Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à BFM/TV le 18 décembre 2018, sur les écoles clandestines et la réforme du système scolaire en y intégrant des spécialités. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à BFM/TV le 18 décembre 2018, sur les écoles clandestines et la réforme du système scolaire en y intégrant des spécialités.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-Michel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse;

ti :


Jean-Jacques BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, est avec nous. Jean-Michel BLANQUER, est-il vrai qu'en ce moment un établissement scolaire clandestin musulman est en cours de fermeture ?

Jean-Michel BLANQUER
Oui, c'est d'ailleurs conforme à ce que j'avais dit à votre micro il y a quelques semaines et que j'ai dit à plusieurs reprises, c'est-à-dire qu'on travaillait, depuis que nous avons fait voter une loi en juillet, qui nous donne les outils juridiques pour pouvoir fermer une école qui n'est pas dans les normes, et notamment celles qui sont reliées à l'islamisme fondamentaliste, en l'occurrence salafiste, eh bien elles seront fermées. C'est le cas d'une école de Marseille, qui est fermée aujourd'hui même, dans le 14e arrondissement de Marseille, parce que tout simplement c'est une école clandestine, qui ne correspond pas aux normes que nous nous sommes fixées.

Jean-Jacques BOURDIN
Aujourd'hui vous fermez une école à Marseille, dans le 14e arrondissement, parce qu'elle est clandestine et parce qu'elle promeut le communautarisme islamiste ?

Jean-Michel BLANQUER
Oui, c'est ça, elle ne correspond pas aux règles que nous avons fixées depuis le mois de juillet dernier, vous savez que nous nous sommes donnés ce moyen juridique, désormais lorsqu'une école peut poser un problème, notamment du point de vue de l'ordre public, ou du point de vue du respect des règles de base de l'Education nationale, eh bien nous nous sommes mis en situation de pouvoir la fermer.

Jean-Jacques BOURDIN
Combien d'élèves dans cette école, vous savez ?

Jean-Michel BLANQUER
Là, en l'occurrence c'est, comme souvent, les écoles clandestines, c'est un petit nombre, donc c'est une bonne vingtaine d'élèves, mais qui eux-mêmes étaient déclarés comme étant… faisant l'objet d'une instruction à domicile, donc il y a eu un mensonge sur ce qui leur arrivait, et tous les matins ils étaient accompagnés dans ce lieu, qui ne ressemble pas à une école, qui est un groupe de salles, donc…

Jean-Jacques BOURDIN
D'autres écoles clandestines seront fermées ?

Jean-Michel BLANQUER
Oui, bien sûr. Ces enfants seront rescolarisés, dans des écoles publiques, leurs familles seront reçues, de façon à ce qu'il y ait une approche complète de ce qui se passe pour ces enfants, nous ne voulons pas que des enfants se fassent endoctriner, petits, de cette façon-là. C'est un phénomène de société que nous avions commencé à observer depuis que nous sommes arrivés en responsabilité, et il fallait faire un travail juridique, nous l'avons fait, ensuite un travail d'enquête, il a été fait, maintenant, conformément à ce que j'avais annoncé, nous agissons, et donc c'est la première. Ce n'est pas la dernière puisque nous en avons…

Jean-Jacques BOURDIN
Il y en aura d'autres ?

Jean-Michel BLANQUER
Il y en aura quelques autres, heureusement le phénomène n'est pas non plus immense…

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'on sait combien il y a d'écoles clandestines on a recensées ?

Jean-Michel BLANQUER
On arrive à en recenser quelques-unes, je ne donne pas le chiffre parce que, précisément, je veux être efficace, mais il y en a quelques autres, et donc…

Jean-Jacques BOURDIN
Qui seront fermées.

Jean-Michel BLANQUER
Qui seront fermées au cours des prochaines semaines. A chaque fois il faut réunir les éléments de preuves, il faut évidemment faire les choses sérieusement, dans le respect du droit, mais ce sera fait.

Jean-Jacques BOURDIN
Les derniers chiffres du communautarisme à l'école, vous les avez, de ces derniers mois ?

Jean-Michel BLANQUER
Vous savez, il y a deux sujets distincts là, il y a le sujet qu'on vient d'aborder, qui est celui des écoles clandestines, des écoles, disons hors contrat, et puis par ailleurs il y a le sujet du respect de la laïcité dans l'école publique. Donc là, vous savez, on avait installé des équipes laïcité dans chaque rectorat de France, pour intervenir, et puis on a installé une adresse d'appel pour les personnels, chaque fois qu'ils constatent une atteinte. Donc, je me suis engagé à faire un point chaque trimestre, c'est donc ce que je fais à la fin de ce trimestre, il y a eu 800 signalements, ça recouvre des faits qui peuvent être de nature très différente, des petits faits ou des grands faits, sur ces 800, 40 ont nécessité une intervention de nos équipes laïcité, et à chaque fois nous trouvons une solution. C'est-à-dire nous sortons de la situation de violation de règles de la laïcité qui a été constatée, et donc nous faisons, ce que nous avions annoncé là aussi, c'est-à-dire on montre que la République elle est à la fois ferme et sereine, sur ses deux pieds, pour répondre à ce type de problème.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'il y a une augmentation des signalements là, ces dernières semaines, ces derniers mois ?

Jean-Michel BLANQUER
Pas spécialement, mais c'est difficile à dire puisque ça ne fait que 6 mois que nous faisons cela, donc c'est réellement dans 1 an qu'on pourra faire la comparaison d'une année sur l'autre, donc, a priori…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais sur les derniers mois là ?

Jean-Michel BLANQUER
Sur deux trimestres on voit à peu près le même genre de phénomènes.

Jean-Jacques BOURDIN
Nous allons parler, avant d'entrer dans la réforme du baccalauréat et des études secondaires, études lycée, parlons des ronds-points, « ça suffit » dit le ministre CASTANER, l'occupation des ronds-points, mais ça suffit pourquoi ?

Jean-Michel BLANQUER
Ça paraît évident lorsque vous le dites, la réponse est dans la question, c'est-à-dire qu'il y a eu…

Jean-Jacques BOURDIN
Une occupation.

Jean-Michel BLANQUER
Il y a eu des réclamations, il y a eu une attente des citoyens, elle a été entendue, elle est importante…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous croyez qu'elle a été entendue, pas toujours !

Jean-Michel BLANQUER
Si, elle a été entendue, en plusieurs temps d'ailleurs, puisqu'il y a différentes mesures qui ont été annoncées, et notamment celles, tout récemment, du président de la République, et puis il y a la mesure de faire le grand débat national sur des grands thèmes structurants pour la société française, donc désormais, ce qu'il faut, c'est être organisé pour débattre, être organisé pour que surgisse, de la participation démocratique, quelque chose de substantiel. Et donc, c'est ces débats qui sont importants désormais, ce n'est pas l'occupation des ronds-points. Mais pour moi, ce qui me paraît très important, c'est que la France soit unie sur l'essentiel, et donc…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais il y a une solidarité sur ces ronds-points, il y a des rencontres sur ces ronds-points, il y a comme un espèce de destin commun.

Jean-Michel BLANQUER
Mais, je suis tout à fait d'accord avec vous, et je le salue d'ailleurs. Mais moi je… d'ailleurs, depuis qu'il y a eu les Gilets jaunes, je fais la part des choses, entre des choses qui sont, premièrement, des revendications qu'on peut parfaitement comprendre, deuxièmement, des modes de réunion qu'on peut tout à fait comprendre aussi, et puis d'autres choses qui relèvent de la violence, qui relèvent parfois aussi des excès de langage, donc il faut vraiment faire le distinguo. Une fois qu'on fait cette distinction, essayons de tirer du positif, faisons d'un mal un bien, et je pense que c'est possible, et c'est ce que le débat va permettre de faire. Et puis il y a ce que vous venez de dire, auquel j'adhère tout à fait, c'est-à-dire il y a une sorte de sociabilité qui s'est créée à ce moment-là, qui montre bien qu'on est dans des sociétés beaucoup trop individualistes, que le sujet il n'est d'ailleurs pas que matériel, il est dans nos manières de vivre, il est dans nos manières d'occuper nos territoires, avec de la souffrance parce qu'il n'y a pas de justice territoriale suffisamment, c'est tout ces enjeux-là qui sont derrière, et donc, finalement, les Français ont envie de se retrouver, autant qu'ils se retrouvent positivement pour construire plutôt que de se retrouver uniquement pour protester.

Jean-Jacques BOURDIN
Les territoires on va en parler à travers la réforme des lycées, mais vous avez rencontré les représentants de lycéens, c'était hier, les lycéens sont sortis dans la rue la semaine dernière, encore un peu cette semaine, beaucoup moins, mais vous êtes ferme. Là vous dites je ne céderai pas aux pressions de la rue.

Jean-Michel BLANQUER
Oui, je dis quelque chose d'assez simple en réalité, qui est assez cohérent avec ce que j'ai dit avant, c'est-à-dire ce qui est important c'est d'organiser une démocratie lycéenne, et c'est ce que nous faisons puisque vous avez des élus lycéens, dans chaque lycée, et ça c'est très bien, ces lycéens se constituent en comités académiques et ensuite deviennent un comité national. C'est ce comité que j'ai reçu hier, qui a travaillé toute la journée, c'était extrêmement intéressant, c'était très calme, et à la fois parfois critique, toujours constructif, pour aller de l'avant, c'est ça la démocratie qui fonctionne, ce n'est pas la loi de celui qui crie le plus fort. Donc c'est cela que j'ai voulu vraiment respecter, et donc hier nous avons fait des avancées, nous allons nous revoir avec ces lycéens, tout lycéen de France, au travers de ces élus, peut faire savoir sa façon de voir.

Jean-Jacques BOURDIN
Quelles étaient les contestations croisées hier ?

Jean-Michel BLANQUER
Il y a plus d'interrogations que de contestations.

Jean-Jacques BOURDIN
Sur quoi, sur la réforme du bac ?

Jean-Michel BLANQUER
Oui, sur la réforme du bac et sur l'ensemble aussi des choses qui peuvent environner le lycée, par exemple la question du climat scolaire est un sujet. Je vous donne un exemple, mais, les lycéens ont envie de participer plus à des grandes politiques qu'on mène, par exemple pour la lutte contre le harcèlement scolaire, eh bien ils ont envie d'être acteurs de cela, ils ont bien raison, et on va évidemment donner des suites à cela.

Jean-Jacques BOURDIN
Comment ?

Jean-Michel BLANQUER
Par exemple en faisant que les lycéens aient des formations en matière de médiation entre les autres, d'ailleurs ça leur sera utile toute leur vie.

Jean-Jacques BOURDIN
Que les lycéens soient formés pour…

Jean-Michel BLANQUER
Pour détecter un conflit…

Jean-Jacques BOURDIN
Essayer de jouer les médiateurs dans des conflits de harcèlement scolaire.

Jean-Michel BLANQUER
Par exemple, pour se responsabiliser, pour être des forces positives, plutôt que d'être passifs par rapport à des phénomènes qu'ils constatent quand il y a un élève qui est persécuté par d'autres, par exemple. Donc voyez, c'est ce type de choses, c'est très utile de faire…

Jean-Jacques BOURDIN
… des violences scolaires aussi ?

Jean-Michel BLANQUER
On va parler des violences scolaires, bien sûr, la question du climat scolaire, de façon générale, est très importante, et on réussira, sur ces sujets, à chaque fois qu'on réussit à impliquer tout le monde. Mais ensuite, sur la réforme du lycée, il y a des questions, mais il y a aussi des enthousiasmes, ne l'oublions pas. J'entendais votre reportage juste avant d'arriver, honnêtement j'étais scandalisé, c'est-à-dire que, ça se passait à Toulouse, je crois, on entendait un syndicaliste et un jeune qui étaient allés dans la rue, c'est toujours cette idée de vouloir faire peur, toujours donner l'idée d'interpréter négativement les choses…

Jean-Jacques BOURDIN
Il y a des interrogations !

Jean-Michel BLANQUER
Les interrogations sont normales…

Jean-Jacques BOURDIN
Les interrogations, on va entrer dans la réforme.

Jean-Michel BLANQUER
Mais toujours décrire les choses comme si on allait régresser au lieu de progresser, ça fait peur inutilement et ça engendre des cercles vicieux. Moi je suis là pour expliquer, cette réforme elle a été faite avec les lycéens, je rappelle qu'on les a consultés l'an dernier, il y a 40.000 qui ont participé, pour les lycéens, pour leur donner plus de choix, plus de liberté, plus d'avenir, et donc c'est cela maintenant qu'il faut…

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, remaniement de la scolarité au lycée, fini les séries L, ES, et S, en première…

Jean-Michel BLANQUER
En voie générale, bien sûr.

Jean-Jacques BOURDIN
En première, voilà, évidemment, en première. Un tronc commun, on est bien d'accord, plus trois spécialités parmi un choix de 12, c'est bien cela ?

Jean-Michel BLANQUER
Tout à fait.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est-à-dire que l'élève devra choisir trois spécialités. Alors, les 12, je vais les donner, je vais les donner les 12…

Jean-Michel BLANQUER
Très bien.

Jean-Jacques BOURDIN
Arts, écologie-agronomie-territoires, histoire-géo-sciences politiques, humanité-littérature-philosophie, langues-littératures étrangères, humanité-numérique-sciences informatiques, science et vie de la Terre, sciences de l'ingénierie, sciences économiques et sociales, physique-chimie et maths.

Jean-Michel BLANQUER
Tout à fait.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc, maths en option, en choix.

Jean-Michel BLANQUER
Oui, oui, tout à fait.

Jean-Jacques BOURDIN
Plus dans le tronc commun.

Jean-Michel BLANQUER
Alors, vous avez quand même un peu de maths dans le tronc commun parce que vous avez, dans le tronc commun, quelque chose qui s'appelle enseignement scientifique, et qui inclus des mathématiques…

Jean-Jacques BOURDIN
Combien d'heures ?

Jean-Michel BLANQUER
C'est 2 heures par semaine…

Jean-Jacques BOURDIN
Voilà.

Jean-Michel BLANQUER
Oui, mais aujourd'hui, les élèves qui choisissent L, et même ceux qui choisissent ES, se retrouvent avec, soit pas, soit peu de mathématiques, donc là, dans la lignée du rapport Villani d'ailleurs, Villani-Torossian, que nous avions fait il y a quelques mois, sur l'enseignement des mathématiques en France, puisqu'on a toute une stratégie pour cet enseignement, eh bien nous avons prévu une autre manière d'envisager les mathématiques dans notre pédagogie. Et donc, on sait bien qu'il y a des élèves, qui à l'âge de la première, ont une sorte de rejet des maths, à tort d'ailleurs, et donc il y a une autre manière de les enseigner qui sera dans cet enseignement commun, et puis pour ceux qui veulent approfondir les maths, il y a évidemment cet enseignement de spécialité, et on approfondira les maths beaucoup plus que par le passé, pour ceux qui le choisissent, et c'est un des éléments de l'esprit de cette réforme, c'est qu'on va vers ses envies, vers ses désirs, et puisque l'on va vers ses envies, eh bien on approfondie davantage, et donc on se prépare mieux pour le futur.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc on s'oriente mieux aussi.

Jean-Michel BLANQUER
Et donc on s'oriente mieux parce qu'on…

Jean-Jacques BOURDIN
En amont.

Jean-Michel BLANQUER
Parce qu'on y réfléchit dès l'amont, exactement. Plutôt que d'être, si vous voulez, dans un système…

Jean-Jacques BOURDIN
En faisant son choix.

Jean-Michel BLANQUER
Si je veux me résumer, plutôt que d'être dans un système de couloir avec des trous dans le couloir, où de temps en temps vous tombez, vous êtes dans un système beaucoup plus de passerelles, et beaucoup plus en continu.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est un lycée à la carte.

Jean-Michel BLANQUER
C'est, en partie un lycée à la carte, en partie seulement, puisque vous avez un bloc d'enseignement commun qui est quand même plus de la moitié des heures, mais pour le reste, effectivement, vous faites votre choix et ce choix vous permet de faire des combinaisons qui sont plus désirables.

Jean-Jacques BOURDIN
Très bien, le lycée à la carte, sauf que la carte ne sera pas la même si mon lycée se trouve dans une grande ville ou si mon lycée se trouve dans une zone rurale.

Jean-Michel BLANQUER
Eh bien justement, cette politique va nous permettre, parfois, de compenser des inégalités qui existent aujourd'hui, et qui existeront moins demain, c'est-à-dire que, là aussi j'entendais des craintes dans votre reportage, mais aujourd'hui…

Jean-Jacques BOURDIN
Elles sont justifiées ces craintes, non ?

Jean-Michel BLANQUER
Non, il est justifié de décrire le… aujourd'hui, de décrire demain, et de voir si demain est un progrès par rapport à aujourd'hui ou une régression. Je ne dis pas que tout sera parfait demain, je dis que dans chaque lycée de France la réforme apporte un progrès, et particulièrement ceux qui sont considérés comme défavorisés. Parce que aujourd'hui, ce qu'on entendait dans votre reportage, un petit lycée rural, ça existe, et c'est déjà le cas le fait qu'il n'offre pas toutes les spécialités, toutes les options, vous avez même des petits lycées qui n'ont pas S, ES et L… non seulement 2/3, voire 1/3, eh bien demain… il y en a 600 en France, sur 4400 qui correspondent à ce que je viens de dire, demain ils seront autour de 300 à ne pas avoir les sept spécialités, autrement dit on aura fait un progrès par rapport à ce qu'il y a…

Jean-Jacques BOURDIN
Résumons. Dans chaque lycée il y aura au moins sept spécialités.

Jean-Michel BLANQUER
Sauf que quelques très rares exceptions, parce qu'on est dans un tout petit lycée.

Jean-Jacques BOURDIN
Et là il y aura combien de spécialités proposées ?

Jean-Michel BLANQUER
Là ça peut être cinq ou six, mais si vous voulez…

Jean-Jacques BOURDIN
Et comment saurais-je, moi élève, ou parent d'élève, la spécialité proposée par le lycée de mon fils, ou mon lycée ?

Jean-Michel BLANQUER
Vous le savez cette semaine, puisque je me suis engagé à ce que cette semaine, la semaine dans laquelle nous nous trouvons, tous les lycées de France indiquent à tous les élèves, et à leurs familles, les spécialités présentes dans le lycée, et donc, ce qui va se passer dans l'immense majorité des cas c'est que vous avez les sept spécialités de base, et parfois une ou deux en plus, donc ça va être sept, huit ou neuf. Parfois, quand les lycées sont voisins, ils peuvent mutualiser des spécialités, mais ce qui est certain c'est que ça fait un choix beaucoup plus important, pour tous les lycéens de France, dans le nouveau système, par rapport au précédent, et d'ailleurs c'est souvent les élèves de première et de terminale, ceux qui ne vont pas bénéficier de la réforme, qui sont les plus tristes dans cette affaire, parce que eux ils ne vont pas l'avoir le bénéfice. Aujourd'hui, vous savez, un élève de seconde, dans la voie générale, parce qu'il faudrait parler aussi de la voie technologique et de la voie professionnelle, mais dans la voie générale, un élève de seconde, au lieu d'avoir un choix entre trois choses, trois voies, trois séries, S, ES et L, il va avoir le choix entre 20 à 30 combinaisons, puisque la combinaison des sept ou huit spécialités va donner un chiffre de ce type selon les établissements. C'est évidemment une richesse de choix, de possibilités. Je vous donne un exemple. Un élève qui veut devenir ingénieur du son, j'en voyais un hier, typiquement le choix qu'il va avoir envie de faire c'est maths, physique et arts, arts avec musique dans arts, eh bien voilà le genre de combinaison qui était impossible avant et qui va être possible maintenant.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc nous connaîtrons la liste des spécialités offertes par chaque lycée, on est bien d'accord ?

Jean-Michel BLANQUER
Cette semaine.

Jean-Jacques BOURDIN
Et le contrôle continu en terminale, c'est confirmé…

Jean-Michel BLANQUER
En première et terminale, oui.

Jean-Jacques BOURDIN
Première et terminale, qui corrigera ?

Jean-Michel BLANQUER
Pas votre professeur. La note du baccalauréat, dans le futur, est composée à 60 % du contrôle final, et à 40 % par le contrôle continu, sur ces 40 % vous en avez les trois quarts, donc 30 %, qui correspondent, en fait, grosso modo à ce qu'étaient les bacs blancs jusqu'à présent, mais qui sont anonymisés, avec des banques de sujet national de façon à garantir une objectivité de la correction et des sujets, et puis 10 %, donc un quart du contrôle continu, 10 % de la note d'ensemble, eh bien c'est vos bulletins, ce que vous avez réussi. Autrement dit, ce que nous encourageons, c'est d'en finir avec le bachotage, c'est d'avoir un travail tout au long de l'année, en première et en terminale, qui est récompensé en tant que tel. Donc c'est, plutôt que, vous voyez, d'être dans ce système où on faisait toujours tout un peu à la dernière minute, et puis à la fin on faisait des choix aussi à la dernière minute, eh bien avoir des choix qui se décident tout au long de l'année, en continu, en réfléchissant à son avenir, et en ayant des notes aussi qui correspondent au travail continu que l'on fournit, et puis, bien entendu, des épreuves terminales quand même parce que ça reste un examen final avec la solennité qui sied.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, des enseignants s'inquiètent en se disant on n'est pas suffisamment formé dans certaines matières qui vont être proposées aux lycéens, vous comprenez ces inquiétudes ?

Jean-Michel BLANQUER
A chaque fois que vous faite un changement, il y a de l'inquiétude, c'est bien normal, et donc je trouve ça normal, cette inquiétude ne m'inquiète pas, simplement il faut qu'elle ait des réponses. Donc nous avons, je vous donne un exemple, il y a une discipline nouvelle, vous l'avez citée tout à l'heure, elle est passionnante, c'est science informatique et numérique. Cette discipline c'est une valeur ajoutée complète par rapport à aujourd'hui puisqu'on devient pratiquement un des seuls pays au monde où vous avez une matière comme ça dès la classe mais une 1ère, donc pour un sujet fondamental dans notre époque c'est-à-dire le numérique, eh bien ça suppose un plan de formation des professeurs extrêmement volontariste, c'est ce que nous sommes en train de faire, c'est aussi pour ça qu'au début on ne l'aura pas dans tous les lycées mais c'est déjà un début de l'avoir dans un certain nombre de lycées en France pour le proposer aux élèves qui souvent sont passionnés par cette question. Il y aura le plan de formation qui va avec. Les professeurs, domaine par domaine, ont été associés via notamment leurs associations ou leurs organisations représentatives, dans l'élaboration des programmes. Aujourd'hui tout un chacun sur le site qui s'appelle Eduscol, peut voir les programmes que nous avons préparés pour les classes de seconde et de 1ère, et l'année prochaine pour la classe de terminale, et où on peut voir qu'il y a un approfondissement dans chacun des domaines et où on a pris en compte les critiques qui étaient faites sur les précédents programmes, de façon un petit peu à rehausser le niveau parce qu'une des idées derrière cette réforme c'est que puisque les élèves choisissent leur spécialité, là où leur note va compter le plus, eh bien ils vont pouvoir approfondir davantage, parce que ça leur plaît, et ça c'est très important.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc améliorer leur niveau.

Jean-Michel BLANQUER
Et donc l'améliorer. Vous savez j'ai deux objectifs dans toutes les réformes, c'est hausser le niveau général et la justice sociale, et comment l'un va avec l'autre, comment via la justice sociale nous haussons le niveau général et vice-versa. Quand on dédouble les classes de CP et de CE1, eh bien on fait de la justice sociale, on hausse le général. A la rentrée prochaine on fait tous les CE1 de REP, ce sera la dernière phase de la réforme, ça touchera 300 000 élèves par an.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'on peut envisager d'aller encore plus loin ?

Jean-Michel BLANQUER
Ça, ça ce sera un quinquennat après.

Jean-Jacques BOURDIN
Ah non, d'accord.

Jean-Michel BLANQUER
Pour ce quinquennat c'est déjà formidable de stabiliser à 300 000 élèves par an, une mesure de justice sociale fondamentale.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, il faut le les moyens pour cela.

Jean-Michel BLANQUER
Les moyens et puis de l'humain aussi.

Jean-Jacques BOURDIN
…pour notamment rémunérer les enseignants. Chaque fois que vous venez, je vous pose la question : les enseignants sont mal payés en France, on le sait, est-ce que vous prévoyez d'augmenter le nombre d'heures supplémentaires ?

Jean-Michel BLANQUER
Oui et je vous l'ai dit effectivement dans une précédente émission, c'est-à-dire que dans mes premières priorités il y a le pouvoir d'achat des professeurs, ce pouvoir d'achat est il passe par différentes choses notamment celui des mesures sur l'ensemble du quinquennat de revalorisation du salaire, ça représente à peu près 1 000 € de plus par an pour un professeur débutant entre 2017 et 2022, mais en plus une politique des heures supplémentaires et ces heures supplémentaires évidemment elles viennent de prendre en plus une force particulière avec les annonces du président de la République…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, parce qu'elles seront défiscalisées.

Jean-Michel BLANQUER
Elles seront défiscalisées.

Jean-Jacques BOURDIN
Pour les enseignants aussi.

Jean-Michel BLANQUER
Donc c'est clairement une mesure de pouvoir d'achat pour les enseignants.

Jean-Jacques BOURDIN
Pour les enseignants aussi, défiscalisées.

Jean-Michel BLANQUER
Bien sûr.

Jean-Jacques BOURDIN
Et elles seront payées, j'espère, oui ?

Jean-Michel BLANQUER
Bien sûr, payées et défiscalisées.

Jean-Jacques BOURDIN
Non, je vous dis ça, parce que dans la police elles ne sont pas payées, ou à l'hôpital elles ne sont pas payées bien souvent.

Jean-Michel BLANQUER
Je ne vais pas me prononcer sur des secteurs ministériels qui ne sont pas les miens, mais…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais dans l'Education nationale, elles sont payées.

Jean-Michel BLANQUER
Bien sûr, oui, en temps et en heure.

Jean-Jacques BOURDIN
Aujourd'hui, combien d'heures supplémentaires fait un enseignant, à peu près ?

Jean-Michel BLANQUER
Alors il y a des heures qui sont basées sur le volontariat, donc ça peut être, il n'y a pas de limites, mais ça peut être maximum, souvent ça va être maximum trois ou quatre heures, par semaine, mais très fréquemment ça va être plutôt une heure ou deux, et puis désormais le chef d'établissement a la possibilité d'imposer une heure supplémentaire, donc une 19ème heure, une 20ème heure, et donc ça aura lieu à la rentrée prochaine.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc on imposera, le chef d'établissement peut imposer une heure supplémentaire à un enseignant.

Jean-Michel BLANQUER
C'est déjà vrai pour une heure supplémentaire, et ça va être vrai pour deux.

Jean-Jacques BOURDIN
A la rentrée ?

Jean-Michel BLANQUER
A la rentrée, mais je l'ai annoncé il y a plusieurs mois.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, je sais, je sais mais c'est confirmé, donc ça va être…

Jean-Michel BLANQUER
C'est confirmé mais c'est ça va être au passage une mesure aussi de pouvoir d'achat, ça veut dire que le salaire à la fin du mois ça fait plus d'argent évidemment pour ceux qui sont concernés.

Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Jean-Michel BLANQUE, j'ai juste une information tiens qui nous est parvenue, vous êtes peut-être au courant : quatre élèves du lycée Audiberti à Antibes ont sauvé leur professeur victime d'un malaise cardiaque au cours d'un cours de gymnastique. Vous êtes au courant de cela ?

Jean-Michel BLANQUER
Tout à fait. Oui, je suis au courant, j'en ai même fait un tweet ce matin dès potron-minet, parce que c'est une histoire magnifique évidemment, comme vous venez de le dire, c'est des élèves qui voyant leur professeur d'éducation physique et sportive faire un arrêt cardiaque, ont fait exactement tous les gestes qu'il faut faire, c'est-à-dire qu'ils l'ont positionné comme il fallait, ils ont fait le massage cardiaque, ils ont mis le défibrillateur, les secours sont arrivés, le professeur a été sauvé, c'est évidemment une très belle histoire, on aime ces histoires qui sont meilleures que souvent des mauvaises nouvelles que l'on annonce, et ça illustre au passage une politique que nous avons dans la durée et qui est très importante, qui est le développement des cours de secourisme pour les élèves ; j'ai signé récemment un accord avec la Croix-Rouge pour qu'on fasse encore plus, et c'est quelque chose qu'on veut de plus en plus systématiquement y compris dans le cadre du service national universel dans le futur, et puis dans le cadre de même de du collège en particulier pour qu'il y ait de plus en plus d'élèves qui bénéficient de cela et on voit les conséquences pratiques, positives, dans un événement comme celui-là.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 décembre 2018

Rechercher