Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 11 décembre 2018, sur les réactions aux mesures en faveur du pouvoir d'achat annoncées par le président Emmanuel Macron la veille. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 11 décembre 2018, sur les réactions aux mesures en faveur du pouvoir d'achat annoncées par le président Emmanuel Macron la veille.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

Circonstances : Allocution télévisée de M. Emmanuel Macron, président de la République le 10 décembre 2018

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité est Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du Gouvernement. Bonjour.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'abord, je voudrais vous donner simplement ce chiffre. Nous allons entrer dans tous les détails et qu'est-ce qui se cache dans les détails ce matin, c'est très important mais simplement sur RMC…

BENJAMIN GRIVEAUX
L'adage veut que ce soit le diable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le diable, nous verrons si c'est le diable ou pas. Sur RMC, nous avons demandé à nos auditeurs sur notre site rmc.fr ce qu'ils ont pensé de l'intervention d'Emmanuel MACRON hier soir. Je vous donne les résultats. Trente-trois mille votants depuis ce matin, ce qui est considérable, 54 % de ceux qui ont répondu ne sont pas convaincus et 46 % sont convaincus donc il y a un équilibre. Vous sentez qu'il y a un équilibre ? Le pays est divisé en ce moment entre ceux qui continuent à vouloir manifester, à soutenir les Gilets jaunes, et ceux qui ne veulent plus. Je vous demande un commentaire rapide.

BENJAMIN GRIVEAUX
On ne va pas réconcilier le pays où il y a des antagonismes puissants qui datent de bien avant les dix-huit derniers mois en quelques mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, qui se crispent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui se crispent et avec l'intervention que j'ai trouvée moi hier apaisante, ouverte et permettant d'engager une nouvelle phase.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'alliez pas me dire le contraire. Pas de commentaire sur l'intervention, ça ne m'intéresse pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais moitié-moitié de vos auditeurs. Vos auditeurs représentent le pays. On est à moitié-moitié de gens qui disent « c'était bien », d'autres « ce n'était pas suffisamment convaincant ». C'est bien mais c'est une première étape, c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce n'est pas le plus important. Ce qui est important, ce sont les mesures annoncées. C'est ça. Est-ce que ça répond ou pas à l'inquiétude des Français ? Je vais entrer dans le détail. Les retraités, on est bien d'accord, en deçà de deux mille euros de revenus, je dis bien de revenus…

BENJAMIN GRIVEAUX
Revenu fiscal de référence, on ne change pas les règles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En deçà de deux mille euros, plus de hausse de la CSG.

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà. Et ça, c'est pour une personne seule. Pour un couple, ça doit être trente-trois mille euros de mémoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trente-trois mille euros pour un couple. Personne seule, c'est-à-dire que si dans un couple l'homme touche deux mille euros, mille neuf cents euros de retraite par mois et si son épouse touche mille trois cents euros ou mille neuf cents euros comme lui,

BENJAMIN GRIVEAUX
Trente-trois mille euros à deux. Deux mille euros seul, trente-trois mille euros à deux. Je ne peux pas être plus clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trente-trois mille euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Trente-trois mille euros à deux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur l'année. A deux, ça fait deux mille neuf cents euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Evidemment sur l'année. Et ce que je veux vous dire aussi, c'est qu'avant il y avait 40 % des retraités qui n'étaient pas concernés par la hausse de CSG par le 1,7 point supplémentaire. Avec cette annulation, c'est 70 % des retraités qui ne payent plus d'augmentation de la CSG. 70 %. On est passé de 40 % à 70 %. Il reste 30 % des retraités qui vont payer la hausse de CSG de 1,7 point, 70 % qui ne la paieront plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'est le premier point. Le second point, le SMIC. Là, il va falloir des explications. Cent euros ou cent vingt-deux, cent vingt-cinq euros par mois.

BENJAMIN GRIVEAUX
Cent euros nets, c'est vingt euros de baisse de charges. En fait, qu'est-ce qu'on fait ? Vous savez, on a dit : la prime d'activité, on va faire vingt euros en 2018, vingt euros en 2019, vingt euros en 2020, vingt euros en 2021. C'était ça le plan. En fait, on va accélérer ; c'est ce qu'a souhaité le Président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc cent euros tout de suite.

BENJAMIN GRIVEAUX
La prime d'activité, c'est donc pour le faire le décompte des cent, c'est vingt de baisse de charges et quatre-vingts de prime d'activité. Ça fait cent euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait cent euros nets.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cent euros nets, on est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nets. Hors revalorisation légale du SMIC de 1,8.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait donc cent vingt ou cent vingt-cinq euros pour celui qui est au SMIC.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas en tête le 1,8 % ce que ça représente mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre vingt et vingt-cinq euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est ça. Donc c'est hors 1,8 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dommage que le Président n'ait pas parlé de cent vingt-cinq euros hier soir. Il l'aurait mieux vendu.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui mais le truc, ce n'est pas de vendre. C'est de dire la vérité aux gens. Ce n'est pas de leur raconter des histoires ou des sornettes. Nous, on essaye de dire sincèrement ce qu'on fait. On n'en rajoute pas parce que ce n'est pas la peine de faire croire des choses qu'on ne fera pas. On dit les choses : c'est cent euros nets, c'est vingt de baisse de charges et c'est quatre-vingts grâce à la prime d'activité qu'on accélère et qu'on fait en 2019.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'en 2020, 2021, 2022, il n'y aura pas d'augmentation de la prime d'activité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça veut dire qu'on verra en 20, en 21 et en 22, mais que pour l'instant 2019, la bonne nouvelle, c'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les heures supplémentaires défiscalisées…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et désocialisées. Les deux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, c'était prévu.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Neuf millions de Français à peu près concernés.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce que j'entends beaucoup, juste un mot. On compare avec ce qu'avait fait Nicolas SARKOZY : il avait défiscalisé les heures sup, ce qui est formidable pour les gens qui payent l'impôt sur le revenu mais ce qui ne sert à rien pour les gens qui ne payent pas l'impôt sur le revenu ou pour les classes moyennes inférieures. Nous, on défiscalise, ça c'est très bien. Le président HOLLANDE l'avait supprimé, on pense que c'était une vraie erreur de pouvoir d'achat. Mais aussi, on fait la désocialisation parce que vous avez des gens qui ne payent pas d'impôt sur le revenu, la défiscalisation ça ne leur apporte pas grand-chose. La désocialisation, ça permet à chacun de pouvoir bénéficier d'un surplus. On évalue à peu près à trois cent soixante euros nets par an en plus pour le nombre de personnes que vous avez évoqué, avec des situations différentes en fonction du nombre d'heures sup. Ça, vous imaginez bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La prime que les entreprises qui peuvent verseront à la fin de l'année.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou tout au long de l'année 2019.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Mais ça d'abord, c'est à la discussion entre les entreprises pour une raison simple. On est déjà mi-décembre et donc avant le 31 décembre, certaines techniquement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais ça, c'est à la discussion des entreprises. Certaines ont annoncé qu'elles le feront avant le 31/12 ou sur la fiche de paie qui sera celle de décembre, et d'autres pourront le faire sur la fiche de paie de janvier mais ça c'est à la discussion des entreprises. Celles qui pourront le faire, et à nouveau là il n'y a pas de charges et pas d'impôts. C'est-à-dire que si vous payez l'impôt sur le revenu, sur cette prime vous ne paierez pas d'impôt sur le revenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'une entreprise peut ne pas pouvoir le faire là…

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourra peut-être le faire au mois de mars.

BENJAMIN GRIVEAUX
Par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça serait bien qu'elle puisse le faire au mois de mars, on est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça, c'est à la discussion et c'est pour ça que les partenaires sociaux doivent en discuter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est aussi l'un des éléments qui a surgi autour de la table hier lorsque les partenaires sociaux et, vous le savez, les organisations syndicales et patronales étaient présentes hier autour du Président de la République et du Gouvernement pour discuter justement des mesures qu'elles attendaient, et ça c'est un des sujets sur lesquels elles peuvent évidemment discuter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne revenez pas sur la baisse des APL.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non. Les fonctionnaires, eux, ne sont pas concernés par tout ça.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr que si, par les heures supplémentaires. C'est les salariés du public et du privé bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Salariés du public et du privé. Pourquoi ne pas indexer les retraites sur l'inflation, sur le coût de la vie ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous avons dit qu'elles allaient non pas être gelées comme je l'ai entendu mais qu'elles allaient augmenter de 0,3. De 0,3. L'effort sur les retraités, il a porté sur les petites retraites avec le minimum vieillesse qu'on a augmenté fortement, vous le savez, et sur le fait qu'on supprime et qu'on annule la hausse de CSG sur les retraites en dessous de deux mille euros par personne et trente-trois mille euros par foyer. Donc on préfère faire cela sur la CSG et sur de l'allégement de charges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous annulez une hausse, ça ne veut pas dire que vous augmentez les pensions, pardon. Je voudrais quand même être un tout petit peu honnête franchement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si j'ai écouté votre antenne avec attention, ce que je fais toujours avec attention depuis dix-huit mois, j'ai beaucoup entendu qu'on nous reprochait cette hausse et donc on a entendu. On a compris ce que les Français nous ont dit. On a compris ce que les retraités ont ressenti. Croyez-nous, il n'y avait pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que les retraités perdent du pouvoir d'achat, vous le savez bien.

BENJAMIN GRIVEAUX
… qui payent la taxe d'habitation. Attendez, il faut tout mettre sur la table. Il ne faut pas raconter des histoires, il faut tout mettre sur la table.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mettez-moi tout sur la table.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le pouvoir d'achat, c'est les plus et c'est les moins, ce n'est pas que les moins. Là, vous avez une hausse de la fiscalité, la CSG, qu'on annule. Donc ça, ça revient dans la poche. Vous avez la taxe d'habitation. Vous avez des retraités qui paient la taxe d'habitation. La taxe d'habitation, en moyenne c'est combien ? Six cent cinquante euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Supprimez-la tout de suite.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on a toujours dit qu'on le ferait par tiers. On a fait un premier tiers cette année, on fera un deuxième tiers l'an prochain. Si vous avez la baguette magique qui permet de récupérer des euros qui tombent de je ne sais où, il faut bien prendre l'argent dans la poche de quelqu'un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va voir les coûts.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si vous voulez les redistribuer, nous on a fait - on assume - le choix de baisser la fiscalité, de baisser la dépense publique et de baisser la fiscalité, donc la taxe d'habitation… J'aurais aimé, moi, qu'on puisse le faire en une fois, ça coûte dix milliards. On ne peut pas le faire en une fois mais on a fait le premier tiers, on fera le deuxième tiers. Rendez-vous en octobre prochain, vous me réinviterez. Vous verrez que la taxe d'habitation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les 20 % les plus riches seront exonérés ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle aura baissé de 65 % et qu'à la fin, en 2020, il y aura 0 % de taxe d'habitation pour 80 % des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
80 %, il reste 20 %.

BENJAMIN GRIVEAUX
Reste 20 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les plus riches qui seront exonérés ou pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne suis pas sûr que dans les 20 % qui paient la taxe d'habitation, tous se considèrent comme très riches.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne dis pas « très riches ». Je n'ai pas dit « très riches ».

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, mais vous savez, on est toujours le riche de quelqu'un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc, oui mais il y a un moment, des gens qui gagnent, qui ont trois mille euros de revenus, moi je ne les considère pas riches.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce qu'ils galèrent pour joindre les deux bouts et parfois ils sont dans les 20 %. Il faut faire attention avec ces sujets de seuils…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce sera supprimé aussi. Ce sera supprimé aussi. Vous gardez la mesure.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui. J'aimerais aussi qu'on évoque les mesures qu'on a oubliées la semaine dernière. Vous savez dans ce pays, chaque jour chasse l'actualité de l'autre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y. Moi, j'ai d'autres questions.

BENJAMIN GRIVEAUX
L'annulation de la hausse des carburants, du GNR, du gaz, de l'électricité, c'est près de quatre milliards d'euros. Les surprimes pour les voitures, les indemnités kilométriques, les gros rouleurs, c'est près de cinq cents millions d'euros. Ça n'a pas disparu de la table, c'est en plus. Donc tous ces éléments-là, c'est du pouvoir d'achat, on est bien d'accord. C'est du pouvoir d'achat, c'est de l'argent qu'on n'aura pas à décaisser pour se déplacer, pour se chauffer ou autre. C'est important et c'est aussi ça qu'il faut rappeler ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui va payer ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous allons faire des économies comme nous nous y sommes engagés, vous le savez. D'abord des économies dans le mode de fonctionnement de l'Etat et ça, c'est à nous de le mettre en oeuvre. Mais regardez, vous allez avoir au 1er janvier quelque chose qui s'appelait le prélèvement à la source. On en a beaucoup parlé à votre antenne. Ce qui veut dire concrètement que les fonctionnaires à Bercy qui s'occupaient de l'impôt sur le revenu, par définition quand on va le prélever à la source, ils vont avoir moins d'activité, ou alors c'est qu'il y a un problème. Bien, nous allons réduire la voilure de certains services de l'Etat qui, parce que vous avez fait des changements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Supprimer des postes.

BENJAMIN GRIVEAUX
On ne va pas garder des gens sur un impôt qui disparaît.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Supprimer des postes, on est bien d'accord. Vous allez augmenter le nombre de suppressions de postes dans la Fonction publique ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, ce n'est pas la bonne manière de renter dans le sujet. On rentre dans le sujet en se disant : à quoi sert un service ? Est-ce qu'il est bien rendu ? Est-ce qu'il est efficace ? Est-ce que les gens en sont contents ? C'est en fonction de ça que vous réduisez ou que vous augmentez la voilure. On a assumé de dire : il faut plus de policiers parce qu'il y en a dix mille qui avaient été supprimés. Or, au regard de l'état de la sécurité du pays et des questions de sécurité d'ordre public, il faut embaucher des policiers. Ce n'est pas de savoir si on en enlève, il faut embaucher parce que la mission elle est importante. Il y a d'autres endroits, typiquement je le dis à Bercy sur les questions de prélèvements, parce que ceux qui prélevaient l'impôt sur le revenu, qui participaient de ce travail-là, comme on va prélever à la source il n'y a plus de mission en face. Il faut être aussi un peu rationnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va coûter combien toutes ces mesures ? Vous avez chiffré ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Entre huit et dix milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre huit et dix milliards d'euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Huit et dix milliards d'euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je m'arrête sur ce chiffre. Combien l'Etat… Quel est l'effort de l'Etat pour sauver la SNCF ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, ça dépend de ce que vous mettez parce que vous avez trois milliards…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la dette.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr. Vous avez trois milliards de déficit par an et vous avez quarante-cinq milliards de dette.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va effacer trente-cinq milliards de dette.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on fait trente-cinq milliards d'efforts pour la SNCF et dix à quinze milliards pour sauver le pays.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas… Vous savez, on peut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous dis ça comme ça. Ce n'est pas monter les Français…

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien, un peu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, il y a des chiffres qui parlent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais on ne pas les serviettes, excusez-moi, et les torchons. Parce que ça, ça ne fonctionne pas. Ou les carottes et les poireaux, peu importe. Ça ne fonctionne pas, ce n'est pas comme ça que ça marche. Parce que si on fait ça, ça veut dire… La SNCF, elle rend des services à qui ? Elle transporte chaque jour quatre millions et demi de personnes qui n'ont, grâce à la SNCF, pas besoin de prendre la voiture et de dépenser de l'argent dans le gasoil ou dans l'assurance de la voiture. Donc elle rend des services à qui ? Aux Français, aux Français qui sont le plus dans le besoin. Donc il faut arrêter de considérer qu'on va prendre ça, on va comparer et on va dire : « Regardez, vous donnez plus à untel qu'à un autre. » Ça n'a pas de sens de faire ça. La SNCF, elle rend des services aux gens, c'est un patrimoine des Français et les Français y sont très attachés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et c'est pour ça qu'on a sauvé la SNCF et que c'était utile de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Benjamin GRIVEAUX, je vous dis ça parce que beaucoup disent que c'est insuffisant. Par exemple le CICE, on est bien d'accord, va être transformé en baisse de charges sociales.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vingt milliards d'euros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vingt milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez reporter cette transformation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle n'a pas de raison d'être reportée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vingt milliards d'euros. Est-il normal que les grandes entreprises… Vous allez demander, le Président de la République l'a dit hier, des efforts à des très grandes entreprises. Est-il normal qu'une entreprise comme TOTAL touche du CICE ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je ne suis pas là pour faire l'arbitre des élégances et de savoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas d'arbitre des élégances, il s'agit de justice fiscale. Et vous savez quelle est la première revendication, vous le savez aussi bien que moi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la justice fiscale.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, la justice fiscale. Le Président de la République l'a dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il l'a redit hier.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il l'a redit dans son intervention et chacun y est évidemment très attaché. Le CICE, il a été voté en 2013. Nous y mettons un terme. En 2013, nous n'étions pas au pouvoir sauf erreur de ma part.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, reporté.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais nous y mettons un terme, c'est terminé. On respecte les engagements pris par l'Etat. Ecoutez, lorsque l'Etat a pris des engagements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, non mais, c'est un peu facile là. Quand l'Etat prend des engagements, je suis désolé de le dire, il y a un truc qui s'appelle la continuité de l'Etat. Quand l'Etat a pris des engagements, la moindre des choses quand on change le Gouvernement, c'est de tenir les engagements qui ont été pris avant nous. C'est juste la base.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne marche pas pour tout mais allez-y.

BENJAMIN GRIVEAUX
On a tenu les engagements et on a dit quoi ? On a dit effectivement que le CICE, on pensait que ce n'était pas le meilleur moyen pour favoriser l'embauche. Et donc, on a fait la transformation du CICE en baisse de charges et on assume. Et cette année, c'est vrai que c'est le double. Pourquoi ? Parce que vous avez le CICE qui sont les engagements qui avaient été pris et la baisse de charges. D'abord parce qu'on espère que ça fasse un coup de boost à l'emploi parce que le mal profond qui ronge notre pays, c'est la question du chômage. C'est la question du chômage et, je le dis, l'intérêt général du pays passe avant la question de savoir si ce CICE il faut le reporter ou pas. L'intérêt général, c'est la lutte contre le chômage. Là, on aura un coup de boost cette année important et dès l'an prochain, il n'y aura plus de CICE puisqu'il aura été transformé en baisse de charges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Alors concernant l'injustice fiscale, que faites-vous contre l'injustice fiscale ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous sommes le pays… Je vous prends un exemple très concret. Lorsqu'il y a eu les fameux Panama Papers, nous sommes le pays qui a lancé le plus d'instructions judiciaires de tous les pays dans lesquels avaient été dévoilée cette affaire. Le plus. Il n'y a pas eu un seul pays où les enquêtes judiciaires ont été aussi nombreuses à l'endroit des entreprises ou des particuliers qui étaient mis en cause. Pas un seul pays. Voilà ce qu'on fait très concrètement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en êtes où de la lutte contre l'évasion fiscale ? Vous en êtes où ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous avez pour la première fois une police fiscale qui a été mise en place par Gérald DARMANIN à Bercy. On a fait sauter un truc qui existait depuis cinquante ans qui est le fameux verrou de Bercy. Donc moi, je veux bien qu'on nous donne toutes les leçons y compris ceux qui étaient aux responsabilités sur l'évasion fiscale : ils n'ont jamais fait sauter le verrou de Bercy et c'est la première fois qu'on a une police fiscale qui est logée à Bercy pour avoir une lutte contre l'évasion fiscale plus importante. Et puis je vais vous dire ce qu'on fait. On va à Bruxelles et c'est Bruno LE MAIRE qui le fait et, qui depuis un an, se bagarre sur les GAFA. Il y a un an, il y avait quinze pays qui étaient favorables à une taxation des GAFA, on est vingt-trois aujourd'hui. Il en a convaincu huit. En un an, obtenir vingt-trois sur les vingt-sept sur un sujet où il y a besoin d'unanimité fiscale, c'est du jamais vu. Il nous en manque encore quatre. On n'a pas dit notre dernier mot, mais Bruno LE MAIRE a eu raison de dire une chose : c'est que si on n'y arrivait pas à Bruxelles, nous le ferions à Paris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les grandes entreprises seront surtaxées ? Parce qu'hier, le Président de la République a beaucoup parlé des grandes entreprises, il a beaucoup parlé des banques.

BENJAMIN GRIVEAUX
Elles doivent prendre leur part à l'effort qui est demandé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Président reçoit ce matin, donc je ne vais pas préempter ce qu'il va leur dire n'étant présent moi-même à cette réunion, mais elles doivent prendre leur part. Je vous le dis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que demandez-vous aux banques par exemple ce matin ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais même avant les banques, la question de la grande distribution, lorsqu'on a fait les états généraux de l'alimentation, quel était l'objectif ? De payer le juste prix aux producteurs et aux exploitants agricoles parce qu'ils ne payent pas le juste prix. Il y a eu des négociations commerciales dans lesquelles, objectivement, la charte qui avait été signée par les distributeurs, par les transformateurs et par les producteurs n'a pas été respectée. Nous ce qu'on leur demande, c'est qu'ils puissent payer justement et le juste prix aux producteurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et s'ils ne respectent pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
De pouvoir vivre dignement de son travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des sanctions ?

BENJAMIN GRIVEAUX
S'ils ne respectent pas, il y a des moyens et législatifs et réglementaires pour faire en sorte qu'ils respectent les engagements qu'ils ont pris devant l'Etat. Quand on prend des engagements devant l'Etat, ce n'est pas de la monnaie de singe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Et les banques ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et ça vaut pour les banques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles seront sollicitées ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et ça vaut pour les banques, ça vaut pour les assurances. Chacun doit se retrousser les manches et faire en sorte que la vie de nos concitoyens soit moins dure. Qu'on ne soit pas dans le rouge le 15 du mois, qu'on ne se demande pas si on va arriver à faire un cadeau aux enfants à Noël. On est à quinze jours de Noël. Voilà, c'est ça qu'on leur demande. Et ça, il faut bien qu'ils comprennent que si ce contrat social-là il est rompu, on sera tous perdants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Benjamin GRIVEAUX, des manifestations sont annoncées pour samedi dans les grandes villes françaises notamment à Paris, est-ce que vous allez les interdire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, nous n'avons jamais interdit de manifestation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il y a des urgences parfois.

BENJAMIN GRIVEAUX
Les scènes auxquelles on a assisté encore samedi à Paris mais pas qu'à Paris, en province, je pense aux images qu'on a vues à Bordeaux, à Toulouse, sont inacceptables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où à Saint-Etienne.

BENJAMIN GRIVEAUX
Où à Saint-Etienne sont inacceptables. Inacceptables. Donc la violence, elle sera combattue et elle sera combattue de la manière la plus ferme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord mais est-ce que vous allez interdire les manifestations ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, en France on est très attaché à la liberté de manifester. Nous allons à nouveau dire qu'une manifestation pour qu'elle soit sécurisée y compris pour ceux qui y participent et en particulier pour ceux qui y participent, elle doit être déclarée, déclarée en préfecture. Que ceux qui ne déclarent pas ne s'étonnent pas d'avoir face à eux des forces de l'ordre qui sont là pour faire respecter l'ordre républicain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai remarqué aussi dans l'allocution hier du président de la République, juste un petit mot sur le vote blanc.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui le vote nul.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'enfin le vote blanc va être reconnu ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il a ouvert le jeu. Il a ouvert le jeu parce que les questions qui se posent là… il y avait les questions de l'urgence sur le pouvoir d'achat, la fiscalité, mais il y a plein d'autres sujets qui vont être débattus. La question de la transition écologique, je sais que le sujet vous est cher et la question de la représentation, parce qu'à la fin, ce que nous disent aussi beaucoup ces gens qui ont enfilé un gilet jaune, pas ceux qui sont sur les plateaux télés, parce qu'ils sont quand même tous très politisés sur les plateaux télés. Le monsieur qui était hier soir sur BFM, Christophe COUDERC, le Gilet jaune de Paris, allez voir sa page Facebook, en date du mois de février, c'est un homme qui est clairement raciste et qui a un problème avec manifestement les musulmans et qui partage beaucoup les publications de Marine LE PEN. Donc il y a des gens très politisés sur les plateaux télés, ça c'est très bien, c'est leur problème, mais eux, ils font de la politique. Et puis vous avez des gens qui disent au fond on ne se sent pas représenté, ils ne se sentent pas représentés par La République En Marche, ça c'est certain, mais ils ne sont pas plus représentés par Marine LE PEN, par Jean-Luc MELENCHON, par Les Républicains, ou par le PS. Ceux là, nous, on a d'abord cherché à introduire dans la révision constitutionnelle, dont j'espère qu'on pourra en débattre sereinement, une part de proportionnelle parce que la proportionnelle, c'est aussi ouvrir la représentation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est toujours pour janvier, février ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'espère le plus tôt possible parce que nous disent les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est nécessaire la réforme institutionnelle…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ceux des Républicains qui ont enfilé le gilet jaune, ils ne voulaient pas de la révision constitutionnelle, le PS, ils ne veulent pas de la révision constitutionnelle, parce que ça va changer les habitudes, parce que leur petit élément de rente va s'en trouver amoindri.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sur le vote blanc et nul ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur la question du vote blanc et nul, le président de la République a ouvert hier le jeu en disant que les bulletins étaient nombreux aux élections, en particulier aux élections nationales à s'exprimer, beaucoup de nos concitoyens votent blanc ou votent nul et donc il faut peut-être demain pouvoir en tenir compte, c'est une ouverture importante. Mais il n'y a pas que cette question là, il y a la question de la représentativité, la question de la proportionnelle, il y a plein de sujets qui vont être mis sur la table pour que les gens se sentent entendus et représentés dans leurs institutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une dernière question, c'est la détestation d'Emmanuel MACRON par beaucoup, vous le savez.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que j'entends aussi, c'est que, vous le dites vous-même, près de la moitié d'entre eux l'ont trouvé convainquant. Vous savez les conditions de l'élection, moi je ne les ai pas oublié, prés de la moitié des Français ont porté leur suffrage sur des partis extrémistes, au premier tour de l'élection présidentielle. Un quart des Français nous a fait confiance, les partis qui ont dirigé le pays pendant 50 ans ont été balayés dès le premier tour de l'élection présidentielle, c'était évidemment des conditions particulières, c'est évidemment une société qui est très en colère et c'est une société où il y a beaucoup de violences. Beaucoup de violences qui s'exercent à l'endroit des élus et à l'endroit du premier d'entre les élus qui est le président de la République, mais pas que. Quand je vois les parlementaires encore ce week-end, une parlementaire de la République En Marche qui a vu son véhicule et celui de son mari brûler devant son domicile, quand je vois d'autres parlementaires, d'autres sensibilités politiques que la mienne qui sont menacées de mort, quand les conjoints, les familles, les enfants sont menacés, je me dis qu'il y a beaucoup de violences dans la société, que le président de la République en concentre quelques unes, mais qu'au fond c'est la classe politique qui n'est pas au rendez-vous. Soyons au rendez-vous que le pays nous demande, à savoir une meilleure représentation et un changement profond dans la manière dont nos institutions fonctionnent et dont nous les faisons fonctionner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les premiers débats samedi partout en France, merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2018

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