Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le lancement du satellite militaire CSO, à Paris le 19 décembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le lancement du satellite militaire CSO, à Paris le 19 décembre 2018.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

ti :
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le délégué général pour l'armement,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de l'air,
Monsieur le Président du CNES,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les présidents et directeurs généraux,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


Il y a quelques instants, ce sont nos technologies spatiales, notre maîtrise de l'espace et nos capacités de renseignement qui ont avancé.

Il y a quelques instants, la lutte contre le terrorisme, la conduite de nos opérations et notre autonomie stratégique ont fait un pas en avant.

La composante spatiale optique, c'est un défi technique et technologique relevé. C'est la France qui met en orbite un des systèmes d'observation les plus performants au monde. Mais CSO, aujourd'hui, c'est notre souveraineté réaffirmée. C'est notre supériorité opérationnelle, renforcée.
Ce lancement n'est qu'une étape, une étape déterminante. CSO va décupler nos capacités de surveillance, nous permettre des images de reconnaissance et d'identification d'une précision encore jamais égalée.

En 2020 et 2021 seront tirés les deux autres satellites qui compléteront cette composante et nous placeront définitivement à la pointe de l'observation spatiale.

Je veux saluer toutes les équipes qui ont permis ce succès. Je pense à tous ceux qui sont à Kourou aujourd'hui, et qui m'écoute en visioconférence. Je pense à tous ceux qui ont travaillé d'arrache-pied au CNES et à la DGA. Je pense aux industriels, à Airbus et Thalès, pour la réalisation de ce satellite et à Ariane Espace pour ce tir réussi. A tous les chercheurs, les ingénieurs, les mécaniciens. Je pense enfin aux unités militaires qui protègent les plateformes et sont déployées à chaque lancement.

CSO, c'est votre succès. C'est le succès collectif de la passion et du savoir-faire, de l'expertise et de la détermination.

Merci. Merci pour tout ce travail et cet engagement.

Aujourd'hui, plus que jamais, notre défense passe par l'espace. Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin d'une stratégie spatiale de défense.

Je ne vous parle pas de combats de sabres laser sur l'étoile noire – pas encore en tous cas. Mais je vous parle de la réalité du terrain, de la réalité de nos opérations.

Prenons un exemple récent : Hamilton. Quand le régime syrien a décidé de franchir les limites de l'humanité et de gazer son propre peuple, il nous fallait réagir. Si nous avons pu le faire vite, précisément : c'est grâce à l'espace.

Grâce à Hélios et Pléiades, nous avons pu collecter des renseignements, détecter les lieux stratégiques de production et de stockage des armes chimiques du régime. Avec le GPS et demain Galileo, nous avons pu positionner et guider nos chasseurs. Grâce à Syracuse, nous avons pu communiquer en permanence pendant l'opération.

L'espace n'est pas un monde lointain et obscur, c'est la réalité de nos quotidiens et de nos opérations.

Il nous fallait plus pour l'espace et j'ai décidé d'agir vite.

Aujourd'hui, nous avons lancé CSO, c'est un premier pas. La loi de programmation militaire 2019-2025 en prévoit bien d'autres et le renouvellement complet de nos capacités spatiales. En 2020, nous lancerons trois satellites d'écoute électromagnétique CERES. C'est une capacité nouvelle pour détecter les centres de commandement et les flottes ennemies. D'ici 2022, les deux premiers satellites de télécommunication Syracuse 4 seront lancés, j'ai décidé qu'un troisième serait commandé en 2023.

Est-ce encore suffisant ? Je ne crois pas.

A Toulouse en septembre, j'ai souligné la nécessité d'une stratégie spatiale de défense. Le ciel est devenu un espace de rivalité, de confrontation. Les actes inamicaux s'y multiplient, l'espionnage peut s'y faire, de nouveaux acteurs y ont accès tandis que sur le sol, les puissances développent des capacités antisatellites.

Il nous faut surveiller plus et mieux nos satellites. Il nous faut connaître parfaitement les objets qui les entourent, qui croisent leurs trajectoires. Il nous faut une cartographie parfaite du ciel. Il nous faut décourager quiconque voudrait s'attaquer à nos satellites.

Le Président de la République partage cette préoccupation et m'a chargé de lui proposer une stratégie spatiale ambitieuse pour notre défense. Un groupe de travail s'est mobilisé pour y réfléchir à cette stratégie. Un groupe de travail large, piloté par le ministère des Armées et qui a associé tous les experts du spatial, industriels, des think tanks, diplomates et militaires. Il n'a économisé ni les heures ni les litres de café. Le rapport qui a abouti de leur réflexion est riche, dense. J'y apporte actuellement les derniers ajustements et je serai en mesure de le présenter dans les prochains jours au Président de la République.

Notre défense dans l'espace sera à la hauteur des enjeux et des menaces. Faudra-t-il aller encore plus loin ? Toutes les options sont sur la table.

Mais aujourd'hui, pour une protection parfaite, nous avons besoin d'une autonomie stratégique parfaite.

CSO est un succès pour la France, un succès pour l'Europe. Ce sont Thalès et Airbus qui l'ont conçu. C'est ici, en France, que le satellite a été créé, assemblé. Ce sont des emplois, des activités, de l'attractivité. C'est aussi la garantie de notre autonomie stratégique.

Cette autonomie stratégique, nous devons la consolider, la garantir, l'étendre.

Je parlais à l'instant de systèmes de surveillance, bâtissons avec nos alliés les plus proches, européens.

Je pense à nos lanceurs. Nous avons aujourd'hui, et ce lancement de CSO en est la preuve, la capacité d'agir dans ce domaine en coopération et en confiance avec la Russie. Mais alors que le new space change le modèle économique des lanceurs et que notre environnement stratégique peut changer à tout instant, la France et l'Europe ont besoin d'un accès libre et autonome à l'espace.

Ce n'est pas une lubie, c'est une nécessité. C'est dans l'espace que nous collectons des renseignements. C'est grâce à l'espace que nous communiquons et guidons nos opérations. Nous ne pouvons pas être dépendants quand il s'agit de permettre des capacités aussi clés.

La solution, nous l'avons à portée de main. Ariane 6 est le chemin vers cette autonomie d'accès au ciel. J'en suis convaincue et je serai à chaque instant l'avocate acharnée d'Ariane 6.

Aujourd'hui, grâce au travail acharné d'Arianegroup, du CNES, de tous les acteurs impliqués ; le projet touche à son but. Le premier lancement se fera mi-2020 et je peux d'ores et déjà vous annoncer que le 3e et dernier satellite CSO sera mis en orbite grâce à un lanceur Ariane 6.

Et si Ariane 6 est porteur d'espoir pour notre souveraineté et l'accès indépendant de l'Europe à l'espace, le projet ne marchera que si chacun joue le jeu. Certains concurrents cherchent à attirer les européens en leur proposant des prix faibles, très faibles parce qu'ils font payer leurs propres institutions au prix fort, très fort. Ne soyons pas complices de ce petit jeu, pas très loyal, qui vise en réalité à nous faire perdre notre autonomie d'accès à l'espace. Le Buy European Act en termes de lanceurs est une première étape déterminante : jouons collectivement ; choisissons la responsabilité, ensemble.

Et cet investissement pour les lanceurs n'est pas vain. Il nous offre non seulement l'autonomie stratégique dont l'Europe et la France ont besoin, mais aussi une vitalité économique, une force remarquable à l'export, des bassins d'emplois et de savoir-faire, une attractivité pour tous les talents. Ils nous offrent des perspectives remarquables, aussi bien civiles que militaires, car les lanceurs sont une technologie duale par excellence.

Mesdames et messieurs, la réussite du tir et de la mise en orbite de CSO est une réussite collective. Bravo et merci encore à tous ceux qui l'ont permis. Je suis d'autant plus fière de ce succès qu'il en augure de nombreux autres car, vous l'avez compris, pour l'espace et la défense, nous avons encore beaucoup à bâtir !


Merci à tous !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 20 décembre 2018

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