Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à Europe 1 le 20 décembre 2018, sur la polémique autour du loto du patrimoine et le budget de la culture pour 2019. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à Europe 1 le 20 décembre 2018, sur la polémique autour du loto du patrimoine et le budget de la culture pour 2019.

Personnalité, fonction : RIESTER Franck, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :


NIKOS ALIAGAS
Un face à face en direct dans notre tout nouveau studio Pierre Bellemare. Le Ministre de la Culture, Franck RIESTER, est votre invitée, Audrey CRESPO MARA.

AUDREY CRESPO MARA
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER, MINISTRE DE LA CULTURE
Bonjour.

AUDREY CRESPO MARA
Bonjour à tous et bienvenue dans notre nouveau studio Pierre Bellemare.

FRANCK RIESTER
Oui, c'est impressionnant.

AUDREY CRESPO MARA
Décidément, la crise des gilets jaunes électrise le pays. Même Stéphane BERN grimpe sur la barricade. Il vous reproche d'avoir rétabli la taxation sur le Loto du patrimoine alors que le Sénat l'avait supprimée. Pourquoi rétablir une taxe en plein ras-le-bol fiscal ?

FRANCK RIESTER
Alors d'abord, j'ai eu évidemment Stéphane BERN et les choses s'apaisent. Vous savez, j'ai été député pendant onze ans et demi et chaque année, lors de la discussion du projet de loi de finances, il y a des incompréhensions il y a des débats, il y a des polémiques parce que l'exercice veut ça. Ce sont des navettes entre l'Assemblée et le Sénat pour définir ce que va être le projet de loi de finances, c'est-à-dire le budget l'année suivante. Là, c'est ce qui s'est passé. C'est une question de tuyauterie budgétaire. En 2018, il y a eu un formidable engouement des Français autour du Loto du patrimoine. Ça va générer, le Loto par lui-même, presque vingt-deux millions d'euros et l'Etat a pris la décision d'accompagner ce succès à hauteur de vingt-et-un millions d'euros. C'est la décision qu'on a pris avec Gérald DARMANIN tout début novembre.

AUDREY CRESPO MARA
Légalement, vous allez me dire que c'est nécessaire de taxer ce Loto. Mais moralement, vous trouvez que c'est bien de taxer la générosité des Français ?

FRANCK RIESTER
C'est la législation de la Loterie nationale qui est comme ça. Justement, les taxes générées en 2018 représentent quatorze millions d'euros. L'Etat met vingt-et-un millions d'euros donc largement plus que ce qu'il a collecté à travers le dispositif fiscal du Loto du patrimoine. Et en 2019, on s'est engagé à faire la même chose si le Loto du patrimoine est lancé, ce qui n'est pas encore définitif. On s'est vu avec Stéphane BERN et la Fondation du Patrimoine pour ce faire. Si on lance un Loto du patrimoine, si les Français répondent présents comme ils ont répondu présents en 2018, l'Etat abondera, accompagnera à la hauteur de ce que seront les revenus du Loto du patrimoine. Donc l'Etat ne va rien se mettre dans la poche. Au contraire, l'Etat accompagne le mouvement du Loto du patrimoine.

AUDREY CRESPO MARA
Franck RIESTER, si je résume quand même, pour compenser la taxe que vous prenez sur le Loto du patrimoine, en échange vous allez lui verser des subventions. Ecoutez Stéphane BERN au micro d'Europe 1.

STEPHANE BERN, CREATEUR DU LOTO DU PATRIMOINE
Oui, le Gouvernement se tire à mon sens une balle dans le pied puisque le Ministre de la Culture a annoncé qu'il allait encore une fois me suivre avec une enveloppe compensatoire. Ça revient à dire que l'Etat va prendre dans une poche et va redistribuer d'une autre poche.

AUDREY CRESPO MARA
Ce ne serait pas plus simple de supprimer la taxe, ce qui vous éviterait de verser des subventions ? Parce que là, c'est quand même une usine à gaz.

FRANCK RIESTER
C'est de la tuyauterie budgétaire, je vous l'accorde. Ce qui compte, c'est le résultat.

AUDREY CRESPO MARA
Non, mais c'est une usine à gaz. L'Etat paye des fonctionnaires pour rembourser des taxes que d'autres fonctionnaires ont encaissées. C'est ça le choc de simplification promis par Emmanuel MACRON ?

FRANCK RIESTER
Ça, c'est un peu caricatural.

AUDREY CRESPO MARA
Pas tant que ça.

FRANCK RIESTER
Non. C'est plus simple de ne pas modifier la législation de la loterie du patrimoine, enfin la loterie nationale, qui veut qu'il y a des mises des joueurs, des gains pour les joueurs et une fiscalité pour l'Etat. Et là, spécifiquement…

AUDREY CRESPO MARA
Mais vous mettez des taxes puis des subventions.

FRANCK RIESTER
On n'a rien mis. On a adapté. C'est une première : a été adaptée la Loterie nationale pour un objectif louable qui est de restaurer le patrimoine en danger dans les territoires. A été utilisé un dispositif qu'est le Loto du patrimoine et, dans ce dispositif, il y a une taxe. L'Etat dit : « Nous, on ne veut pas s'en mettre plein les poches », entre guillemets parce que les poches de l'Etat c'est des services publics…

AUDREY CRESPO MARA
Et c'est les Français qui payent.

FRANCK RIESTER
Et c'est les Français qui payent. Donc cet Etat, il dit : « Il y a un engouement pour le patrimoine, on accompagne financièrement. » Franchement, peu importe la tuyauterie budgétaire. Ce qui compte, c'est l'efficacité.

AUDREY CRESPO MARA
Franck RIESTER, pardonnez-moi. Laissez-moi le temps de vous poser quelques questions. Le patron des députés La République en Marche prétend que vos réformes sont trop subtiles, trop intelligentes. Est-ce qu'elles ne seraient pas surtout trop usine à gaz ?

FRANCK RIESTER
Mais c'est plus simple.

AUDREY CRESPO MARA
Non, ce n'est pas simple du tout.

FRANCK RIESTER
Si, c'est simple. Vous avez un dispositif, la loterie, qui fonctionne avec des taxes. Si on change à chaque fois qu'on va utiliser la loterie pour faire ceci ou cela le mécanisme de la loterie nationale, à ce moment-là c'est là que ça devient compliqué. Là on dit c'est très simple : on laisse le dispositif classique…

AUDREY CRESPO MARA
Je ne sais pas si nos auditeurs s'y retrouvent mais moi, je trouve ça très compliqué.

FRANCK RIESTER
Attendez. Non, non, c'est très important. On utilise… Non mais parce qu'il faut savoir que les Français qui s'engagent pour le Loto du patrimoine verront leur engagement récompensé par des travaux partout dans les territoires. En 2019, c'est quarante-cinq millions d'euros…

AUDREY CRESPO MARA
Une dernière question sur Stéphane BERN pour qu'on puisse parler de votre budget.

FRANCK RIESTER
Mais parce qu'on ne parle pas de l'essentiel, on parle de la tuyauterie budgétaire qui ne change rien sur le résultat final. Le résultat final, c'est que les Français veulent que leur patrimoine de proximité soit restauré et grâce à cette initiative de l'Etat, de la Fondation du patrimoine et de Stéphane BERN, on va avoir ce résultat-là. Et pardon, mais peu importe le fonctionnement de la tuyauterie budgétaire pour y parvenir.

AUDREY CRESPO MARA
En août, Stéphane BERN avait menacé de démissionner après la démission de Nicolas HULOT. Cette fois, il réclame l'annulation de la taxe en pleine crise de ras-le-bol fiscal. Est-ce qu'il ne se comporterait pas comme un gilet jaune ?

FRANCK RIESTER
Non. Ecoutez, Stéphane BERN a rendu un service exceptionnel, bénévole pour le patrimoine, pour faire parler de ce patrimoine en danger, pour mobiliser la générosit des Français. Après, si à un moment ou un autre il estime que sa mission est satisfaite ou pas, il prendra sa décision en homme libre. Pour autant, moi je travaille très bien avec Stéphane BERN. On s'est encore vu cette semaine, on ira sur le terrain ensemble voir les premières restaurations commencées et j'espère qu'en 2019 on relancera ensemble le Loto du patrimoine.

AUDREY CRESPO MARA
Stéphane BERN, c'est votre domaine mais il n'est pas le seul à mettre la pression sur le Gouvernement, les policiers, les gilets jaunes. Avec toutes ces dépenses, vous ne craignez pas qu'on demande à d'autres ministères, par exemple le vôtre, de serrer la ceinture alors que le budget de la culture dans le budget de l'Etat, c'est rien déjà. C'est quoi ? C'est 1 %.

FRANCK RIESTER
Ecoutez, il faut être en responsabilité. Ça fait des décennies que l'Etat génère des déficits. Il faut que chaque ministre, chaque administration fasse les efforts qu'il faut pour faire en sorte de réduire ces déficits.

AUDREY CRESPO MARA
Et le vôtre, ce serait possible ?

FRANCK RIESTER
Mais le nôtre comme les autres seront mis à contribution mais c'est logique. Il faut mieux s'organiser, optimiser nos dépenses, optimiser les services rendus au public. Il faut que sur le terrain, partout dans les territoires, les Français aient le sentiment qu'il y ait plus d'Etat, plus de services publics à leur service.

AUDREY CRESPO MARA
Plus de culture, c'est quoi ? C'est 1 % du budget de l'Etat, non ?

FRANCK RIESTER
Oui, c'est ça, sans compter l'audiovisuel public. Et donc ce budget-là, moi je veux qu'il soit utilisé au plus près de nos compatriotes.

AUDREY CRESPO MARA
François MITTERRAND avait fait ses grands travaux, Jacques CHIRAC avait fait son musée de Branly. Quand l'objectif d'un pays est de respecter les 3 % des déficits budgétaires, il a du mal à imaginer sa culture quand même.

FRANCK RIESTER
Non, mais c'est vrai qu'il y a eu une époque qui était une époque différente, où on pouvait faire des grands travaux un peu sans compter, d'ailleurs des déficits et des dettes à la clef qu'aujourd'hui on est obligé de rembourser donc il faut être raisonnable. Pour autant, il y a des grands projets qui sont en cours. Il y a la restauration du Grand Palais. Il y a, je l'espère, un très beau projet qui est la restauration du château de Villers-Cotterêts qui est une résidence royale voulue par François Ier dans lequel on veut faire la Cité internationale de la langue française, un laboratoire de la francophonie. C'est un très beau projet voulu par le Président de la République. Pour autant ce qui m'importe moi, c'est l'accès à la culture. C'est que chaque Français puisse avoir accès à la culture et dès le plus jeune âge. C'est ce qu'on fait en matière d'éducation artistique et culturelle avec Jean-Michel BLANQUER dans l'éducation. C'est ce que va permettre le pass culture. C'est ce que permet le plan organisé et vu avec Erik ORSENNA pour ouvrir davantage les bibliothèques dans notre pays. C'est ça qui est l'objet principal de mon travail aujourd'hui, ma mission première.

AUDREY CRESPO MARA
Franck RIESTER, dernière question de cette interview d'une matinale spéciale en public à l'occasion de l'inauguration du studio Pierre Bellemare. On a tous un souvenir de Pierre BELLEMARE. Quel est le vôtre ?

FRANCK RIESTER
Moi, c'est comme d'ailleurs beaucoup. C'est dans la voiture, la façon dont il racontait les histoires, les histoires policières souvent mais plus largement les histoires, parce qu'il avait cette voix reconnaissable parmi toutes les autres. Vous savez, la radio c'est la voix, c'est la proximité. C'est cette voix qui vient vous parler dans le creux de l'oreille partout où vous êtes, à n'importe quel moment de la journée. Moi c'était dans la voiture, souvent avec mes parents pour partir en vacances. On écoutait les histoires de Pierre BELLEMARE.

AUDREY CRESPO MARA
Merci Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

NIKOS ALIAGAS
Audrey CRESPO MARA pour l'interview politique de la matinale. Monsieur le Ministre, il y a peut-être des auditeurs qui vous écoutent en ce moment dans la voiture mais il y en a un aussi avec nous, c'est Fayçal de Grenoble, agent du patrimoine. Il est en charge du Musée de la Houille blanche, la maison Bergès à Lancey en Isère. Est-ce que vous avez une question spécifique à formuler au ministre.

FAYÇAL, AGENT DU PATRIMOINE GRENOBLOIS
Oui. Bonjour Monsieur le ministre.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

FAYÇAL
Après Jack LANG, et Audrey rappelait qu'il y avait pas mal de personnes qui ont marqué la culture, moi ce que j'aimerais vous demander, c'est que vous disiez tout à l'heure « la culture pour tous ». Mais en fait pour les gens qui sont dans les campagnes, les quartiers, une entrée de musée ça coûte très, très cher. On dit que la culture, c'est une ouverture sur le monde, ça évite le repli sur soi. Qu'est-ce que vous comptez mettre en place pour que les gens qui habitent dans les quartiers puissent aller dans les musées sans que ça coûte vraiment quelque chose d'énorme ?

NIKOS ALIAGAS
Vous demandez quoi ? La gratuité ?

FAYÇAL
Nous, nous avons la gratuité au conseil départemental de l'Isère. On n'a pas attendu monsieur RIESTER pour la mettre en place si vous voulez.

NIKOS ALIAGAS
Oui, mais ce n'est pas de sa faute non plus.

FAYÇAL
Mais j'espérerais qu'il le développe, il le développe dans toute la France. Oui, pourquoi pas ? Ça serait un beau projet.

NIKOS ALIAGAS
Monsieur le Ministre ?

FRANCK RIESTER
D'abord il n'y a pas qu'effectivement ce que vous faites et qui est une très belle initiative. Vous savez que les musées, les grands musées nationaux sont gratuits pour les moins de vingt-six ans. Il y a des dispositifs d'accompagnement pour les personnes qui ont des moyens limités pour rentrer dans les musées, notamment les personnes qui sont au chômage. Il y a des tarifs spéciaux et chaque collectivité adapte sa tarification en fonction de ses priorités. Donc l'Etat accompagne justement les publics pour qu'ils puissent plus facilement rentrer dans les musées notamment. Un des grands objectifs que nous avons, c'est de donner la possibilité aux plus jeunes notamment, et c'est l'objectif du pass culture, de pouvoir commencer leur vie de jeune citoyen en ayant un forfait d'argent, cinq cents 500 euros, pour avoir accès à la culture. Pour commencer leur vie de citoyen en autonomie culturelle. Et c'est ce pass culture, cette application qu'on va commencer à expérimenter dans cinq départements à partir du 1er février qui permettra, je l'espère à terme, que chaque jeune et peut-être demain chaque Français puisse avoir une application qui leur permet de pouvoir se repérer dans l'offre culturelle et dans l'offre de pratiques culturelles dans le pays. Et pour les plus jeunes, à l'issue de leur parcours d'éducation artistique et culturelle en lien avec l'Education nationale, à dix-huit ans on leur donne la possibilité d'avoir une autonomie culturelle. C'est un beau projet, on l'expérimente et on espère qu'on va pouvoir le généraliser en 2020.

FAYÇAL
Merci Monsieur le ministre.

NIKOS ALIAGAS
Bravo. Merci Monsieur le ministre. Ça vous va comme réponse, Fayçal ?

FAYÇAL
Oui, bien sûr Nikos.

NIKOS ALIAGAS
Merci Franck RIESTER, Ministre de la Culture, interviewé par Audrey CRESPO MARA et merci d'avoir inauguré officiellement aussi il y a quelques ministre ce tout nouveau studio en public.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2018

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