Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec Radio Classique le 14 décembre 2018, sur l'avenir de l'usine Ford de Blanquefort et sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, avec Radio Classique le 14 décembre 2018, sur l'avenir de l'usine Ford de Blanquefort et sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat.

Personnalité, fonction : PANNIER-RUNACHER Agnès.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances

ti :

DIMITRI PAVLENKO
Mon invitée ce matin, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances. Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Dimitri !

DIMITRI PAVLENKO
Plus spécifiquement en charge de l'industrie, donc mauvaise nouvelle hier à FORD refuse le plan de reprise formulée par le belge PUNCH POWER GLIDE pour son usine de boîte de vitesses qui est basée à Blanquefort en Gironde. C'est quand même un coup dur parce ça faisait des mois que le gouvernement, les syndicats travaillaient avec PUNCH pour bâtir ce plan de reprise et donc décision de FORD, réactions de colère, on a entendu de Bruno LE MAIRE hier devant le Sénat, la vôtre ce matin Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Réaction de colère partagée. Alors, je comprends Bruno LE MAIRE parce que lui ça fait plus d'un an qu'il travaille sur ce dossier. Moi, je suis arrivée au gouvernement il y a 8 semaines mais il s'est énormément engagé aux côtés des collectivités locales, aux côtés des salariés, vous l'avez dit, on a obtenu un accord de l'ensemble des représentants du personnel pour ce projet de reprise et FORD arrive en nous disant « non mais finalement pour l'intérêt des salariés » parce que c'est le sens de leur communiqué de presse, « dans l'intérêt des salariés, nous estimons que ce projet de reprise n'est pas à la hauteur et ce que nous leur proposons, c'est de fermer le site. » Donc ça a un côté un peu surréaliste !

DIMITRI PAVLENKO
Comment allez-vous réagir maintenant ? Quels sont les leviers que vous pouvez activer justement peut-être pour contraindre FORD de revenir sur sa décision ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors FORD, ils ont le sentiment d'avoir les mains propres parce qu'ils ont fait un plan social qui est assez généreux et c'est ce plan social dont la discussion arrive à échéance le 18 décembre mais nous, on n'est pas satisfait de cette situation, on pense que ce projet de reprise fait du sens, il porte sur 450, 400 salariés, donc on sauve la moitié des emplois et surtout on permet à l'usine de redémarrer. Qu'est-ce qui va se passer ? Bruno LE MAIRE dans les prochaines heures va avoir un contact avec le patron de FORD EUROPE …

DIMITRI PAVLENKO
Qui a refusé de le prendre au téléphone ? Il le disait, Bruno LE MAIRE, hier ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
FORD a essayé de jouer la montre mais maintenant que les choses sont sorties, il a effectivement un rendez-vous téléphonique avec FORD EUROPE parce que ça paraît difficile de ne pas prendre le ministre des Finances au téléphone et je pense que, avec l'appui de l'ensemble des collectivités locales, Bruno LE MAIRE va effectivement insister pour que cette décision soit revue.

DIMITRI PAVLENKO
Bon, ceci dit, FORD , ils sont en plan de restructuration au niveau mondial, il cherche des sites à fermer, Blanquefort semblait donc une cible un petit peu facile d'une certaine manière et puis FORD échaudé, il y avait le site devait être avait été cédé en 2009 et FORD avait dû réintégrer en 2011 ce site de Blanquefort suite à l'échec du repreneur, « chat échaudé craint l'eau froide ! »

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, c'est l'enjeu et c'est pour ça que dans la négociation qu'ont menée les services de Bercy, on a fait en sorte de donner tous les conforts juridiques pour que FORD soit dégagé de ce site, dégagé, je veux dire juridiquement et que du coup, le repreneur reprenne ses responsabilités et avec un accord des salariés. Et c'est pour ça que nous, on a le sentiment d'avoir rempli toutes les conditions que nous avait posées FORD et qu'on ne comprend pas aujourd'hui alors que point à point, on a répondu à chacune des questions posées par FORD, pourquoi in fine ils prennent cette décision et c'est de ça, qu'on va parler au patron de FORD EUROPE parce qu'on pense que à partir du moment où il nous avait fixé un cahier des charges et on l'a rempli, il doit aller jusqu'au bout de la décision.

DIMITRI PAVLENKO
Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, autres questions sur ce plan massif, c'est ainsi que l'a qualifié hier Edouard PHILIPPE devant le Sénat pour le pouvoir d'achat. Ça va prendre la forme d'un projet de loi qui va être présenté la semaine prochaine en Conseil des ministres ? Alors semble-t-il, on partait plutôt au début sur une option de révision du budget. Expliquez-nous un petit peu comment ça va s'articuler cette fin d'année parce qu'on voit que les agendas des deux Chambres est aussi extrêmement bousculé. Combien ça va coûter au final ? Semble-t-il les entreprises vont être mises à contribution a minima donc finalement, on ne renie pas les fondamentaux du macronisme d'une certaine manière, Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il n'est pas question de renier les fondamentaux du macronisme. Les fondamentaux du macronisme, c'est deux choses, c'est une première chose qui est que le travail paye mieux et je crois que les décisions vont dans ce sens et c'est une accélération notamment sur l'augmentation de la prime d'activité pour les personnes qui sont rémunérées au niveau du SMIC.

DIMITRI PAVLENKO
Ça, ce sera intégré dans le projet de loi présenté mercredi prochain ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, ça a vocation à être intégré dans le projet de loi et le deuxième fondamental du mécanisme, c'est de dire qu'il faut faire en sorte que l'économie crée de la richesse pour que cette richesse soit mieux redistribuée, c'est l'histoire de la taille du gâteau. Plus le gâteau est grand, plus ça sera possible de redistribuer des parts acceptables à tout le monde. Donc c'est toutes les mesures que nous avons prises pour faire fonctionner l'économie mieux et notamment en matière fiscale. Quand on nous parle de cadeau fiscal pour les entreprises, ce n'est pas le sujet. Pour les entreprises quand on fait en sorte qu'elles ont plus moins de charges, c'est pour qu'elles recrutent plus, pour qu'elles investissent plus et pour qu'elles créent plus de valeur.

DIMITRI PAVLENKO
Donc a priori il n'y aura pas de report du CICE, peut-être report de la baisse de charges sur les bas salaires, tout est prévu pour octobre prochain ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, on est en train de travailler sur un schéma, Bruno LE MAIRE l'a indiqué, je crois hier devant le Sénat. La première chose, c'est qu'il faut essayer d'être le plus proche possible des 3% du déficit public, pourquoi ? Pas parce que on a ces 3% sont magiques mais tout simplement parce que c'est ça qui fait que notre dette est plus ou moins chère et on préférerait que la charge de la dette, les intérêts qu'on paye sur cette dette, reste dans un niveau le plus limité possible. Donc ça, c'est premier élément. Deuxième élément, on travaille sur des mesures de réduction des dépenses publiques. Gérald DARMANIN, Bruno LE MAIRE sont engagés pour réfléchir à ces éléments-là. Troisième élément, on l'a annoncé, c'est la taxation des GAFA qui pourrait représenter un montant de l'ordre de 500 millions d'euros. Tout le sujet aujourd'hui, c'est de faire en sorte que les mesures pour le pouvoir d'achat soient crantées d'ici la fin de l'année et vous l'avez dit, le calendrier parlementaire est très serré, donc on va essayer de trouver les véhicules, je dirais, réglementaires, législatifs, les plus efficaces possibles et effectivement, de regarder l'aspect financement du plan dans les jours et les et les semaines qui viennent.

DIMITRI PAVLENKO
La prime exceptionnelle, donc semble-t-il est à peu près bordé, 1 000 euros ce sera défiscalisé, désocialisés jusqu'à 1 000 euros.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout fait.

DIMITRI PAVLENKO
Le reste, les entreprises font ce qu'elles veulent et pour ceux qui ne la toucheront pas, je pense aux salariés des PME qui n'auront forcément les moyens, aux fonctionnaires également, ils bénéficieront de la défiscalisation des heures supplémentaires l'an prochain, les fonctionnaires mais pas de la prime. Un geste de l'Etat est-il envisageable pour eux ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le message qu'on a envoyé aux entreprises, c'est de dire « profitez de ce moment où il y a des primes de fin d'année pour donner plus » et finalement vous voyez quand vous donnez par exemple 1 000 euros, ce n'est pas nécessairement le montant que vont donner toutes les entreprises mais c'est 1 000 euros qui vont aller directement dans la poche du salarié alors que avant lorsqu'on donnait 1 000 euros, en fait, 600 euros un peu près allaient dans la poche des salariés, donc il y avait une déperdition.

DIMITRI PAVLENKO
Mais pour les fonctionnaires ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est toujours le problème de l'équilibre du budget c'est-à-dire que et c'est là où il faut être un petit peu raisonnable, soit on baisse les taxes et on maîtrise la dépense publique, soit on ne maîtrise pas la dépense publique et on augmente les impôts et moi, j'entends une demande assez massive de non-augmentation des impôts. Après, un des enjeux sur lesquels nous, on a saisi les grandes entreprises parce que c'est les grandes entreprises qui ont la plus grande faculté à payer ces primes de fin d'année, c'est de ne pas penser seulement aux gens qui sont dans leurs entreprises, à leurs salariés mais de prendre aussi des mesures qui bénéficient à tous les Français. Je vous donne deux exemples. Premières mesures prises par les fédérations, par les banques, c'est de limiter les frais, donc pas d'augmentation des frais bancaires l'année prochaine et un plafond pour les incidents bancaires pour les plus modestes. Ça c'était très concret, c'est pour tous les Français. Autre exemple : TOTAL vient d'annoncer qu'il ne fermerait aucune station de service sur le territoire. Pourquoi c'est important ? Parce que c'est l'aménagement du territoire dans les zones rurales, le fait de chercher une station-service un peu partout et donc c'est ça qui change tout et les entreprises, nous les poussons à s'engager, à prendre ces mesures-là qui permettent de bénéficier à tout le monde, y compris les fonctionnaires.

DIMITRI PAVLENKO
Agnès PANNIER-RUNACHER, invitée de RADIO CLASSIQUE ce matin; merci à vous je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 décembre 2018

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