Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Europe 1 le 10 décembre 2018, sur le gouvernement face à la contestation des "Gilets jaunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Europe 1 le 10 décembre 2018, sur le gouvernement face à la contestation des "Gilets jaunes".

Personnalité, fonction : PARLY Florence , CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
NIKOS ALIAGAS
La ministre des Armées Florence PARLY est votre invitée, Audrey CRESPO MARA.

AUDREY CRESPO MARA
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY, MINISTRE DES ARMEES
Bonjour.

AUDREY CRESPO MARA
Dans moins de deux heures, le Président reçoit à l'Elysée des représentants politiques et syndicaux pour tenter de trouver une sortie à la crise des Gilets jaunes. L'ironie de la situation, c'est que Laurent BERGER, le patron de la CFDT, avait proposé cette réunion il y a trois semaines et voilà ce qu'Edouard PHILIPPE lui avait répondu.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Je ne crois pas ce que demandent les Gilets jaunes, c'est une grande conférence avec des responsables politiques et des responsables syndicaux.

AUDREY CRESPO MARA
Dans le fond, Emmanuel MACRON fait exactement ce que son Premier ministre refusait de faire.

FLORENCE PARLY
D'abord, je voudrais dire que le mouvement auquel nous assistons est un mouvement d'un type tout à fait nouveau et qui incite à beaucoup d'humilité. Donc il y a beaucoup de gens maintenant qui disent avoir eu raison avant tous les autres, je crois que le sujet n'est pas là. Le sujet, c'est celui qui consiste à tenter de trouver des solutions, de préserver l'unité de notre nation, de mettre fin à ces violences qu'on a vu déferler pendant deux week-ends…

AUDREY CRESPO MARA
Mais donc en refusant la main tendue de la CFDT, le Premier ministre avait fait une erreur clairement ?

FLORENCE PARLY
Je voulais simplement terminer ma phrase. Et donc de pouvoir renouer les conditions d'un dialogue, parce que c'est effectivement par le dialogue que notre pays retrouvera la voie de la sérénité.

AUDREY CRESPO MARA
Mais en refusant cette main tendue par la CFDT, le Premier ministre a trois trains de retard là maintenant.

FLORENCE PARLY
Le Premier ministre a tendu la main. Il l'a tendue il y a plusieurs jours déjà puisque, vous vous en souvenez, la semaine dernière il a d'abord annoncé des décisions, celles qui consistent à annuler tout principe d'augmentation de taxes sur les carburants. Il a annoncé également le fait que le prix du gaz et de l'électricité n'augmenterait pas et il a aussi annoncé, et c'est important, l'ouverture d'un grand dialogue qui doit se dérouler pendant trois mois et qui doit se dérouler non pas à Paris mais sur les territoires et c'est un dialogue qui est destiné précisément à permettre à chacun de s'exprimer.

AUDREY CRESPO MARA
En tant que ministre, je comprends que vous ne puissiez pas critiquer Edouard PHILIPPE mais quand même, en refusant obstinément de changer de méthode il y a trois semaines, il a une responsabilité dans le durcissement de cette crise.

FLORENCE PARLY
Mais Madame CRESPO MARA, je pense que ce qui est important maintenant, ce n'est pas de se demander si ce qui a été fait dans le passé était bon ou mauvais. Ce qui est important, c'est de trouver des solutions concrètes et pragmatiques…

AUDREY CRESPO MARA
A une crise qui s'est durcie.

FLORENCE PARLY
Pour résoudre une crise qui met notre pays dans une situation très, très difficile. Nos concitoyens ont exprimé un malaise, ils ont exprimé une colère et je crois que maintenant c'est de ce malaise et de cette colère dont il faut pouvoir parler. Il faut pouvoir aussi en parler de façon organisée parce qu'une des difficultés auxquelles non seulement le Gouvernement mais l'ensemble des partis politiques, les organisations syndicales se heurtent, c'est qu'il n'y a pas de représentant dans ce mouvement.

AUDREY CRESPO MARA
Le Président en attendant reçoit donc des représentants politiques et syndicaux ce matin. Clairement, il change de méthode de gouvernement. Quand on veut changer de méthode de gouvernement, on change de Premier ministre. C'est ce qu'Emmanuel MACRON va annoncer ce soir à vingt heures ?

FLORENCE PARLY
Mais le sujet n'est absolument pas là. Le Premier ministre a été soutenu de façon écrasante lors d'un vote à l'Assemblée nationale la semaine dernière, trois cent cinquante-huit voix en faveur du Premier ministre donc je ne crois vraiment pas que la difficulté soit là. Au contraire, nous avons un Premier ministre qui tient la route, qui a géré l'ensemble des opérations de maintien de l'ordre avec beaucoup d'efficacité en lien avec le ministre de l'Intérieur donc ce n'est pas la question. La question, c'est comment répond-on à cette colère qui s'est exprimée de façon tout à fait nouvelle ? Encore une fois, c'est un mouvement d'une nature singulière, et comment y parvient-on ? C'est par le dialogue que l'on y parvient vous.

AUDREY CRESPO MARA
Florence PARLY, vous qui êtes ministre des Armées vous avez été aussi secrétaire d'Etat au Budget de Lionel JOSPIN. Deux des principales revendications des Gilets jaunes sont pour l'instant exclues par le Gouvernement : le retour de l'ISF et la hausse du SMIC. La ministre du Travail Muriel PENICAUD est contre parce que ça détruit des emplois. Votre message aux Gilets jaunes, c'est : « Moins vous serez payés, plus les patrons auront envie de vous embaucher » ?

FLORENCE PARLY
Mon message aux Gilets jaunes, c'est que je crois…

AUDREY CRESPO MARA
Sur le SMIC.

FLORENCE PARLY
Je crois que nous avons un point commun et le Président de la République l'a énoncé fortement pendant sa campagne présidentielle, c'est la revendication que le travail et en particulier les salaires assurent des conditions d'existence dignes. Que le travail paye.

AUDREY CRESPO MARA
Donc le SMIC devra être rehaussé.

FLORENCE PARLY
Et donc pour y parvenir, il y a plusieurs manières d'y parvenir. Il n'y a pas une solution unique et simple.

AUDREY CRESPO MARA
C'est-à-dire qu'on peut augmenter les salaires sans passer par le SMIC ; c'est ce que vous dites.

FLORENCE PARLY
Il y a d'abord des moyens que nous avons commencé d'activer, c'est la baisse des cotisations sociales. Pourquoi est-ce que c'est un outil efficace ? C'est parce que baisser les cotisations sociales, ça permet d'une part d'alléger le coût du travail et alléger le coût du travail, c'est ce qui doit permettre à l'économie française de créer plus d'emplois…

AUDREY CRESPO MARA
Mais ce sont des mesures que vous avez déjà faites et qui ne suffisent pas aux Gilets jaunes aujourd'hui.

FLORENCE PARLY
Si je peux terminer. Et d'autre part, ça permet d'améliorer le pouvoir d'achat. Alors il peut y avoir une discussion, en effet, sur le rythme auquel ces mesures produisent des effets. Et je crois que c'est ça que les Français qui sont aujourd'hui en colère manifestent : c'est une impatience à ce que ces mesures produisent des effets.

AUDREY CRESPO MARA
Donc faire venir plus tôt les mesures que vous deviez annoncer plus tard.

FLORENCE PARLY
Ensuite, il peut y avoir des revendications par ailleurs sur le SMIC. Le SMIC d'ailleurs il a augmenté. Il a augmenté de 3 % au cours des dix-huit derniers mois. Bref, donc il y a des choses qui ont été faites. Maintenant ce qui a été fait n'a pas encore été compris et perçu et je pense que c'est une question de perception.

AUDREY CRESPO MARA
Mais ce n'est pas juste un problème de compréhension. Je ne pense pas que les Français soient bêtes, ils voient bien ce qu'ils ont dans leur compte bancaire. Les mesures annoncées par Emmanuel MACRON pour calmer les Gilets jaunes vont coûter cher en tout cas, il va falloir trouver de l'argent. Le budget de l'armée pourrait-il être amputé pour aider à remplir le frigidaire des Gilets jaunes à Noël ?

FLORENCE PARLY
La question, c'est d'abord de savoir quelles sont les mesures qui seront annoncées à court terme par le Gouvernement.

AUDREY CRESPO MARA
Mais est-ce que votre budget pourrait être amputé ?

FLORENCE PARLY
Et ensuite, vous savez, tous les ministres sont solidaires au sein d'un Gouvernement et nous déciderons de la manière dont ces mesures auront vocation à être financées. Je n'exclus rien et évidemment je suis parfaitement solidaire de décisions que le Gouvernement prendra.

AUDREY CRESPO MARA
Florence PARLY, l'Elysée annonçait qu'un noyau dur de plusieurs milliers de personnes allait venir samedi à Paris pour casser et pour tuer. Après coup, on peut se demander si vous n'avez pas exagéré la menace pour dissuader les Gilets jaunes de venir manifester à Paris.

FLORENCE PARLY
Je pense que la menace malheureusement était très élevée et nous l'avons vu encore samedi dernier. Je pense que si ces avertissements n'avaient pas été donnés, probablement la violence aurait été encore plus forte.

AUDREY CRESPO MARA
A partir de quel moment était-il prévu de faire intervenir l'armée ?

FLORENCE PARLY
Il n'a jamais été prévu de faire intervenir l'armée.

AUDREY CRESPO MARA
Si la police et les gendarmes avaient été dépassés, rien n'était prévu derrière pour protéger les institutions ?

FLORENCE PARLY
Nous avons un dispositif qui permet à l'armée d'être présente sur le territoire national pour faire de la lutte anti-terrorisme. Cette lutte anti-terrorisme, elle est réalisée à la fois par les forces de sécurité intérieure, c'est-à-dire la police et la gendarmerie, et l'armée. Et donc depuis un an, nous avons un système qui s'appelle Sentinelle, qui a été adapté et qui permet d'opérer en complémentarité entre les policiers et les militaires. Et donc bien évidemment, chaque fois qu'il y a des événements d'une nature un peu particulière, les militaires prennent une part plus importante de la lutte anti-terrorisme, ce qui permet de libérer des forces de sécurité intérieure pour assurer le maintien de l'ordre. Mais il y a une chose qui est sûre, c'est que l'armée n'est ni faite, ni équipée, ni entraînée pour réaliser du maintien de l'ordre.

AUDREY CRESPO MARA
Jean-Yves LE DRIAN, le ministre des Affaires étrangères, demande à Donald TRUMP, jamais avare d'un commentaire sur les Gilets jaunes, de ne pas se mêler de politique intérieure française. Vous avez aussi, vous, envie de lui dire de se mêler de ses affaires ?

FLORENCE PARLY
La France ne fait jamais de commentaires sur les affaires de politique intérieure des pays étrangers, donc nous sommes fondés à exiger la réciproque.

AUDREY CRESPO MARA
Merci Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2018

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