Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec RMC le 19 décembre 2018, sur la violence et les "Gilets jaunes" et sur les revendications salariales des forces de l'ordre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'intérieur, avec RMC le 19 décembre 2018, sur la violence et les "Gilets jaunes" et sur les revendications salariales des forces de l'ordre.

Personnalité, fonction : NUNEZ Laurent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur;

ti :


Jean-Jacques BOURDIN
Laurent NUNEZ, bonjour.

Laurent NUNEZ
Bonjour.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci d'être avec nous. Je vais prendre, et nous allons prendre ensemble Michaël qui est à Lens dans le Pas-de-Calais.

(…)

Jean-Jacques BOURDIN
Laurent NUNEZ, que dite-vous à Michaël qui cautionne des incendies de barrières de péages ou des destructions de radars ou d'autres dégâts, d'autres saccages ?

Laurent NUNEZ
Eh bien je dis tout simplement à votre auditeur que la violence, ça n'a jamais été un mode d'expression, surtout cette violence-là, dirigée contre des biens, du matériel. Ça n'a jamais été un mode d'expression, bien au contraire la violence ça décrédibilise tout, c'est de la délinquance de droit commun. Il faut savoir, votre auditeur, j'espère qu'il comprend qu'on n'a pas toujours des Gilets jaunes qui cassent, on est confronté à de véritables opérations commando sur les péages qui ont lieu toutes les nuits, qui mobilisent fortement nos forces de l'ordre, pour y mettre un terme, pour procéder à des interpellations. Donc la violence n'est jamais un mode d'expression, ça n'aboutit à rien de bon et c'est de la délinquance de droit commun. Et les gens qui sont interpellés, nous avons interpellé 17 personnes, il y a deux nuits à Bandol, des personnes qui avaient dégradé, brûlé le péage à Bandol, donc c'est tout simplement de la délinquance de droit commun, et c'est un mode d'expression qui n'est pas tolérable dans une démocratie.

Jean-Jacques BOURDIN
Michaël ?

Michaël
Qu'est-ce que vous faites alors avec notre mode d'expression ? Quel serait selon vous le mode d'expression adéquat ? Parce que nous on n'en a pas. Monsieur MACRON se fout de notre gueule, à deux reprises, avec deux choses qui moi m'horripilent, là quel serait selon vous le meilleur mode d'expression, dans ces cas, puisqu'on n'arrive pas à se faire en tant que Gilets jaunes.

Jean-Jacques BOURDIN
La discussion, Michaël, la discussion, non ? C'est mieux que la violence.

Michaël
Il n'y a plus de discussion possible puisqu'on nous prend pour des cons, nous citoyens français, donc il faut arrêter, il y a un moment où il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, surtout le gouvernement et surtout aussi monsieur MACRON, monsieur CASTANER entre autres, donc qu'est-ce qu'on fait là maintenant ? On agit.

Jean-Jacques BOURDIN
Laurent NUNEZ, et puis nous allons passer à la colère des policiers.

Laurent NUNEZ
Il y a le cadre des manifestations… D'abord il y a le cadre du suffrage quand même, il faut le rappeler. Il y a des élections qui ont eu lieu il y a un an et demi, qui ont élu un président de la République, une majorité, et voilà il y a la voix de… c'est ça la démocratie représentative. Donc il faut quand même savoir aussi nommer les choses. Si on veut tomber dans l'insurrection, je pense que c'est ce que Michaël souhaite, c'est ni plus ni moins que l'appel à l'insurrection, ok, mais il y a aussi une autre façon de s'exprimer, c'est la manifestation de voie publique. Vous déclarez une manifestation, vous êtes en masse, vous revendiquez, vous être entendu. D'abord le message qui a été adressé par les Gilets jaunes, pardon de dire à votre auditeur qu'il a été quand même entendu, enfin le gouvernement a pris un certain nombre de mesures, il y a un débat qui va s'organiser où tout le monde pourra s'exprimer sur les thématiques qui ont été voulues, souhaitées lors du mouvement. Voilà. Je pense quand même qu'il faut savoir raison garder et je requalifie les actes qui ont été, qui sont manifestement adoubés par votre auditeur, d'actes de délinquance de droit commun et nous serons toujours en face.

Jean-Jacques BOURDIN
Et les forces de l'ordre, policiers ou gendarmes, interviennent là toutes les nuits en ce moment, tous les jours sur des barrières de péages, pour sécuriser des radars, des radars non, c'est très difficile, mais jour et nuit à l'heure actuelle, là ?

Laurent NUNEZ
D'abord, monsieur BOURDIN, hier c'était de 4 000 personnes qui étaient présentes sur les points de blocages, on parle de 4 000 personnes. Il y a une semaine on avait encore 10 000 personnes, donc le mouvement va en décroissant, bien évidemment, avec des points qui sont tenus, des ronds-points ici ou là.

Jean-Jacques BOURDIN
Ils seront tous dégagés ?

Laurent NUNEZ
Et qui sont tous dégagés, dans le dialogue, dans la discussion, le plus souvent sans aucun incident, parfois les forces de l'ordre interviennent quand on n'arrive pas à obtenir un dégagement, par la discussion, mais vous savez, depuis samedi, donc ce sont près de 170 points qui ont été dégagés et ne serait-ce que pour la journée d'hier c'était 93 points qui ont été dégagés, et bien sûr ce mouvement va se poursuivre, toujours dans la discussion.

Jean-Jacques BOURDIN
Laurent NUNEZ, les policiers donc. Vous allez reprendre les discussions avec les représentants syndicaux, je crois tout à l'heure, c'est bien cela ?

Laurent NUNEZ
Oui oui, on reprend une discussion aujourd'hui dans la journée.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que des commissariats seront fermés aujourd'hui ?

Laurent NUNEZ
Alors il y a un mouvement, il y a un appel à… alors il n'y a pas de commissariat fermé, donc…

Jean-Jacques BOURDIN
Commissariat c'est-à-dire que, oui, on interviendra dans l'urgence, les policiers feront leur métier comme ils savent le faire, mais on n'accueillera pas le public, si j'ai bien compris.

Laurent NUNEZ
Si si le public sera accueilli, ça…

Jean-Jacques BOURDIN
Comment ça va se concrétiser ?

Laurent NUNEZ
Les policiers ils font leur travail, ils ont quand même le sens du devoir et donc l'appel à mouvement donc c'est uniquement d'intervenir sur les appels d'urgence.

Jean-Jacques BOURDIN
D'urgence, oui. Bien. Alors où est-ce que vous en êtes ? La prime, donc 300 €…

Laurent NUNEZ
Ecoutez, d'abord, permettez-moi de dire d'abord, d'abord témoigner mon témoignage et celui de Christophe CASTANER, de vraiment toute notre reconnaissance aux policiers et aux gendarmes qui ont été engagés sur le mouvement des Gilets jaunes, qui sont engagés au quotidien dans la lutte anti-terroriste maintenant depuis 3 ans et qui sont engagés sur le terrain de manière extrêmement courageuse et déterminée. Vous dire également que donc au-delà des discussions que nous avons actuellement aujourd'hui, l'effort qui est fait par ce gouvernement, pour la police nationale, pour la gendarmerie, il est sans précédent et il est sans précédent dans le temps, et il est sans précédent par rapport à d'autres ministères. C'est un effort dans un contexte budgétaire tendu qui est très important. On a un budget qui augmente de plus de 3,5 % pour le ministère de l'Intérieur, + 2,6 % pour la police, ce qui concrètement permet de poursuivre le programme d'équipement ambitieux qui a été mené, équipement immobilier, on aura encore 200 millions en 2019 pour les locaux de police, on aura 145 millions pour les équipements, les petits équipements de protection, c'est très important pour les policiers, les caméras piétons, les gilets pare-balles et aussi les véhicules, on n'a jamais acheté autant de véhicules dans la police et dans la gendarmerie qu'en ce moment. Donc cet effort nous allons le poursuivre, et il faut le rappeler, rappeler aussi l'effort de recrutement qui est fait, qui va se poursuivre, 10 000 effectifs sur l'ensemble du quinquennat, 2 500 en 2019. Vous savez, on paie encore les suppressions d'effectifs qui ont eu lieu entre 2007 et 2012, ça n'est qu'à la fin de l'année 2019 qu'on aura reconstitué le niveau de gardiens de la paix. Cet effort, on va le poursuivre, et c'est un élément… et ça répond à la demande des policiers et des gendarmes. Ça répond à leur demande.

Jean-Jacques BOURDIN
La réponse urgente, c'est cette prime de 300 €, donc qui va être versée à tous les policiers et gendarmes, 110 000, je crois, qui ont été engagés dans le maintien de l'ordre ces derniers temps. Est-ce que vous allez vraiment ouvrir le chantier des heures supplémentaires qui ne sont pas payées, aux policiers, aux gendarmes, mais aux policiers ?

Laurent NUNEZ
Sur la prime exceptionnelle, la gratification, la mesure a été votée cette nuit.

Jean-Jacques BOURDIN
Elle a été votée.

Laurent NUNEZ
Nous discutons avec les organisations syndicales du périmètre, nous avons convenu d'ailleurs de ne pas en parler dans les médias. Bon, ça a été voté cette nuit…

Jean-Jacques BOURDIN
Du périmètre, c'est-à-dire que ça peut aller plus loin que les 110 000 ?

Laurent NUNEZ
C'est une mesure de… ça peut éventuellement aller plus loin, il faut qu'on discute de cela, en tout cas la mesure est votée, c'est 33 millions d'euros, c'est une mesure importante. Pour vous donner un ordre d'idée, c'est quasiment l'équivalent de ce qui est versé en prime de rendement pour la police nationale sur une année.

Jean-Jacques BOURDIN
300 € par 111 000, ça fait 33 millions.

Laurent NUNEZ
C'est ça, enfin c'est…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est 111 000 policiers et gendarmes.

Laurent NUNEZ
Oui, mais on discute actuellement du périmètre, et pour répondre à votre question…

Jean-Jacques BOURDIN
Périmètre, c'est-à-dire ?

Laurent NUNEZ
Le périmètre c'est-à-dire le nombre de policiers et de gendarmes qui pourraient être concernés.

Jean-Jacques BOURDIN
111 000. 33 millions, 111 000, 300 € par personne.

Laurent NUNEZ
C'est la base de départ.

Jean-Jacques BOURDIN
On peut aller plus loin.

Laurent NUNEZ
C'est la base de départ. On discute, voilà. Laissez-nous…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc on peut aller plus loin.

Laurent NUNEZ
Laissez-nous le champ de la discussion avec les organisations syndicales, c'est déjà une somme qui est très importante. Sur les heures supplémentaires, effectivement, donc il faut que vos auditeurs comprennent bien qu'on a accumulé un stock d'heures supplémentaires, c'est-à-dire quand les policiers font des services exceptionnels, c'est-à-dire quand ils dépassent leur temps, la durée de travail, on a eu beaucoup de grands évènements à gérer, beaucoup d'événements terreau, la COP, l'Euro 2016, il y a beaucoup d'heures supplémentaires qui ont été générées, et on a un stock qui au 31 décembre de l'année dernière était de 22 millions d'euros d'heures supplémentaires, en gros c'est 3 millions d'heures supplémentaires qui sont créées chaque année.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous allez les payer ?

Laurent NUNEZ
Payer l'ensemble de ces heures, c'est un c'est un coût qui représente 274 millions d'euros. Donc…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous n'allez pas les payer d'un coup.

Laurent NUNEZ
Nous avons conscience, avec Christophe CASTANER, que c'est un volume important, et nous avons…

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous allez commencer à payer les heures supplémentaires ?

Laurent NUNEZ
Nous réfléchissons et nous discutons avec les organisations syndicales, comme l'a dit le ministre de l'Intérieur hier, à un plan d'apurement de ces heures supplémentaires.

Jean-Jacques BOURDIN
Voilà, un calendrier de paiement de ces heures supplémentaires.

Laurent NUNEZ
Exactement.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous dites donc ce matin : oui ces heures supplémentaires seront payées.

Laurent NUNEZ
Oui. Alors pas toutes, parce que les fonctionnaires peuvent aussi choisir de les prendre en repos.

Jean-Jacques BOURDIN
Je suis d'accord, mais ceux qui décident, qui demandent le paiement, ce paiement sera effectif. Ce paiement sera effectif, selon un plan dans le cadre d'un calendrier que nous allons définir, oui, je vous le confirme, et c'est ce dont nous discutons bien sûr avec les organisations syndicales.

Jean-Jacques BOURDIN
Voilà, ce qui est très très important, il faut bien vous dire que c'est une information très importante que vous nous donnez Laurent NUNEZ, parce que je sais que beaucoup de policiers demandent cela. Dernière question. Vous avez peur d'un acte 6 samedi prochain ou pas ? Est-ce que vous pensez qu'il aura lieu cet acte 6, je n'aime pas trop cette expression d'ailleurs, acte 6 ça veut dire quoi ? Nouvelle mobilisation samedi ?

Laurent NUNEZ
Ecoutez, la mobilisation elle va décroissante de samedi en samedi. Très honnêtement…

Jean-Jacques BOURDIN
Aujourd'hui, là.

Jean-Jacques BOURDIN
Il y a un débat qui va s'engager, il n'y a plus de raison de manifester, il y a encore quelques appels sur les réseaux sociaux, notamment dans un certain nombre de villes de province, voilà, donc on espère que maintenant ce mouvement va se terminer, il est temps, ne serait-ce que pour l'économie de notre pays, il y a un débat qui s'engage, il est temps que tout ceci se termine. Juste un mot quand même sur les policiers, vous dire que la discussion elle porte bien évidemment sur les heures supplémentaires, sur la gratification, mais on a aussi beaucoup de chantiers qui vont s'ouvrir en 2019 et qui sont importants pour le bien-être des policiers et que nous avons décidé avec Christophe CASTANER de prendre à bras-le-corps, je pense notamment au dossier très important des cycles horaires dans la police, de l'organisation du temps de travail dans la police qui sont des dossiers extrêmement important et qui sont très attendus par nos fonctionnaires de police.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci beaucoup Laurent NUNEZ d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2018

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