Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RFI le 11 décembre 2018, sur les mesures gouvernementales en faveur du pouvoir d'achat et sur la question migratoire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec RFI le 11 décembre 2018, sur les mesures gouvernementales en faveur du pouvoir d'achat et sur la question migratoire.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Emmanuel MACRON est donc intervenu hier soir pour tenter de répondre à la colère des gilets jaunes, les évènements de ces dernières semaines, a-t-il dit, ont profondément troublé la nation : « je ressens cette colère comme juste à beaucoup d'égards et elle peut-être notre chance ». Quatre mesures concrètes ont été annoncées par le président de la République : augmentation du SMIC de 100 euros par mois sans surcoût pour les entreprises, annulation de la hausse de la CSG pour les retraités qui gagnent moins de 2.000 euros par mois. Défiscalisation des heures supplémentaires et prime de fin d'année pour les entreprises qui voudront bien la verser défiscalisée. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour prendre ces mesures, alors qu'Emmanuel MACRON a dit hier soir, je le cite, c'est en pressentant cette crise que je me suis présenté à vos suffrages ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Très clairement je pense qu'il y a 18 mois cette campagne présidentielle que nous avons vécu les uns, les autres, elle montrait bien un certain nombre de préoccupations, et d'ailleurs le programme qu'Emmanuel MACRON a mis sur la table était un programme de ce point de vue-là ambitieux et sur la méthode qui voulait justement s'affranchir des clivages, mettre autour de la table des gens qui venaient d'horizons politiques très différentes pour agir de façon efficace et pragmatique.

FREDERIC RIVIERE
Alors c'est bien là aujourd'hui qu'il n'a pas été bon ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Aujourd'hui du coup on accélère le tempo, c'est-à-dire que par exemple sur le SMIC c'est une mesure qui était prévue, étalée sur le quinquennat, on la ramasse, on veut un impact immédiat au mois de janvier prochain. Et effectivement peut-être ce qui a pu décevoir certains des gilets jaunes ou d'autres, c'est de se dire finalement il y avait cette promesse de faire différemment, mais elle a peut-être été diluée par effectivement les petits artifices comptables, qui fait que par exemple la réforme de la taxe d'habitation, on l'étale sur 3 ans, et donc du coup l'impact est moindre. Mais pourtant le diagnostic qu'a posé Emmanuel MACRON, il était, je crois justement tout à fait en ligne et en phase avec la société telle qu'elle était, qui bouillonnait et les mesures qu'il avait …

FREDERIC RIVIERE
Alors si le diagnostic était bon …

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Préconisées étaient les bonnes aujourd'hui on accélère.

FREDERIC RIVIERE
Si le diagnostic était le bon, c'est que le traitement n'a pas été le bon parce que de deux choses l'une, ou il y a eu erreur sur le diagnostic, ou il y a eu erreur sur le traitement, sinon il n'y aurait pas eu cette crise sociale d'une pareille ampleur.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non je crois que vous l'avez dit le diagnostic était bon.

FREDERIC RIVIERE
Non c'est vous qui l'avait dit, je vous ai repris !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais vous dites soit le diagnostic était erroné, soit c'est le traitement. Je crois que le diagnostic était bon, je pense que peut-être le fait que les mesures mises en oeuvre parfois en étant étalées sur 2 ou 3 ans, du coup n'ont pas eu le caractère de lisibilité et d'impact immédiat qui aurait donné aux Français cette impression d'aller dans le bon sens. Donc là aujourd'hui justement on en tire les conséquences, on y va franco parce que regardez c'est quand même assez massif ce que le président de la République a annoncé pour le mois de janvier sur le SMIC, c'est un 13ème mois quand on fait 100 euros fois 12, donc ce n'est pas rien et c'est la prime au travail voilà. Nous ce qu'on veut c'est libérer les énergies et faire en sorte que chaque Français, chaque Française puisse être en situation de travailler parce que c'est ça aussi notre drame, c'est d'avoir un chômage structurellement plus élevé qu'en Europe, et donc nous on veut que chacun puisse vraiment avoir la chance de se réaliser dans sa vie et ça commence, ça commence dès l'école avec le dédoublement des classes de CP par exemple, pour que chacun ait la chance de maîtriser les savoirs fondamentaux qui lui donneront sa chance plus tard.

FREDERIC RIVIERE
Alors le coût de ces mesures est estimé à une dizaine de milliards d'euros, il va donc falloir les trouver ces 2 milliards d'euros. Est-ce que le président de la République pourrait demander à Bruxelles de pouvoir s'affranchir de la règle des 3 % de déficit ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors il se passe que l'année 2019, elle est particulière en ce sens que nous avons comptablement une double comptabilisation et du CICE et de la baisse de charges qui est amenée à prendre le relais du CICE, et donc quelque part aujourd'hui dans le déficit de 2,8 qui était prévisionnel, il y avait deux fois la comptabilisation d'un élément qui est pourtant le même. Et donc je pense qu'il y a là une marge de manoeuvre qui permet d'argumenter sur le fait que le ressaut dû à ces mesures sera tout à fait exceptionnel, parce qu'il est prévu dans la trajectoire qu'en 2020 on tombait à 1,6 % de mémoire de déficit. Donc on voit bien qu'il y a cette marge de manoeuvre …

FREDERIC RIVIERE
Donc pas besoin de dépasser les 3 % ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire c'est qu'il est probable que ces mesures peut-être nous amènent à tangenter ou a légèrement dépasser, mais encore une fois comme il y a eu une mesure qui est comptée deux fois pour des raisons comptables, je pense que ça laisse une marge de discussion…

FREDERIC RIVIERE
Mais est-ce que n'est pas l'occasion pour Emmanuel MACRON de peut-être desserrer ce carcan ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui mais encore une fois, vous savez, le président de la République il est très responsable et il le dit régulièrement, il n'y a pas 36.000 solutions, on ne peut pas financer sur les générations futures à l'excès les mesures d'aujourd'hui. Et donc il est important, je crois, tout simplement à la fois d'avoir un regard très acéré sur impôts, sur les dépenses et que naturellement bien chaque euro dépensé soit un euro utile. On a ce travail d'évaluation, de contrôle qui doit être fait sur chacun, sur nos finances.

FREDERIC RIVIERE
Arrêtons-nous un instant peut-être sur la dimension humaine du discours du président de la République hier soir : « il a pu m'arriver a-t-il dit de blesser certains d'entre vous par mes propos ». Est-ce que cette phrase annonce un changement d'attitude, une nouvelle manière d'être du président de la République ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En fait ce qui est, enfin pour moi qui le voit régulièrement …

FREDERIC RIVIERE
Mais tous ceux qui le connaissent bien disent qu'il est très empathique, il est proche des gens sauf que c'est absolument pas l'image qu'il donne en effet.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'image qu'en ont une partie des Français n'est pas l'image qui lui correspond.

FREDERIC RIVIERE
Oui mais il faut s'interroger quand on donne cette image.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et donc effectivement il est comme moi, c'est un quadra, il est cash dans ses propos. Il veut être compris et s'il y a eu des incompréhensions, je crois, qu'il a à coeur de les dissiper et donc faire cette déclaration est également preuve d'humilité voilà : « je n'ai pas été compris mais sachez que voilà ce qui me motive c'est le peuple français, c'est la France qu'il a au coeur ».

FREDERIC RIVIERE
Alors il n'a pas été question que de mesures sociales ou économiques hier soir, le président de la République a également parlé d'un malaise, je vais le citer : « face à une laïcité bousculée devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance et il a dit un peu plus tard je veux que nous abordions la question de l'identité et de l'immigration ». Est-ce que d'une certaine manière Emmanuel MACRON est en train d'annoncer un débat comme l'avait fait Nicolas SARKOZY en son temps sur l'identité nationale ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le débat, vous avez vu, il va donc concerner de nombreux objets, de nombreux thèmes, mais il a souhaité que ces sujets-là soient pris en compte. Et très clairement, on sent qu'il y a une inquiétude sourde chez les Français, ils se demandent si la France va rester maître de son destin. Si la France restera la France, voilà c'est ça l'interrogation que je peux sentir dans nombreux territoires. Mais pour revenir de Marrakech où était justement…

FREDERIC RIVIERE
Où vous avez été signé le pacte de Marrakech sur l'immigration.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors il ne s'agit pas d'une signature puisque c'est un document qui est endossé, qui est le fruit de négociations et j'ai vu combien un certain nombre de mensonges, de contre-vérités circulaient sur les réseaux sociaux et j'ai vu parfois dans les témoignages sur Internet des gilets jaunes qui relayaient cela. Et donc en fait c'est pour ça que je dis à Madame LE PEN et consorts…

FREDERIC RIVIERE
Oui vous avez dit qu'elle était la « troll en chef » !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Un appel à la responsabilité, on ne peut pas jouer avec ces sujets-là impunément parce que c'est semer la discorde nationale. Et nous ce que nous souhaitons c'est la concorde nationale, c'est faire en sorte qu'on puisse regarder…

FREDERIC RIVIERE
Elle n'est pas la seule à critiquer le pacte de Marrakech, Marine LE PEN.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et c'est pour ça que je disais et consorts !

FREDERIC RIVIERE
Il y a 9 pays qui se sont retirés du processus et il y en a 7 qui ont demandé un supplément d'informations.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui mais ce document que j'ai ici on peut en parler, il est tout simplement…

FREDERIC RIVIERE
Il nous reste 30 secondes donc ça va être…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Un cadre de travail qui permet de poser la responsabilité partagée. Ce n'est pas tout seul qu'on réglera le défi migratoire. On a besoin de travailler main dans la main, les Etats de destinations, les Etats de transites et les Etats d'origine, parce qu'encore une fois la seule vraie réponse, c'est dans la coopération, c'est dans le fait de regarder en face, ensemble les sujets et d'y apporter des réponses efficaces et pérennes dans le temps. C'est aussi le sens de notre augmentation de l'aide au développement pour créer les conditions du succès, de la réussite dans les Etats d'origine.

FREDERIC RIVIERE
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE, bonne journée.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2018

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