Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à Europe 1 le 21 décembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes et l'intervention d'Emmanuel Macron. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à Europe 1 le 21 décembre 2018, sur le mouvement des gilets jaunes et l'intervention d'Emmanuel Macron.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON répond lui-même en ligne sur Internet à la pétition des gilets jaunes sur les prix des carburants, qui a recueilli plus d'un million de signatures. Il leur dit : vous avez raison. Ce n'est pas un peu beaucoup dans la contrition là ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne crois pas. Là, je pense qu'on voit le président de la République Emmanuel MACRON tel qu'on le connaît…

AUDREY CRESPO-MARA
Bientôt en gilet jaune !

MARLENE SCHIAPPA
Non mais tel qu'on la connu pendant… nous la campagne présidentielle, quand on a fait cette campagne avec lui ou qu'on l'a suivi, on sait qu'il est comme ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais c'est…

MARLENE SCHIAPPA
C'est quelqu'un qui est dans l'empathie, dans la réponse, dans la discussion, dans l'échange avec les autres.

AUDREY CRESPO-MARA
S'ils avaient raison les gilets jaunes, pourquoi faire la politique que vous faisiez ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors le président lui-même a dit qu'il y a des choses que nous avons faites qu'il a qualifiées d'erreurs. Il a dit que ce n'était pas juste, je pense à la CSG par exemple, la hausse de la CSG pour les retraités, il a dit lui-même : l'effort qui était demandé aux retraités était trop important, il n'était pas juste.

AUDREY CRESPO-MARA
Et pourquoi l'avoir fait alors ?

MARLENE SCHIAPPA
On fait des erreurs.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous avez raison de dire ça aux gilets jaunes, quand la com. ressemble à de la com., ce n'est pas contre contre-productif ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois qu'on accuse toujours le président, mais ce n'est pas lui personnellement, c'est la 5ème République, les institutions de la 5ème République qui sont faites ainsi. Mais tout est la faute du président, il pleut c'est la faute du président, le président ne s'exprime pas…

AUDREY CRESPO-MARA
Non, c'était le précédent celui-là.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, très bien. Il ne s'exprime pas, on dit qu'il ne s'exprime pas, qu'il est silencieux, qu'il boude, qu'il méprise. Il s'exprime et on dit « c'est de la com. », moi je crois qu'il est naturel comme on le connaît et je pense qu'il dit ce qu'il pense et il est sincère dans ce qu'il dit.

AUDREY CRESPO-MARA
Le président fait amende honorable sur Internet ; et le Premier ministre part à la rencontre des gilets jaunes tout à l'heure. Est-ce qu'il ne va pas mettre un gilet jaune tant qu'on y est là ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez ! Je ne pense pas, enfin sauf s'il a un accident et qu'il est au bord de la route puisque c'est l'utilité première théoriquement des gilets jaunes. Mais moi je crois que c'est assez simple, moi vous savez ça fait des semaines que j'ai rencontré des gilets jaunes, que je suis allée à la rencontre de gilets jaunes en Sarthe ou ailleurs. Le Premier ministre d'ailleurs lui-même avait ouvert les portes de Matignon pour rencontrer des gilets jaunes. Donc là, on est dans la poursuite de ce qu'on fait, c'est-à-dire que le gouvernement a toujours été dans cette position de dialogue, en tout cas ces dernières semaines. Là ça se concrétise…

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, pas au début !

MARLENE SCHIAPPA
Tant mieux. Ces dernières semaines en tout cas.

AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA, vous avez reconnu que le mouvement des gilets jaunes avait donné une grosse leçon d'humilité collective au gouvernement. Donc Gérard COLLOMB avait raison lorsqu'il disait qu'Emmanuel MACRON, que les uns et les autres vous étiez aveuglés par votre manque d'humilité ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne serai pas aussi forte, je ne dirai pas qu'on a été aveuglés, mais je dirais qu'on a peut-être péché par excès de confiance, par excès d'orgueil en se disant : on a raison, ce qu'on fait bien, donc on va le faire, voilà ! Tant pis pour les ressentis. Mais je pense que la politique, c'est avant tout s'occuper du ressenti des gens, si les gens dans leur globalité, dans leur majorité nous disent qu'ils ne ressentent pas les effets de notre politique, c'est qu'il faut modifier des choses. Donc c'est ce que nous faisons.

AUDREY CRESPO-MARA
Gérard COLLOMB a ajouté : quand à un moment donné vous devez être sûr de vous, vous pensez que vous allez tout emporter, tellement sûr de tout emporter que vous êtes amenés à faire une politique inverse à celle que voulait faire Emmanuel MACRON, creuser le déficit, laisser filer les dépenses publiques ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois que sur le fond, on est exactement au contraire dans les engagements de campagne…

AUDREY CRESPO-MARA
Non mais là, c'est l'inverse de ce que vous vouliez faire, vous creusez déficit, vous laissez filer les dépenses publiques.

MARLENE SCHIAPPA
Non, justement moi je crois qu'il faut renouer avec l'ADN d'En Marche, et notre urgence au gouvernement je crois que c'est renouer avec la bienveillance et l'écoute. Et ce qui a caractérisé l'ADN d'En Marche, c'est l'ADN de la campagne présidentielle…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais concrètement…

MARLENE SCHIAPPA
En ce qui concerne le déficit…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous creusez le déficit et vous laissez filer les dépenses publiques.

MARLENE SCHIAPPA
…Répondre à la question, en ce qui concerne le déficit, moi je crois qu'il faut être très clair. Quand il y a des gens qui nous disent qu'ils crèvent de faim ou qui ne savent pas ce qu'ils vont mettre sur la table à Noël pour leur famille, que le déficit soit à 3,1 ou à 3,2, certes c'est important, certes c'est une dette et je ne dis pas que ce n'est pas un sujet important, mais il y a une échelle des priorités. Moi je préfère faire de la politique avec mon coeur et pour les gens plutôt qu'avec uniquement une calculette.

AUDREY CRESPO-MARA
En tout cas, les Français doutent désormais de la capacité d'Emmanuel MACRON à réformer, plus de 1 Français sur 2 ce matin !

MARLENE SCHIAPPA
Mais c'est un vrai défi, ça va être à nous de le prouver. Moi j'ai toute confiance dans l'action du président de la République, il a dit lui-même, au moment où il était élu président de la République dans une interview, qu'il était fait pour la tempête et pas pour les temps calmes. Là on est en pleine tempête, donc je crois qu'il va nous prouver sa capacité à continuer à réformer, à transformer le pays.

AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA c'est une première, hier un député la République en Marche a été exclu par ce qu'il ne respectait pas la ligne du parti, voter le budget. Ca y est, vous avez vos frondeurs !

MARLENE SCHIAPPA
Je crois qu'il faut sortir de là, j'ai vu qu'il y avait un article ce matin chez un de vos confrères qui disait : les députés suiveurs ou frondeurs. Je crois que c'est ni l'un ni l'autre. Les députés, moi je les vois tous les jours…

AUDREY CRESPO-MARA
Il a voté contre le budget.

MARLENE SCHIAPPA
Ce sont… alors lui en l'occurrence ce n'est pas une question de fronde, c'est une question que... le budget. Vous savez moi, je suis élue municipale, c'est ce qui fonde la majorité municipale et c'est ce qui fonde aussi une majorité parlementaire…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ça veut dire qu'à la République en Marche, tout le monde doit penser la même chose !

MARLENE SCHIAPPA
Non mais il y a des lignes rouges sur le budget, quand on vote contre le budget effectivement on n'a pas sa place dans une majorité. Et ensuite, il y a des débats sur énormément de sujets, on a une majorité qui est très large avec différentes colorations, différentes tonalités sur différents sujets ; et elles ont tout à fait le droit de s'exprimer…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous par exemple vous avez le droit de penser autre chose que ce que pense Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais bien évidemment, j'appartiens à un gouvernement, je n'appartiens pas à une secte…

AUDREY CRESPO-MARA
Quand vous avez proposé de rétablir l'ISF, Emmanuel MACRON vous a très sèchement recadrée. Il faut rétablir l'ISF ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors moi ce que j'ai proposé, c'est d'abord d'évaluer la transformation de l'ISF en impôt sur la fortune immobilière. Ca va être fait, le Premier ministre Edouard PHILIPPE a lancé ce groupe avec notamment une députée, Nadia HAI, et des personnalités qualifiées qui vont évaluer cela. Et ce que j'ai dit c'est que si cette transformation n'a pas réinjecté suffisamment de capitaux dans l'économie, je proposerai à ce moment-là de rétablir l'ISF. Mais…

AUDREY CRESPO-MARA
Ah ! Vous persistez et signez !

MARLENE SCHIAPPA
Alors c'est une position personnelle que j'ai prise et le président de la République, qui est le chef de l'Etat, qui est celui qui a été élu, a tranché et a dit que ça n'était pas sur la table. Donc ça n'est pas sur la table.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous ne proposerez pas, quels qu'en soient les résultats, de rétablir l'ISF !

MARLENE SCHIAPPA
Ça n'est pas sur la table, le président a rejeté cette proposition. Mais là, on va voir déjà les conclusions de cette commission. Je ne vois pas pourquoi on part perdant en se disant : l'évaluation sera forcément négative…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est symbolique.

MARLENE SCHIAPPA
Il se peut qu'elle soit positive, nous verrons.

AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA, l'ancienne journaliste de Charlie Hebdo Zineb El RHAZOUI est de nouveau menacée de mort après avoir pris position sur l'islam, après avoir dit cela sur Cnews.

ZINEB EL RHAZOUI
Il faut que l'islam se soumettre à la critique, qu'il se soumette à l'humour, qu'il se soumette aux lois de la République.

AUDREY CRESPO-MARA
La meilleure manière de la soutenir aujourd'hui, c'est de dire que vous êtes d'accord avec elle ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a différentes manières de la soutenir. Moi vous savez… ses positions elles ne datent pas d'hier…

AUDREY CRESPO-MARA
Et vous n'êtes pas d'accord avec elle dans ce qu'elle dit, c'est-à-dire : l'islam doit se soumettre à la critique, à l'humour, aux lois de la République ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis évidemment d'accord avec elle, mais je l'ai dit à de très nombreuses reprises et depuis très longtemps. Il y a un an et demi, j'ai coécrit un livre qui s'appelle « laïcité, point », dans lequel je rappelle que toute règle religieuse doit se soumettre aux lois de la République française. D'ailleurs…

AUDREY CRESPO-MARA
A l'humour et à la critique !

MARLENE SCHIAPPA
Bien évidemment, le délit de blasphème n'existe pas dans la République française ; et la loi française… la République française ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte, c'est l'article 2 de la loi de 1905, on ne reconnaît pas les cultes et on ne se soumet pas aux différentes règles, lois, coutumes religieuses.

AUDREY CRESPO-MARA
Et quand Zineb El RHAZOUI dit que les femmes voilées appartiennent et affichent une idéologie qui est l'idéologie de l'islam radical, vous la soutenez toujours, le voile c'est une adhésion à une idéologie ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi ce que je soutiens, c'est la liberté d'expression et notamment la liberté de critique des religions, qui est saine je crois dans une République et de surcroît dans une République…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc sur le voile, vous vous ne la soutenez pas !

MARLENE SCHIAPPA
Ils ont chacun… je crois qu'on n'a pas le temps ici de rentrer forcément dans les nuances. Mais moi ce que je crois, c'est que le voile envoie un signal et notamment – je l'avais dit au moment de l'UNEF – je crois que c'est un signal notamment de promotion de l'Islam politique quand il entre dans le débat public. Néanmoins, je suis opposée à toute discrimination vis-à-vis des femmes qui adultes font le choix éclairé de porter le voile, ce n'est pas parce que ce n'est pas mon choix que ce n'est pas un bon choix ; et je n'ai pas à juger le choix de telle ou telle personne au titre de la liberté de conscience justement.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2018

Rechercher