Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Radio Classique le 14 décembre 2018, sur l'attentat terroriste de Strasbourg, les manifestations des "Gilets jaunes" et sur le budget militaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Radio Classique le 14 décembre 2018, sur l'attentat terroriste de Strasbourg, les manifestations des "Gilets jaunes" et sur le budget militaire.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , BLANC Renaud .

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
RENAUD BLANC
Nous accueillons Florence PARLY, Ministre des Armées. Bonjour Madame, merci d'avoir accepté notre invitation ; interview dans quelques minutes mais auparavant, Guillaume TABARD et l'édito politique. (…) Re-bonjour, Florence PARLY, Ministre des Armées. Chérif CHEKATT a été abattu hier soir vers vingt-et-une heures après quarante-huit heures de traque. Quel est le sentiment de la Ministre des Armées après la mort de cet homme ?

FLORENCE PARLY, MINISTRE DES ARMEES
Tout d'abord, un sentiment d'immense tristesse parce qu'il nous faut d'abord songer aux personnes qui ont péri dans cet attentat ou blessées, qui sont encore pour certains entre la vie et la mort, à leurs familles, à l'angoisse que tout cela a provoqué non seulement auprès de la population strasbourgeoise mais, bien au-delà, dans la France entière. Et puis bien sûr, au-delà de cette immense émotion, la satisfaction de voir que les forces de l'ordre, les forces de sécurité intérieure avec l'appui des militaires ont pu finalement arrêter, en tout cas les policiers ont pu arrêter hier ce terroriste. C'est donc une traque qui se termine et je crois qu'il faut en féliciter les forces de police. Donc beaucoup de - comment dire - de gravité face à cet attentat terroriste. J'ai malheureusement souvent eu l'occasion de dire que la menace terroriste n'avait pas faibli dans notre pays ; nous en avons eu une illustration supplémentaire tout à fait dramatique cette semaine et nous avons pu vérifier aussi que le dispositif de maintien de la sécurité était, je le crois, aussi efficace que possible sachant que c'est très difficile. Evidemment c'est très difficile, surtout dans cette période de préparation des fêtes de Noël avec des nombreux marchés de Noël un peu dispersés dans la France entière ; c'est complexe.

RENAUD BLANC
Certains spécialistes, je pense par exemple à Roger MARION qui était sur notre antenne hier, ex-patron de l'antiterrorisme, parle de raté. C'est vrai que le terroriste a pu se rendre sur le marché de Noël avec une arme, les policiers n'ont pas pu l'arrêter le mardi matin, les militaires l'ont blessé mais ne l'ont pas neutralisé. Est-ce que vous parleriez vous aussi de raté ?

FLORENCE PARLY
Je pense que la seule chose qui compte, c'est que ce terroriste ait finalement été identifié, retrouvé et neutralisé comme je le disais à l'instant. Nous vivons dans un pays de liberté pour lesquelles des mesures de protection ont été prises mois après mois, année après année, au fur et à mesure que la menace terroriste se précisait. Je crois qu'aujourd'hui l'arsenal et les dispositions de protection sont très importants. Le marché de Noël de Strasbourg était un marché dont l'accès était filtré. Alors la sûreté à 100 %, c'est très difficile à organiser mais ce que je veux dire, c'est que les forces de sécurité qui étaient présentes, et elles étaient nombreuses sur le marché de Strasbourg, ont parfaitement réagi. Le groupe des militaires Sentinelle qui a été le premier au contact du terroriste a immédiatement…

RENAUD BLANC
Qui l'a blessé.

FLORENCE PARLY
A immédiatement riposté dans un environnement que ni vous ni moi ne pouvons parfaitement redéfinir. Il y avait une foule, il n'y a pas eu de victimes collatérales à ma connaissance. Tout ça est extrêmement complexe et je crois qu'il faut vraiment féliciter l'extrême professionnalisme de tous ceux qui contribuent à la protection des Français.

RENAUD BLANC
Sur la question des fichés S, à chaque attentat on a la même polémique : expulsion des fichés S étrangers par exemple qui est demandée par une partie de la droite. Est-ce que ça c'est possible ?

FLORENCE PARLY
Mais je ne redirai jamais assez que le fichier S, c'est un fichier qui permet de suivre des personnes dont on pense qu'elles sont susceptibles de commettre des actes répréhensibles mais qui n'en ont pas commis. Donc nous sommes en France, dans un pays de liberté dans lequel on ne peut pas - et je pense que c'est bien ainsi - arrête quelqu'un pour le seul motif qu'on pense qu'il va peut-être commettre quelque chose.

RENAUD BLANC
Donc on ne peut pas expulser un étranger - je parle d'un étranger – fiché S ?

FLORENCE PARLY
Etranger ou français.

RENAUD BLANC
Il y a quand même une différence.

FLORENCE PARLY
Bien, une différence…

RENAUD BLANC
Enorme.

FLORENCE PARLY
Nous sommes dans un Etat de droit.

RENAUD BLANC
Justement.

FLORENCE PARLY
Donc je pense que c'est un mauvais débat. C'est un débat qui, en fait, met en question les outils de lutte contre le terrorisme et au centre de ces outils il y a les outils de renseignement. Il faut avoir des dossiers de renseignement et on doit pouvoir garder pour nous-mêmes, c'est-à-dire nous les forces républicaines qui assurent la protection des Français, ces renseignements pour en faire le meilleur usage. Donc tout ce débat sur les étrangers, le fait de rendre publiques les données qui sont incluses dans le fichier S, est un mauvais débat. Donc je crois qu'il faut se féliciter que les services de renseignement aient réussi à environner la personne, c'est-à-dire bien la comprendre, bien la décrire, la situer dans son environnement et finalement, en l'espace de quelques heures, arriver à son arrestation et sa neutralisation.

RENAUD BLANC
Sur la question des Gilets jaunes, Florence PARLY, est-ce que vous les appelez à ne pas manifester samedi pour ce qu'on appelle l'acte V ?

FLORENCE PARLY
Moi je voudrais rappeler, comme je viens de le dire, que nous vivons dans un Etat de droit dans lequel le droit de manifester est un droit imprescriptible, c'est une grande conquête républicaine. Le Gouvernement n'a jusqu'à présent jamais interdit une quelconque manifestation.

RENAUD BLANC
Non, mais certains membres conseillent très fortement aux Gilets jaunes de ne pas manifester. J'avais envie d'avoir votre avis.

FLORENCE PARLY
Pour reprendre la maxime de MC Solaar : « Parfois, le contexte doit l'emporter sur le concept. »

RENAUD BLANC
Alors oui mais…

FLORENCE PARLY
Et le contexte, c'est de très nombreuses journées pendant lesquelles il y a eu beaucoup de violence, pendant lesquelles les forces de l'ordre ont été durement prises à partie, ont beaucoup donné pour la sécurité de nos concitoyens. Je pense surtout - surtout - que le Président de la République s'est exprimé lundi, qu'il a annoncé des mesures fortes pour répondre à des revendications, une expression de colère qui est montée pendant toutes ces semaines…

RENAUD BLANC
On va y revenir.

FLORENCE PARLY
Et il me semble donc que maintenant l'heure est au dialogue. Et donc au moment où ce dialogue s'ouvre et au moment où le Gouvernement va mettre en oeuvre les mesures que le Président de la République a annoncées, il me semble que le contexte n'est plus vraiment à la manifestation. Mais ce que je dis…

RENAUD BLANC
Mais Florence PARLY, pour dialoguer il faut être deux. Juste une toute petite question. Est-ce que vous êtes pour que… Imaginons que des manifestations se poursuivent, est-ce que vous souhaitez que l'armée puisse épauler les forces de l'ordre ou vous êtes résolument contre ?

FLORENCE PARLY
Mais chacun a son rôle à jouer. Les forces de sécurité intérieure sont chargées du maintien de l'ordre. Les forces de sécurité intérieure, c'est la police et la gendarmerie. Les militaires, ils ont une autre mission. Ils ont une mission de protection de notre territoire contre les intrusions extérieures, qu'il s'agisse des voies maritimes ou des voies aériennes. Ils ont une mission de protection des intérêts de la France. Ils ont une mission également dans le cadre de la lutte anti-terrorisme. Cette mission, elle peut s'exercer sur le territoire national d'où la présence de militaires dans nos rues, dans nos gares, dans nos aéroports qui, dans le cadre de l'opération Sentinelle, contribuent à la lutte anti-terroriste et leur présence sur des théâtres d'opérations extérieures comme ils le sont par exemple au Sahel où la force Barkhane traque le terrorisme, cette fois-ci à sa source. Donc chacun a sa place, chacun a sa mission et, bien entendu, la mission Sentinelle est là pour contribuer à la protection des Français mais dans le cadre de l'anti-terrorisme, et les soldats Sentinelle étaient présents à Strasbourg mais les militaires ne sont pas là pour faire du maintien de l'ordre.

RENAUD BLANC
Vous parliez d'Emmanuel MACRON et de son virage social, dix milliards d'euros à trouver ou à sortir. Vous avez été ministre du Budget entre 2000 et 2002. Le budget 2009 (sic) paraît déjà plombé. J'ai une question très directe : est-ce que le budget de la défense sera impacté par cette recherche de dix milliards d'euros ?

FLORENCE PARLY
Le budget de la défense, il a fait l'objet du vote d'une loi de programmation militaire…

RENAUD BLANC
Il est à 1,8, c'est ça, du PIB à peu près ?

FLORENCE PARLY
On est à 1,82 % du PIB aujourd'hui.

RENAUD BLANC
D'accord. Oui.

FLORENCE PARLY
Et cette loi de programmation militaire qui va commencer de s'appliquer au 1er janvier 2019 va porter l'effort de défense de notre pays à 2 % en 2025.

RENAUD BLANC
Donc pas d'impact ?

FLORENCE PARLY
La feuille de route, c'est la loi de programmation militaire. C'est une loi de programmation militaire qui vient d'être votée, donc c'est ça que nous allons mettre en oeuvre et je veillerai personnellement à ce qu'il ne manque aucun euro à cette loi de programmation militaire comme je veillerai à ce que les euros qui nous sont consentis soient des euros bien utilisés.

RENAUD BLANC
Voilà. Donc pas d'impact. Une dernière question. Certains Gilets jaunes réclamaient au Gouvernement Pierre de VILLIERS. Qu'en pense la Ministre des Armées ?

FLORENCE PARLY
Que l'imagination est au pouvoir.

RENAUD BLANC
Merci Florence PARLY d'avoir été mon invitée ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 décembre 2018

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