Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Culture le 20 décembre 2018, sur la politique agricole. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Culture le 20 décembre 2018, sur la politique agricole.

Personnalité, fonction : GUILLAUME Didier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

GUILLAUME ERNER
Nous recevons Didier GUILLAUME, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
On va parler de la loi alimentation, de la manière donc vous pensez possible de préserver le niveau de vie des agriculteurs, voire de le faire croître et celui des Français. Mais auparavant peut-être un mot sur ce cafouillage, un cafouillage qui fait tanguer l'exécutif nous dit Le Figaro dans la presse ce matin, l'opinion qui prédomine est qu'il y aurait un véritable hiatus entre le président de la République et le Premier ministre, qu'en pensez-vous Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
Non je ne crois pas qu'il y ait un hiatus, ce que je sais c'est que la crise dans notre pays est grave, que les Françaises et les Français, un certain nombre d'entre eux n'en pouvaient plus, n'en pouvaient plus peut-être d'avoir été abandonnés pour certains dans les zones rurales, pour d'autres de penser qu'il y avait trop d'écart entre les grandes fortunes et eux-mêmes et au bout du compte cette crise a été révélatrice d'un mal-être. Ce mal être il faut y répondre, il faut l'écouter. Moi j'ai de l'empathie pour les sincères, celles et ceux qui souffrent. Et en même temps il faut expliquer un certain nombre de choses. Expliquer que depuis 18 mois maintenant, Emmanuel MACRON a essayé de remettre l'économie et le travail au coeur de son projet et pour faire baisser le chômage parce que …

GUILLAUME ERNER
Pourquoi ça n'a pas fonctionné ?

DIDIER GUILLAUME
Ca n'a pas fonctionné parce qu'il a des symboles, moi je parle franchement, parce que les gens ont eu le sentiment, lorsqu'on annonce qu'il y a la fin de l'impôt de solidarité sur la fortune, ils ont l'impression que c'est pour les riches et pas pour les autres, alors que l'impôt de solidarité sur la fortune n'a jamais été supprimé, jamais, jamais !

GUILLAUME ERNER
Il a quand même été largement amendé !

DIDIER GUILLAUME
Non, non il n'a pas été supprimé. Ce qui a été supprimé dans l'impôt de solidarité sur la fortune, c'est que les femmes et les hommes qui ont de l'argent, qui réinvestissent dans l'entreprise, là sont exonérés d'impôts sur la fortune. Mais ceux qui le gardent pour des raisons immobilières, qu'ils gardent des immeubles, là l'impôt sur la fortune reste.

GUILLAUME ERNER
Il n'y a pas eu de fléchage, on aurait du faire en sorte…

DIDIER GUILLAUME
Il y a eu, si, si, ah si, si, il y a un fléchage c'est très clair !

GUILLAUME ERNER
On aurait pu faire en sorte, vous savez bien que ça coûte 3,5 milliards au budget de l'Etat et on aurait pu faire cette réforme autrement, vous ne pensez pas qu'il y a eu une erreur et pas seulement symbolique ?

DIDIER GUILLAUME
Je vous dis qu'il y a des questions de symbole, donc je vous réponds très franchement, sans langue de bois, je ne pense pas que ce soit une erreur, au contraire. La France est le seul pays au monde où il y avait l'impôt de solidarité sur la fortune. Dans le programme d'Emmanuel MACRON, il était dit que seuls resteraient les gens qui gardent cet argent pour des raisons personnelles et patrimoniales et que ceux qui réinvestiraient seraient exonérés. Moi je suis très favorable à cette mesure. Donc il n'y a plus à avoir ce genre de sentiment pour les gens et la réponse elle a été forte par le président de la République, elle a été forte en disant : nous allons augmenter le pouvoir d'achat. Nous l'avons fait déjà depuis 18 mois et notamment à ce budget avec la baisse des charges sur les salaires. Guillaume ERNER depuis le mois d'octobre les Français, tous les Français qui ont une fiche de paie voient leur salaire mensuel augmenter parce que les charges ont diminué, c'est une réalité.

GUILLAUME ERNER
On va parler du revenu des agriculteurs après avoir parlé de la feuille de paie des Français, la loi Alimentation, elle prévoit d'encadrer les promotions. C'est-à-dire le fait de pouvoir acheter un produit au prix réduit de 50 %, ça sera terminé bientôt dans les grandes surfaces, les promotions elles vont être limitées à 34 %. C'est pour préserver le revenu des agriculteurs, est-ce que vous pensez que ça va fonctionner et est-ce que vous pensez qu'on peut concilier ça avec la préservation du niveau de vie des Français ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, je le crois vraiment c'est un pari, les états généraux de l'alimentation ont été lancés en mai, juin 2017, ça a duré 18 mois, beaucoup de gens qui ne se parlaient pas se sont parlés, les distributeurs, les industriels, les agriculteurs, les commerçants, toutes celles et toutes ceux qui voulaient parler de l'alimentation. De quoi s'agit-il ? Il faut que la France garde une souveraineté alimentaire indispensable, ait une alimentation tracée, sécurisée, c'est ce que veulent l'ensemble de nos concitoyens. L'idée des états généraux, ça a été de dire, aujourd'hui ce que l'on constate c'est que agriculteurs qui fournissent leurs produits sont étranglés et que la valeur n'est pas répartie. Donc dans cette loi il y a deux ordonnances qui ont été présentées, qui prendront effet en janvier et au 1er février. La première, c'est l'augmentation du seuil de revente à perte. Il faut que ce soit mieux réparti, c'est-à-dire qu'il est impossible de revendre des produits à perdre, ça c'est la moindre des choses et les agriculteurs pour l'instant ils sont dans cette tenace là. Et le deuxième sujet que vous évoquiez c'est l'encadrement des promotions. De quoi s'agit-il ? Aujourd'hui on peut avoir des promotions jusqu'à 50, 60, 75 %, ce n'est pas possible pour des produits alimentaires, ce n'est plus possible pour la viande, ce n'est pas possible pour des produits de la ferme. Pourquoi ? Parce que ça coûte quelque chose et ça vaut quelque chose. Donc à partir du 1ER janvier ces promotions seront encadrées maximum 34 %, c'est-à-dire-dire que si on achète deux produits, on peut avoir le 3ème offert dans la promotion, mais si on achète un produit, on ne peut pas en avoir deux offerts.

GUILLAUME ERNER
Didier GUILLAUME comment vous allez faire concrètement pour vous assurer que ça n'est pas le distributeur qui va se mettre la différence dans la poche ?

DIDIER GUILLAUME
La direction générale de la concurrence, consommation et répression des fraudes, nous avons fait une…

GUILLAUME ERNER
Je ne parle pas de vente à perte, je parle juste d'une augmentation des marges.

DIDIER GUILLAUME
J'ai bien compris mais tout cela va être regardé par la direction générale de la concurrence, consommation des fraudes avec les services de Bercy, avec l'ensemble des organisations. Je les ai tous réunis, tous et cet après-midi j'en vois encore.

GUILLAUME ERNER
Mais est-ce que vraiment c'est opportun comme loi, vous vous êtes aux manettes depuis deux mois au ministère de l'Agriculture mais franchement en pleine crise des gilets jaunes, ça tombe mal. On voit qu'il y a, puisqu'on a beaucoup parlé du budget des Français, une famille de quatre avec un budget de 2.000 euros par mois, il y a à peu près 400, 450 euros de budget alimentaire, vraiment on ne peut pas descendre en dessous, ces gens là ils profitaient des promotions.

DIDIER GUILLAUME
Mais des promotions il y en aura encore mais je veux aussi que les agriculteurs arrêtent de se suicider régulièrement, il y a un suicide dans l'agriculture tous les deux jours.

GUILLAUME ERNER
A cause de ça ?

DIDIER GUILLAUME
A cause du fait qu'ils n'ont pas de revenu, aujourd'hui quand le revenu moyen des agriculteurs il est beaucoup trop bas et donc l'idée de ces états généraux ça a été quelque chose de collectif. Pour une fois tout le monde a été écouté, l'Etat a écouté l'ensemble de ceux qui avaient quelque chose à dire. Et il a été annoncé qu'il fallait absolument faire en sorte que les agriculteurs vivent mieux et vivre mieux de leur travail.

GUILLAUME ERNER
Ca on en est absolument persuadé Didier GUILLAUME, à chaque fois qu'on parle avec un agriculteur.

DIDIER GUILLAUME
Moi je refuse si vous le permettez, mais moi je refuse si vous le permettez que l'on prenne en otage les consommateurs face aux agriculteurs.

GUILLAUME ERNER
Ok.

DIDIER GUILLAUME
Parce que les agriculteurs sont aussi des consommateurs.

GUILLAUME ERNER
On est tous d'accord avec ça et à chaque fois qu'on parle avec un agriculteur on voit bien que ce qu'il gagne est vraiment insuffisant. Mais il y a une autre variable qu'il ne faut pas oublier ce sont les taxes. Regardez un témoignage par exemple d'un gros céréalier puisqu'il a plus de 200 hectares de cultures, il dit qu'à partir du 1er janvier il va payer 5.000 euros de charges en plus.

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas si c'est vrai ou si ce n'est pas vrai, ce que je sais c'est que cette année dans le budget de la France, l'agriculture bénéficie d'une baisse de charges absolument incroyable. Les agriculteurs ne sont pas soumis à l'augmentation de la TICPE, la taxe sur les carburants. La baisse des charges concerne aussi les coopératives, donc les charges baissent. Mais ce que dit votre auditeur ou cette personne, c'est qu'effectivement il est mis en place une redevance pour pollution diffuse parce qu'aujourd'hui il y a de la pollution et cette taxe-là va aller pour la transformation de l'agriculture. La transformation va à l'agro-écologie, la transformation vers le bio.

GUILLAUME ERNER
Ce céréalier par exemple qui va payer au total…

DIDIER GUILLAUME
Mais on ne sait pas, moi je ne sais pas qui est ce céréalier, si c'est 5.000 je ne sais pas donc moi je ne veux pas ici sur l'antenne de France culture parler d'un cas précis que je ne connais pas. La règle générale que nous avons fixée, c'est les transformations, les transitions de l'agriculture. La transition économique, la transition sociale.

GUILLAUME ERNER
Alors parlons de la transition écologique.

DIDIER GUILLAUME
C'est de ça dont on parle.

GUILLAUME ERNER
Parlons-en justement.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais justement cette personne-là parle de cela.

GUILLAUME ERNER
Vous avez beaucoup fait dans la Drôme pour cette transition mais maintenant vous êtes ministre et alors à l'échelle du pays le problème, c'est que les aides aux bios, elles n'arrivent pas. Il y a aujourd'hui 27.000 paysans en France qui attendent leurs aides aux bios, elles viennent de l'Europe. Au niveau des régions où il y a des problèmes, régions que vous connaissez en en Rhône-Alpes, Auvergne là aussi des subventions elles manquent, est-ce que ce n'est pas contradictoire Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
Non ce n'est pas contradictoire si vous me le permettez nous parlons de deux choses différentes. La volonté de ce gouvernement comme du précédent d'ailleurs, il faut rendre hommage, de la transition agro écologique elle est irréversible et d'ailleurs les paysans le voient bien. Le plan Ambition bio qui a été mis en place par ce gouvernement c'est 1,1 milliard donc mis sur la table pour convertir les entreprises. Aujourd'hui il faut moins utiliser de pesticides, moins utiliser de glyphosate. Il faut faire en sorte que l'agriculture soit la plus saine possible et les agriculteurs font ce travail et je veux les en remercier. Donc les aides arrivent à l'agriculture biologique, à la transformation, à l'investissement. Le problème qu'il y a et vous avez raison, c'est qu'il y a eu un problème avec ce qu'on appel l'agence de paiement des aides et qu'aujourd'hui les aides européennes sont très en retard puisque les aides de 2016 aux bios, les mesures agro-environnementales et climatiques ne sont toujours pas finies de payer.

GUILLAUME ERNER
Alors qu'est-ce qu'on peut faire ?

DIDIER GUILLAUME
Qu'est-ce qu'on peut faire ? C'est absolument anormal, moi j'ai dit ce que j'avais à dire au président directeur général de cet organisme de paiement, l'Etat a été défaillant, cet organisme a été défaillant, j'en suis désolé, je m'en excuse auprès de tous ces agriculteurs et je fais en sorte à marche forcée que ce rattrapage soit fait.

GUILLAUME ERNER
Alors là aussi …

DIDIER GUILLAUME
Je rappelle quand même que ces aides concernent un infime pourcentage par rapport, c'est quelque…

GUILLAUME ERNER
7.000 ce n'est pas …

DIDIER GUILLAUME
Comment ?

GUILLAUME ERNER
Si peut que ça ?

DIDIER GUILLAUME
Non, non, mais en fait…

GUILLAUME ERNER
Moi j'ai 27.000 agriculteurs qui attendent leurs aides.

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui des aides en retard, qui attendent le solde de leurs aides.

GUILLAUME ERNER
C'est ça, c'est ça, absolument, oui, oui.

DIDIER GUILLAUME
Puisqu'ont été versés, je crois, de mémoire 8 milliards d'aides et il reste à verser 300 millions d'aides. Je veux quand même mettre les chiffres en parallèle, mais je suis d'accord avec vous pour la personne qui a fait ces investissements, qui a fait ses investissements, qui a fait son travail, qui attend cela, je peux comprendre qu'il me dit je ne crois plus en l'état, je ne crois plus en l'Europe parce qu'on n'est pas payé.

GUILLAUME ERNER
L'engagement du gouvernement vis-à-vis du bio là aussi on a parfois du mal à comprendre, le Roundup, au lieu de l'interdire immédiatement il y a eu là aussi des atermoiements, votre position à ce sujet sachant que la FNSEA, elle considère qu'elle est un gros lobby et qu'elle ne veut pas véritablement en finir avec le Roundup et les pesticides, Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Non je ne crois pas d'abord moi j'ai fait de mon département de la Drôme, que j'ai présidé, le premier département bio de France, donc je n'ai pas moi, j'ai aucun problème là-dessus, la transition écologique j'y suis à fond dedans et la FNSEA, si vous me le permettez n'est pas un lobby, c'est un syndicat au même titre que la CFDT, la CGT, Sud, Alliances etc. mais je préfère le préciser.

GUILLAUME ERNER
Un syndicat des gros quoi !

DIDIER GUILLAUME
C'est le syndicat majoritaire dans l'agriculture, il y a 3 syndicats et c'est le syndicat majoritaire, et moi je tiens compte du fait majoritaire, mais ce n'est pas ça le sujet. Aujourd'hui, le président de la République a pris la décision, a annoncé qu'il fallait sortir du glyphosate en 3 ans, ça devait être 15 ans, l'Europe a décidé 5, le président de la République dit 3. Nous allons y aller, cette transition écologique nous la faisons. Nous la faisons mais en même temps nous ne laisserons personne en dehors de cette transition, il y a des filières pour lesquelles ce sera plus difficile. Je les rencontre aujourd'hui les interprofessions, les filières et à tous je parle de ça. Et nous allons faire ça à marche forcée, parce qu'il faut sortir de la dépendance aux produits phytopharmaceutiques. C'est la position du gouvernement, du président de la République, c'est la position du ministre et du ministère et dans cela il y a aucun sujet, nous avançons mais nous avançons sans intégrisme, nous avançons à marche forcée, nous avançons vite, mais pour faire en sorte que tout le monde suive. Et on ne peut pas opposer les agriculteurs, il ne faut pas opposer les agricultures, ce serait dramatique, mais je ne veux pas non plus…

GUILLAUME ERNER
C'est difficile parfois de les concilier y compris d'ailleurs dans la Drôme c'est compliqué quand on a une exploitation qui utilise des produits phytosanitaires à côté d'une exploitation bio, ce n'est pas facile à faire, Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Mais alors qu'est-ce que vous faites ? Vous…

GUILLAUME ERNER
Moi je ne suis pas ministre de l'Agriculture.

DIDIER GUILLAUME
Je pense si vous le permettez de faire attention à ces phrases un peu, et je ne parle pas de vous, toutes faites, on ne peut pas concilier, on ne peut pas concilier, si, moi je veux réconcilier. Je veux réconcilier l'agriculture et la société. Je veux réconcilier l'agriculteur avec le citoyen et le consommateur, parce que c'est très important et c'est possible et lorsqu'un agriculteur fait des efforts, lorsque l'agriculture utilise 30 % d'eau en moins aujourd'hui qu'il y a 10 ans, lorsque l'agriculture utilise moins de pesticides, ça va dans le bon sens. Aujourd'hui moi je vous le dis tout de go, moi qui suis un militant du bio, un militant de la transition agro-écologique, il n'est pas possible aujourd'hui du jour au lendemain de dire stop et de passer tout en bio.

GUILLAUME ERNER
C'est pour ça que vous n'avez pas le petit coquelicot, ce petit coquelicot de la campagne, vous savez pour arrêter les pesticides, il y a des centaines de milliers de Français qui ont signé la pétition aujourd'hui, qu'est-ce que vous en pensez ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je suis un démocrate, j'accepte tous ceux qui veulent faire ceci faire cela, arrêter les pétitions, je n'ai pas de coquelicot parce que je n'ai pas à arborer de coquelicot. Ce que je sais c'est que moi, je suis le ministre qui, le temps que je serai là, aura contribué à arrêter le glyphosate, à arrêter les pesticides, qui aura contribué à réconcilier tout cela. Mais je me bats toujours contre les intégristes d'où qu'ils viennent.

GUILLAUME ERNER
La loi foncière, cette loi foncière qui devrait permettre à des agriculteurs de s'installer ou d'augmenter leurs parcelles parce que l'une des clés vous le savez bien, Didier GUILLAUME, c'est d'avoir une surface suffisante pour gagner sa vie, là aussi, et l'emprise du foncier avec les habitations, l'étalement urbain il est de plus en plus prégnant et on l'attend cette loi foncière. Les agriculteurs la réclament, qu'est-ce que vous allez faire ?

DIDIER GUILLAUME
Je ne sais pas si les agriculteurs la réclament, moi je sais qu'il y a une loi qui…

GUILLAUME ERNER
J'en connais plein qui aimeraient avoir plus de surface à cultiver.

DIDIER GUILLAUME
Oui il y en a peut-être plein qui aimeraient, les mêmes qui voudraient avoir plus de surface à cultiver disent c'est toujours en augmentation et il faudrait arrêter d'agrandir les exploitations agricoles…

GUILLAUME ERNER
Mais je ne parle pas des immenses exploitations.

DIDIER GUILLAUME
Une des priorités du gouvernement, qui travaille avec les jeunes agriculteurs, c'est l'installation et c'est la transmission. Aujourd'hui 80 % des jeunes qui s'installent, s'installent hors cadre familial, c'est-à-dire ce ne sont pas des enfants de paysans, ce sont des jeunes qui font des études dans les lycées agricoles, dans les établissements agricoles qui veulent être agriculteurs. Aujourd'hui l'objectif c'est ça, c'est de leur trouver du terrain et qu'ils s'installent et qu'ils s'installent durablement avec l'agro-écologie, avec le bio, avec la l'agriculture raisonnée, c'est de ça dont il s'agit. Après il faut arriver à faire un travail avec les SAFER, ce sont les organismes qui …

GUILLAUME ERNER
Un peu opaques les SAFER !

DIDIER GUILLAUME
Le foncier, ce n'est pas du tout opaque, c'est des gens qui sont élus. Je trouve, si vous me le permettez, que vous avez une vision très négative et très pessimiste de l'agriculture et des structures.

GUILLAUME ERNER
C'est peut-être aussi mon métier de ne pas croire en ce type d'annonce !

DIDIER GUILLAUME
Oui mais moi je crois qu'aujourd'hui moi ce qu'il faut auprès de nos concitoyens, ce n'est pas faire peur, je ne dis pas que c'est ce que vous faites c'est de donner des solutions. Moi je veux être le ministre qui donne des solutions. Donner des solutions, c'est aider les jeunes à s'installer. Donner des solutions, c'est mettre plus de transparence dans toutes les structures agricoles et que le ministère pilote, le ministère oriente. Moi ce n'est pas moi qui dirige, ce n'est pas moi qui peut dire à tel endroit il faut plus de terre ou moins de terre. Mais ce qu'il faut c'est une prise de conscience globale. Vous parlez d'étalement urbain, je pense qu'il y a 30, 40 ans, on ne se posait pas ces questions, on construisait des lotissements à perdre de vue parce qu'il fallait loger les gens de la ville qui venaient habiter à la campagne. Aujourd'hui c'est fini tout cela, aujourd'hui il faut préserver les terres agricoles, aujourd'hui il faut…l'artificialisation des terres a été terrible pour notre agriculture, donc il faut préserver les terres agricoles. Mais je veux aussi préserver le modèle agricole. Le modèle agricole de l'exploitation familiale, de l'exploitation qui est suffisamment grande pour en vivre et ça revient au sujet tout à l'heure mais pas trop non plus. Avant à mon époque le père, la mère, les enfants vivaient à la ferme, aujourd'hui il n'y en a qu'un sur les deux s'il y a un couple, l'autre travaille dans le service public ou autre, donc voilà il faut changer aussi notre façon de voir les choses.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes enfant d'éleveur Didier GUILLAUME, vous allez dire que j'agite les peurs mais la peur du loup, elle est réelle, on a vu des éleveurs pleurer parce que le loup s'était attaqué à leur exploitation et là aussi il y a une attente d'une réaction de votre part, d'une politique, qu'est-ce que vous comptez faire ?

DIDIER GUILLAUME
Oui je me suis exprimé d'ailleurs lorsque j'étais président du département et depuis que je suis ministre j'ai porté pendant ces deux jours à Bruxelles des rencontres avec mes homologues pour mettre le sujet du loup en débat au niveau européen, moi je suis pour la biodiversité.

GUILLAUME ERNER
On a les mains libres par rapport à l'Europe ?

DIDIER GUILLAUME
C'est à l'l'Europe de construire cela, on a les mains libres, c'est à l'Europe de construire cela. Aujourd'hui il y a un plan loup qui est fait en France, qui dit que l'on peut prélever comme l'on dit 10 % des loups. Aujourd'hui il y a environ 500 loups, un peu plus 500 loups sur les massifs français. Il y en a 10 % qui sont abattus pour enlever la prédation. Aujourd'hui il y a trop de prédation donc il faut qu'au niveau européen nous arrivions à faire bouger la directive Habitat, la convention de Berne, ces sujets européens, parce que le loup est une espèce en voie de disparition, était une espèce en voie de disparition.

GUILLAUME ERNER
Là, ce n'est plus le cas.

DIDIER GUILLAUME
Je pense que ce n'est plus le cas, je suis d'accord avec vous, comme quoi vous voyez qu'on peut être à la fois écolo et à la fois être du côté des éleveurs et c'est ça la réconciliation. La réconciliation c'est de faire en sorte que l'on regarde objectivement les choses.

GUILLAUME ERNER
On se réconcilie souvent pendant les repas en France, qu'est-ce que vous allez manger pour les fêtes, Didier GUILLAUME ?

DIDIER GUILLAUME
J'en n'ai pas la moindre idée mais je vais manger des bons produits français.

GUILLAUME ERNER
Pas de la pintade de la Drôme ?

DIDIER GUILLAUME
Des bons produits français, peut-être de la pintade de la Drôme AOC, peut-être quelques truffes, peut-être des …en tout cas ce que je constate dans les transitions, c'est que la transition sanitaire, elle est indispensable. Nos concitoyens veulent de plus en plus manger des produits de bonne qualité, des produits avec la traçabilité et moi je me refuserai toujours de dire que lorsqu'on a les moyens on peut manger des bons produits, et lorsqu'on est pauvre on prend ce qui reste, ça ne peut pas être ça. La souveraineté alimentaire de la France, elle est indispensable et les produits sont des bons produits de notre agriculture.

GUILLAUME ERNER
Bon on aurait pu parler aussi du Picodon et d'autres spécialités. Didier GUILLAUME merci, vous êtes ministre de l'Agriculture.

DIDIER GUILLAUME
Et de l'Alimentation s'il vous plaît, j'y tiens beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2018

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