Déclaration de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, sur les crédits pour 2019 affectés aux principales missions du ministère de l'action et des comptes publics, au Sénat le 6 décembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, sur les crédits pour 2019 affectés aux principales missions du ministère de l'action et des comptes publics, au Sénat le 6 décembre 2018.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics

Circonstances : Discussion du projet de loi de finances pour 2019, au Sénat le 6 décembre 2018

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Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'action et des comptes publics. Madame la présidente, madame, messieurs les rapporteurs, mesdames, messieurs les sénateurs, en l'espace de quelques minutes, énormément de sujets ont été abordés concernant les crédits des principales missions assumées par le ministère de l'action et des comptes publics. Je vais m'efforcer non seulement de vous apporter des réponses, mais aussi de faire un point d'étape sur la transformation de l'action publique que nous entreprenons, notamment dans les deux grandes administrations à réseau phares de l'État que sont la DGFiP et la direction générale des douanes et des droits indirects, la DGDDI.

Voilà en effet un peu plus d'un an et demi, nous avons choisi de remettre à plat chaque mission d'action publique en partant des usages d'aujourd'hui et en questionnant l'efficacité de la dépense publique.

Sur le plan législatif, cette ambition s'est d'ores et déjà traduite par de nombreuses dispositions contenues dans plusieurs textes.

Je pense, bien entendu, à la loi ESSOC pour un État au service d'une société de confiance, qui comporte deux mesures essentielles au renouvellement de la relation entre l'usager et le service public, à savoir l'instauration du principe du « droit à l'erreur » et celle d'un référent unique comme interlocuteur d'un usager dans sa relation avec les services publics concernés. Nous avons récemment fait la démonstration de l'application de ce texte et de son esprit aux URSSAF, ces dernières étant peut-être l'administration la mieux connue de toutes les entreprises de France.

Je pense aussi à la clarification et à l'amélioration de la lisibilité de la politique fiscale que nous mettons en oeuvre dans les lois financières, à commencer par la suppression de plus d'une vingtaine de petites taxes. Je note, au passage, que votre assemblée a judicieusement fait le choix d'accompagner ce mouvement en proposant la suppression de deux taxes supplémentaires lors de l'examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2019. Vous aurez l'occasion de vous prononcer une nouvelle fois en faveur de la rationalisation de notre politique fiscale, en seconde partie, avec le transfert du recouvrement de certaines taxes de la DGDDI vers la DGFiP ; le but est de recentrer l'administration des douanes sur ses missions premières.

Nous avons en outre, avec Gérald Darmanin, engagé en février dernier une large consultation pour bâtir la fonction publique de demain. Dans quelques instants, nous examinerons un certain nombre d'amendements qui tendent à escamoter ce temps de concertation. Je pense notamment aux amendements qui tendent à instaurer trois jours de carence dans la fonction publique ou à effectuer des coupes massives dans les effectifs, en particulier ceux de la DGFiP, que certains d'entre vous prétendent, quant à eux, renforcer.

Au cours de cette concertation, nous avons identifié quatre leviers de transformation : la simplification du dialogue social, qui doit s'opérer en garantissant la couverture des droits ; le recours accru au contrat afin de donner davantage de liberté et de souplesse aux encadrants pour désigner leurs collaborateurs, tout en améliorant les conditions de recrutement et d'emploi des agents publics contractuels ; l'individualisation de la rémunération des agents publics ; enfin l'accompagnement renforcé des mobilités et des transitions professionnelles – nous devons anticiper l'évolution des métiers et des services qu'impliqueront les prochaines transformations, mieux former et mieux accompagner les agents.

Ces leviers n'épuisent pas les enjeux de modernisation du statut de la fonction publique, auquel nous sommes attachés, mais ils sont essentiels pour refonder le contrat social avec les agents publics. L'objectif du Gouvernement reste de soumettre au Parlement un projet de loi relatif à la fonction publique au cours du premier semestre de 2019.

Sur le plan opérationnel, de nombreuses réformes ont été lancées. Elles ne nous semblent pas répondre à la logique du rabot que deux de vos rapports spéciaux évoquent dans leurs conclusions.

Parmi ces réformes opérationnelles, je citerai le transfert à la DGFiP du recouvrement de l'essentiel de la fiscalité relevant de l'État. Comme je viens de l'indiquer, l'objectif est que la mission fiscale de la DGDDI soit concentrée sur la fiscalité proprement douanière. Ce mouvement s'inscrit dans une logique plus large d'unification du recouvrement pour les entreprises et les particuliers d'ici à la fin du quinquennat. Dans cet esprit, une agence unique de recouvrement pour la sphère de l'État et la sphère sociale pourra être constituée.

Je citerai également la mise en place, avec les collectivités territoriales, du compte financier unique, qui, se substituant à titre expérimental aux comptes administratifs et de gestion, devrait assurer une meilleure lisibilité, et donc un meilleur usage des crédits.

Je mentionnerai enfin l'expérimentation de l'agence comptable, qui traduit une évolution du principe de séparation de l'ordonnateur et du comptable, ainsi que l'objectif du « zéro espèces » dans l'administration d'ici à 2022. Ce dernier chantier est assorti d'un appel d'offres, afin que d'autres réseaux, comme La Poste ou les buralistes, puissent assurer, dans le cadre de conventions, la manipulation des espèces. Qu'il s'agisse du compte financier unique ou de l'agence comptable, la démarche est avant tout expérimentale.

J'en viens aux principales critiques ou interrogations formulées par la commission des finances du Sénat au travers de ses rapports spéciaux. Au fond, elles sont de trois ordres.

Premièrement, vous indiquez que la priorité donnée à la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales ne se retrouve ni dans les moyens ni dans les résultats du contrôle fiscal.

Mme Nathalie Goulet. Eh oui !

M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État. Je m'inscris en faux contre ce constat : tout d'abord, au sujet des moyens, permettez-moi de rappeler les deux textes adoptés cette année, la loi ESSOC et la loi relative à la lutte contre la fraude fiscale, qui transforment en profondeur la philosophie du contrôle fiscal.

La logique est double : d'une part, nous nous efforcerons de parvenir à des contrôles apaisés avec les contribuables de bonne foi, c'est-à-dire des contrôles mieux compris, plus rapides, plus précis, avec des procédures courtes, et donc in fine de meilleurs recouvrements ; d'autre part – ce volet est essentiel –, la loi relative à la lutte contre la fraude fiscale renforce les instruments de détection et de répréhension de la fraude. Je pense notamment à la création d'une police fiscale, à l'augmentation du montant des sanctions, à l'utilisation du name and shame et, bien sûr, à l'ouverture du verrou de Bercy.

Mme Nathalie Goulet. Ouverture minimale…

M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État. Au-delà des mesures contenues dans cette loi, la DGFiP exploite les nouvelles technologies à sa disposition, notamment le data mining et l'analyse-risque, pour améliorer la programmation du contrôle et ainsi mieux cibler les entreprises et les particuliers vérifiés.

Mesdames, messieurs les sénateurs, vous constaterez avec moi que la lutte contre la fraude constitue bien une priorité du Gouvernement, non pas seulement dans les paroles, mais bien dans les moyens.

Pour ce qui concerne les résultats du contrôle, il convient peut-être de prendre un peu de recul à l'égard des chiffres avancés. En effet, certains d'entre eux sont inexacts : le montant total des droits et pénalités notifiés en 2017 s'élève non pas à 13,5 milliards d'euros, mais à 16,6 milliards d'euros.

M. Thierry Carcenac, rapporteur spécial. Il faut comparer ce qui est comparable…

M. Olivier Dussopt, secrétaire d'État. Si l'on y ajoute les résultats du service de traitement des déclarations rectificatives, le STDR, soit 1,3 milliard d'euros en 2017, ce montant total s'élève même à 17,9 milliards d'euros.

Cela dit, il est vrai que les résultats ont baissé de 1,6 milliard d'euros depuis l'année dernière, ce qui représente un recul de 8,2 %. Plusieurs facteurs permettent de l'expliquer.

Tout d'abord, les résultats du contrôle fiscal fluctuent naturellement du fait des affaires exceptionnelles, qui sont plus ou moins nombreuses selon les années et représentent une large fraction des résultats nationaux du contrôle fiscal.

Ensuite, la fermeture du STDR, à la fin de l'année 2017, explique en partie la baisse des résultats, car les dossiers les plus importants ont été traités au début de son existence.

Enfin, les chiffres présentés au titre des années précédentes ne reflétaient pas forcément la réalité des résultats du contrôle : il a pu y avoir, par le passé, une tendance à pratiquer des redressements qui finissaient au contentieux sans donner lieu à aucun recouvrement. Cette pratique pouvait conduire à gonfler quelque peu artificiellement les chiffres présentés. Depuis 2017, nous nous efforçons au contraire de sincériser les résultats du contrôle fiscal, comme nous le faisons plus généralement pour le budget de la Nation. Nous préférons mettre en place un vrai plan de lutte contre la fraude, juste avec les contribuables de bonne foi et intransigeant avec les fraudeurs.

Deuxièmement, vous avancez que le pilotage « au rabot » et la réorganisation « à vue » du réseau ne seraient plus tenables, et vous insistez pour que la DGFiP se dote d'une stratégie pluriannuelle claire, élaborée en concertation avec les territoires. C'est précisément la raison pour laquelle une réorganisation territoriale des services est en cours d'élaboration, dans une logique de délocalisation des services centraux situés en région parisienne et de multiplication des points de contact avec les usagers, aux fins de renforcer la proximité du service public.

Compte tenu de la taille de ce réseau et de la complexité des enjeux associés, une préfiguration de ce que Gérald Darmanin et moi-même appelons la « déconcentration de proximité » sera mise en oeuvre dans sept départements pilotes avant d'être étendue à l'ensemble du territoire. Les parlementaires, les organisations syndicales et les élus locaux seront naturellement associés à ce travail.

Troisièmement, vous nous reprochez de ne pas anticiper suffisamment, d'un point de vue budgétaire, les bouleversements auxquels fait face l'administration fiscale, en particulier au regard des crédits informatiques. Or ces crédits sont, en réalité, en hausse de 15 millions d'euros depuis 2017. Je rappelle que cette hausse fait suite à la baisse continue qu'ont connue ces crédits entre 2015 et 2017.

Par ailleurs, comme vous le savez, le budget informatique sera complété en 2019 par une enveloppe de crédits dédiée au lancement du prélèvement à la source ; elle sera de 37 millions d'euros, dont 27 millions d'euros consacrés aux seules dépenses informatiques.

De la même manière, en 2019, une dotation de 20 millions d'euros sera débloquée afin de financer les projets participant à la transformation des services des ministères économiques et financiers. Elle constituera un levier d'impulsion de la transformation de ces ministères, en complément des projets de transformation relevant, eux, du fonds de transformation pour l'action publique. Ce fonds s'élèvera à 245 millions d'euros en 2019, dont 50 millions d'euros destinés au fonds d'accompagnement interministériel des ressources humaines et 7,2 millions d'euros au fonds pour l'accélération du financement des start-ups d'État.

Avant de conclure, je souhaite répondre plus particulièrement à deux questions qui m'ont été posées.

Tout d'abord, monsieur Carcenac, la société de valorisation foncière et immobilière, la SOVAFIM, fera bien évidemment l'objet d'un travail dans le cadre de la réforme de la politique immobilière de l'État. Nous avons la volonté de mieux louer les biens et, parfois, de céder ceux qui ne sont plus utiles. La SOVAFIM devra être incluse dans la réflexion sur l'ensemble des foncières et leur efficacité.

Ensuite, aux différents orateurs qui ont évoqué la réforme des retraites des fonctionnaires, j'indique que notre travail s'inscrit dans le cadre de la concertation menée par le haut-commissaire, M. Delevoye. Nous sommes conscients que les retraites des fonctionnaires soulèvent un certain nombre de difficultés et de questions particulières, s'agissant notamment de la règle des six derniers mois ou de l'intégration du régime indemnitaire dans l'assiette des cotisations. Pour que la réforme des retraites soit acceptable et contribue à instaurer plus d'équité, plus d'égalité et plus de transparence, dans la fonction publique comme dans le secteur privé, il faut se donner le temps de travailler sur ces sujets. Nous avons la volonté d'harmoniser le système des retraites à tous les niveaux, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche. – M. Marc Laménie applaudit également.)


source http://www.senat.fr, le 13 décembre 2018

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