Interview de M. Julien Denormandie, ministre de la ville et du logement, avec Europe 1 le 19 décembre 2018, sur les mesures du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre de la ville et du logement, avec Europe 1 le 19 décembre 2018, sur les mesures du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti :

Audrey CRESPO-MARA
Bonjour Julien DENORMANDIE.

Julien DENORMANDIE
Bonjour.

Audrey CRESPO-MARA
Normalement, on demande aux invités d'éteindre leur portable avant de commencer, je vais demander de laisser votre téléphone allumé au cas où Edouard PHILIPPE vous envoie un message pour dire qu'il a encore changé d'avis, on ne sait jamais.

Julien DENORMANDIE
Ah, moi, j'ai l'habitude de ne jamais venir sur un plateau avec un portable, donc je ne le saurai pas et vous m'informerez.

Audrey CRESPO-MARA
Bon, on verra après l'interview. Un peu comme hier, à 16h30, Matignon annonçait renoncer à des mesures de mi-novembre, trois heures plus tard, il annonçait le contraire. Elles étaient maintenues. Comment expliquer un tel cafouillage à la tête de l'Etat ?

Julien DENORMANDIE
Mais, vous parlez de cafouillage, moi, je considère qu'il n'y a pas du tout de cafouillage…

Audrey CRESPO-MARA
Ah ben quand même !

Julien DENORMANDIE
Non, vous savez, ce qui est absolument sensationnel dans notre pays, c'est que quand on prend des mesures, des mesures fortes, on commente ces mesures, et c'est bien normal, mais maintenant…

Audrey CRESPO-MARA
Mais quand on annonce l'annulation et que finalement, on les maintient ?

Julien DENORMANDIE
Mais maintenant, on en vient à commenter le processus qui conduit à ces décisions, qui conduit à ces mesures, mais qu'est-ce qui importe à la fin, qu'est-ce qui importe ? Ce sont les décisions. Ce sont les mesures. Aujourd'hui, on a pris des engagements, ces engagements, ils sont tenus, ils sont clairs, et ils ont été réaffirmés.

Audrey CRESPO-MARA
Alors, pardon, mais le Premier ministre lui-même a annoncé l'annulation avant d'annoncer l'annulation de l'annulation, trois heures plus tard, mais ça ne fait pas preuve quand même d'une grande fébrilité ?

Julien DENORMANDIE
Mais pas du tout, vous savez, en ce moment, on est dans la période des débats, des débats budgétaires, moi, j'ai passé ma nuit à l'Assemblée nationale, j'y étais jusqu'à 4h du matin. Ce sont les débats, à la fin, parce que nous sommes dans une démocratie, il y a ces débats, mais à la fin, ce qui compte, ce sont les décisions, c'est le fait que, aujourd'hui, quand vous êtes au Smic, vous aurez 100 euros de plus, vous aurez la défiscalisation des heures supplémentaires…

Audrey CRESPO-MARA
Alors, on va revenir sur tout ça, parce que…

Julien DENORMANDIE
Vous aurez ces mesures d'accompagnement. Mais franchement, ne créons pas des débats là où il n'y en a pas, il y a suffisamment de sujets compliqués, il y a des mesures très claires qui ont été prises, elles seront tenues.

Audrey CRESPO-MARA
Peut-être parfois trop intelligentes et trop subtiles qu'on a du mal à comprendre…

Julien DENORMANDIE
Non, pas du tout, et je pense que le député qui a fait ces propos…

Audrey CRESPO-MARA
Gilles LE GENDRE, chef de file des députés La République En Marche…

Julien DENORMANDIE
Les a beaucoup regrettés, c'était une erreur, et je crois qu'il s'en est excusé.

Audrey CRESPO-MARA
Alors, parfois quand même, on a un peu de mal à suivre, Julien DENORMANDIE, le président a fait trois annonces qui paraissaient très claires, une semaine plus tard, elles le sont beaucoup moins, on va revenir ensemble, au sujet du Smic, le président a dit…

Emmanuel MACRON
Le salaire d'un travailleur au Smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019.

Audrey CRESPO-MARA
Or, ça ne sera pas le cas pour plus de la moitié d'entre eux, il y a de quoi être déçu ?

Julien DENORMANDIE
Non, mais parce que vous savez, ce qui importe, c'est cette notion de justice sociale, c'est-à-dire que, ce qui va se passer, c'est qu'une personne qui vit du Smic, elle, elle aura 100 euros de plus nets par mois, et je dis bien : 100 euros nets…

Audrey CRESPO-MARA
Non, pas les personnes au Smic qui vivent avec un conjoint qui gagne bien sa vie…

Julien DENORMANDIE
Non, mais je parle, là, d'une personne qui vit au Smic. Elle, elle aura 100 euros nets, c'est-à-dire un treizième mois. Et puis après, vous avez d'autres personnes qui vont même au-delà du Smic, une femme avec des enfants et dont son salaire est supérieur au Smic, elle aussi, elle bénéficiera d'une prime d'activité, et donc d'un gain net de son salaire, et puis, vous avez…

Audrey CRESPO-MARA
Mais les Smicards qui vivent avec un conjoint qui gagne bien sa vie ne toucheront pas ces 100 euros…

Julien DENORMANDIE
Et puis après, vous avez un autre cas de figure, c'est lorsque dans un foyer, vous avez une personne qui est au Smic et une autre personne qui gagne 5.000, 6.000 euros, et c'est-à-dire que là, vous avez un revenu pour votre foyer qui est bien plus important. Eh bien, moi, je trouve ça assez logique que tout l'effort, il soit porté sur celles et ceux qui, au sein de leur foyer, gagnent moins d'argent. C'est tout simplement une question de justice sociale, et je crois que tout le monde le comprend.

Audrey CRESPO-MARA
Par ailleurs, la Caisse nationale des affaires familiales estime ne pas pouvoir verser cette prime avant juin. Le problème a pu être réglé ?

Julien DENORMANDIE
Oui, le problème est réglé, c'est à partir du 5 février, vous savez, que la prime d'activité, donc ce qui va permettre d'avoir ces 100 euros nets de plus pour les personnes qui vivent du Smic, elle est versée au début du mois de février, le 5 février, donc tout est mis en oeuvre pour que ce soit le cas, et ce sera tenu.

Audrey CRESPO-MARA
Julien DENORMANDIE, au sujet des retraités, le président a dit…

Emmanuel MACRON
Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année.

Audrey CRESPO-MARA
Alors, en réalité, c'est le revenu par foyer qui sert de repère, résultat, pour un couple de retraités, touchant chacun 1.800 euros par mois, la hausse ne sera pas annulée, avouez qu'il y a de quoi s'y perdre quand même ?

Julien DENORMANDIE
Mais non, mais c'est pareil, c'est le même principe, quand vous êtes une personne à la retraite seule, à ce moment-là, dès lors que vous avez…

Audrey CRESPO-MARA
Il ne faut pas être en couple, en fait…

Julien DENORMANDIE
Non, dès lors que vous avez une retraite qui va jusqu'à 2.000 euros, vous n'avez plus l'impact de cette CSG, mais c'est quand même extrêmement important, ça veut dire qu'aujourd'hui, vous avez 70 % des retraités qui ne sont plus concernés par la CSG, 70 %. Et puis, après, parce que vous êtes en couple, retraité, et moi, je trouve ça très bien d'être en couple, je vous le confirme…

Audrey CRESPO-MARA
Donc dans les deux cas, pour les Smicards ou pour les retraités, il ne faut pas être en couple…

Julien DENORMANDIE
Mais dans ce cas-là, vous avez plus de revenus au niveau du foyer, et là aussi, c'est bien normal que les mesures ne s'appliquent pas de la même manière.

Audrey CRESPO-MARA
A propos de la hausse de la CSG pour les retraités, Emmanuel MACRON a dit : l'effort qui leur a été demandé était trop important, et n'était pas juste. Alors pourquoi ne pas réindexer les pensions sur les prix ?

Julien DENORMANDIE
Parce qu'il y avait un choix qu'on pouvait faire, qu'on avait à faire, est-ce qu'on revenait sur cette ré-indexation ou est-ce qu'on arrêtait cette hausse de la CSG pour une partie des retraités…

Audrey CRESPO-MARA
C'est une baisse de pouvoir d'achat qui est terrible pour les retraités…

Julien DENORMANDIE
Et la décision que nous avons prise, le résultat était le même à la fin, mais la décision que nous avons prise, c'était d'arrêter cette augmentation de la CSG pour 70 % des retraités. Faire de la politique, c'est choisir. On a fait ce choix-là, et je crois qu'à la fin, le résultat est le même. C'est ça qui est important…

Audrey CRESPO-MARA
Non, ce n'est pas le même…

Julien DENORMANDIE
Si, c'est le même, c'est-à-dire que c'est un gain net de pouvoir d'achat, à la fois pour les travailleurs, à la fois pour les retraités, et c'est ça qu'attendent les Français, c'est ça qui était demandé par les gilets jaunes, et c'est ça que nous faisons.

Audrey CRESPO-MARA
Julien DENORMANDIE, quant aux heures supplémentaires, le président a dit…

Emmanuel MACRON
Les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019.

Audrey CRESPO-MARA
Or, hier, on a appris que ce ne serait finalement pas le cas, puisque les charges seront maintenues pour l'employeur. Bref, admettez qu'aucune des trois promesses la semaine dernière ne sera vraiment tenue, finalement…

Julien DENORMANDIE
Non, mais, mais pas du tout, je ne suis pas du tout d'accord avec vous…

Audrey CRESPO-MARA
Ah ben, c'est le cas…

Julien DENORMANDIE
Non, mais, attendez, mais, à chaque fois, le diable se cache dans les détails, qu'est-ce qui se passe ? Quand vous êtes un salarié, avec cette défiscalisation des heures supplémentaires, vous ne payez ni impôts, ni charges, c'est-à-dire que vous ne payez pas les charges sociales salariales. Maintenant, quand vous êtes un employeur, effectivement, vous paierez les charges patronales. Mais…

Audrey CRESPO-MARA
Donc il y a encore des charges…

Julien DENORMANDIE
Mais pourquoi c'est important que les employeurs continuent à payer les charges patronales, parce qu'il ne faut pas non plus qu'on tombe dans une dérive où les employeurs ne passent plus que par les heures supplémentaires, parce que les heures supplémentaires seraient beaucoup plus intéressantes, ça conduirait à quoi ? Eh bien, ça conduirait à avoir des employeurs qui embauchent moins, et ça, personne ne le souhaite, notre politique publique, elle est tournée vers le travail, faire en sorte que les employeurs embauchent, c'est ça que nous faisons, et d'ailleurs le président de la République, le Premier ministre rencontrent toutes les entreprises depuis maintenant plusieurs jours pour leur demander, à elles aussi, de participer à cet effort. Et puis, d'un autre côté, c'est de faire en sorte que le travail paie mieux, c'est ce treizième mois pour les personnes qui vivent de leur Smic à partir de l'année prochaine.

Audrey CRESPO-MARA
Julien DENORMANDIE, après les gilets jaunes, ce sont les gilets bleus, les policiers, qui vous interpellent. C'est le moment de prouver que toutes les louanges que le gouvernement leur a adressées n'étaient pas des paroles en l'air ?

Julien DENORMANDIE
Mais oui, mais en tout cas, c'est d'abord une reconnaissance, et vraiment, il faut commencer par ça, et après…

Audrey CRESPO-MARA
Pour l'instant, ils la trouvent mince, la reconnaissance, prime exceptionnelle de 300 euros alors qu'ils ont 24 millions d'heures supplémentaires impayées.

Julien DENORMANDIE
Et après, il y a deux choses que nous faisons, et c'est la première fois que le ministre de l'Intérieur ouvre ces sujets, c'est une prime de 300 euros pour 111.000 fonctionnaires de police et gendarmes, et deuxièmement, c'est la première fois qu'un ministre de l'Intérieur ouvre le sujet des heures supplémentaires, moi, je vois les oppositions qui critiquent qui disent : oui, il devrait les payer, etc., mais enfin, ces mêmes opposition, et vous invitiez hier monsieur CIOTTI, qui est le représentant de l'Intérieur de monsieur WAUQUIEZ, cette même personne, elle, semble avoir oublié que sous le quinquennat de monsieur SARKOZY, c'est 12.000 effectifs de policiers en moins alors qu'on en embauche, nous, 10.000, et c'est des millions d'heures supplémentaires qui n'ont jamais été payées.…

Audrey CRESPO-MARA
De douze à dix-sept millions à la fin du quinquennat de SARKOZY…

Julien DENORMANDIE
Exactement. Et donc pour la première fois, nous avons un ministre de l'Intérieur qui a ouvert ce sujet, qui a vu les syndicats hier soir, et qui les revoie cet après-midi.

Audrey CRESPO-MARA
Julien DENORMANDIE, ce matin, il y a une bonne nouvelle quand même, l'INSEE prévoit une forte hausse du pouvoir d'achat en début d'année prochaine, plus 3 %, les mesures des gilets jaunes soutenant la consommation, et la baisse du pétrole ralentissant l'inflation.

Julien DENORMANDIE
Oui, c'est une bonne nouvelle, et vous voyez, on est, là, à commenter, soit, les processus…

Audrey CRESPO-MARA
Des mesures qui ne sont pas si claires…

Julien DENORMANDIE
Soit les processus de décision, soit le détail de ces mesures, mais à la fin, un organe, qui est l'INSEE, lui-même témoigne du fait que les mesures que nous avons portées vont permettre d'augmenter le pouvoir d'achat des Français, c'est ça qui m'importe, et je crois que c'est cette colère des gilets jaunes qui a été entendue.

Audrey CRESPO-MARA
L'INSEE qui table quand même sur une croissance à 1, 5 % en 2018, après 2,3 en 2017, donc, ça faiblit quand même…

Julien DENORMANDIE
Oui, mais nous continuons tous nos efforts pour aller dans ce sens de la croissance.

Audrey CRESPO-MARA
Merci Julien DENORMANDIE


source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2018

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