Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 11 décembre 2018, sur les principales revendications des gilets jaunes et les réponses du Président de la République sur l'enseignement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Sud Radio le 11 décembre 2018, sur les principales revendications des gilets jaunes et les réponses du Président de la République sur l'enseignement.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

ti :

ARNAUD PONTUS
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

ARNAUD PONTUS
Alors hausse du SMIC de 100 euros, heures sups défiscalisées, annulation de la CSG pour les retraites de moins de 2.000 euros, voilà donc les annonces d'Emmanuel MACRON hier soir, pour répondre à la colère des gilets jaunes, on va y revenir dans un instant. Pas un mot en revanche sur la grogne des lycéens alors qu'est prévue une journée de manifestations aujourd'hui, ça signifie, circulez, il n'y a rien à voir, qu'est-ce que vous dites ce matin à ces lycéens et à leurs parents qui nous écoutent ?

FREDERIQUE VIDAL
Le président a rappelé que l'éducation et la formation était au coeur de tout ce que nous faisons depuis plus de 18 mois et je crois que c'était important d'entendre de sa bouche, que c'était la priorité et que nous allions bien sûr continuer de ce point de vue-là. Je crois que l'important hier soir, c'était que le président montre qu'il avait compris la colère qui s'était exprimée ces dernières semaines et puis la difficulté dans laquelle les gens se trouvaient, il fallait des réponses concrètes et immédiates et c'est ce qui a été apporté. Et puis au-delà de ces demandes immédiates, il y a aussi une demande de démocratie, une demande de comprendre à nouveau à quoi servent les impôts, une demande de ne pas opposer la mobilité du quotidien avec les grandes questions d'écologie et de climat, et tout ça c'est le débat qui va s'ouvrir, donc la réponse était complète.

ARNAUD PONTUS
Oui, parce que ça, il ne l'a pas dit hier soir, c'était 13 minutes, mais c'était plutôt bref avec les annonces et pour dire, on va se lancer dans un grand plan de consultation des débats en région, mais c'était un peu flou quoi, mais tout ça, ça va se préciser ?

FREDERIQUE VIDAL
Le Premier ministre avait déjà annoncé ça à la fois devant l'Assemblée nationale et devant le Sénat, l'idée c'est vraiment que nous puissions aller au plus près du terrain pour comprendre quelles sont au fond les revendications et surtout qu'est-ce que les gens veulent co-construire comme solutions. Vous voyez quand on a mis 500 millions d'euros sur la table en disant bien écoutez on va accélérer le changement des voitures, accélérer les aides pour changer les cuves de fioul, les gens nous ont dit, mais ce n'est pas ça qu'il nous faut, donc il faut qu'on aille écouter ce qu'il leur faut pour mettre l'argent au bon endroit.

ARNAUD PONTUS
Bon d'accord, on va y revenir dans un instant Frédérique VIDAL, mais restons quand même parce que vous êtes ministre de l'Enseignement supérieur et il y a ce mouvement des lycéens, à quoi vous vous attendez d'ailleurs pour ce mardi qui est annoncé noir par certains syndicats de lycéens ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors c'est très compliqué parce que finalement c'est un nombre qui est restera de lycéens, c'est 400 au plus fort sur plus de 2000. Et puis ce qui est inquiétant aussi, c'est que c'est tout de suite extrêmement violent, c'est-à-dire qu'on n'est pas du tout sûr d'ailleurs que ça ne concerne que les lycéens, on voit qu'il y a des bandes…

ARNAUD PONTUS
Il y a de la manipulation derrière, c'est ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a des bandes qui s'y greffent aussi et puis, oui il y a une forme de manipulation de la part de certains groupuscules politiques ou de la part de certains…

ARNAUD PONTUS
Quels groupuscules ?

FREDERIQUE VIDAL
… partis politiques.

ARNAUD PONTUS
Ultragauche ?

FREDERIQUE VIDAL
Vous voyez très souvent… absolument l'ultragauche est présente et puis vous voyez même des députés de la France insoumise qui sont devant les lycées, qui vont haranguer les jeunes. Moi, je crois… pousser les jeunes devant soi, je trouve que c'est aussi un manque de responsabilité.

ARNAUD PONTUS
Oui, c'est ça vous les appelez ce matin clairement à la responsabilité politique.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

ARNAUD PONTUS
Est-ce que, en revanche il y a quand même peut-être un petit problème sur le fond, sur la réforme du bac qui est mal comprise parce qu'on dit que ça va créer des inégalités entre les établissements, là aussi qu'est-ce que vous pouvez répondre à ces lycéens et à ces parents ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors je pense que là encore, c'est très important de comprendre les choses, donc c'est plus de 40.000 lycéens qui ont été consultés pour construire, co-construire cette réforme du baccalauréat et donc ça veut dire que bien sûr lorsque les choses changent, on a besoin d'explications, on a besoin d'être rassuré, mais si on pouvait éviter dans ce pays de pousser les jeunes, à d'abord se révolter avant qu'ensuite ils comprennent que les choses sont faites avec eux, 40.000 lycéens, ce n'est pas rien en consultation et surtout pour eux, quel est notre intérêt de faire en sorte que les bacheliers soient moins bien formés qu'avant. C'est la même chose qui s'est produite avec Parcoursup, on entend que ça fait aussi partie des revendications. On nous a dit Parcoursup, c'est plus d'inégalités sociales, Parcoursup les chiffres sont là, c'est plus 20 % de boursiers dans l'enseignement supérieur. Donc entre les fantasmes, les craintes, ceux qu'on pousse, ceux qu'on attise et puis la réalité des choses qui ont été co-construites, là aussi…

ARNAUD PONTUS
En tout cas, il faudra une réponse peut-être aussi de fermeté comme ça été le cas à Mantes-la-Jolie il y a quelques jours ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Il faut en réponse d'explications, d'écoute, les proviseurs sont sur le pont ; je tiens vraiment aussi à les remercier, enfin Jean-Michel BLANQUER le ferait probablement beaucoup mieux que moi, les professeurs principaux, les conseillers d'orientation, tout le monde est sur le pont et je crois que c'est très important que cet appel au calme, à l'explication vienne à la fois des parents, des personnels, des encadrants, des lycéens eux-mêmes, vous savez il y a des lycéens, ils ont envie d'aller au lycée et ils sont aussi très embêtés d'arriver devant leur lycée et puis de voir qu'il est bloqué.

ARNAUD PONTUS
Mais pour les autres, ceux qui vont semer la perturbation, vous dites il y aura encore de la fermeté, comme ça a été le cas l'autre jour, vous, vous n'avez pas été choquée par ces images, Frédérique VIDAL ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que là encore le ministre de l'Intérieur a rappelé la séquence des faits, lorsqu'on a des jeunes qui jettent des bouteilles de gaz ouvertes sur des barricades enflammées, il faut qu'on intervienne parce que bien sûr c'est… voilà ça doit être très difficile de voir son enfant arrêté, agenouillé etc.., je vous assure c'est beaucoup plus difficile de le voir mutilé ou tué.

ARNAUD PONTUS
Un dernier mot sur l'éducation, il y a l'augmentation aussi des droits d'inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires, pourquoi avoir augmenté de façon assez conséquentes quand même ces droits d'inscription ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors notre objectif, c'est vraiment d'accueillir plus d'étudiants internationaux, on voit que le nombre d'étudiants internationaux dans le monde va doubler et on voit que la France ne progresse pas sur ce sujet. Quand on se demande pourquoi, on voit que c'est lié à la qualité de l'accueil qui souvent fait défaut et à la complexité administrative. On a donc besoin d'avoir les moyens pour que tous les étudiants soient mieux accueillis et on estime que dans le monde il y a des étudiants qui peuvent participer parce que c'est un tiers du coût, participer au coût de leur formation. Donc l'idée, c'est de créer un système redistributif pour les étudiants extra-communautaires, ceux qui sont en capacité de payer, paieront et ça permettra d'améliorer l'accueil pour l'ensemble des étudiants. Donc c'est très important de voir cette proposition dans le contexte d'un doublement des étudiants internationaux.

ARNAUD PONTUS
Ce n'est pas un prélude à une hausse des droits d'inscription aussi pour tous, non ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, le Premier ministre a été très, très clair, il l'a dit devant l'Assemblée nationale, alors je sais que toutes ces paroles se valant aujourd'hui, un tweet valant un Premier ministre devant l'Assemblée nationale, c'est peut-être un peu difficile de faire le tri, mais voilà le Premier ministre l'a affirmé, je le redis ici très tranquillement, et d'ailleurs je vais prendre le décret qui fixe les droits d'inscription pour les étudiants nationaux et communautaires très tôt dans l'année, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté là-dessus. La encore on essaie de jouer sur des craintes, on raconte des choses qui sont fausses parce qu'on espère le chaos probablement.

ARNAUD PONTUS
C'est ça, c'est ce qui est recherché derrière. Il y a combien de facs bloquées ce matin ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y en a 5.

ARNAUD PONTUS
5 bloquées ?

FREDERIQUE VIDAL
Qui sont fermées actuellement.

ARNAUD PONTUS
Qui sont fermées, qui sont les facs de ?

FREDERIQUE VIDAL
Tolbiac, Nanterre, Rennes 2…

ARNAUD PONTUS
Comme l'an passé.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

ARNAUD PONTUS
Comme l'an passé lors du mouvement. Revenons à Emmanuel MACRON, alors est-ce que selon vous, ça va quand même permettre d'éteindre l'incendie des gilets jaunes, parce que ce matin on en a entendu beaucoup depuis 5 heures et demi sur Sud Radio et visiblement ils ne sont pas encore satisfaits ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors ce qui est très compliqué, on l'a vu depuis le début, c'est que les revendications sont multiples, elles varient d'un rond-point à l'autre, si je peux dire et que ce soit les députés, les ministres quand on se rend sur le terrain, quand on va leur parler, hier j'étais auprès d'un député qui me disait avoir récupéré 350 demandes différentes émanant des différents ronds-points qu'il avait visité. Donc c'est pour ça qu'il fallait une réponse rapide sur des choses qui étaient claires et qui avait été clairement exprimées par tous, c'était la taxe sur le carburant, c'était l'augmentation du prix de l'énergie, c'était les fins de mois difficiles pour les gens qui travaillent et qui ne s'en sortent pas bien qu'ils travaillent. Ca ce sont les réponses immédiates qui ont été apportées par le gouvernement, par le président hier soir en complément…

ARNAUD PONTUS
Pour ceux qui sont au SMIC, oui, mais pas les autres, ceux qui sont un petit peu au-dessus, ils disent la défiscalisation des heures supplémentaires ?

FREDERIQUE VIDAL
La défiscalisation des heures supplémentaires, je pense que ça touche beaucoup de monde, enfin moi je suis prof, enfin j'étais prof, je vois bien la différence que ça fait de faire des heures sup fiscalisées ou pas fiscalisées donc, en tout cas une première réponse immédiate et ensuite c'est tout l'objet des concertations qui vont se dérouler dans les deux prochains mois, c'est vraiment qu'on se mette autour de la table et on arrive à en sortir tous ensemble, parce que je crois que ce qui caractérise les gens qui sont sur ces ronds-points, contrairement aux casseurs, c'est que eux, ils aiment la France, ils aiment leur pays, ils ont envie qu'on avance ensemble, ce qui n'est pas le cas des casseurs qui vont saccagé des commerces et qui ne se rendent probablement pas compte que les commerces qu'ils saccagent, c'est aussi des gens qui travaillent derrière, c'est aussi des employés, c'est aussi des fins de mois qui vont être terribles en ces périodes de Noël, c'est des casseurs pour casser, c'est des voleurs aussi disons –le, ils ne cassent pas n'importe quelle vitrine, ils choisissent.

ARNAUD PONTUS
Oui bien sûr. Frédérique VIDAL, est-ce que ce mouvement des gilets jaunes va permettre peut-être au gouvernement de prendre conscience quand même justement un peu plus du terrain, de ne pas être déconnecté comme on le disait ? Alors peut-être pas chez tous les ministres, vous, vous êtes une ministre un peu de terrain, mais il y en a d'autres qui sont quand même beaucoup, beaucoup trop peut-être à Paris, avec une vision technocratique des choses, non ?

FREDERIQUE VIDAL
Je ne sais pas si ce gouvernement est plus ou moins technocratique les gouvernements précédents, ça c'est la première chose que je veux dire.

ARNAUD PONTUS
Bon alors tous les gouvernements sont technocratiques, c'est ce que vous voulez dire.

FREDERIQUE VIDAL
Moi, ce que je veux dire, c'est que ça fait 40 ans qu'effectivement on sent lorsque l'on est citoyen et lambda si je puis dire, moi ce que j'étais il y a encore 18 mois je n'avais que ma carte d'électeurs pour aller dire ce que je pensais. On a senti de plus en plus cette déconnexion se faire et d'autant plus quand on ne vivait pas à Paris ce qui était mon cas et donc je crois que c'est tout ça qui est en train de ressortir aussi, c'est important qu'on nous écoute. Moi, pourquoi est-ce que je prône la différenciation dans les universités, pourquoi est-ce que je dis chaque université doit porter la signature de son territoire ? C'est parce que je sais bien qu'entre une université Paris intra-muros et une université dans une ville moyenne dans une région, ça n'est pas la même réalité, donc c'est très important qu'on aille écouter cette réalité qu'on le fasse avec les maires au plus près du terrain. Et pourquoi avec les maires, parce que même les maires qui sont élus sont des étiquettes politiques, leur travail, c'est de s'occuper de leurs villes et très souvent on voit des maires qui sont d'étiquette politique différente…

ARNAUD PONTUS
Oui mais là il y avait, on ne se parlait plus, parce que les maires étaient sur le terrain et puis le gouvernement ne les écoutait pas. On ne les a pas écoutés suffisamment ces 18 derniers mois, non ?

FREDERIQUE VIDAL
Vous savez, c'était très compliqué parce qu'on a aussi eu un renouvellement à l'Assemblée nationale qui fait que les nouveaux parlementaires étaient des gens qui n'avaient pas de réseaux politiques, qui n'avaient jamais fait de politique avant, donc voilà c'est quelque chose que nous devons améliorer, c'est très, très clair.

ARNAUD PONTUS
Oui, le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui, vous êtes ministre de l'Innovation, hier le président MACRON a dit que les entreprises qui faisaient des bénéfices en France allaient être taxées dans l'Hexagone, est-ce que vous pensez qu'il faut taxer les GAFA ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui et d'ailleurs nous nous y travaillons activement depuis plusieurs mois et Bruno LE MAIRE a obtenu…

CECILE DE MENIBUS
Et ça va se faire ?

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr, bien sûr, nous nous sommes absolument déterminés à ce que l'on puisse taxer les GAFA, le niveau idéal étant le niveau européen et Bruno LE MAIRE y travaille tous les jours et toutes les semaines en conseil des ministres on entend les avancées sur ce dossier, c'est très important.

CECILE DE MENIBUS
C'est pour 2019 ?

FREDERIQUE VIDAL
On espère oui, les choses ont bien avancé ces dernières semaines.

CECILE DE MENIBUS
L'invité surprise.

INTERVENANT
Bonjour Madame la Ministre de l'Enseignement supérieur. Je m'appelle Toufik SEMOUN, lycéen dans l'enseignement inférieur de la Cité Kev ADAMS. Vous avez raison Madame, de condamner la violence de ces derniers jours parce que franchement la violence, ce n'est pas bien, ceux qui font ça, ils méritent qu'on leur explose leur face de batard. Voici ma question : après la vidéo des étudiants de Mantes-la-Jolie, mis à genou, les mains sur la tête par les keufs, est-ce que finalement la vidéo la plus choquante de ces dix derniers jours, ce n'est pas celle du président mis à genou par 67 millions de Français hier à 20h00 ? En gros c'est quand on est au pied du mur, qu'on prend, qu'on lâche du lest, non ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est une vraie question que vous me posez, parce que si c'est une vraie question, elle interroge sur la façon dont les choses sont perçues. Je crois qu'il ne faut pas rentrer dans ce jeu-là. L'objectif du président de la République, il l'a rappelé hier, c'est de faire que les Français se parlent, les Français se parlent à nouveau et que les Français co-construisent leur avenir. Et voilà moi j'ai toujours un tout petit peu de mal lorsqu'on manque de respect quelque part à une fonction. La fonction présidentielle dans la 5ème République, c'est une fonction qui est essentielle et c'est très important que nous puissions construire ensemble ce que nous voulons pour la France de demain et ça, ça ne passe pas forcément par des moqueries, même si elles peuvent être très drôles.

ARNAUD PONTUS
Merci Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation était l'invitée ce matin.

FREDERIQUE VIDAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2018

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