Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 19 décembre 2018, sur le bilan de Parcoursup, les inscriptions universitaires et l'orientation dans l'enseignement supérieur. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 19 décembre 2018, sur le bilan de Parcoursup, les inscriptions universitaires et l'orientation dans l'enseignement supérieur.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

ti :

Nicolas DEMORAND
Avec Léa SALAME nous recevons ce matin dans « Le Grand entretien » de la matinale la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, vos questions au 01.45.24.7000, l'application France Inter et les réseaux sociaux. Frédérique VIDAL, bonjour.

Frédérique VIDAL
Bonjour.

Nicolas DEMORAND
Parcoursup entre dans sa deuxième année, vous allez nous dire quelles nouveautés sont prévues dans la nouvelle mouture de ce grand processus d'entrée dans les études supérieures, mais avant ça, en quelques mots, dites-nous quel bilan vous tirez de l'outil, qu'est-ce qui a marché, qu'est-ce qui, selon vous, peut et doit être amélioré ?

Frédérique VIDAL
Alors, le bilan il a été tiré de plusieurs façons, et notamment au travers d'un panel d'utilisateurs, que nous avons suivis, et c'est ces premières remontées, retours de terrain, qui nous ont fait faire les propositions pour améliorer le système. Parcoursup c'est + 27.000 jeunes qui ont trouvé leur place dans l'enseignement supérieur, et donc ça, évidemment, c'est une excellente nouvelle, c'est aussi + 21 % de boursiers du secondaire, dans l'enseignement supérieur, et Parcoursup c'est aussi un outil qui nous a permis de mettre en lumière des inégalités contre lesquelles, maintenant, nous allons pouvoir faire des propositions pour améliorer les choses.

Léa SALAME
Alors, qu'est-ce qui a pêché dans votre bilan ?

Frédérique VIDAL
Alors, le ressenti qui a été vraiment le plus fort c'est la durée de la procédure. C'était, pour la première fois, une procédure qui était fondée sur le choix des lycéens, et donc avec un processus dynamique, dans le temps, et qui prenait beaucoup plus de temps que lorsqu'un algorithme tirait au sort les lycéens, comme c'était le cas auparavant. Donc c'est là-dessus qu'on a beaucoup travaillé, comment, en fait, réduire la durée de la procédure, de façon à ce qu'on n'ait pas cette attente…

Léa SALAME
Ce supplice quotidien de la connexion tous les jours pour savoir si on est pris quelque part, attente c'est un joli mot pour supplice.

Frédérique VIDAL
Avec quelque chose qui nous a permis de proposer, donc d'avancer la clôture de la phase principale, c'est qu'en fait, en juillet, 96 % des lycéens avaient la réaffectation définitive, c'était la première fois, donc on ne voulait pas prendre le risque de fermer la plateforme à la fin du mois de juillet, et c'est pour ça qu'on l'a laissé ouverte tout le mois d'août. Ce mois d'août il a été utile parce qu'il a permis quand même de trouver des places à 25.000 jeunes qui étaient dans des situations compliquées, qui n'avaient fait que des demandes de filières sélectives, ou qu'une seule demande parfois, un seul voeu, et donc on a pu les accompagner, mais ce n'était pas la peine de faire attendre tous les autres, et je crois que c'est vraiment la première constatation et la première correction apportée.

Nicolas DEMORAND
Frédérique VIDAL, pourquoi des lycéens, alors que vous venez de dire que l'outil a globalement bien, ou très bien fonctionné et que sa deuxième version sera améliorée, pourquoi des lycéens qui se mobilisent, manifestent, continuent-ils, selon vous, à demander l'abrogation de Parcoursup, qu'est-ce qui vous semble légitime dans leur position ?

Frédérique VIDAL
Alors moi, ce qui me semble légitime, c'est qu'ils sont l'année du bac, et que l'année du bac, évidemment, on est stressé parce qu'on passe son bac. C'est aussi, évidemment, le moment où il faut qu'ils se posent pour réfléchir à leur orientation, et c'est pour ça qu'on oeuvre à ce que la réflexion sur l'orientation se fasse beaucoup plus en douceur que simplement l'année de terminale, et c'est pour ça que dès l'année de Seconde il y a plus de cinquante heures qui vont être consacrées à la réflexion sur les métiers, qu'est-ce qu'on a envie de faire, dans quoi on se projette. Donc ‘est normal, j'allais dire, qu'ils soient inquiets, parce que pour la première fois…

Nicolas DEMORAND
Parcoursup c'est un bouc-émissaire à l'angoisse de l'année de Terminale, c'est ça ce que vous dites ?

Frédérique VIDAL
Mais, vous savez, le logiciel précédent c'était aussi générateur d'angoisse, et donc je crois que ce qui est très important c'est que nous ayons, là aussi, écouté ce que nous avons dit les lycéens de l'année dernière, à savoir on a besoin d'avoir les informations le plus tôt possible, c'est pour ça que cette année la plateforme ouvre, aujourd'hui, le 20 décembre.

Nicolas DEMORAND
Vous avez dit que l'outil dans sa première version avait créé des discriminations, vous pensez à quoi ?

Frédérique VIDAL
Non, il n'a pas créé de discrimination, il a révélé des problématiques, et notamment des problématiques de mobilité, avec des jeunes qui avaient été acceptés dans des formations, parfois loin de chez eux, et qui finalement y ont renoncé, et donc il faut qu'on creuse les raisons de ce renoncement, très souvent ce sont des raisons économiques. Et donc c'est pour ça que cette année, dans le projet de loi de Finances, il y a 30 millions d'euros qui seront consacrés pour aider à la mobilité des jeunes parce qu'ils sont brillants, ils ont été acceptés, dans des formations qui leur faisaient envie, et au final ils n'ont pas les moyens.

Nicolas DEMORAND
Vous démentez toujours le fait que Parcoursup ait pu être, c'est ce qui lui a été reproché, un outil de ségrégation, notamment pour les élèves de banlieue parisienne ? Le défenseur des droits s'est saisi de la question. Vous avez toujours dit non…

Frédérique VIDAL
Oui, et puis alors maintenant j'ai les chiffres, il y a eu 65 % de propositions supplémentaires qui ont été faites aux lycéens de Créteil et de Versailles pour des formations Paris intramuros. Donc, je crois que c'était important, il faut écouter le ressenti lorsqu'il est réel, parce qu'il traduit quelque chose, il dit quelque chose, et je crois qu'il dit, en fait, la peur qu'ont ces jeunes d'être exclus.

Léa SALAME
La grande majorité de ceux qui se sont retrouvés sans affectation, Madame la ministre, venaient de filières technologiques, qu'est-ce que vous allez faire pour remédier à cela ?

Frédérique VIDAL
Alors là aussi, il y a eu une première amélioration, c'est + 23 % de bacheliers professionnels dans les BTS, + 19 % de bacheliers technologiques dans les IUT, mais ce qui est très clair c'est qu'il y a une très forte demande de filières courtes professionnalisantes. Donc, ça veut dire que cette année il faut qu'on ouvre plus de places dans ces filières, sans oublier que ce sont des filières sélectives, donc…

Léa SALAME
Combien de places en plus ?

Frédérique VIDAL
On est en train d'y travailler parce que ça va, là aussi, dépendre de la demande. Traditionnellement on faisait des règles de 3 pour ouvrir des places supplémentaires, et ça n'a pas marché pendant des années, croyez-moi, ce qu'on a fait l'an dernier c'est qu'on a ouvert les places là où, une fois que les voeux ont été exprimés, on savait qu'on en avait besoin.

Léa SALAME
Dernière question sur Parcoursup, là il y a une première phase qui commence demain, pour ceux qui sont concernés, pour les parents ou pour les étudiants de Terminale, donc demain on peut se connecter sur la plateforme, pour voir quoi ? C'est juste une phase d'informations là ?

Frédérique VIDAL
C'est une phase d'informations, qui donne le contenu des formations, qui donne les attendus, qui donne les critères utilisés, et qui permet aux jeunes de commencer à se projeter.

Nicolas DEMORAND
Un mot Frédérique VIDAL, sur la réforme du bac, qui va entrer lentement, mais sûrement, en application. Les filières, je le rappelle, sont remplacées par un jeu, une combinaison de dominantes, toutes les dominantes et les toutes les combinaisons ne seront pas disponibles partout, mais il y a une question qui émerge et qui vous concerne directement, c'est celle de savoir quand les universités vont dire quelles dominantes sont obligatoires pour entamer des études dans telle ou telle discipline. Pour l'instant c'est flou, avec un risque de faire des choix extrêmement conservateurs, pour ne pas prendre de risques justement et rater la porte d'entrée.

Frédérique VIDAL
Alors, ça n'a rien de flou puisque les attendus ont été définis dès l'année dernière pour les formations, et c'est sur la base de ces attendus qu'on peut voir ce qui facilite l'entrée dans une filière. Maintenant, tout l'objectif de la loi orientation et réussite des étudiants, c'est de faire en sorte que tous les bacheliers, quelle que soit leur formation initiale pendant le lycée, puissent avoir des processus d'accompagnement si au final ils changent d'avis. Donc les universités sont parfaitement capables de s'adapter et d'accueillir tous les publics, et c'est tout l'objet de la transformation de la licence.

Nicolas DEMORAND
Mais les profs ou les parents qui disent, pour faire médecine par exemple, je vais faire ce qui était avant la filière scientifique et la recomposer à travers ces jeux de dominantes, n'ont pas à s'en faire ? Vous venez de dire que les attendus, enfin les pré-requis, sont publiés.

Frédérique VIDAL
Absolument, j'allais dire qu'ils ont d'autant moins à s'en faire que notre objectif, avec Agnès BUZYN, la ministre des Solidarités et de la Santé, c'est de faire en sorte que l'on diversifie le profil des étudiants qui entament des études de médecine parce que la PACES, le numerus clausus, le concours, c'est quelque chose qui a énormément formaté les médecins….

Léa SALAME
Donc il faut choisir en fonction de nos goûts, de nos envies, et pas en fonction de ce qu'on veut faire plus tard, c'est ça que vous dites ?

Frédérique VIDAL
Il faut choisir en fonction de ses goûts et en fonction de ses envies parce que, ce qui est très important, pour ensuite être épanoui dans son travail, c'est de faire quelque chose qu'on aime, je crois.

Léa SALAME
Les frais d'inscription pour les étudiants hors Union européenne vont augmenter, ça suscite une bronca, passage de 170 à 2770 euros en licence, et de 243 euros à 3770 euros en master, cette mesure concerne environ 200.000 étudiants. Comment vous justifier cette hausse vertigineuse ?

Frédérique VIDAL
Alors, je crois que le vrai sujet c'est la capacité de la France à accueillir des étudiants internationaux de façon correcte, je crois que tous les gens qui nous écoutent, et certains ont des enfants qui ont été étudier à l'étranger, savent ce que ça veut dire être accueilli quand on est étudiant dans un autre pays. En France, être accueilli ça veut dire ne pas avoir la possibilité d'ouvrir de compte en banque, parce qu'on n'a pas d'adresse, et ne pas pouvoir louer quelque chose, parce qu'on n'a pas de compte en banque. Ça c'est le premier sujet, c'est on voit que le nombre d'étudiants internationaux va doubler dans le monde, et nous on a décroché depuis 4 ans, le nombre reste stable, alors que d'autres pays progressent de plus de 150 %. Ça c'est le coeur du sujet.

Nicolas DEMORAND
Et donc pour progresser il faut augmenter les frais d'inscription à ce point-là ?

Frédérique VIDAL
Laissez-moi continuer. Ce qui est très clair c'est que nous devons donc avoir de nouveaux étudiants, et parmi ces nouveaux étudiants, c'est-à-dire passer de 300.000 à 500.000 étudiants internationaux. Parmi ces nouveaux étudiants certains sont en capacité de payer des frais d'inscription élevés, on le sait puisque, actuellement, ils se dirigent vers des formations qui sont extrêmement chères, et notre idée c'est de mettre en place un système redistributif qui fonctionne. Dans cette augmentation de 300.000 à 500.000 étudiants, cibler des étudiants qui seront en capacité de participer au financement global d'un accueil digne pour l'ensemble des étudiants, c'est tout l'objet. Et je tiens à le préciser parce que, les choses n'ont peut-être pas été claires, ou en tout cas elles n'ont pas été entendues de cette façon, ça ne concerne en rien les étudiants qui sont en train d'étudier actuellement en France, et on voit beaucoup de jeunes qui s'inquiètent, qui disent « je vais être obligé de partir », pas du tout, c'est bien un processus dynamique, dans le temps, c'est parce qu'on passe de 300.000 à 500.000, l'idée c'est qu'une partie de ces étudiants supplémentaires puissent, dans un système redistributif, participer à un meilleur accueil pour tous.

Nicolas DEMORAND
Mais ce sera 500.000 quand ?

Frédérique VIDAL
Alors, l'objectif c'est 2025, et c'est pour ça que dès le mois de janvier, avec l'ensemble des établissements, nous allons travailler pour définir les critères d'accueil mis en place, et les critères d'exonération, le temps que ces critères d'accueil soient en place. Et là il faut bien comprendre que depuis l'autonomie des universités ce sont les conseils d'administration des universités qui sont en capacité de définir les publics exonérés et les publics payants, et c'est tout ce travail qui est devant nous au mois de janvier.

Nicolas DEMORAND
200.000 étudiants étrangers peuvent être touchés par l'augmentation de ces frais d'inscription, 21.000 bourses vont être proposées à terme. 21, 200.000, combien vont rester chez eux faute de pouvoir, un obtenir, une bourse, ou, deux, payer les nouveaux tarifs ?

Frédérique VIDAL
Alors justement, en fait les 200.000 que vous évoquez c'est la différence entre les 300.000 accueillis actuellement, pour lesquels il y a 7000 bourses du gouvernement français qui sont mises en place, et l'objectif qui est effectivement de 500.000, et parmi les 200.000 supplémentaires, certains d'entre eux seront en capacité de payer et permettront de mettre en place ce système redistributif. Donc, tripler le nombre de bourses, c'est mieux accueillir les étudiants qui actuellement ne bénéficient que de 7000 bourses, et c'est passé à 21.000 bourses.

Léa SALAME
Madame la ministre, la France d'Emmanuel MACRON a-t-elle encore une politique de recherche, je ne sais pas moi, un plan, une ambition, un programme, un horizon, des engagements, parce qu'on la cherche la grande politique de recherche d'Emmanuel MACRON ?

Frédérique VIDAL
Alors, c'est très intéressant que vous posiez cette question, parce qu'effectivement c'est une question qui m'est assez rarement posée, mais je vous rassure, oui, la France a une grande politique de recherche. elle se traduit de plusieurs façons, elle se traduit notamment au travers des programmes prioritaires de recherche, qui sont discutés, qui sont définis et qui sont financés, notamment au travers des programmes d'Investissements d'Avenir, ça concerne, par exemple, la recherche qui va permettre de sortir du glyphosate, c'est un grand plan qui a été confié à l'INRA, ça concerne l'intelligence artificielle, ça concerne les grandes infrastructures de calcul, ça concerne l'antibiorésistance, qui est aussi un vrai sujet de demain. Ça concerne l'intelligence artificielle, au service de la santé, qui est encore quelque chose de particulier, parce qu'on a besoin de sécuriser notamment le fonctionnement des logiciels, quand on confie les battements de son coeur à un logiciel, on veut quand même…

Nicolas DEMORAND
Vaut mieux qu'il n'y ait pas de bug.

Frédérique VIDAL
Voilà, et donc, évidemment, les grands organismes de recherche, les grandes universités de recherche, contribuent à alimenter ce débat, cette réflexion.

Nicolas DEMORAND
Selon le quotidien L'Humanité, entre 2019 et 2022, le CNRS anticipe 50 recrutements en moins par an, et par rapport à ce qui était prévu, une pétition vous a été adressée, est-ce qu'on peut faire de la bonne recherche avec moins de chercheurs ?

Frédérique VIDAL
Alors, là encore, je crois qu'il faut donner l'information complètement, ces 50 recrutements en moins, c'est 300 doctorants plus, or on sait qu'aujourd'hui la question des doctorants est une question qui est prégnante, et c'est un choix qui a été fait par le CNRS, de plus soutenir la montée en puissance de jeunes chercheurs au travers des doctorats. On sait aussi qu'il y a, dans le programme Horizon Europe, qui est en train d'être préparé au niveau de l'Europe, qui est le plus grand programme mondial de financement de la recherche, je pense que c'est important de s'en rappeler, il y a ensuite des opportunités, de façon à ce que les jeunes, qui sont formés aujourd'hui…

Nicolas DEMORAND
Voilà, on fait le choix des doctorants par rapport à, dites-vous, on a fait le choix de 300 doctorants par rapport à ?

Frédérique VIDAL
Le choix a été de favoriser le recrutement de 300 doctorants, plutôt que le choix de prioriser 50 chercheurs statutaires.

Nicolas DEMORAND
C'est bizarre non, on ne peut pas faire les deux ? La France est un grand pays.

Frédérique VIDAL
Alors, la vraie question, en fait, à laquelle on est confronté, c'est la question de l'attractivité des carrières, et ce que l'on voit aujourd'hui c'est que la France est attractive au début des carrières, et on a encore plus de 30 % de nos recrutements qui sont des recrutements de chercheurs internationaux, mais ces chercheurs internationaux, en fait, ne recherchent pas le système fonction publique français parce que, au bout de 5 ans, au bout de 10 ans, eh bien finalement ils sont mobiles, et ils vont changer de pays, changer de labo, et aller faire leurs recherches ailleurs. Donc, je crois que, ce qui est important, c'est que l'on soutienne l'émergence de jeunes talents au travers des doctorants.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2018

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