Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec France Inter le 12 décembre 2018, sur l'attentat à Strasbourg et sur la lutte contre le terrorisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec France Inter le 12 décembre 2018, sur l'attentat à Strasbourg et sur la lutte contre le terrorisme.

Personnalité, fonction : NUNEZ Laurent, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur;

ti :


NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME nous recevons ce matin le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, ancien patron de la DGSI, Laurent NUNEZ, bonjour.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous pouvez nous dire, pour commencer, quel est le dernier bilan de l'attaque d'hier soir à Strasbourg ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, pour l'instant le bilan, nous sommes à trois tués, trois personnes qui ont été tuées, donc huit blessés graves et cinq blessés légers, dernier bilan de la préfecture, qui a été donné par la préfecture ce matin.

LEA SALAME
Est-ce qu'un soldat figure bien parmi les blessés ?

LAURENT NUNEZ
Oui, un soldat a été légèrement blessé, puisque les soldats ont eu à faire feu contre cet assaillant.

LEA SALAME
Que pouvez-vous nous dire ce matin de la traque du tireur, l'agence Reuters annonce une intervention en cours autour de la cathédrale de Strasbourg, est-ce que vous la confirmez ?

LAURENT NUNEZ
Il n'y a pas d'intervention en cours, je viens de m'entretenir avec le ministre de l'Intérieur qui, comme vous le savez, est sur place, je ne confirme pas cette information, mais il y a effectivement une traque qui est en cours. D'abord revenir sur les faits, si vous le permettez. Hier soir un assaillant de 29 ans a tué trois personnes sur le marché de Noël de Strasbourg, alors que le marché allait fermer ses portes, donc en trois endroits distincts, et puis donc il a pris la fuite ensuite pour tenter de s'en prendre à des policiers qu'il a croisés sur sa route, sans qu'on sache vraiment s'il visait réellement ces policiers, en tout cas il a croisé leur route et il a fait feu. Je dois signaler qu'au moment de… sur la scène du marché de Noël, il a été pris, les militaires Sentinelle ont riposté, donc ils étaient présents sur le marché de Noël, dont la protection était assurée, donc ils ont fait feu sur lui, et donc ensuite il s'est enfui.

LEA SALAME
Il a été blessé ?

LAURENT NUNEZ
Il aurait été blessé selon certaines informations.

LEA SALAME
Où ?

LAURENT NUNEZ
Nous ne savons pas encore.

NICOLAS DEMORAND
On ne sait pas ?

LAURENT NUNEZ
Nous ne savons pas encore, mais il aurait été blessé.

NICOLAS DEMORAND
Et de quelles armes disposait-il ?

LAURENT NUNEZ
Nous ne connaissons pas la nature de l'arme qu'il a utilisée, mais beaucoup de témoins nous parlent d'arme de poing.

LEA SALAME
Est-ce qu'il y a une possibilité, à l'heure où nous parlons, qu'il ait quitté le territoire français, qu'il soit par exemple en Allemagne voisine ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, ça ne peut être exclu, mais ce que je tiens à dire c'est que bien évidemment, immédiatement, le bouclage des frontières a été assuré, de même qu'un bouclage « périmétrique » a été mis en place autour de la ville de Strasbourg, mais vous comprendrez que je ne peux pas en dire beaucoup plus parce que la traque de cet individu, au moment où on se parle, et là je reviens sur votre question, elle se poursuit bien sûr.

NICOLAS DEMORAND
Et elle est, j'imagine, particulièrement difficile dans une zone aussi étendue.

LAURENT NUNEZ
Oui, c'est une zone étendue, cette traque est difficile, elle porte sur deux… il y a deux actions qui sont en cours, la première, une action de voie publique des forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur a annoncé hier que c'était 350 fonctionnaires et militaires qui étaient mobilisés, qui seront renforcés dans la journée. Et puis il y a aussi les investigations judiciaires qui sont menées par le Parquet de Paris, et qui portent sur son environnement, son entourage, voilà, mais je ne peux vraiment pas en dire plus car la traque est en cours et priorité, vraiment, à la recherche de cet assaillant.

LEA SALAME
Bien sûr. Laurent NUNEZ, est-ce qu'on est sûr, à cette heure, qu'il avait une motivation terroriste ?

LAURENT NUNEZ
Je ne peux pas l'affirmer, c'était quelqu'un qui a un profil de… c'est un individu connu, ce qu'on appelle dans notre jargon, en droit commun, c'est-à-dire qu'il était connu pour beaucoup de délits, autres que liés au terrorisme, il n'a même jamais été connu pour des délits liés au terrorisme. Il a un casier qui est assez important, donc il a fait plusieurs séjours en prison, et c'est à l'occasion de ses séjours en prison qu'a été détectée chez lui une radicalisation, mais dans la pratique religieuse, donc jamais de signes de passage à l'acte, et c'est à ce titre uniquement qu'il était suivi, de manière assez sérieuse, par les services de renseignement. Donc, il était suivi, mais comme beaucoup d'autres individus qui ont pu manifester une pratique radicale, religieuse, en détention. Donc, c'est pour cela qu'il faut être très prudent, la motivation terroriste de l'acte, au moment où on se parle, n'est pas encore établie, et moi j'invite d'ailleurs à la plus grande prudence là-dessus.

NICOLAS DEMORAND
Donc il faut faire attention pour parler d'attentat ?

LAURENT NUNEZ
Il faut encore être prudent pour parler d'attentat, mais, bon, c'est le Parquet antiterroriste qui s'est saisi, compte-tenu du mode opératoire, et donc seules les investigations judiciaires permettront d'infirmer ou de confirmer cette hypothèse, mais vraiment il faut être très très prudent. Beaucoup sont surpris par ce… j'entendais en venant rejoindre vos studios, le commentaire que faisait Marc TREVIDIC, qui connaît bien ces sujets, qui, voilà, on est un petit peu surpris par ce mode opératoire…

LEA SALAME
Qu'est-ce qui est surprenant dans ce mode opératoire ?

LAURENT NUNEZ
C'est un individu qui était radicalisé, encore une fois, parce qu'il tenait des propos apologiques ou prosélytes, tout simplement, c'est-à-dire qu'il incitait à la pratique de la religion sous une forme radicale, en prison, et rien ne permettait de détecter un passage à l'acte dans sa vie courante, voilà. Donc il faut vraiment être très très prudent sur ce dossier.

LEA SALAME
C'est toujours la question des signaux faibles, c'est-à-dire c'est très difficile de voir les signaux qui montrent qu'il y ait un passage à l'acte, c'est ça ?

LAURENT NUNEZ
Exactement, et donc, vraiment c'est un dossier sur lequel j'invite vraiment, vraiment, à la prudence.

NICOLAS DEMORAND
Factuellement, Laurent NUNEZ, confirmez-vous qu'il devait être interpellé hier matin par les gendarmes pour une affaire de droit commun ?

LAURENT NUNEZ
Oui, alors ça je parle aussi un peu sous le contrôle des autorités bien sûr, du pouvoir judiciaire, mais je confirme effectivement qu'une opération a été organisée hier matin pour procéder à son interpellation, comme d'autres, dans une affaire de pur droit commun, qui était une tentative d'homicide, mais vraiment on est dans un cadre de droit commun, et c'était hier matin.

LEA SALAME
On reste prudent, mais est-ce que cette perquisition, hier matin, a pu être le facteur déclenchant du passage à l'acte le soir au marché de Noël ?

LAURENT NUNEZ
C'est une hypothèse, parmi d'autres, c'est une hypothèse parmi d'autres, mais voilà, encore une fois, il faut bien que vos auditeurs comprennent que cet individu il évoluait dans un milieu de délinquance de droit commun, même s'il était effectivement signalé au titre de la radicalisation. Mais vous savez que nous suivons énormément d'individus qui sont signalés, et le fait d'être inscrit au FSPRT, au fichier, pardon, de suivi des personnes radicalisées, de faire l'objet d'une fiche S de renseignement, qui vise à tracer le parcours des individus, il ne s'agit pas absolument pas de les interpeller, mais de tracer leur parcours sur le territoire national, le fait qu'il soit à ce fichier ou qu'il fasse l'objet d'une fiche de renseignement S, ne préjuge absolument pas de son degré de dangerosité.

NICOLAS DEMORAND
Confirmez-vous que trois de ses proches ont également été interpellés ?

LAURENT NUNEZ
Alors c'est un peu plus que trois de ses proches, mais dans le cadre de l'opération d'hier matin ce sont cinq personnes qui ont été interpellées.

LEA SALAME
Est-ce qu'aujourd'hui on peut dire qu'il a agi seul ou qu'il a des complices, ou c'est encore trop tôt ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, c'est vraiment trop tôt…

LEA SALAME
Nous on pose les questions, vous nous dites ce que vous pouvez nous dire à cette heure.

LAURENT NUNEZ
Ce que je peux vous dire c'est que les personnes qui ont été interpellées, que vos auditeurs comprennent bien, qu'il n'y ait pas de confusion, les personnes qui ont été interpellés hier matin c'est dans le cadre d'une affaire de droit commun, c'est-à-dire une affaire de tentative d'homicide, et ça n'a rien à voir avec l'action qu'il a menée ensuite.

LEA SALAME
Laurent NUNEZ, est-ce que vous pouvez nous dire combien il y a de personnes fichées S ce matin, en France ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, les personnes qui sont suivies, qui sont inscrites au fichier de la radicalisation, c'est plus de 20.000 personnes, dont 11 à 12.000 font l'objet d'un suivi actif, mais qui est variable en fonction du degré de dangerosité. Encore une fois, il faut être très prudent, l'ensemble des individus fichés n'offre pas le même degré de dangerosité, donc…

LEA SALAME
Mais lui il était suivi particulièrement ?

LAURENT NUNEZ
Lui était suivi, il était suivi compte tenu de ce que nous connaissions de cet individu, donc on a pu… voilà, il faisait l'objet d'un suivi actif, donc avec des mesures, dont je ne peux parler bien évidemment à cette antenne, ce sont des mesures extrêmement confidentielles, il était effectivement, il faisait l'objet d'un suivi.

LEA SALAME
Depuis sa sortie de prison en 2015, vous nous confirmez qu'il est sorti de prison en 2015 ?

LAURENT NUNEZ
Depuis de sa sortie de prison… oui, oui, fin 2015.

NICOLAS DEMORAND
Quel est l'état de la menace terroriste au moment où on parle, combien d'attentats déjoués notamment, depuis le dernier en date, qui était au mois de mai dans le quartier de l'Opéra à Paris ?

LAURENT NUNEZ
Alors, je n'ai pas le nombre d'attentats déjoués précisément depuis mai dernier, ce que je peux vous dire c'est qu'on est à 55 attentats déjoués depuis la fin de l'année 2013, une quinzaine depuis le début de l'année dernière. Les services de renseignement travaillent, ils font un travail remarquable, on déjoue énormément d'attentats, ça il faut, et je vous remercie d'ailleurs de me donner l'occasion de le rappeler, c'est un travail formidable qui est fait. Et quant à l'état de la menace, l'état de la menace, ça reste une menace endogène, avec des individus qui peuvent passer à l'action parce qu'ils accèdent à la propagande de Daesh, parce qu'ils sont incités par d'autres à le faire. Au cas d'espèce, nous n'avons, à ce moment où on se parle, aucun élément qui laisse à penser qu'on soit dans ce cas-là, c'est pour ça que nous sommes très prudents sur ce dossier, mais l'état de la menace reste très élevé, notamment à l'approche de cette période de Noël, nous n'avons de cesse de le répéter avec le ministre de l'Intérieur, tous les dispositifs de surveillance ont été reconduits, et, avec l'annonce qu'a faite le ministre de l'Intérieur hier soir, annonce actée…

LEA SALAME
On passe en « urgence attentat », c'est ça ?

LAURENT NUNEZ
Annonce actée en cellule interministérielle de crise, présidée par le président de la République hier soir, on passe en « urgence attentat »…

LEA SALAME
Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?

LAURENT NUNEZ
Alors « urgence attentat » ça veut dire que nous sommes en Vigipirate renforcé, ça veut dire qu'il y a des mesures de surveillance sur l'ensemble du territoire, et quand on passe en « urgence attentat » c'est parce que se produit un fait grave, c'était le cas hier, ou une menace grave, qui fait qu'on renforce un certain nombre de mesures, et là, très concrètement, le dispositif militaire Sentinelle va être augmenté dans les 24 heures, on va avoir plus de militaires présents sur le territoire…

LEA SALAME
Combien ?

LAURENT NUNEZ
Le chiffre n'est pas fixé, on va le fixer dans la journée, il y a un Conseil de défense qui va se tenir à la mi-journée, on renforce les contrôles aux frontières, c'est l'autre mesure de ce passage en « urgence attentat », on assurera une sécurité renforcée sur les marchés de Noël sur l'ensemble du territoire national, et puis il y aura, et ça c'est une décision qui a été prise, dans ce cadre-là, par le préfet compétent, de Strasbourg, une interdiction des manifestations sur Strasbourg aujourd'hui.

NICOLAS DEMORAND
Une dernière question et puis on va venir à cette question des manifestations, est-ce que vous redoutez des actions mimétiques, comme on le dit ?

LAURENT NUNEZ
C'est toujours le risque dans ce genre de cas, même si, encore une fois, il faut être prudent sur le caractère terroriste de cette action, bien évidemment on craint toujours des actions mimétiques, et puis on le sait depuis maintenant plusieurs années, chaque fois qu'on arrive aux périodes de fin d'année, aux fêtes de Noël, la menace est élevée, donc forcément notre niveau de vigilance il doit être adapté, c'est ce que nous faisons, et passer en « urgence attentat » va permettre de renforcer encore cette vigilance.

LEA SALAME
Et est-ce que passer en « urgence attentat » veut dire que vous interdisez toute forme de manifestations demain, après-demain et notamment samedi, et là on passe à la question des Gilets jaunes ?

LAURENT NUNEZ
Non, non, nous n'en sommes pas là, donc la mesure qui a été prise c'est l'interdiction des manifestations à Strasbourg uniquement, aujourd'hui, pour l'instant nous n'en sommes pas là.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous demandez aux Gilets jaunes de ne pas manifester désormais, dans ce nouveau contexte ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, nous demandons aux Gilets jaunes de manifester en déclarant leurs manifestations, et ça depuis le début du mouvement, puisqu'on a vu qu'il y a eu de nombreux débordements, qui sont liés à cette absence de déclaration, qui nous empêche d'encadrer correctement ces manifestations, et d'une manière générale nous demandons aux Gilets jaunes de s'inscrire dans la phase de concertation et de dialogue qui s'est ouverte, et notamment après les annonces du président de la République.

NICOLAS DEMORAND
Mais là le contexte a substantiellement changé, non ?

LAURENT NUNEZ
Le contexte a substantiellement changé bien évidemment, mais cette menace elle existait déjà, nous l'avions rappelée à de nombreuses reprises. Je rappelle quand même que nous interpellons le 13 novembre, et c'est la sous-direction antiterroriste de la Direction centrale de la Police judiciaire qui réalise cette opération, nous interpellons un groupe d'individus qui projetait de passer à l'action le 17 novembre, profitant de la journée d'action des Gilets jaunes, sachant que les forces de l'ordre allaient être mobilisées par cette journée, ce groupe voulait frapper ce jour-là, donc la menace elle a toujours existé et elle est toujours là.

LEA SALAME
On sait que les policiers sont fatigués, sont épuisés par ces dernières semaines de mobilisation, est-ce que vous êtes prêt, aujourd'hui, à envoyer tout un contingent pour protéger les différentes villes si jamais il y a un acte V des Gilets jaunes samedi ?

LAURENT NUNEZ
Nous nous y préparons, bien évidemment, on a démontré par la gestion de l'acte IV, qui a été très compliqué, avec de nombreuses violences partout en France, que les policiers, surtout, ont démontré, les 89.000 policiers et gendarmes mobilisés sur le territoire ont démontré qu'ils étaient prêts à faire face à ces manifestations, et surtout à leurs débordements, avec de nombreuses violences, avec des casseurs qui sont présents dans leurs rangs, parfois des militants ultra. Donc oui, nous sommes prêts, comme nous l'avons été samedi dernier, à être extrêmement mobiles, à procéder à de nombreuses interpellations…

LEA SALAME
Il y aurait 89.000 hommes qui seraient mobilisés samedi prochain s'il y avait une nouvelle manifestation ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, très honnêtement, je ne peux pas répondre à cette question parce qu'on espère quand même qu'avec les annonces qui ont été faites, les ouvertures qui sont faites, cette phase de dialogue qui doit s'ouvrir, on espère quand même que les appels à manifester seront beaucoup moins suivis, voire n'existeront plus, très honnêtement. Il y a une revendication, elle s'est exprimée, elle a été entendue à un moment il faut qu'on retrouve une forme de normalité. Donc, je ne sais pas, au moment où on se parle, répondre à la question que vous me posez de savoir le dispositif qu'on mettrait en place samedi. J'espère bien qu'on n'aura pas à mobiliser autant d'hommes, tout simplement parce qu'il y aura une responsabilité générale dans le pays qui fera qu'on aura un peu moins de manifestations, voire même beaucoup moins.

NICOLAS DEMORAND
L'AFP cite ce matin, dans différentes dépêches, des Gilets jaunes pour lesquels cette attaque est « une manipulation de l'Etat », je cite l'expression, manipulation de l'Etat pour nuire à la mobilisation de ces Gilets jaunes. Que répondez-vous à cela ?

LAURENT NUNEZ
Je suis franchement indigné par ça, comment peut-on dire des choses pareilles ? il y a quelqu'un qui a, un assaillant qui a tué trois personnes hier soir à Strasbourg, qui en a blessé gravement d'autres, vous savez il y a des personnes qui sont entre la vie et la mort au moment où on se parle, notamment parmi ces blessés graves il y en a deux qui luttent pour la vie, et je ne comprends pas comment on peut s'imaginer à ce point… enfin, il faut nommer les choses, on est clairement dans les thèses complotistes, on avait du d'ailleurs à d'autres occasions, dans d'autres tweets, d'autres expressions du mouvement des Gilets jaunes, que parfois les thèses complotistes florissaient dans leurs rangs, on en a une nouvelle démonstration s'il le fallait, mais c'est indigne de pouvoir imaginer ça, franchement c'est indigne.

LEA SALAME
Marine LE PEN ce matin dit « tout n'est pas fait contre le fondamentalisme », elle demande l'expulsion des fichés S étrangers, ça ce n'est pas le cas de l'assaillant de Strasbourg, qu'est-ce que vous lui répondez, « tout n'est pas fait contre le fondamentalisme » ?

LAURENT NUNEZ
C'est faux, c'est faux. Depuis 2015 beaucoup a été fait en matière de lutte antiterroriste, le président MACRON, dès qu'il a accédé au pouvoir, a souhaité qu'il y ait une meilleure coopération entre l'ensemble des services de renseignement, c'est d'ailleurs dans ce cadre, à l'époque, quand j'étais haut fonctionnaire, que j'ai été nommé directeur général de la sécurité intérieure, il y a eu…

LEA SALAME
C'était en juin 2017.

LAURENT NUNEZ
En juin 2017, donc on a eu un renfort par ailleurs, renfort des moyens juridiques, avec une loi qui nous permet, la loi, la fameuse loi du 30 octobre 2017, qui nous permet d'agir, en police administrative, pour les préfets, renfort des moyens budgétaires, techniques, pour permettre aux services de renseignement de mieux suivre les individus, renfort des moyens humains, avec un plan de recrutement exceptionnel pour les services de renseignement, à nouveau, vous savez que ce sont des services qui voient leurs effectifs augmenter, on ne peut dire que rien n'est fait, c'est totalement faux. Et quant à la mesure d'expulsion des fichés S, je rappelle que la fiche S est une fiche de renseignements, qui vise à suivre des individus, et donc à tracer leur parcours, et ça s'arrête là, l'expulsion n'aurait pas de sens.

LEA SALAME
Oui, mais vous n'échapperez pas à la question de l'éventuelle faille du renseignement dans ce cas, dans le cas de l'assaillant de Strasbourg, puisqu'il était fiché S, qu'il était suivi, et qu'il a pourtant pu passer à l'acte.

LAURENT NUNEZ
Si tant est que la motivation, effectivement, soit terroriste, pour autant peut-on parler de failles des services de renseignement, ce sont des individus qui sont suivis, je crois que, entre suivre un individu et expulser l'ensemble des fichés S il y a un monde, c'est le monde qui sépare l'exercice d'une action d'une police républicaine, qui s'inscrit dans le cadre des lois de la République, et une action qui serait beaucoup plus autoritaire, et à la limite de l'arbitraire. Encore une fois, la fiche S peut concerner des individus qui sont peu dangereux, et ça …uniquement à surveiller leurs mouvements et leurs déplacements sur le territoire, ce n'est pas un critère de dangerosité, nous n'avons de cesse de le rappeler, mais voilà, on rentre toujours dans des polémiques politiques.

LEA SALAME
Ça va mieux en le redisant.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 décembre 2018

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