vous-même me disait : mais au fond, est-ce que vous n'êtes pas trop laxiste, est-ce que vous n'êtes pas là à abandonner tous les enjeux de sécurité, alors qu'il y a des choses graves qui se passe. Et je vous disais : nous avons une volonté bien entendu de faire respecter l'ordre, le jour où il y a des choses graves qui se passent on voudrait nous faire… nous reprocher de faire respecter l'ordre. Mais mon message c'est qu'évidemment, nous devons aujourd'hui dans une période difficile éviter qu'il y ait des manifestations qui dégénèrent de cette sorte, d'où mon appel au calme. D'autant plus qu'aujourd'hui ce que je dis aux lycéens, c'est : tous les lycéens de bonne volonté qui en ont envie peuvent discuter avec moi, c'est possible, il y a même des comités…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La porte est ouverte.

JEAN-MICHEL BLANQUER
La porte est complètement ouverte…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme la nôtre, bienvenue, la preuve ! Vous reviendrez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et je resignale qu'il y a des lycéens qui sont en faveur de cette réforme, ce n'est pas seulement… il ne faut pas toujours entendent celui ou celle qui crie dans la rue, il y a des lycéens aujourd'hui qui se disent : mais elle est belle cette réforme et on en a envie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu et c'est une journée aux 10.000 enjeux. On va voir comment ils sont résolus. Bonne journée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci, merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2018

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