Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 11 décembre 2018, sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat annoncées par le président Macron la veille et leur financement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 11 décembre 2018, sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat annoncées par le président Macron la veille et leur financement.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : MARC FAUVELLE
Suite de notre édition spéciale sur Info au lendemain de ces annonces d'Emmanuel MACRON, on va en parler maintenant avec vous Elisabeth BORNE, bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Vous êtes ministre des Transports. C'est un tournant du quinquennat qu'on a vu hier soir ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que le président de la République a montré qu'il avait entendu les difficultés des Français et qui voulait y répondre à la fois par des mesures immédiates et en même temps, c'est des problèmes profonds qui datent de décennies, les Français qui ne gagnent pas suffisamment, qui travaillent et qui n'arrivent pas à boucler les fins de mois, les territoires qui sont oubliés, des Français qui ne se sentent pas entendus, pas représentés et donc c'est à la fois des mesures immédiates que le président de la République a annoncé, après l'annulation des taxes sur les carburants, de la hausse des taxes sur les carburants, des mesures d'augmentation du SMIC, 100 euros par mois, défiscalisations, plus de charges sociales sur les heures supplémentaires. On revient sur l'augmentation de la CSG pour les retraités, on propose aux entreprises de verser une prime, donc c'est des mesures immédiates et puis une volonté forte de s'attaquer à ces problèmes profonds qu'on traîne depuis des décennies et ça on ne va pas le faire tout seul à Paris, le président, le gouvernement, mais c'est des débats dans toute la France au plus près des citoyens, en s'appuyant sur les maires qui connaissent bien leurs problèmes.

MARC FAUVELLE
A vos côtés Fanny GUINOCHET qui vient de nous rejoindre, bonjour Fanny.

FANNY GUINOCHET
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Je vous le disais, vous avez fait tourner la calculatrice une partie de la nuit entre la hausse des bas salaires, entre les heures sup défiscalisées, l'abandon de l'augmentation de la CSG pour les retraites inférieures à 2.000 euros par personne et par mois, il y en a pour combien au total ?

FANNY GUINOCHET
Hier le gouvernement évaluait la facture entre 8 et 10 milliards d'euros, mais en fait quand on regarde, on serait plutôt au-dessus entre 10, 12 milliards, voire 15 milliards, parce que rien que la défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires, à la fois on ne paie pas d'impôt dessus, on défiscalise et puis on ne paie pas de cotisation sociale, c'est deux choses différentes, c'est quand même entre 3,5 et 4,5 milliards d'euros par an pour l'Etat, la revalorisation de la prime d'activité, c'est au moins 500 millions d'euros parce que même si elle n'a pas été annoncée comme telle, elle participe en fait à l'augmentation des 100 euros net du SMIC et les crédits qui étaient alloués à cette revalorisation vont être tous rassemblés et le calendrier en fait va être accéléré. La fin de la CSG pour les retraités qui gagnent jusqu'à 2.000 euros, sur une rentrée d'argent sur laquelle le gouvernement comptait et évidemment qu'il faut annuler et ça se compte en milliards, toutes ces dépenses vous l'avez rappelé, Madame la Ministre, se font aussi dans un contexte où des recettes, des rentrées d'argents ont été annulées, les taxes vertes, ce n'était pas loin de 4 milliards d'euros par an qui devaient rentrer dans les caisses de l'Etat dès 2019. Donc on voit bien le chiffrage est bien au-dessus des 10 milliards.

MARC FAUVELLE
Alors au moins 10 milliards, peut-être jusqu'à 15, Elisabeth BORNE, vous confirmez ce chiffre ce matin ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que les évaluations, elles sont de 8 à 10 milliards, mais voilà le président de la République…

MARC FAUVELLE
8 à 10 milliards pour hier soir ou ça inclus aussi les 4 milliards de la semaine dernière ?

ELISABETH BORNE
Franchement, ce n'est pas moi qui vais faire le chiffrage, mes collègues du Budget sont en train de le faire, le président de la République, il donne un cap et je pense que les Français attendaient des mesures fortes, et c'est ça qui est important, c'est qu'on a entendu des Français qui veulent que le travail paie, qui veulent mieux vivre, qui veulent sortir de ces difficultés pour boucler les fins de mois et c'est ça qui est important. Ensuite on va effectivement chiffrer et regarder comment on finance.

MARC FAUVELLE
L'alpha et l'Oméga de la politique en France depuis des années, c'est le respect des 3 % de déficit, c'est terminé ce matin ?

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas que ce soit ça qu'a dit le président de la République, il faut aussi qu'on ait ce débat, ça va être compliqué…

MARC FAUVELLE
… l'an prochain, Elisabeth BORNE, on avait prévu d'être à 2,8 de déficit, là avec ce qu'on annonce ce matin, on explose déjà les 3 %.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est aussi les débats qu'il faut qu'on ait, on a aussi beaucoup entendu sur les barrages des Français qui nous disent, moi je veux payer moins d'impôts et je veux plus de services publics, eh bien ce débat, il va falloir qu'on l'ait aussi, que chacun y prenne sa part dans ce débat. On veut aussi une fiscalité plus juste, ça fait partie des sujets qui vont être débattus. En tout cas je pense qu'il y avait des attentes fortes des Français auxquelles le président de la République a répondu.

FANNY GUINOCHET
Quand même quand on présente 10 milliards d'euros de dépenses en plus, c'est quasiment un demi-point de déficit en plus, la question de Bruxelles se pose, est-ce que du coup le gouvernement va faire des économies ou est ce qu'il peut en faire ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis, ce travail il va être fait par le gouvernement, le président de la République a entendu un message des Français, il a voulu y répondre, c'est le sens des mesures qui l'a annoncées, maintenant nous allons chiffrer, nous allons regarder comment on va financer ces mesures, mais il avait besoin d'un signe fort, c'est ce que les Français nous demandaient.

MARC FAUVELLE
Pour l'instant on ne sait pas comment elles sont financées.

ELISABETH BORNE
Le travail, vous voyez les annonces, elles datent d'hier et le travail il va se faire pour chiffrer, mais en tout cas ce qu'il faut vraiment qu'on retienne, c'est on entend ces attentes des Français, ces attentes des Français qui travaillent et qui ont du mal à boucler les fins de mois, qui aussi se déplacent et ont des problèmes pour… ont des coûts pour leurs déplacements qui sont très importants, c'est un sujet sur lequel on va continuer à travailler avec les partenaires sociaux. Il faut répondre à ces attentes.

FANNY GUINOCHET
Justement est-ce qu'il faut demander aux grandes entreprises, notamment les grandes entreprises polluantes du secteur de l'énergie et d'autres secteurs de mettre la main au pot ?

ELISABETH BORNE
Alors vous avez entendu que le Président de la République reçoit aujourd'hui les banques et demain les grandes entreprises pour leur demander aussi comment elles peuvent participer à cette amélioration de la situation du pays, donc elles vont aussi être reçues aujourd'hui et demain à l'Elysée.

MARC FAUVELLE
Ca peut être l'idée, une surtaxe ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous répondre avant que cette discussion ait eu lieu mais je pense…

MARC FAUVELLE
Il serait fiscalement aujourd'hui que les entreprises qui ont beaucoup profité ces dernières années des abaissements de charges, en reversent une partie aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Le président de la République l'a dit, il y a un besoin de justice aussi et il faut que les dirigeants des entreprises françaises payent des impôts. Il faut que les grandes entreprises qui font des profits en France payent des impôts et il faut que chacun participe à cet effort dont la Nation a besoin.

MARC FAUVELLE
Pourquoi presque rien encore une fois sur les fonctionnaires dans les annonces d'hier soir d'Emmanuel MACRON, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Enfin ce n'était pas un catalogue de mesures hier, il y avait des messages qui étaient attendus, il y avait des attentes fortes qui étaient exprimées…

MARC FAUVELLE
Les fonctionnaires depuis le début du quinquennat, c'est simple, c'est quasiment rien.

ELISABETH BORNE
D'ici le premier trimestre, donc tout au long du premier trimestre, il va y avoir aussi des débats pour écouter les attentes des Français, je vous dis, on ne va pas régler en un jour des problèmes qui remontent à des décennies, des charges, vous voyez du travail qui paie moins parce que les prélèvements, les impôts ont augmenté, des territoires qui se sentent oubliés et donc c'est de tous ces sujets qu'on va débattre dans les prochains mois.

MARC FAUVELLE
Jean-Luc MELENCHON dès l'allocution du chef de l'Etat terminée hier soir appelait un nouvel acte, à un acte 5 de la part des gilets jaunes, qu'est-ce que vous lui répondez ?

ELISABETH BORNE
Oui, écoutez, ce n'est pas vraiment une surprise, je pense que depuis le départ, depuis le premier tour de l'élection présidentielle, je pense que Jean-Luc MELENCHON, il est dans la revanche, il appelle à la colère, il veut mettre de l'huile sur le feu. Vous savez, je pense que ce n'est pas comme ça qu'on améliore la situation des Français, donc c'est sans surprise.

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas touché, et Emmanuel MACRON l'a redit hier soir à l'ISF, pas question de le rétablir, est-ce que vous allez traîner ça comme un boulet pendant toute la fin du quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Je pense que la réforme qui a été faite sur l'ISF, c'est l'idée de dire qu'il y a des personnes qui ont de l'argent en France, qui avec l'ISF, on l'a vu depuis qu'il existe, quittent le pays, leurs richesses quittent la France, on a besoin qu'elles s'investissent dans l'économie, donc cette réalité elle reste et il faut trouver une autre façon d'avoir une politique fiscale juste et que chacun, les grandes entreprises notamment, les personnes les plus aisées participent à cet effort dont le pays a besoin.

MARC FAUVELLE
Encore un mot, Elisabeth BORNE, vous avez découvert hier soir un Emmanuel MACRON que vous ne connaissiez pas, un peu plus humble peut-être.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est bien le président qu'on voit en conseil des ministres.

MARC FAUVELLE
Il est comme ça en conseil des ministres ?

ELISABETH BORNE
Oui, c'est un président, vous savez, dont l'engagement, c'est vraiment d'améliorer la situation du pays. Il l'a dit, il n'appartient pas à un parti, il a fait ce diagnostic. On n'a peut-être pas été assez vite, assez fort, pour répondre à ce qu'on voit dans ces difficultés que rencontrent les Français et il a dit hier, on va aller plus vite et plus fort et c'est ce qu'a été annoncé.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth Borne, ministre des Transports d'être venue ce matin sur l'antenne de France-Info défendre les mesures annoncées hier par Emmanuel MACRON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2018

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