Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec LCI le 21 décembre 2018, sur la contestation des "Gilets jaunes" et sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, avec LCI le 21 décembre 2018, sur la contestation des "Gilets jaunes" et sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Ministre chargé de la ville et du logement

ti :

AMELIE CARROUER
Bonjour à tous, bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

AMELIE CARROUER
Vous êtes ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires, des Relations avec les collectivités territoriales et chargé de la Ville et du logement. Que dites-vous ce matin aux Gilets jaunes qui ont prévu de se rassembler à nouveau demain ?

JULIEN DENORMANDIE
Je crois qu'il faut maintenant que cela s'arrête, que ces rassemblements, que ces blocages s'arrêtent, et puis qu'on puisse passer véritablement à une phase de débat. Vous savez, on a qualifié les différents samedis successifs d'actes, demain on serait à l'acte 6, eh bien moi je pense profondément que l'acte 6 c'est celui du débat, celui de la concertation, ce grand débat national que le président de la République a souhaité et qui aujourd'hui est enclenché. Donc je crois que, vraiment, il est venu le temps de la discussion. Des gestes forts ont été faits, une main tendue a été faite par le président de la République, et en l'espace de 10 jours, simplement, des mesures très importantes ont été votées, puisque, cette nuit, à 4h30 du matin, l'Assemblée nationale a voté ces mesures d'accompagnement.

AMELIE CARROUER
Et de tout ça nous allons en parler. Mais ils ont raison les Gilets jaunes ? C'est en tout cas ce qu'a dit Emmanuel MACRON, il a parlé avec eux directement sur la plateforme Change.org qui héberge la pétition, vous le savez, pour une baisse des prix du carburant à la pompe, et il dit « vous avez raison », aux Gilets jaunes.

JULIEN DENORMANDIE
La colère des Gilets jaunes, moi je ne l'oublie pas cette colère, c'est la même qui a amené Emmanuel MACRON au pouvoir en mai 2017, c'est la même, c'est cette colère vis-à-vis d'injustices, vis-à-vis de fracture territoriale, et donc que Emmanuel MACRON dise aujourd'hui « vous avez raison », mais c'est tout à fait normal, c'est tout à fait également le sens de ses dernières interventions, ça c'est sur le fond. Et puis sur la forme, beaucoup, aujourd'hui, commentent le fait que le président de la République puisse répondre, puisse être le premier à répondre, sur les réseaux sociaux, à nos concitoyens, mais moi je crois que, là aussi, c'est tout à fait normal. On a un président de la République qui a appelé à ce dialogue, qui a appelé à cette concertation, directement avec les Français, pour que leur voix soit entendue, pour que leur avis soit mieux pris en compte, eh bien c'est ce qu'il a fait lui-même, en répondant directement à cette plateforme, et en proposant à chacune et chacun signataire de cette plateforme, de pouvoir engager ce débat en laissant leur adresse mail, en ayant ce contact via des plateformes qui sont en cours de création.

AMELIE CARROUER
Des policiers cette semaine, on l'a vu, ont obtenu la revalorisation de leur salaire, maintenant c'est au tour des fonctionnaires de faire valoir leurs revendications. C'est quoi l'idée, c'est qu'on peut tout vous demander en ce moment parce que vous êtes affaiblis ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne crois pas du tout, et je pense d'ailleurs que, ce qui s'est passé avec les policiers, en est un bel exemple. Les policiers, d'abord moi je leur rends hommage, ils ont été mis à rude épreuve, pas uniquement depuis 1,5 mois, mais depuis maintenant des années, notamment avec cette augmentation du risque terroriste, moi je les rencontre à chaque fois de mes déplacements, et je peux vous dire que leur professionnalisme est absolument incroyable. Et puis deuxièmement, les policiers, ils ont aujourd'hui des défis, et des défis qui n'ont jamais été résolus, c'est la question de l'augmentation de leur salaire, et notamment de l'augmentation et le paiement de leurs heures supplémentaires. Mais qu'est ce qui a été conclu avec les policiers ? C'est ce geste fort, cette augmentation, environ 40 euros par mois, et en même temps…

AMELIE CARROUER
Et est-ce que les fonctionnaires, maintenant, vont obtenir également gain de cause ?

JULIEN DENORMANDIE
Et en même temps, pour les policiers, en même temps, c'est l'engagement de cette réforme, une réforme importante, une réforme du cadre des horaires, comme on dit-elle, à chaque fois, vous voyez, c'est cette envie non seulement d'accompagner, d'augmenter le pouvoir d'achat, mais de continuer cette réforme.

AMELIE CARROUER
Et est-ce que vous allez le faire pour les fonctionnaires, est-ce qu'il est temps de tout obtenir de vous, là, en ce moment ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, encore une fois, tout cela se fait dans le cadre de réformes, de réformes profondes, c'est ça qui a été négocié avec les syndicats des policiers. S'agissant des fonctionnaires, ils seront reçus, dans quelques minutes maintenant, par le secrétaire d'Etat en charge de la Fonction publique Olivier DUSSOPT, et ils discuteront de quoi ? Des mesures d'accompagnement. Moi je tiens à souligner ce qui a été voté cette nuit à l'Assemblée nationale, à 4h30 du matin, c'est des mesures fortes, des mesures fortes de pouvoir d'achat, mais pas que pour les salariés du privé, également pour les salariés de la fonction publique, et ça c'est très important parce que ça a été un choix politique qui a été fait dès le début, de faire en sorte que toutes les personnes qui vivent du SMIC, y compris lorsqu'ils sont dans la fonction publique, puissent avoir 100 euros de plus par mois.

AMELIE CARROUER
Etes-vous affaiblis en ce moment ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi je… cette volonté de réforme, cette volonté de réforme, elle est totalement intacte, et on va la continuer, maintenant il y a eu un message un message très fort, passé par les Gilets jaunes, il a été entendu, et qu'est-ce qu'il nous dit ce message ? Eh bien il nous oblige à accélérer, à faire en sorte que des mesures, qu'on avait prévues peut-être dans longtemps, soient faites dès maintenant, et que des solutions, très concrètes, soient données aux Français. c'est un 13e mois pour les personnes qui vivent du SMIC l'année prochaine, un 13e mois, c'est la défiscalisation des heures supplémentaires, qui était appelée de leur voeu par beaucoup de salariés, et puis c'est des mesures d'accompagnement. Donc moi je dirais, on a surtout une détermination encore plus forte à aller plus vite dans ces mesures d'accompagnement, mais aussi, toujours, à continuer à réformer le pays.

AMELIE CARROUER
Les mesures elles un coût, 10 milliards à peu près, vous allez les financer comment ? Vous allez me dire vous n'êtes pas ministre du Budget, mais est-ce que, par exemple, ça peut vous concerner, vous pourriez revoir le dispositif Pinel sur le locatif, est-ce que c'est là-dessus qu'on va aller chercher l'argent pour financer tout ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, le budget de mon ministère a déjà été voté il y a quelques jours maintenant. Comment on fait pour financer cela. Il y a des mesures d'économies, effectivement, vous l'avez dit, il y a aussi d'accepter que le déficit public soit plus important que prévu initialement, et puis enfin il y a d'autres qui sont mis à contribution, je pense notamment aux entreprises, aujourd'hui personne ne peut comprendre que ces GAFA, vous savez ces grandes entreprises du numérique, ne payent pas l'impôt en France, eh bien une disposition très importante, majeure, a été prise par le ministre de l'Economie pour que, dès l'année prochaine, ils payent leurs impôts en France. Et puis c'est également, pour les très grandes entreprises, le fait que l'impôt sur les sociétés ne diminue pas cette année, mais rediminuera à partir de l'année prochaine. Donc vous voyez, c'est un effort collectif, cette urgence économique et sociale ce n'est pas que le gouvernement qui répond, tout le monde doit y prendre sa part, y compris les entreprises, et le président, le Premier ministre, sont très fermes sur ce point.

AMELIE CARROUER
Vous parlez d'urgence. En urgence, la loi elle est passée, là, à l'Assemblée cette nuit, en tout cas ces mesures, ça arrive au Sénat encore aujourd'hui. La question c'est que ça a tangué, un peu dans la majorité, on l'a vu, il y a eu ce qu'on appelle des grondeurs plutôt que des frondeurs, un député a été exclu hier soir du groupe parce qu'il a voté contre. Pourquoi l'exclure, c'est quoi le problème ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, il a été exclu parce qu'il a voté contre le budget, le budget de l'année prochaine. Quand vous votez contre le budget, c'est-à-dire que vous vous n'êtes pas en phase avec les réformes et avec le projet, parce que le budget, ce n'est pas lui qui guide la politique, c'est la politique qui définit le budget, et donc quand vous êtes contre le budget, en fait c'est-à-dire que vous vous êtes contre la politique que mène le gouvernement, eh bien là les règles elles sont assez claires. Quand vous êtes membre d'une majorité, et que vous votez contre ce budget, et donc contre la politique qui arrive pour toute l'année 2019, à la fois pour la cohésion du groupe, mais aussi par cohérence vis-à-vis des convictions de chacun, il est assez normal, assez logique, je crois que tout le monde le comprend, que cette personne soit exclue du groupe. Après, vous savez, le groupe la République en Marche, et ceux de la majorité présidentielle, je pense au MoDem, c'est un groupe très vaste, c'est plusieurs centaines de députés, je crois que c'est tout à fait normal qu'il y ait différents avis qui s'expriment.

AMELIE CARROUER
Oui, mais c'est une première, quand même, pour votre groupe, est-ce que vous êtes fébrile, est-ce que vous craignez des frondeurs qui apparaîtraient un peu, comme sous le quinquennat de François HOLLANDE ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, ça fait plusieurs mois que vous avez beaucoup de voix différentes qui s'expriment…

AMELIE CARROUER
Oui, mais un peu plus quand même cette semaine, vous en conviendrez.

JULIEN DENORMANDIE
Des personnes ont déjà été exclues du groupe En Marche, ce n'est pas la première fois que cela…

AMELIE CARROUER
Non, ils se sont retirés avant que ça n'arrive.

JULIEN DENORMANDIE
Que cela se passe, et donc, très sincèrement moi… que un individu n'ait pas voté de budget et soit exclu, c'est tout à fait normal…

AMELIE CARROUER
La question c'est maintenant la crainte des frondeurs dans vos rangs, est-ce que vous le craignez ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je connais très bien les députés pour être engagé vis-à-vis d'En Marche depuis fort longtemps, je travaille au quotidien avec eux, et il faut toujours différencier d'exprimer ses avis, de les exprimer avec conviction, et puis de tomber dans une case dite de frondeurs, qu'on avait pu connaître sous l'ancien gouvernement. Aujourd'hui nos députés, de la majorité, ils ne sont pas dans cet état d'esprit-là, ils sont dans un état d'esprit démocratique de faire vivre un débat, de faire vivre des opinions, et là aussi c'est à leur honneur.

AMELIE CARROUER
Alors le débat justement, on y vient à ce grand débat, est-ce que vous allez y participez, vous en tant que ministre, on a bien compris du côté de la Commission nationale des débats que c'était une ligne rouge ça, que ça se transforme pas en meeting pour vous, quelle sera votre place ? Vous étiez à l'Elysée lundi soir autour du président pour en parler.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, tout à fait. Ma place c'est d'aller participer, mais en tant que simple participant si je puis dire…

AMELIE CARROUER
C'est-à-dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Que ma voix ne comptera pas plus que la voix d'un autre citoyen, c'est aussi simple que ça.

AMELIE CARROUER
Vous serez au milieu de la salle, sur une tribune, vous animerez les débats ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ce n'est pas moi qui animerai les débats, ce n'est pas moi, moi je serai là pour écouter, pour partager, pour échanger, mais ma voix, encore une fois, ne comptera pas plus que la voix d'un autre citoyen. Vous savez, le débat, c'est sur la base de ce débat qu'on a constitué le mouvement En Marche. Le mouvement En Marche il est d'abord parti de cela, il est parti de la constitution de milliers de comités locaux partout sur notre territoire, avec des débats qu'on a organisés, c'est ça notre ADN, aujourd'hui qu'on relance ce débat, c'est en fait relancer l'ADN du mouvement politique qui est le nôtre, relancer ce qu'on a fait initialement, relancer même ce qui a emporté l'adhésion des Françaises et des Français lors de l'élection présidentielle. Et là, un débat c'est quoi ? Un débat c'est un temps d'échange, ce n'est pas arriver avec des solutions préconçues, c'est partir d'un problème identifié, d'en discuter, et trouver les solutions localement. Donc moi j'irai, je participerai à de nombreux de ces débats, mais j'irai avec une voix qui ne portera pas plus que celle des autres.

AMELIE CARROUER
Alors, il y en a un qui est critique à ce sujet c'est Nicolas SARKOZY, c'est passé un peu inaperçu, mais il a donné une conférence à Montpellier cette semaine, durant laquelle il s'est montré plutôt critique, c'est à lire dans Midi-Libre. « Là on va discuter, on va demander l'avis aux gens », dit Nicolas SARKOZY, « dans la rue, pour faire quelque chose, avec ça vous ne ferez plus rien », déclare-t-il, « si pour faire quelque chose tout le monde doit être d'accord, restez couché, parce que personne n'est jamais d'accord. » il n'a pas un peu raison, là, Nicolas SARKOZY ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, il faut trouver le juste milieu, c'est-à-dire que, encore une fois la volonté du gouvernement elle est profondément de continuer à réformer, et quand vous réformez, eh bien vous ne faites pas plaisir à tout le monde. Réformer ça ne veut pas dire avoir le consensus de tous, évidemment, et donc ça, cette volonté, on continuera, on continuera, on a des réformes très importantes qui arrivent, la réforme de l'assurance chômage, la réforme des retraites, je ne cite que ces deux-là, mais qui sont profondément importantes. Et puis, après, c'est la façon, la méthode que vous avez pour réformer, est-ce que vous le faites seul depuis vos bureaux, avec des ministres, des administrations qui décident, ou est-ce que vous le faites en partant des considérations de nos concitoyens, en échangeant très en amont avec nos concitoyens, ça c'est une méthode, et moi la méthode qui associe nos concitoyens je crois que c'est une bonne méthode, c'est ça le débat.

AMELIE CARROUER
Et si ça ne fonctionne pas, on va vers quoi, est-ce que l'idée d'un nouveau grand référendum, c'est quoi le coup d'après, est-ce que vous avez évoqué même la question une dissolution, à terme, si tout ça est un échec ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, mais on lance à peine le débat, c'est-à-dire que ce débat il commence maintenant et il se terminera courant mars, on le commence à peine, je pense qu'il faut laisser sa chance au produit, comme on dit, laisser sa chance à ce débat, laisser sa chance à cette idée, à cette nouvelle méthode, et puis on verra, on en tirera les conclusions à la fin. Mais, vous savez, quand vous donnez la parole aux concitoyens, quand vous organisez ces moments démocratiques, ces moments d'échange, c'est très rare quand cela ne marche pas, parce que c'est ça que nous disent les Gilets jaunes. Quand vous allez sur les ronds-points on vous parle beaucoup de…

AMELIE CARROUER
Vous êtes allé sur les ronds-points ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai rencontré beaucoup de Gilets jaunes, et puis j'en ai rencontrés également, j'en ai invités…

AMELIE CARROUER
Mais vous êtes allé sur les ronds-points ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je suis tous les jours en déplacement, j'étais encore hier pour trouver des solutions vis-à-vis de la rénovation urbaine à Reims, j'y suis tous les jours, je rencontre ces Français, et ces Français, cette grogne des Français, ce n'est d'ailleurs pas que les Gilets jaunes sur les ronds-points, c'est l'ensemble des Français qui appellent à ces réformes. Et quand vous échangez avec eux, qu'est-ce qu'ils vous disent ? Ils vous parlent tout le temps, ou très souvent, de ces réformes d'initiative citoyenne, c'est-à-dire que, au final, ils veulent que leurs voix comptent plus, ils veulent ce moment démocratique.

AMELIE CARROUER
Alors, dans la question du débat sera posée celle du logement, c'est votre portefeuille, ça vous concerne, et c'est la plus grosse part dans, finalement le pouvoir d'achat, ou les frais fixes chaque mois pour les Français. Alors, d'accord, il faut le temps de la concertation, mais sur quoi pourriez-vous bouger, vous, ministre en charge de cette question ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, le logement, alors il y a des réformes de fond, on en a déjà fait beaucoup, on a passé une loi logement qui a été adoptée il y a 3 semaines, et puis après vous avez tout l'accompagnement. Aujourd'hui, quand vous voulez, par exemple, augmenter votre pouvoir d'achat parce que vous faites des travaux de rénovation énergétique, parce que vous changez vos fenêtres, parce que vous changez vos combles, bref, parce que vous faites en sorte que demain votre facture d'électricité ou de chauffage elle diminue, eh bien aujourd'hui vous avez plein d'aides qui existent. Je mets au défi quiconque, je mets au défi quiconque, de trouver facilement l'accès à ces aides, de comprendre comment elles marchent.

AMELIE CARROUER
Mais pour la suite, la question c'est la suite.

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, typiquement, territoire par territoire, lors de ces débats, on pourra identifier si oui ou non ces aides elles sont efficaces, si elles sont bien données, si elles sont bien distribuées, et trouver des solutions territoriales, des solutions qui font que, à chaque territoire, en fonction de leurs spécificités, eh bien on puisse apporter la bonne aide, au bon endroit, aux bonnes personnes, c'est ça les résultats du débat qu'on attend. Et donc c'est un gros travail qui nous attend, nous ministres, administration, mais aussi dans le cadre de ces échanges avec nos concitoyens.

AMELIE CARROUER
Je voudrais en venir maintenant à ce qui s'est passé à Marseille, hier à Marseille il y avait le premier conseil municipal depuis l'effondrement, c'était le 5 novembre dernier, de cet immeuble rue d'Aubagne. Que faites-vous ? Jean-Claude GAUDIN, par exemple, n'a pas apporté de solution concrète, il demande l'état de catastrophe naturelle. Donc, premier point, est-ce que vous pourriez l'accorder, l'Etat va le faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, j'y suis allé à de nombreuses reprises, à Marseille, j'y étais il y a encore 10 jours, et j'ai eu des mots très forts pour m'assurer que l'ensemble des dispositifs et de soutien puissent être mis en place. Qu'est-ce qu'on fait concrètement ? Aujourd'hui, à Marseille, vous avez une situation d'urgence d'abord à régler, ce n'est pas…

AMELIE CARROUER
Sur l'état de catastrophe naturelle ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas une question de statut juridique, aujourd'hui la situation à régler c'est que vous avez plus de 1600 personnes qui ont été délogées et qu'il faut reloger, et donc là l'Etat accompagne la mairie de Marseille, et la métropole, qui sont des personnes qui sont en compétence sur ces sujets de relogement, et donc l'Etat les accompagne. Comment en fait ? Tous les jours, je dis bien tous les jours, à la préfecture se tient une réunion pour savoir, de pilotage comme on dit, une réunion pour orienter les personnes vers les endroits disponibles, tous les jours se pose la question d'aller identifier des places de logement libre pour justement redonner les logements aux personnes qui ont été délogées. J'ai envoyé des experts, des experts du bâtiment, pour aller identifier, immeuble par immeuble, ceux qui, au final, ne présentent pas de problèmes, et donc où les familles peuvent y retourner, et donc ça c'est une action très concrète que nous faisons.

AMELIE CARROUER
Je comprends bien, mais sur la demande du maire de la ville, de reconnaissance d'état de catastrophe naturelle, oui ou non l'Etat va-t-il… ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas une question juridique, je suis très clair dessus…

AMELIE CARROUER
Non, mais le maire la demande, je vous pose la question.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais le maire, j'échange beaucoup avec lui, aujourd'hui ce n'est pas une question juridique, ce n'est pas le système juridique qui va changer quoi que ce soit, c'est une question d'organisation, et donc moi Etat, qu'est-ce que j'ai fait, je me suis assuré que l'organisation soit mise en place localement, et on monte en puissance pour faire en sorte que des solutions puissent être apportées d'abord à ceux qui ont été délogés, et aujourd'hui on recommence les relogements. Et puis deuxièmement, de faire en sorte que, sur le moyen terme, parce que ça ne va pas se régler du jour au lendemain, de réhabiliter tous ces immeubles, eh bien sur le moyen terme, des moyens importants puissent être mis en place. Quand j'étais à Marseille, il y a 10 jours, j'ai annoncé qu'une enveloppe de 240 millions d'euros, apportée par l'Etat, par nos opérateurs, serait dédiée justement à la réhabilitation du centre de Marseille, donc c'est des actions très concrètes, avec moi, une volonté très forte…

AMELIE CARROUER
Est-ce que vous pourriez réquisitionner des logements vides, les associations locales le demandent notamment, est-ce qu'il y aura réquisition, ou non, de logements vides ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai rencontré les associations locales, elles demandent effectivement des réquisitions.

AMELIE CARROUER
Le ferez-vous ?

JULIEN DENORMANDIE
On peut tout imaginer…

AMELIE CARROUER
Est-ce que vous l'envisagez concrètement ?

JULIEN DENORMANDIE
On peut tout à fait l'envisager, il faut juste avoir en tête que faire une réquisition ça prend beaucoup de temps, parce qu'il y a un droit juridique qui est associé, donc ça prend beaucoup de temps. quand vous voulez reloger des personnes en urgence, ce n'est pas par la réquisition, ce n'est pas vrai, c'est par aller identifier des logements qui sont vacants, travailler avec les bailleurs sociaux, on a déjà identifié des dizaines de logements avec les bailleurs sociaux, et puis faire en sorte, encore une fois, que les immeubles, qui ont été évacués, nos experts, et j'en ai envoyés beaucoup, puissent aller vérifier si oui ou non ils présentent un risque, et s'ils ne présentent pas de risque, que les familles puissent y retourner. Encore une fois c'est une détermination totale de l'Etat à accompagner la mairie et la métropole pour faire en sorte que cette situation, qui n'est pas acceptable aujourd'hui sur Marseille, pas acceptable, on puisse la régler le plus rapidement possible.

AMELIE CARROUER
Situation pas acceptable aussi, par ailleurs, on regarde encore les pages du Figaro aujourd'hui, l'Ile-de-France, ce n'est qu'un exemple, abriterait 370.000 personnes dans des logements indignes. Vous avez identifié 14 villes, ça c'est vrai, qui connaissent cette problématique, mais vous en êtes où ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai annoncé, ironie tragique du sort, à Marseille, début du mois d'octobre, à peine 1 mois avant la tragédie, un plan d'envergure qui n'avait jamais été mis en place, je suis le premier ministre du Logement à avoir fait une telle politique publique, de lutter contre l'habitat insalubre.

AMELIE CARROUER
Est-ce que ça avance ?

JULIEN DENORMANDIE
3 milliards d'euros, que j'ai débloqués, et 14 villes prioritaires. Depuis le début du mois d'octobre j'ai lancé des opérations en me rendant à plusieurs reprises à Marseille, mais aussi à Grigny, à Mulhouse, à Saint-Etienne-du-Rouvray, à Montpellier, à Clichy, tout cela depuis le début du mois d'octobre, à chaque fois en lançant justement le pilotage de cette politique publique, en identifiant les besoins, en mettant copropriétés, immeuble par immeuble, véritablement un planning pour réhabiliter la chose. Donc oui ça avance, ça avance même rapidement. Après, il ne faut pas se leurrer, réhabiliter un immeuble ça ne se fait pas évidemment du jour au lendemain, mais il y a une détermination totale à avancer le plus vite possible.

AMELIE CARROUER
Ce sera ma dernière question. Il y a une pétition qui bat des records, c'est la pétition qui a été lancée par quatre ONG, pour pousser, contraindre l'Etat à respecter ses engagements en matière d'économie, menaçant même de traîner l'Etat devant les tribunaux, c'est plus de 1 million de signatures ce matin. Vous allez faire quoi pour leur répondre ? L'Etat est-il à la hauteur, il est où l'accord de Paris aujourd'hui ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, François de RUGY a répondu hier soir, en postant une vidéo de réponse à cette pétition, et le message…

AMELIE CARROUER
Mais je vous pose la question à vous ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, et moi j'y suis très sensibilisé. Le message qui est très clair, derrière, c'est que le président de la République a déclaré l'urgence économique et sociale, mais que l'urgence climatique elle est là aussi. Et donc concrètement, qu'est-ce que c'est ? Eh bien c'est d'accélérer, là aussi, cette transition écologique en passant aux nouvelles énergies renouvelables. Moi, en tant que ministre du Logement, c'est de mettre le paquet pour la réhabilitation des immeubles. Vous savez, 40 %, 40 % des gaz à effet de serre qui sont émis dans notre pays, ça vient des immeubles, et donc moi je mets des financements sans précédent pour réhabiliter les immeubles et faire en sorte que, effectivement, on lutte efficacement. Donc, cette détermination, elle est, aujourd'hui, vraiment discuter sur l'urgence économique et sociale, mais je peux vous dire, en réponse justement à ces ONG, que l'urgence climatique on ne l'oublie pas un instant, et que, que ce soit François de RUGY, ministre d'Etat en charge des questions écologiques, ou moi-même, ministre en charge du Logement, on était encore tous les deux hier soir avec les acteurs économiques pour justement apporter des solutions concrètes et accélérer la transformation des bâtiments, c'est là aussi de l'opérationnel, mais vraiment l'urgence économique et sociale ne nous fait pas oublier l'urgence climatique.

AMELIE CARROUER
Eh bien nous allons suivre tout cela ensemble dans les prochains jours, prochaines semaines, en tout cas merci d'avoir été notre invité ce matin, Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2018

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