Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFM TV le 19 décembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec BFM TV le 19 décembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

ti :
Jean-Jacques BOURDIN
Bruno LE MAIRE, bonjour.

Bruno LE MAIRE, Ministre de l'Economie et des finances
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci d'être avec nous, Ministre de l'Economie. C'était sur RMC ce matin, vous n'avez peut-être pas entendu, Laurent NUNEZ qui est Secrétaire d'Etat auprès de Christophe CASTANER, du Ministre de l'Intérieur, a annoncé que les heures supplémentaires des policiers seraient payées par l'Etat. Payées comment ? Un calendrier va être discuté dans les minutes, les heures qui viennent avec les syndicats de policiers, un calendrier de paiement. C'est Bercy, enfin c'est l'Etat qui va payer. C'est vous qui avez les cordons de la bourse, non ? Enfin, c'est l'Etat qui va payer.

Bruno LE MAIRE
C'est toujours au bout du compte l'Etat qui paye et surtout derrière l'Etat, c'est le contribuable. Mais les policiers ont fait un travail exceptionnel depuis des semaines, un travail difficile. Vous avez vu les témoignages de policiers, de femmes de policiers, les craintes, les inquiétudes, les violences scandaleuses dont ils ont fait l'objet, les attaques, les menaces. Donc il me paraît légitime que les policiers soient récompensés pour leurs efforts. Il y a une prime qui a été annoncée, une prime de trois cents euros.

Jean-Jacques BOURDIN
Votée.

Bruno LE MAIRE
Nous avons aussi une dette vis-à-vis des forces de l'ordre. Cette dette, c'est ces heures supplémentaires. C'est Christophe CASTANER et Laurent NUNEZ qui vont négocier les conditions de paiement de cette dette mais quand vous avez une dette, ça vaut d'ailleurs pour la dette de l'Etat…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc on est bien d'accord, ces heures supplémentaires seront payées.

Bruno LE MAIRE
Il faut toujours paye ses dettes. Et quand on a une dette vis-à-vis des forces de l'ordre, il faut payer cette dette.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc les heures supplémentaires seront payées.

Bruno LE MAIRE
Dans quelles conditions, avec quel calendrier, sous quelles modalités, ça c'est au Ministre de l'Intérieur de le décider.

Jean-Jacques BOURDIN
On est d'accord. Et les syndicats qui vont en parler mais je vous pose la question, Bruno LE MAIRE…

Bruno LE MAIRE
Mais vous savez, une société doit reposer sur des principes clairs. Vous avez fait des heures supplémentaires, vous êtes exposé à des conditions de travail pour les policiers, pour les CRS, pour les forces de l'ordre qui sont extraordinairement difficiles, il me paraît juste et je le dis très souvent : la justice, elle est au coeur du contrat social français, il me paraît juste que ces heures supplémentaires dans des modalités que définiront Laurent NUNEZ et Christophe CASTANER, soient payées aux policiers.

Jean-Jacques BOURDIN
Soient payées aux policiers avec un calendrier, je ne sais pas moi, ça coûte quand même d'après ce que dit Christophe CASTANER deux cent soixante-quinze millions d'euros. J'imagine que vous avez le même chiffre.

Bruno LE MAIRE
Je connais des dépenses publiques moins bien employées que celles qui soutiennent nos forces de l'ordre.

Jean-Jacques BOURDIN
Ça peut être, je ne sais pas, soixante-quinze millions d'euros par an.

Bruno LE MAIRE
Ça, nous verrons. Ce qui me paraît important encore, c'est un principe de justice.

Jean-Jacques BOURDIN
Et à l'hôpital ? Les heures supplémentaires seront payées ?

Bruno LE MAIRE
Nous verrons avec Agnès BUZYN. Il ne me semble pas que le sujet soit aujourd'hui sur la table.

Jean-Jacques BOURDIN
Pardon ? Le sujet est sur la table quand vous écoutez celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux, Bruno LE MAIRE.

Bruno LE MAIRE
Nous verrons avec Agnès BUZYN. Je ne suis pas responsable des hôpitaux dans le pays ni Ministre de la Santé.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais l'Etat doit payer tout ce qu'il doit, non ?

Bruno LE MAIRE
Si je peux prendre un tout petit peu de recul sur tout cela, qu'est-ce que nous payons surtout ? Les 35 heures. Les 35 heures ont crée dans l'administration française, et notamment à l'hôpital français, une désorganisation profonde. On le sait tous. Agnès BUZYN fait un travail absolument formidable pour apporter des réponses aux personnels hospitaliers, que ce soient les aides soignantes, que ce soient les infirmières, que ce soient les médecins. On sait tous le travail exceptionnel qui est fait dans des conditions très difficiles à l'hôpital. Mais laissez à la Ministre de la Santé le soin de discuter, d'ouvrir les chantiers qui sont nécessaires. Ce n'est pas à moi de dévoiler…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc elle ouvrira le chantier ?

Bruno LE MAIRE
Vous entendez les critiques permanentes sur Bercy – Bercy ceci, Bercy cela – qui serait responsable de tous les maux…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, Bercy est montré du doigt sans cesse.

Bruno LE MAIRE
Donc permettez-moi de ne pas me mêler de sujets qui sont de la compétence d'autres ministres.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais le chantier sera ouvert alors.

Bruno LE MAIRE
C'est à Agnès BUZYN de le décider. En tout cas, croyez-moi, les services publics c'est important, la police c'est essentiel, l'hôpital c'est essentiel. Donc c'est essentiel que nous apportions des réponses aux personnels de ces services publics.

Jean-Jacques BOURDIN
Faut-il revenir sur les 35 heures ?

Bruno LE MAIRE
Je ne crois pas que ce soit dans le programme d'Emmanuel MACRON.

Jean-Jacques BOURDIN
Non. Peut-être pas dans le programme mais enfin on peut imaginer que compte tenu de l'urgence…

Bruno LE MAIRE
Je suis là pour appliquer le projet que les Français ont décidé souverainement il y a dix-huit mois et je rappelle quels sont les piliers du programme économique. Nous sommes dans un moment où ça tangue beaucoup. Certains perdent leur sang-froid, ne voient plus très bien où nous voulons aller.

Jean-Jacques BOURDIN
Qui perd son sang-froid ?

Bruno LE MAIRE
Je vois des partis y compris des partis républicains qui perdent leur sang-froid. Je vois le Parti socialiste qui nous fait une proposition de référendum pour revenir sur la suppression de l'ISF qui a été décidée par des représentants du peuple français. Vous avouerez que ce n'est tout de même pas banal d'avoir des parlementaires qui proposent par référendum de revenir sur des décisions prises par d'autres parlementaires. Je pense que c'est une remise en cause de la démocratie qui n'est pas forcément la meilleure des idées qu'ait eu le Parti socialiste depuis quelques mois. Mais je reviens à ces piliers du projet du Président de la République. Mieux rémunérer le travail, c'était un engagement fort. Nous le faisons, c'est toutes les mesures qui ont été annoncées par le Président de la République et précédées par d'autres.

Jean-Jacques BOURDIN
Je vais y venir, ne vous inquiétez pas. Nous allons entrer dans le détail.

Bruno LE MAIRE
La compétitivité des entreprises, je voudrais rappeler qu'il n'y aura pas d'amélioration de la vie quotidienne des Français, pas de prospérité, pas d'emploi pour nos enfants si nous ne travaillons pas d'arrache-pied à l'amélioration de l'appareil de production français, de la qualité des produits, de l'innovation, de l'investissement que nous mettons dedans. Et de ce point de vue, il y a eu hier une excellente nouvelle. Nous avons, avec le Ministre de l'économie allemand, créé une filière de création de batteries électriques pour les voitures franco-allemandes. C'est la première fois depuis des années, depuis le programme AIRBUS, depuis le programme spatial européen que nous mettons enfin un grand projet industriel franco-allemand.

Jean-Jacques BOURDIN
Une filière, c'est-à-dire ?

Bruno LE MAIRE
C'est-à-dire que TOTAL, SAFT, des industriels allemands, des industriels français, des constructeurs français et je l'espère des constructeurs allemands vont rassembler tous leurs moyens financiers, parce que tout ça se chiffre en milliards d'euros.

Jean-Jacques BOURDIN
Et créer des unités de fabrication ?

Bruno LE MAIRE
Des unités de fabrication pour qu'on ait sur nos voitures demain pas des batteries chinoises mais des batteries européennes, et que nous soyons indépendants et souverains dans cette technologie-clé que sont les batteries électriques. C'est une annonce majeure qui a été faite et c'est la preuve que sur cette compétitivité, cette bataille de l'innovation, nous sommes décidés à livrer cette bataille avec des succès. Et puis le troisième pilier après la rémunération du travail et la compétitivité, c'est la restauration des finances publiques. On nous accuse parfois d'être trop brutal ou de vouloir aller trop loin, mais c'est l'intérêt des Français de ne pas laisser de la dette à nos enfants. C'est l'intérêt des Français de savoir que chaque euro est employé à bon escient. Toutes les économies que nous faisons nous permettent ensuite d'être plus efficaces dans la dépense publique et puis de répondre à ces demandes de justice comme les policiers dont vous avez parlé.

Jean-Jacques BOURDIN
Sauf que l'Etat s'endette.

Bruno LE MAIRE
C'est bien ce que nous voulons combattre dans les années qui viennent.

Jean-Jacques BOURDIN
Nous allons dépasser les 3 %.

Bruno LE MAIRE
Nous allons dépasser les 3 % mais nous allons être le plus près possible…

Jean-Jacques BOURDIN
3,4.

Bruno LE MAIRE
3,2. 3,2 c'est l'engagement que j'ai pris depuis plusieurs jours en disant : nous allons compenser les annonces qui ont été faites par le Président de la République qui étaient nécessaires, qui étaient justes en réduisant des dépenses publiques, en taxant les géants du numérique - dès le 1er janvier 2019, les géants du numérique seront taxés - et en demandant un effort particulier aux plus grandes entreprises françaises. Mais c'est le troisième pilier de notre stratégie économique et il est essentiel : il n'y aura pas de prospérité pour les Français avec une aggravation de la dette. La dette, ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que si demain les taux d'intérêt montent, nous allons être obligés de jeter l'argent par les fenêtres pour rembourser notre dette qui sera toujours plus coûteuse. Rémunération du travail, compétitivité des entreprises, restauration des finances publiques, ce sont les trois piliers de notre politique économique et financière.

Jean-Jacques BOURDIN
Gilets jaunes ou pas gilets jaunes, vous ne changez pas de cap.

Bruno LE MAIRE
Ce mot de cap a été employé de manière un peu excessive.

Jean-Jacques BOURDIN
Par le Président de la République lui-même. Pardon, excusez-moi, j'écoute comme vous.

Bruno LE MAIRE
Nous ne changeons pas les règles de la démocratie, Jean-Jacques BOURDIN. C'est que nous sommes élus sur un projet. J'ai soutenu ce projet. Je crois dans ce projet de redressement économique et financier de notre pays. Il y a des événements qui se rappellent à nous et qui rappellent qu'il y a des souffrances dans notre pays, qu'il y a le besoin d'aller plus vite, qu'il faut mieux rémunérer le travail, qu'il y a des femmes qui ne s'en sortent pas parce que qu'elles élèvent seules leurs enfants. Ça fait d'ailleurs des années, c'était dans le projet que je défendais comme candidat à la primaire, que je dis que la situation de ces femmes seules est un des sujets sociaux les plus importants du pays. Il faut y répondre. Mais ce n'est pas parce que nous répondons à une urgence qu'il faut perdre le fil de notre politique de long terme. Le fil de notre politique de long terme, c'est la restauration des finances publiques, la compétitivité de nos entreprises et un travail qui doit payer.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors la croissance, on devait frôler les 2 %. On va être à quoi ? A 1,5 sur 2018 ?

Bruno LE MAIRE
Je ne vais pas donner de chiffre définitif.

Jean-Jacques BOURDIN
On est à 0,2, c'est ça, à la fin là, quatrième trimestre ?

Bruno LE MAIRE
J'avais dit que nous perdrions 0,1 point de croissance en raison des événements liés aux gilets jaunes. L'INSEE vient de confirmer hier que nous allions perdre 0,1 point de croissance. Ça m'amène à dire une chose simple…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc 1,5 en 2018.

Bruno LE MAIRE
Revenons à une situation normale.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est bien cela, Bruno LE MAIRE ?

Bruno LE MAIRE
Non, non, je ne donne pas de chiffre.

Jean-Jacques BOURDIN
1,5 en 2018.

Bruno LE MAIRE
Je ne donne pas de chiffre sur 2018. Nous aurons 0,2 selon l'INSEE de croissance au dernier trimestre au lieu de 0,4. Nous perdons 0,1 point en raison des événements récents, raison de plus pour que les choses retournent à la normale. Que chacun puisse travailler. Il y a aussi des millions de Français qui ne demandent qu'une chose aujourd'hui : pouvoir travailler normalement, pouvoir se rendre sur leur lieu de travail dans des conditions normales, pouvoir prendre des vacances de Noël en famille. Le Président de la République a apaisé la situation. Maintenant, on doit revenir au dialogue et que chacun puisse revenir à sa vie normale.

Jean-Jacques BOURDIN
Il est temps.

Bruno LE MAIRE
Il est temps, il est grand temps et je crois qu'il y a aujourd'hui…

Jean-Jacques BOURDIN
Economiquement, il est grand temps.

Bruno LE MAIRE
Il est grand temps économiquement, mais au-delà de la question économique qui est évidemment celle qui me préoccupe au premier chef, il y a aussi une question sociale, il y a une question psychologique. Je pense que beaucoup de Français sont lassés de ces violences, sont lassés de ce climat de tension et ce qu'ils veulent tout simplement, c'est revenir à leur vie normale, pouvoir travailler dans des conditions normales et pouvoir se retrouver en famille avec leurs amis pendant la période de Noël. Vous savez, un peuple il a besoin aussi de se retrouver à un moment dans la paix et dans la sérénité. Nous avons besoin de paix et de sérénité.

Jean-Jacques BOURDIN
Alors je vais revenir sur les mesures et projet de loi en Conseil des ministres tout à l'heure, spécifique sur les mesures d'Emmanuel MACRON annoncées il y a dix jours ou neuf jours maintenant. Mais taxer les GAFA donc, on est bien d'accord, GOOGLE, là tout de suite, dès janvier ?

Bruno LE MAIRE
Dès janvier.

Jean-Jacques BOURDIN
Dès janvier, dès le 1er janvier.

Bruno LE MAIRE
Pour être très précis, Jean-Jacques BOURDIN…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Quel montant ?

Bruno LE MAIRE
Cinq cents millions d'euros.

Jean-Jacques BOURDIN
Ça va rapporter cinq cents millions d'euros.

Bruno LE MAIRE
Ça rapportera cinq cents millions d'euros.

Jean-Jacques BOURDIN
On va taxer quoi ?

Bruno LE MAIRE
J'espère que ça pourra rapporter davantage. On va taxer le chiffre d'affaires parce que ça, la chiffre d'affaires, on le connaît. Il est simple à définir.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Je ne sais pas, vous allez prendre 1 % du chiffre d'affaires ?

Bruno LE MAIRE
Le chiffre d'affaires de toute l'année 2019. Le taux sera de 3 %.

Jean-Jacques BOURDIN
3 % sur le chiffre d'affaires.

Bruno LE MAIRE
Et sur quoi est-ce que nous allons fonder ce chiffre d'affaires, le chiffre d'affaires de quoi ? De ces entreprises qui ont plus de sept cent cinquante millions d'euros de chiffre d'affaires, donc des entreprises qui sont très importantes, et nous allons taxer très exactement les revenus publicitaires, l'utilisation qu'on fait des données personnelles - vous savez, quand on commercialise les données personnelles et qu'on gagne de l'argent dessus, il nous paraît normal que ça puisse être taxé - et nous allons taxer également les plateformes numériques. Plateformes numériques, données personnelles, revenus publicitaires, c'est ce qui sera taxé. Mais derrière cette question-là, je voudrais que chacun a parfaitement compris que nous, nous voulons aller chercher l'argent là où il se trouve. On ne peut pas avoir au XXIème siècle une fiscalité qui repose sur la production économique du XXème. Qu'est ce qui fait la valeur aujourd'hui ? C'est les données. C'est vos données personnelles, Jean-Jacques BOURDIN, que vous répandez comme tous nos auditeurs, comme moi-même, tous les jours en utilisant votre smartphone, en utilisant les outils digitaux. Ça n'est pas taxé ou c'est taxé quatorze points de moins que la boulangerie du coin ou la librairie du coin ou le boucher du coin chez lequel vous allez faire vos courses. C'est profondément injuste. Tout à l'heure, je voyais le président des PME, François ASSELIN. Toutes les PME de France, elles payent quatorze points d'impôt de plus que GOOGLE, AMAZON et FACEBOOK. On ne peut pas se résigner à ça. Moi, je ne désespère pas d'avoir une solution européenne et je vais me battre avec mon homologue allemand…

Jean-Jacques BOURDIN
Ce n'est pas acquis.

Bruno LE MAIRE
Pour que d'ici mars, il y ait une solution européenne parce que c'est notre intérêt à tous.

Jean-Jacques BOURDIN
D'accord. Mais pour l'instant, la solution est française.

Bruno LE MAIRE
Je souhaite que l'Europe soit à la hauteur de ce défi-là. Mais si l'Europe n'est pas à la hauteur du défi, la France dès le 1er janvier 2019 installera cette taxe sur les géants du numérique. Question de justice et question aussi d'efficacité. Parce que si demain, pour revenir aux policiers, aux hôpitaux, aux services publics, aux crèches, nous voulons avoir les moyens pour financer ces services publics, il faut aller chercher l'argent là où il se trouve.

Jean-Jacques BOURDIN
« Le Gouvernement montre un amateurisme total », c'est ce que dit Marine LE PEN. Est-ce qu'on peut lui donner tort ? Pas de hausse des taxes sur les carburants en 2019, on est d'accord, mais vous renoncez dans un premier temps à l'extension du chèque énergie à deux millions de foyers supplémentaires, au relèvement du barème kilométrique, au doublement de la prime à la conversion. Dans un premier temps.

Bruno LE MAIRE
Mais nous ne renonçons à rien, Jean-Jacques BOURDIN.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Vous avez renoncé dans un premier temps.

Bruno LE MAIRE
Nous ne renonçons à rien puisque ces mesures sont maintenues. Je vous dirai aussi le fond de ma pensée comme toujours avec vous : je me réjouis qu'elles soient maintenues ces mesures.

Jean-Jacques BOURDIN
Non mais d'accord. On est d'accord, Bruno LE MAIRE.

Bruno LE MAIRE
Je suis venu sur ce même plateau expliquer que ces mesures étaient bonnes et qu'elles nous permettaient d'accélérer la transition écologique.

Jean-Jacques BOURDIN
Elles ont d'abord été supprimées puis rétablies. Pourquoi est-ce qu'elles ont été rétablies ? Parce que les députés de La République en Marche ont protesté. C'est vrai ?

Bruno LE MAIRE
Tant mieux.

Jean-Jacques BOURDIN
C'est vrai ou c'est faux ?

Bruno LE MAIRE
C'est tout à fait vrai. Les députés ont protesté, ont dit que tout cela n'était pas une bonne idée, qu'il fallait maintenir ces mesures. Ils ont raison, ce sont de bonnes mesures. Je les ai défendues sur votre plateau il y a quelques semaines et je les défends à nouveau. Je pense que c'est une très bonne chose d'accélérer la transition écologique, d'avoir une prime qui est doublée pour la conversion pour pouvoir changer son véhicule. On ne peut pas demander aux Français de polluer moins, d'avoir des voitures qui rejettent moins de CO2 ou moins de particules fines et ne pas les aider à acheter ces véhicules. Donc nous avions une prime à deux mille euros, nous avons décidé de la doubler mais tant mieux que nous la maintenions. Je pense que c'est une excellente décision d'avoir maintenu ces décisions et tant mieux si la majorité nous rappelle de temps en temps à l'ordre. Je pense que c'est son rôle.

Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce qu'en augmentant le SMIC et la prime d'activité, vous prenez le risque d'augmenter le chômage en France ?

Bruno LE MAIRE
Si on avait augmenté le SMIC de manière unilatérale en disant : le SMIC, il est à mille deux cent dix euros nets par mois à compter du 1er janvier 2019, on le passe à mille trois cents, mille trois cent cinquante. L'effet sur l'emploi aurait été catastrophique notamment pour les jeunes, pour ceux qui débutent dans la vie active. C'est bien pour cela que nous avons choisi la solution de la prime d'activité qui permet de compenser le manque à gagner que vous avez quand vous reprenez un travail. Moi, je pense que cette solution est à la fois plus juste parce qu'elle va se concentrer sur ceux qui ont des salaires, des petits salaires ou des salaires moyens, et elle évite d'avoir un impact sur l'emploi parce que ce n'est pas les entreprises qui payent. Alors que si vous augmentez le coût du travail et le niveau du SMIC, c'est les entreprises qui payent. Elles font quoi les entreprises ? Elles disent : on ne peut plus payer donc on n'embauche pas et donc on crée du chômage.

Jean-Jacques BOURDIN
Elle sera pérennisée sur le quinquennat ?

Bruno LE MAIRE
Je souhaite que les décisions qui sont prises s'inscrivent dans le temps, bien entendu.

Jean-Jacques BOURDIN
Dans le temps, dans la durée et définitivement.

Bruno LE MAIRE
Dans la durée bien entendu. Une prime d'activité qui est augmentée, ce n'est pas pour qu'elle soit retirée plus tard. Mais vous voyez bien que l'objectif, c'est de conjuguer meilleure rémunération du travail et baisse du chômage. Et toutes les mesures que nous avons prises : suppression des cotisations assurance-maladie, suppression des cotisations assurance-chômage. Au 1er janvier 2019, je le rappelle, il n'y aura plus de taxe sur l'intéressement, donc j'espère que des millions de salariés pourront bénéficier de l'intéressement et d'une meilleure rémunération du travail. Prime d'activité, heures supplémentaires défiscalisées…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Sur les heures supplémentaires défiscalisées, j'ai une petite question. Petite question : les entreprises paieront des charges patronales ?

Bruno LE MAIRE
Oui, mais pas de charges sociales.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous n'allez pas au bout.

Bruno LE MAIRE
Pas de charges salariales.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais je croyais que c'était aucune charge ni impôt. C'est Emmanuel MACRON qui avait dit ça. Aucune charge ni impôt.

Bruno LE MAIRE
Là, vous parlez de la prime. Ne confondons pas la prime et les heures supplémentaires.

Jean-Jacques BOURDIN
Les heures supplémentaires, le patron paiera.

Bruno LE MAIRE
Oui. Mais sur la prime en revanche, il n'y a ni CSG, ni CRDS, ni cotisations sociales, ni impôts. Donc vous voyez que si vous mettez tout bout à bout : la prime, la prime d'activité, la prime exceptionnelle, la suppression des charges, la suppression de la taxe à 20 % sur l'intéressement, le résultat de tout ça c'est quoi ? C'est que le travail va enfin payer dans notre pays. C'est à la fois nécessaire pour tous ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts à la fin du mois et c'est une garantie de cohésion sociale, parce qu'une nation est unie quand ceux qui travaillent savent qu'ils pourront vivre dignement de leur travail.

Jean-Jacques BOURDIN
La taxe d'habitation, juste une petite question. Est-ce que vous prévoyez toujours de supprimer la taxe d'habitation des 20 % des ménages les plus riches ?

Bruno LE MAIRE
C'est toujours prévu.

Jean-Jacques BOURDIN
Toujours prévu ? Bon, d'accord. Dites-moi, je voulais changer : vous avez des nouvelles de FORD ?

Bruno LE MAIRE
J'ai eu le président de FORD hier au téléphone.

Jean-Jacques BOURDIN
Et alors ?

Bruno LE MAIRE
Je lui ai dit pour la deuxième fois, parce que je l'avais eu la semaine dernière au téléphone, ma façon de penser. Mais je lui ai dit aussi : vous savez, on est dans une situation où tout le monde est perdant. Vous, FORD, vous allez perdre beaucoup en termes de réputation et nous, nous n'acceptons pas la fermeture de cette usine de Blanquefort parce qu'il y a huit cent cinquante emplois, que c'est un beau site industriel, que les salariés ont fait des efforts exceptionnels pour répondre à l'offre de PUNCH et ils ont accepté de travailler plus, de réduire leurs RTT pour sauver leur emploi.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Et ils ont accepté quelques suppressions d'emplois.

Bruno LE MAIRE
Donc la partie, Jean-Jacques BOURDIN, n'est pas finie et je me battrai…

Jean-Jacques BOURDIN
Elle n'est pas finie ?

Bruno LE MAIRE
Non, elle n'est pas finie.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais qu'est-ce que vous pouvez faire ?

Bruno LE MAIRE
Le site n'est pas condamné. Je me battrai jusqu'au bout. Je suis près aux solutions les plus originales.

Jean-Jacques BOURDIN
Même la réquisition du site ?

Bruno LE MAIRE
Je suis prêt aux solutions les plus originales pour garantir qu'un site industriel qui est performant, qui a un repreneur de qualité et qui a des salariés qui sont totalement engagés puisse survivre. C'est mon rôle aussi de Ministre de l'Economie.

Jean-Jacques BOURDIN
Ça veut dire… Bruno LE MAIRE, ce matin vous me dites : l'entreprise belge reprendra ce site.

Bruno LE MAIRE
Je dis que tant que toutes les solutions ne sont pas épuisées, je chercherai toutes les voies même les plus originales pour permettre à PUNCH…

Jean-Jacques BOURDIN
C'est quoi une voie originale ? C'est la réquisition ?

Bruno LE MAIRE
J'en discute avec FORD, avec mes services, avec PUNCH, avec les salariés.

Jean-Jacques BOURDIN
Le rachat par l'Etat et la revente à PUNCH par exemple ?

Bruno LE MAIRE
Pourquoi pas ? Je suis prêt à ce genre de solution. Pourquoi pas ? Parce que ce qui compte pour moi, c'est qu'on ne fiche pas en l'air un site industriel de qualité. J'ai fait la même chose sur ASCOVAL. Moi, je suis allé sur place.

Jean-Jacques BOURDIN
Décision aujourd'hui.

Bruno LE MAIRE
J'avais beaucoup de gens qui me disaient : allez, laisse tomber. Il faut fermer.

Jean-Jacques BOURDIN
Décision du tribunal de Strasbourg.

Bruno LE MAIRE
Sauf que je suis allé sur place, j'ai vu l'aciérie. L'aciérie est quasiment neuve, elle a sept ans. Une aciérie de qualité, une aciérie qui pollue peu puisque c'est une aciérie, une sidérurgie électrique. J'ai vu des salariés à ASCOVAL, à Saint-Saulve totalement motivés, qui aiment leur outil de production. C'est beaucoup plus que de l'économie. C'est de la vie humaine qui est en jeu derrière. J'ai vu des élus locaux au premier rang desquels Xavier BERTRAND qui était prêt à se battre pour ce site. Quand une situation est comme cela, mon rôle de ministre de l'Economie ce n'est pas de baisser les bras en disant : le marché va décider. C'est de dire : puisque dans cette économie de marché, c'est viable, qu'il y a un avenir, qu'il y a des salariés motivés, qu'il y a un outil de production de qualité, on va se battre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept et nous allons trouver une solution. Pour ASCOVAL, on n'en est pas loin et pour Blanquefort, croyez-moi, je n'ai pas encore baissé les bras.

Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFMTV.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2018

Rechercher